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[RP] L'adolescence d'Hytaj


Khanat
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Le fracas me réveilla en sueur. Un bruit de bois brisé, jamais très bon à entendre sur un navire de la taille de celui sur lequel je vivais. Le Maelström subit deux nouveaux tremblements avant d’entendre une volée de détonations fendre l’air accompagnée de cris. Je jaillis de ma couchette dans le pont arrière et courut comme un diable sur le pont.

 

La lumière du jour levant m’aveugla, et il me fallut quelques secondes avant de pouvoir retirer ma main de mon visage encore endormi. Ce que je vis me réveilla de suite : le vaisseau du Prince nous pilonnait d’une distance de presque un kilomètre. Nos canons ne faisaient pas le poids et la bordée que j’entendis tirer quelques instants plus tôt avait dû s’écraser à tout au plus deux longueurs de vaisseau du pont. Des cris fusaient de partout, les marins, pour la plupart réveillé comme moi, furent pris sur le vif et beaucoup fixaient mon père tout en s’affairant à d’urgentes tâches. Il manœuvrait la barre d’un air extrêmement concentré pour éviter les bordées du navire royal et nul ne songeait à le perturber ; il en allait de la survie de tout l’équipage. Tant que nous ne serons pas à portée de tir, aucune chance de riposte et nous formons une cible idéale. Je vis un morceau de la rambarde du pont qui avait volé en éclat, heureusement ne blessant personne.

 

-« Canonniers ! Rechargez les fûts tribord en priorité ! Et toi mon petit va donc hisser cette foutue grand-voile ! On ne va pas se laisser faire comme ça ! »

 

C’était Mac. L’éternel compagnon de voyage de mon père. Il avait été plus vaillant dans le passé et on racontait des histoires incroyables à son sujet, qu’il écoutait en souriant légèrement. Aujourd’hui, il était soutenue par une béquille, sa jambe gauche infirme suite à une maladie et avait perdu un œil à cause d’une rixe dans une taverne. Un coup de sabre mal placé disait-il une fois, ou bien un coup de choppe à bière. Je ne pense pas qu’on saura la vérité un jour. En tout cas je savais qu’il s’adressait à moi. Je le regardai et hocha la tête puis partir en courant escalader le grand-mât à l’aide du filet qui en pendait d’un crochet, une trentaine de mètres plus haut.

Le Maelström était un fier vaisseau, sa coque brune avant vécue, ses quatre mâts supportés bien du vent et ses 80 canons fait bien des dégâts depuis que mon père l’avait racheté à la Couronne. Une fois arrivé en haut du mât, je défis les cordages et la voile tomba. D’abord mollement, une vive bourrasque la tendit avec un bruit de claquement effroyable et des clameurs s’élevèrent du pont supérieur.

Je fis face à l’horizon. Notre navire avait beau être de taille et craint de la plupart des marchands, le Roi Philipp IV devait en avoir eu assez de nos pillages. Il nous avait envoyé son fils, un grand navigateur seulement âgé d’une trentaine d’année mais qui avait déjà bien plus vécu que nombre d’hommes sur cette terre. Son navire, la Rose Blanche respirait la puissance. Avec ses 140 canons, sa coque blindée de plaque d’aciers et ses mâts aussi haut que les collines du Plat Pays, il avait fier allure, m’avouais-je à moi-même. Sa coque noire et blanche fendait l’eau et la fumée s’échappait de la gueule furieuse du côté bâbord qu’il nous exposait, bien qu’hors de portée. Le drapeau de la famille royale flottait haut et clair au-dessus de leur grand-mât, mais ce n’est pas lui qui attira mon attention. Je distinguai un pavillon se hisser petit à petit. Bleu. Ce n’était que la tête de pont, l’éclaireur, de toute la flotte royale. Il fallait fuir ou bientôt des dizaines de navires de la taille du notre allaient venir de la même direction, et supporter leur amiral.

