Pencroff Posté(e) le 22 novembre 2025 Partager Posté(e) le 22 novembre 2025 Les Brèves histoire du Consulat sont une collection d'histoires courtes relatant divers épisode de la vie au sein du Consulat de la Garde. Trop courtes pour mériter un poste dédié et trop aléatoires pour agrémenter une candidature ou un autre format de poste officiel, ces histoires sont rassemblées ici pour dresser un portrait de la vie sous le consulat à divers endroits, divers moments, dans des contextes variés et sans forcément d'autre trame reliant les récits que leur caractère canon dans la chronologie de la Garde. Premier récit: Le dessous des cartes Personnages mentionnés: GhideonZorn, Pencroff, Wendy4, 54 Tercevent de l'an de grâce 384, Grand Quartier General de la Garde, Aile stratégique Nord, salle "Péridot", Un heure du matin. Il n'avait fallu, en tout et pour tout, qu'une poignée de mois et les efforts combinés des ingénieurs et des ouvriers de la Garde pour que les travaux du nouveau commandement ne soient achevés. Dans une de ces nouvelles salles, plus grandes mais toujours modestement décorées dans le style sobre et élégant qui convient le plus aux militaires; s'affairaient le Premier Consul Zorn, le Maréchal Pencroff et la Major-Générale Marvell, entourés d'une poignée d'aides de camp et d'ordonnances, et des habituels factionnaires du 1er régiment de grenadiers à pieds. Assis à califourchon sur leurs chaises, toisant une série de cartes d'état-major et de croquis topographiques, les trois camarades semblaient aux prises à de sérieuses réflexions. Près de la grande table, tenant d'une main une compilation de rapports et gardant sa main gauche dans le dos, le colonel de permanence au bureau des situations énonçait d'un ton platonique les plus récentes nouvelles des troupes. La Division Lamartine, déployée au marquisat de Tahure, annonce à Son Excellence avoir capturé la ville de Maarbourgh. On annonce soixante-morts et quatre-vingt-deux blessés dans nos rangs. Bien. Il doit rester à Lastritsh un bataillon de dépot du 27e de ligne, ils y puiseront les effectifs pour combler les pertes. Qu'on rapatrie les morts, et qu'on fasse marcher vers Maarbourgh une compagnie de gendarmes pour y maintenir l'ordre. Qu'on fasse savoir à Lamartine que je suis satisfait, et qu'il doit pousser à présent vers Ferlindt pour y terrasser l'armée du marquis. Répondit laconiquement le Consul. La Brigade Marbot, déployée dans le Bois des Colonnes, annonce à Son Excellence avoir achevé la pacification de la zone et avoir chassé par-delà des frontières la bande de brigands qui y avait pris ses quartiers. Chassé ? Ce n'est pas un résultat satisfaisant. Qu'on fasse savoir au général Marbot que je suis mécontent, et que j'attend de lui qu'il m'annonce au plus vite la destruction de cette bande de pitres, dusse-t-il franchir la frontière. Répondit à nouveau le Consul. La Brigade Lasalle, envoyée en manœuvres le long des grandes frontières du Nord, fait mouvement vers ses quartiers. Le général Lasalle fait savoir à son Excellence que ses troupes ont profité de l'occasion pour sécuriser la route marchande de Beryl, où sévissait une bande de contrebandiers. Bien, voilà qui est opportun; même si j'imagine que leur petite virée s'est encore faite au prix de force grabuge dans les tavernes de la région... Bah, ma foi cela fait tourner le commerce local; et puis les hussards ont une réputation à tenir ! Répondit le Maréchal Pencroff, en croisant les bras. Enfin, dernier élément qui nous a été rapporté: la demi-brigade de réaction rapide, détachée du 4e corps d'armée par le général Darkalne pour reprendre le bourg de Port Veccio aux pirates qui y avaient élu domicile, annonce avoir capturé quarante hommes et en avoir pendu le double. Les deux navires de la flotte pirate ont été échoués sur les plages et incendiés. La paix est revenue sur la zone. Acheva le colonel. Excellent. Qu'ils pendent ceux qu'il reste... ou non, qu'ils les envoient à Middenheim ! L'Amiral Wariow a besoin de forçats sur son chantier naval. Est-ce tout, colonel ? C'est tout pour ce soir, Excellence. Bien, passons maintenant aux ordres à faire partir cette nuit. Générale Marvell, êtes-vous prête à noter ? J'allais m'endormir, envoie donc ! Répondit-elle