 

Cependant, mon père, borné à son habitude, fit voile droit vers le Prince. Je savais qu’il avait vu le pavillon, mais cela ne lui faisait pas peur. C’était peut-être une bêtise qui allait nous coûter la vie à tous. J’entendis la voix de Mac hurler aux hommes qui commençaient à regarder le capitaine d’un air ahuri de se remettre au travail et d’obéir aux ordres ou sinon il s’occuperait personnellement d’eux une fois que nous serions au calme à nouveau. Sa loyauté envers mon père et son dévouement étaient sans-égal et bientôt, tous se remirent à leurs tâches. Je redescendis le mât à la vitesse de l’éclair, et m’approcha de mon père, debout seul sur le pont arrière. Je me plaçai un peu en retrait, je ne voulais pas le déranger juste lui faire savoir que j’étais présent. Il m’adressa alors la parole et me dit ceci :

 

-« Il faudra qu’on parle après cet épisode, tu préviendras ta mère, elle est concernée aussi bien que toi. Maintenant cesse de te tenir comme un piquet et va donc aider les matelots ! Ne désobéis à Mac sous aucun prétexte. Suis-je bien clair ? »

-« Oui mon capitaine. »

 

Je me mis en route et descendit les marches qui séparaient la plateforme arrière du pont supérieur, en jetant un dernier regard à mon père, qui me sourit et me fit un clin d’œil. Ou peut-être l’ai-je rêvé.

La Rose Blanche était maintenant à portée de nos canons et nos canonniers bavaient d’envie d’envoyer une salve sur le pont du Prince. Comme d’un seul homme, Mac vociféra de se tenir prêt à faire feu au côté tribord et mon père fit faire l’embardée la plus violente que j’ai connu à son navire. Le lourd Maelström pivota à une vitesse incroyable pour un navire d’une longueur de 45 mètres et j’eu l’impression que tout craqua à bord. Des mâts aux murs en passant par le mobilier. Le bruit était assourdissant et je me demandai si l’on n’allait pas se briser en deux sous l’assaut conjugué du vent et de notre inertie. Une fois parfaitement en face de l’ennemi, Mac hurla de faire feu et son cri recouvrit celui du bois torturé. S’en suivit une volée détonante, qui alla s’écraser directement entre les ponts inférieurs et supérieurs du vaisseau noir et blanc et arracha un morceau de bois équivalent à un tronc d’arbre. Un hourra se joignit aux derniers boulets, partis trop tard. Puis le drame.

 

 

 

On entendit jusqu’ici la voix impérieuse du Prince qui commandait à ses hommes de faire face et feu. Le vacarme me vrilla les oreilles et je fus projeté contre le bastingage bâbord. Comment diable une telle puissance pouvait provenir d’un simple navire ? J’étais sonné et resta quelques secondes à terre, face contre le bois chauffé par le soleil. Lorsque je me levai, je vis l’effroi dans les yeux de mes voisins de pont. A moins de trois mètres gisaient six corps déchiquetés et toute la partie supérieure du mât avait été réduite en miette et balancée par-dessus bord, les morceaux touchant les mâts éclatant en de multiples obus sylvestres, dont certains vinrent se planter dans la peau des canonniers restant. Je me retournai et vis Mac. Il avait perdu son bandeau dans le souffle de l’explosion et son orbite vide était à présent à l’air libre. La chair rose et humide lui donnait un air de cadavre venu de l’outre-tombe chercher son dû. Il avait l’air encore plus remonté que d’habitude.

 

-« On retourne à son poste, cria-t-il, on retourne à son poste, on le garde et on fait face ! Ce n’est pas une putain de bande de royalistes qui vont couler ce rafiot ! Rechargez et faîtes feu à volonté, ceux qui n’ont plus de canons, prenez vos mousquets et abattez moi ce cuistre de Prince ! »

 

Il avait réellement l’air effrayant. Mon père, lui, impassible, luttait pour garder le navire dans la ligne du vent avec des mâts abîmés par l’explosion, et gagner de vitesse la façade de la Rose Blanche pour se placer devant-elle. Cette manœuvre nous rapprocha du Prince et je le vis, debout sur le pont, un pied sur le bastingage. Il portait un somptueux manteau blanc et avait de la carrure. J’aperçus mon père tourner la tête quelques secondes et le Prince lui dit quelque chose que je n’ai pas compris. Le fils du Roi se retourna et disparut du pont. Les minutes passaient. Les deux bâtiments rechargeaient les canons qu’ils leur restaient. Tous savaient qu’une deuxième bordée comme celle-ci nous serait fatale et nous enverrait par le fond. Mais de l’espoir subsistait, nous étions en train de gagner le lourd vaisseau blindé de vitesse et bientôt nous sortîmes de son champ de tir bâbord. Un second hourra s’éleva parmi les hommes et je vis Mac se joindre à eux, les bras en l’air. Bientôt nous fûmes face à leur proue, ornée d’une naïade d’or et d’opale, qui nous fixait d’un œil de rage, l’épée à la main. Le Maelström cracha ses derniers boulets contre cette statue de proue et elle vola en éclat pour s’enfoncer dans les eaux noires de la Mer du Sud. Nous avions endommagé le bâtiment ; de profondes lacérations laissaient entr’apercevoir l’intérieur même de la Rose Blanche. Je souris à cette vue : ainsi le titan n’était pas immortel, il pouvait saigner.