en baillant, avant de se pencher sur ses notes. Bien. Au général Jihair, à Arcahelm, au plus tôt. Je veux qu'il envoie une brigade d'infanterie du 2e corps au comté de Landerive, au sud de la frontière. Le comte nous a fait savoir au courrier de ce matin qu'une bande rebelle menaçait un de ses bourgs et que sa propre garde était insuffisante; quelques bataillons de ligne auront tôt fait de bourlinguer ces rebelles d'opérette. Reprit le Consul. Une brigade ? Comme tu y vas... Ces rebelles de Landerive doivent être des restes de l'ost des deux lunes, qui est revenu vaincu de sa campagne contre le duché d'Herblais. J'ai ouï dire que leur chef avait survécu, et il y a fort à croire que le ribaud tente de prendre la main sur Landerive pour y rassembler des forces. Répondit Pencroff, songeur. Tu as sans doute raison... Mauvaise affaire que cela, il me semble que cet ost était sur notre liste de cibles à détruire à moyen terme, avant qu'il n'aille se ruer à sa propre perte... Il me serait désagréable de le voir réapparaître. Bah, une brigade entière n'en fera qu'une bouchée, mais après tout on est jamais trop prudents. Répondit la générale Marvell, en notant l'ordre. Le Consul, après avoir marqué une brève pause pour laisser à la major-générale le temps de rédiger ses instructions, reprit. Au fait, vieux sac, quelles sont les nouvelles du royaume d'Artelois ? Demanda-t-il. Oh, ma foi, les choses suivent leur cours: le Prince Louen a débloqué des fonds considérables pour moderniser la route commerciale qui traverse le désert des Hésperides vers la Baronnie de Cénaria. Il est question que le général Suljii y fasse organiser des rondes par ses spahis, pour assurer une voie sûre aux marchands du Nord. Comme tu l'as voulu, tout est fait pour que la route de Cénaria devienne un point d'entrée majeur sur le territoire Stendelien, et sous bonne Garde. Répondit le Maréchal Pencroff. Bien, nous avons pris le bon parti, donc. Je compte beaucoup sur l'ouverture de droits de douane sur cette future voie. Rien d'autre dans le Nord ? J'ai récemment fait augmenter les patrouilles sur la route de Médénine, où on a fait état de la présence de monstres, et de plusieurs victimes... m'est avis qu'il s'agit plutôt de l'œuvre d'un détraqué, mais les gendarmes et les gardes de ma prévôté mettront vite la main dessus. Misère... comme si nous n'avions pas assez à faire. Enfin, je connais ton idée de la justice: le salopard ne tardera pas à pendre à un arbre.... Répondit le Consul. La générale Marvell, la plume à la main et visiblement lasse, fit signe aux deux hommes d'en revenir aux ordres. Bien, bien, courage, c'est presque fini pour ce soir. Au général Lecourbe, au plus vite: qu'il fasse rappeler les permissionnaires de sa division et se prépare à faire mouvement sous huitaine vers l'Est, pour faire jonction à Osterode avec la 8e division du général Aurange. Et bien, tu mélanges les corps à présent ? Demanda Pencroff. Disons que c'est plus commode: je voulais mobiliser le 4e corps, mais la 7e division est déjà sur le pied de guerre pour faire pression sur le Duché de Morois, depuis que leur gouvernement a jugé bon de nous menacer de représailles après l'embargo imposé sur leurs navires. De toutes manières, il est utile que les divisions de corps différents apprennent à manœuvrer ensemble ! Expliqua le Consul. Certes. Puisqu'Elise est occupée avec Morois, j'imagine que tu vas confier la direction des opérations dans l'Est au général Daugier ? Exact. C'est un bon stratège après tout, et il y a fort à parier qu'un mouvement dans l'Est implique nos forces navales pour mettre en place des têtes de pont. Enfin, si il s'avère utile de projeter des forces vers le royaume de Cambale. Connaissant le Roi Herlon, il va se dégonfler avant que nos troupes finissent de se regrouper. C'est probable... quel était, d'ailleurs, la raison des tensions de ce coté du monde ? Allons, tu n'as rien suivi au conseil de guerre de ce matin ? Cambale a rétabli la traite des demi-hommes sur son territoire, et le retour de ce genre de commerce sur une mer limitrophe risque de provoquer des enlèvements dans nos provinces. Tu te souviens de l'affaire de Malpasset en 322 ? Diable oui... C'est vrai. Heureusement, le roi Herlon est un véritable invertébré. Il retirera bien vite son projet de loi, sans quoi... Tu as saisi. Enfin, passons au dernier ordre pour la nuit ! Au général Masséna, à Novi, avec une copie pour le général Darkalne. Qu'il mobilise la 9e brigade d'infanterie à l'Est de la chaîne du Grand Saint-Bernard, si possible discrètement. J'ai eu des renseignements quant aux mouvements de troupes du magrave Berkhein. Il aurait stationné tout un ost de cavaliers déguisés en aventuriers près des mines de Roncenoire, en violation du traité de 377. Je veux les y prendre la main dans le sac, et les faire danser un peu. Un de ces jours, il faudra que tu me donnes carte-blanche pour passer la frontière avec une ou deux divisions et aller frotter un peu le Royaume de Bersh; on sait bien que derrière le magrave, c'est bien le Prince qui sème le chaos. Répondit Pencroff. Sois tranquille, c'est prévu ! Pourquoi penses-tu que je t'ai fait descendre dans le sud avec la 5e division de dragons ? Quand Masséna aura besogné les éclaireurs de Berkhein, on en profitera pour faire le bond en avant: Darkalne avec la division de montagne et la 3e brigade de cavalerie, et toi avec la 3e division à pieds de la Garde Consulaire et tes cavaliers ! Voilà qui me plaît déjà plus ! J'ai hâte de voir à l'œuvre tes quatre nouveaux régiments de jeune garde ! Si tu sors l'artillerie lourde, je suppose que nous visons leur capitale ? j'y réfléchis toujours. Je cherche encore quelles cartes jouer là-bas. Le Prince de Bersh m'est singulièrement désagréable mais il n'est pas complètement idiot. Nous pourrions en faire un outil utile... mais bon, si tu devais le sabrer par accident, il sera aussi bien remplacé par son frère... Acheva le Consul, en se levant. Bon, c'est bien pris; je fais des copies des ordres et je fais sonner les ordonnances de service pour aller faire livrer tout ça. Des consignes particulières ? Demanda la générale Marvell. Mmh... les gendarmes de Lonval ont fait savoir que les petites routes contournant la forêt de Surelne ne sont pas sures la nuit. Fais escorter l'ordonnance que tu envoies à Lecourbe par un peloton de carabiniers à cheval. Répondit Pencroff. C'est noté, autre chose ? Non, vous pouvez aller faire un somme. Demain, après les couleurs, rendez-vous à la salle des plans reliefs pour un conseil de guerre sur la situation à Cambale. Nous y serons nombreux, ne prévoyez qu'un aide de camp et un ou deux ordonnances ! Acheva le consul, qui ramassait sur la table sa tasse de café vide. Le groupe, à ces mots, quitta la salle; où seuls restèrent les grenadiers en faction. Dans les couloirs, malgré l'heure tardive, les bougies demeuraient toutes allumées et éclairaient le balai - quoi que ralenti - des officiers et des adjoints de l'état-major qui poursuivaient inlassablement leurs tâches de nuit comme de jour. Les trois généraux, après quelques ultimes discussions sur le pas de la porte, regagnèrent leurs quartiers respectifs pour y observer quelques heures de sommeil, ou de travail dans le relatif calme de la nuit. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Pencroff Posté(e) le 3 décembre 2025 Auteur Partager Posté(e) le 3 décembre 2025 Second récit: Les hauteurs d'Albâtre Personnages mentionnés: Jihair, Suljii 32 Nérévard de l'an de grâce 386, État-Major des forces à Arcahelm, 15 heures. Perchée sur les hauteurs au sud des murailles de la haute ville, la forteresse d'Arcahelm offrait sur la basse-ville et sur les vastes mers du sud une vue imprenable. Accoudé sur les créneaux qui surplombaient la caserne, le Général Jihair observait en silence les mouvements de la foule dans les rues en contrebas, et l'agitation coutumière des après-midi de marché. - Et bien, on lambine ? L'interpella une voix familière. Le Général Suljii, qui sortait tout juste de l'escalier conduisant au toit, s'approcha à son tour de la balustrade. - Je peux bien faire une pause ? Ces entêtés de sages ont le chic pour me donner des migraines... Répondit Jihair, qui s'était retourné. - J'avoue qu'ils peuvent vite devenir envahissants... mais je préfère ces nouvelles têtes à l'ancien conciliabule de félons qui les a précédés. - Quelle a été la conclusion de cette petite entrevue ? - Rien de bien intéressant, ils aimeraient que