 

Puis tout s’acheva très vite. La Rose Blanche fit une embardée tribord semblable à la nôtre mais plus extraordinaire encore ; telle une majestueuse créature des mythes, elle pivota dans un cri de souffrance et faillit percuter l’avant du Maelström. Elle était distante d’une dizaine de mètres, et le côté bâbord était chargé. Les canons royaux firent feu avec une puissance digne d’un cataclysme et s’en suivit le chaos. Je ne rappelle plus de rien ensuite. Tout ce que je sais c’est que je me réveillai dans ce qui restait du navire de ma famille, un morceau de coque miteux. Je ne vis pas mon père à bord, ni ma mère. Ni aucun marin d’ailleurs. Seul subsistait Mac. Il était affalé contre un monceau de débris et du sang se répandait de derrière son dos. Étonnamment je me levai vite et me jeta vers lui dans l’espoir de le trouver vivant. Il ouvrit son dernier œil, que je vis injecté de sang et me sourit. Il tourna faiblement la tête vers la droite, un trou dans notre abri et je suivis son regard. La Rose Blanche fonçait droit sur nous. Elle était à moins d’un kilomètre. D’ici moins de trois minutes nous mourrons écrasés par la formidable machine de guerre du Roi Philip IV. Son regard revint se poser dans le mien et il m’adressa quelques mots. Je tendis l’oreille et rapprocha mon visage du sien pour mieux les entendre.

 

-« Je devais te passer ce message… De la part de ton père s’il lui arrivait malheur. Je t’en prie écoute-moi. Personne ne savait à bord, à part moi. Pas même ta mère. Tu es encore jeune, une fois que le Prince se sera suffisamment approché pour créer des remous, saute dans l’océan et fais le mort. Flotte, tout simplement. Ils partiront, et d’ici quelques heures tu pourras monter sur ce qui reste du Maelström et tenter de regagner un rivage amical. Maintenant je t’en prie, écoute ce que j’ai à te dire. Ton père n’est pas celui que tu penses. Je sais qu’il t’a conté maintes fois son enfance dans le Port de Frannois. C’était un mensonge inventé de toute pièce. Il a grandi à la Cour du Roi. »

-« C’était un servant ? Demandais-je »

-« Laisse-moi parler. Ton père n’était pas un servant. Il était bien mieux né que cela. Ce n’est autre que Jehan II, le fils du Roi Philip IV soi-disant perdu en mer à l’âge de 19ans lors d’un naufrage. La véritable histoire est que ton père aurait dû devenir héritier du trône à ses vingt-deux ans, comme le veut la loi, mais le Prince Joachim Ier, celui même qui nous arrive à toute vapeur dessus en ce moment même, songeait que les choses ne devaient pas se passer ainsi. Alors qu’il n’était le benjamin que de deux ans, il commanda un accident terrible. Le naufrage de la Santa-Anna n’était pas une erreur de cartographie comme on le dit. Mais bel et bien un crime de lèse-majesté contre ton père, le vrai Prince. J’étais avec ton père ce jour-là et je su trop tard la machination de Joachim Ier. Je ne pus rien empêcher et encore aujourd’hui je le regrette. Si tu savais à quel point… Le stock de poudre du vaisseau explosa durant la nuit et nous fument, pour ceux dont les corps n’avaient pas été transformés en charpie, jetés à la mer. Ton père et moi survécûmes. Nous décidâmes de revendiquer le vrai trône un jour ou l’autre et cette bataille en était l’élément final. Le Prince Joachim Ier devait mourir et ton père retrouver Philip IV et lui dévoiler la vérité quant à son fils parjure. Maintenant fuis, fuis petit ! Le Prince arrive et il va nous passer dessus si tu ne pars pas… »

 

J’étais estomaqué. Puis reprenant mes esprits je serrai Mac dans mes bras et sentit qu’il me donna un coutelas richement orné dans la main droite puis je sautai à l’eau et cessa de bouger. Un grand fracas de bois brisé et un hurlement furent les derniers sons dont je me souviens avant de sombrer dans le froid et l’engourdissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HRP

 

Ceci retrace l'adolescence de mon personnage, Hytaj. J'espère que l'histoire vous aura plu, excusez moi pour les coquilles je n'ai pas relu le texte très consciencieusement, pressé de le publier après l'avoir écrit.

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