nous levions l'embargo sur les navires du Royaume de Longley, qui était leur principal fournisseur de cuivre. - C'est tout ? Si c'est du cuivre qu'ils veulent, j'en ai fait saisir à tour de bras au comté de Dawn le mois dernier, après la capture des mines. Ils en ont tant besoin que ça ? - J'ai cru comprendre qu'ils s'en servaient pour la confection de certains de leurs outils d'alchimie. J'ai fait envoyer une missive au Consul pour trouver une solution de rechange, mais je sens que ces casses-bonbons vont me faire la pantomime pour avoir leurs fournisseurs habituels. Soupira Suljii, en croisant les bras. Un bourrasque, à cet instant, balaya la vaste coursive. Rattrapant son bicorne de justesse, le général Jihair se tourna de nouveau vers la basse-ville. - Tu t'en sors mieux que moi avec ces têtes de pioche, entre savants vous devez naturellement vous entendre; monsieur l'archéologue. D'ailleurs j'y pense: comment se passent tes fouilles à Cénaria ? Ricana Jihair, qui reposait ses coudes sur le parapet de pierre. - Et bien mon vieux, ça prend forme. Notre bon Consul et le vieux me font venir des forçats de partout pour sortir les ruines de terre et donner un peu vie à ce grand tas de sable. Depuis que je m'y suis installé, la population a pratiquement triplé; et avec la route marchande des Hespérides il y a fort à penser que ça ne fera que croître. J'étais parti là-bas pour déterrer des reliques de ruines antiques, et voilà que je me retrouve de nouveau à gérer un bled et sa populace ! Soupira Suljii, derechef. Jihair s'amusa de la complainte de son ami, dont il devinait sans mal les cernes. Entre les nombreux voyages du Nord au Sud et du Sud au Nord en passant par les conseils de guerre à Fort Herobrine et les impitoyables et permanentes manœuvres du maréchal Pencroff, il était vrai que les généraux de la Garde, à plus forte raison Suljii qui était partagé entre ses responsabilités aux antipodes de l'Empire, étaient mis à rude épreuve. - Cesse de pleurnicher va, je suis certain que Pencroff est content d'avoir de la compagnie dans le Nord et de pas y monter la garde tout seul. D'ailleurs comment il va ? - Oh tu sais, comme d'habitude: il passe le plus clair de son temps à faire pendre des contrebandiers le long des routes et à lancer ses régiments dans des exercices tous azimuts; c'est à peine si il prend le temps de passer par son château ou de prendre l'apéro à mes quartiers. La dernière fois que je l'ai vu, il revenait d'Artelois avec des traités sous le coude et une poignée de bandits attrapés sur la route. Répondit Sulji. - Tiens, en parlant de brigands, la flotte a arraisonné un navire pirate dans les eaux du sud, à quelques miles des roches de Valbont. Ils nous ont ramené le navire et son équipage au port; une trentaine d'hommes et un trésor qui vaut le détour parait-il. - Ah ? Voilà qui est bien irrégulier dans nos parages, rares sont les pirates à s'aventurer aussi près de nos ports et de la citadelle de Terre-Morne. D'où est-ce qu'ils venaient, ces touristes ? - Aucune idée, de plus au sud parait-il. Ils sont tombés sur "Le Chat Noir", une de nos corvettes de 38 canons qu'ils ont prise pour une gabare de commerce ! Ils ont vite déchanté, ces gros peintres: en voyant le drapeau noir, la corvette a viré de bord lof pour lof et leur a foncé dessus en barrant le T. Un peu plus et ils les éperonnaient franco juste pour le plaisir de les casser en deux. L'équipage du Chat Noir fait le tour des tavernes pour s'en vanter à cette heure. Répondit Jihair, qui pointait du doigt le lointain gréement d'un navire qui dépassait au dessus des toits vers le port sud. - Bah, ils ont raison. Qu'ils profitent des lauriers de la gloire, c'est pas tous les jours que la flottille du sud capture des pirates. D'ailleurs, qu'est-ce que tu comptes en faire, des forbans en question ? - Mmh... j'avoue que je l'ignore encore. Pencroff et Zorn me conseilleraient de les pendre, c'est sans doute la chose à faire mais enfin ce n'est pas très festif. Au reste, après toutes ses récentes mésaventures, je pense que la basse-ville a eu son lot d'exécutions et qu'il serait bon de limiter les vagues le temps que la vie reprenne un cours plus calme... Je pensais entre autre les envoyer à Terre-Morne, au final. - Les pauvres, je n'aimerais guère être à leur place; plutôt la corde que cet enfer... Bon, ce n'est pas tout, mais il va être l'heure ! - Déjà ? De grâce, ces réunions n'en finiront donc jamais ? - C'est la rançon de la gloire, monsieur le Marquis ! Félicitations au passage. - Moques-toi va... Quel est le sujet de cette réunion déjà ? Demanda Jihair, qui se frottait déjà les yeux. - Le commandant de notre légion de gendarmerie vient nous faire son rapport sur les opérations de douanes, ça ne devrait pas être long. En suite, le Colonel Rongier du 44e de ligne va venir présenter ses conclusions sur l'étude que tu avais demandé sur le marché de chevaux de réforme. Après ça, il me semble que ce sera au tour du Général Thudor de venir rapporter le bilan de son expédition au duché de Maldonne avec la 17e brigade. Et puis... - Assez, assez, de grâce; tu vas me déprimer. Allons-y, hâtons nous. Si nous ne terminons pas tout ça aujourd'hui, il faudra reprendre ces réunions demain ! Pas de temps à perdre. Rétorqua Jihair, qui quitta brusquement le parapet pour se diriger vers la porte de l'escalier. Sulji, en riant, lui emboîta le pas. Les deux hommes disparurent dans la forteresse, laissant derrière eux les bourrasques et l'imprenable vue. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Pencroff Posté(e) le 4 décembre 2025 Auteur Partager Posté(e) le 4 décembre 2025 Troisième récit: Braquage raté 55 Pampélune de l'an de grâce 387, Forêt de Corinthe, Frontière du marquisat de Férincs, Stendel Sur l'étroite route de terre à demi envahie par la végétation, deux cavaliers doublèrent à brides abattues le petit mont-joie de pierre, qui indiquait la proximité de la frontière. Alors que les deux hommes semblaient s'approcher de leur objectif, visiblement paniqués, un claquement bref vint mettre un terme à leur cavalcade. Blessé par le coup bien ajusté d'un mousqueton, le cheval de l'un d'eux s'écroula net, projetant son cavalier contre un arbre dans un bruyant craquement d'os. - Gaspard ! Cria son compagnon, tirant sur le mors de sa monture pour la faire freiner des quatre fers. Son cheval arrêté, il sauta à terre et se rua vers son comparse blessé. - Imbécile ! Sauve-toi ! Lui hurla ce dernier, tordu de douleur. - Pas sans toi ! Il reste que nous, on y est presque ! - Laisse-moi ! C'est foutu ! Je suis foutu, j'ai les deux jambes pétées, et des côtes aussi ! Tires-toi bordel ! - Fermes-la gasp... Un bruit, derrière-lui, le fit taire. Lentement, haletant, il se retourna et leva la tête. Devant lui, juchés sur d'imposants palefrois noirs, trois dragons de la Garde le tenaient en joue. L'un d'eux, le plus gradé sans doute, à en juger par les deux chevrons rouges ornant ses manches; prit la parole. - Assez cavalé, mes gaillards, vous êtes pris ! Gardez les mains bien en vue, et pas de bêtises ! Déclara-t-il simplement, son mousqueton pointé sur l'homme qui se tenait face à lui. - On se rend ! Je suis désarmé. Mon camarade est blessé, il ne fera rien non plus... - C'est raisonnable. Tenez, attachez-vous ensemble ! Répondit le dragon, jetant à leurs pieds une paire de menottes de fer. - Je vous dit que mon pote est blessé ! À quoi bon s'attacher ? - Bouclez-la et attachez-vous. Si je vous entends encore discuter une consigne je vous fait sauter le caisson, l'artiste. Rétorqua-t-il froidement. Visiblement convaincu, le brigand se baissa pour attraper les menottes, et se retourna vers son comparse blessé... qui semblait avoir perdu connaissance. Constatant, avec soulagement, qu'il respirait encore, il attacha une extrémité de l'entrave à son poignait, et l'autre au sien. - Voilà, vous êtes contents ? Et maintenant ? - On attend. Le reste de la patrouille ne va pas tarder. Vous nous avez bien fait courir, les autres ont eu du mal à suivre sur ces foutues routes de forêt. - Et ensuite ? - On chargera ton pote sur un cheval, et on vous ramènera à la prévôté de Port-aux-chats. Si il a de la chance, le médecin de garde arrivera à temps pour lui. Quant à toi, tu es bon pour la geôle, en attendant que le seigneur décide quoi faire de ta carcasse. - Et nos camarades ? - Si tu parles des trois canailles qui étaient avec vous à l'auberge; deux ont déjà passés l'arme à gauche, et le troisième doit finir poliment de se vider de son sang sur la dalle de la place. - Merde... quelle merde... je le sentais pas ce coup... - Fallait rester sage mon garçon, parce que sans vouloir vous vexer, aucun de vous n'avait l'air assez malin pour faire un bon criminel. Attaquer le relais de poste d'un bourg sous autorité consulaire, il faut dire que c'est singulièrement idiot. Lui asséna le garde d'un ton narquois. Un autre dragon, à cet instant, se rapprocha. - Caporal, le sergent Colson arrive avec les autres au bout du chemin ! Déclara-t-il en pointant du doigt un petit groupe de cavaliers qui venait d'apparaître au loin. - C'est pas trop tôt ! Bon, Jussieu et Loupiot, pied à terre. Relevez le blessé, et chargez-le sur ce canasson. Ordonna le caporal, en désignant du doigt le cheval valide d'un des brigands. Les deux soldats, sans attendre, démontèrent de leurs destriers et se dirigèrent vers le blessé. Empoignant vivement l'homme inerte, aidés de son complice auquel il était attaché, ils le transportèrent devant le cheval et le jetèrent sommairement sur sa croupe. Une fois les blessé en place, un des soldats attacha une longe au mors de la monture, et le second se plaça derrière le prisonnier. Le reste de la patrouille, arrivant à hauteur du petit groupe, harangua le petit groupe. - Belle prise, les gars ! J'ai bien cru qu'on allait pas les rattraper, ces deux lièvres ! S'écria le sergent Colson, visiblement amusé. - Merci sergent ! Ils ont failli nous filer entre les doigts, mais heureusement Jussieu a le compas dans l'oeil ! Il a crevé une de leurs montures en plein galop ! Répondit le caporal, désignant son camarade visiblement gêné. - Beau boulot, le jeune ! On dira ça au lieut', avec un peu de chance il te paiera un coup à boire ! Renchérit le sergent. - Au fait, vous avez eu des nouvelles du bourg depuis la mousquetade de tout à l'heure ? - Un peu, on a croisé l'escouade de Pontluçon qui revenait de la place. Les gendarmes de la préfecture y sont déjà arrivés pour faire enlever les corps des deux guignols qui y ont calanché, et le troisième a survécu parait-il, mais le toubib du dispensaire dit qu'il passera sans doute pas la nuit. Le 'pitaine est allé prévenir le marquis, qui est à la chasse à cette heure. Résuma un des soldats qui venaient d'arriver. - Survécu ? Le type qui s'est fait changer en passoire ? Il avait des trous partout le pauvre gars, comment c'est possible ? - Le toubib dit qu'aucun organe a été touché, une vraie chance de cocu... Enfin, ou pas... vu le pédigré, il va sans doute passer au rasoir, si tu vois ce que j'veux dire. Reprit le soldat. Entendant cela, le dernier brigand encore valide, qui se tenait alors auprès de son camarade blessé auquel il était attaché, intervint. - Attendez, qu'est-ce que vous voulez dire ? On a juste fauché une trentaine de pièces d'argent, vous allez pas me dire que ça vaut la potence ? Demanda-t-il, la voix tremblante. Les soldats, à cette question, se tournèrent dans sa direction, visiblement surpris par sa question. Le caporal, finalement, répondit en se grattant la tête. - Enfin, mon salaud, soit t'es pas du coin soit t'as la tête pleine d'eau tiède; tu sais où on est ici ? - On est au Nord de Stendel ? Le bled d'où on vient à l'instant c'était... Félicie, un truc du genre ? - Tout juste mon nigaud: Félicie, sur le territoire du marquisat de Férincs. C'est un des fiefs du Consulat ici, mon garçon. Chez-nous la justice, c'est fait pour séparer les proies des prédateurs: si tu viens nuire aux honnêtes gens, on te fais passer au rasoir. Toi tu t'en sortiras peut-être, parce qu'on a bien vu que tu étais pas armé et que t'as blessé personne. Avec un peu de chance, le marquis se contentera de t'envoyer expier tes fautes à Mirovitch ou à Middenheim; ou à Terre-Morne, si t'as pas de pot... Ton pote, par contre, celui qui s'est fait cribler sur la place, il est bon pour aller défiler à la caponnière. Répondit le caporal. - Et lui ? Demanda le brigand, en désignant son comparse blessé. - Pareil que toi, si vous la jouez finement, le patron vous épargnera sans doute... Tout dépendra de votre utilité. Vous faites partie d'une bande, par exemple ? Si oui, je te conseille fort de cracher tout ce que tu sais: emplacement de votre camp, nombre de complices, armement, montures... Le patron est rude, mais il est pas vache. Sois honnête et donne-nous un coup de pouce et il allégera ta peine... Par contre si tu te paie sa tête, il se fera un plaisir de séparer la tienne de ton corps. Répondit le sergent. Le brigand, un instant, se tourna vers son camarade précairement affalé sur la croupe du cheval. Rien à faire: ils étaient pris. La perspective de trahir sa bande n'avait rien d'attrayant, surtout en connaissant le châtiment réservé aux traitres... Mais d'un autre coté, les soldats de la garde semblaient plus que serieux, d'autant plus qu'ils avaient déjà abattu trois de ses complices... - Ecoutez, si y'a moyen de moyenner, y s'pourrait bien que je sache deux trois trucs... J'suis sûr qu'on peut s'arranger... Tenta-t-il. - Garde ta salive pour les pandores, canaille. Tu pourras vider ton sac une fois à la gendarmerie, je voudrais pas leur piquer leur boulot et tu vas voir: les interrogatoires, c'est leur spécialité. Répondit le caporal. Le sergent, à ces mots, regarda le soleil qui déclinait lentement au dessus de la cime des arbres. Levant le bras, il coupa court à la discussion. - Les gars, c'est pas qu'on est pressés, mais on a un peu de chemin. Tâchons de ramener ces deux lièvres rapidement avant que le lieut' s'inquiète et envoie une battue à nos trousses. Jussieu, comme c'est ta prise, c'est à toi de surveiller les prisonniers ! Loupiot, tu chevauche bien derrière lui. Garmont et Chaulieu, vous passez devant pour éclairer la route. En colonne par un, homme de base et à suivre, en avant ! Sur ce simple ordre, sans attendre, la petite troupe se mit en branle au pas; en direction de Férincs. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Pencroff Posté(e) le 11 décembre 2025 Auteur Partager Posté(e) le 11 décembre 2025 Quatrième récit: Le pont de Tahure Personnages mentionnés: MrFalcar (personnage secondaire "Tristan Falcar" différent du Roi de Simurgh) 35 Cidélia de l'an de grâce 387, 14 heures, Rives du Rubicon, Bourg de Tahure, Préfecture de Tolwhig, Dans un grand "plouf" comique, visiblement déséquilibré par une force inconnue, le capitaine Sanson tomba en arrière dans les eaux pourtant calmes de la rivière. Assis dans la vase, l'eau à la taille, il pesta brièvement avant de se relever. - Alors Sanson, tu as trop chaud, peut-être ? Tu piques une tête ? Se moqua un officier depuis la rive. - Tais-toi donc ! J'ai marché sur un truc mou... je crois que c'était un poiscaille. Répondit le capitaine. Resté au sec à quelques mètres de là, pris jusqu'alors par de savants calculs, le colonel Falcar leva les yeux en direction des deux hommes. - Cessez un peu de faire les idiots, voulez-vous ? Et dites-moi plutôt quelle profondeur vous avez. Demanda-t-il d'un ton qui, malgré son sourire, se voulait sérieux. Trempé, son pantalon tâché de vase, le capitaine fouilla un instant devant lui pour repêcher la grande barre graduée qu'il avait perdue dans sa chute. Posant l'imposante règle à ses pieds, il se pencha pour y relever le niveau de l'eau sur sa position. - Ici, j'ai environ quarante centimètres, mon Colonel. Deux mètres plus loin dans le lit, on tombe déjà à un mètre soixante-cinq. La profondeur au centre de la rivière était de quatre mètres. Répondit-il. - bon, c'est bien; il n'y aura pas à faire de grand détour avec la route pour traverser. Reste à s'assurer de la nature du sol sous le lit de la rivière, mais nous devons nous trouver largement sur la grande plaque de granit de l'ouest Tolwhigien. L'édifice aura des bases solides, l'endroit est tout indiqué ! Déclara le Colonel en repliant son cahier. Un geste bref de sa part indiqua au capitaine Sanson qu'il pouvait regagner la rive pour s'y sécher. Un autre geste, en direction de la troupe cette fois, invita auprès de lui la petite poignée de sapeurs, de pontonniers et d'ouvriers du génie qui attendaient au bord du chemin comme des écoliers en classe verte. - Bien, messieurs, ne perdons pas d'avantage de temps. La route qui enjambera bientôt cette rivière doit être prête pour l'ouverture de la grande foire de Saulême, ce qui nous laisse trois semaines. L'ouvrage lui-même doit être achevé sous quinze jours. Commença-t-il. Un sergent, contremaître aux pontonniers, s'avança en tirant sur sa moustache. - Mon Colonel, pour monter l'échafaudage de part et d'autre de la rivière, il nous faudra déjà trois jours ! Au reste, il nous sera difficile de poser des caissons pour isoler les piles du pont avec quatre mètres de profondeur ! S'inquiéta-t-il. - N'ayez crainte, c'est prévu. J'ai d'ores et déjà dépêché le Commandant Burgos en amont de notre position pour établir une déviation temporaire du cours de la rivière. Cela va inonder quelques plaines, mais le niveau de l'eau va baisser de moitié ici. Répondit le Colonel Falcar, en désignant sur la carte l'endroit où allait être installé le barrage temporaire. Le sergent, bien que visiblement satisfait de cette réponse, s'interrogea encore. - Cela n'est-il pas risqué, d'inonder les plaines ? Le coin n'est peuplé, mais un chasseur ou un berger en bivouac pourrait s'y laisser prendre... - Ne vous en faites pas: les gendarmes de la préfecture ont fait le tour des fermes avant-hier pour avertir les locaux. Le Commandant Burgos a aussi pour consigne de surveiller de près la montée des eaux sur place. Au reste, cela aura le mérite d'inonder toutes les grottes et cavernes souterraines des environs et d'y noyer les rares gobelins qu'y peuvent encore s'y terrer. Acheva Falcar. Cette parenthèse terminée, aux ordres du capitaine Sanson qui avait rejoint le groupe, les ouvriers se mirent au travail. Au loin, déjà, apparaissaient en colonne les premières charrettes porteuses des grandes pierres de calcaire et de granit blanc destinées à former le nouvel ouvrage. Le Colonel, de son coté, regagna sa monture où l'attendait déjà son second. - Nous en avons terminé ici pour aujourd'hui. Quelle est notre prochaine étape ? Demanda-t-il, en montant en selle. - Nous sommes attendus par le sous-préfet au hameau de Brives, pour y préparer le forage d'un puits le mois prochain. Après cela, nous devons retourner à Tolwhig avant la nuit pour y rencontrer l'ingénieur Payne qui doit vous présenter ses nouveaux plans pour l'aqueduc de Malherbe. - Diable, nous allons encore nous coucher tard... Ce Payne est agaçant, à n'être pas capable de fournir des plans corrects du premier coup. Je suppose que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même pour avoir voulu choisir un ingénieur civil. Si ses plans ne sont pas satisfaisants cette fois, nous en changerons. Autre chose au programme ? - Non mon Colonel. Rien d'autre aujourd'hui. Demain, comme prévu, départ à 6 heures pour le refuge de Pan en compagnie du Lieutenant-Colonel Lauriston et du Commandant Blein. J'ai déjà fait affréter un coche, tout est en ordre. - Bien. Nous pourrons dormir sur le trajet, tant que Lauriston ne se remet pas à ronfler comme un boeuf. En route ! Termina-t-il, en piquant sa monture du pied. Suivant la route qui longeait la rivière, les deux hommes prirent le chemin de Brives. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Pencroff Posté(e) le 11 décembre 2025 Auteur Partager Posté(e) le 11 décembre 2025 Cinquième récit: Le retour d'Ulysse Personnages mentionnés: 50 Holevent de l'an de grâce 387, 11 heures, Bourg de Ronoa, Préfecture du Refuge de Pan. Vingt ans. Vingt années s'étaient écoulées depuis son départ du village. Vingt années sous les armes, à marcher de campagne en campagne, de garnison en garnison, de guerre en guerre... et de guerre, après vingt ans, il était las. Du haut de ses trente-huit ans, le sergent-major Sentenac avait parcouru bien des sentiers, combattu dans bien des batailles, vu plus d'homme être arrachés à la vie qu'il n'en avait jamais connu de vivants, et plus d'une fois frôlé lui-même la mort. Et puis, auréolé de la gloire des guerriers, ayant accompli plus que ce que son honneur de garde lui avait commandé, il avait fini par se languir de son clocher. Dans les longues nuits mélancoliques des casernes en temps de paix, il s'était pris à rêver de son village, de sa province, de ses parents qui vieillissaient à la ferme... Son devoir, plus d'une fois, il l'avait accompli. Il savait que, fort de ses campagnes et de ses citations, il était éligible à une "décharge honorable", procédure permettant à un garde honorablement distingué d'être déchargé de ses obligations militaires et rendu à la vie civile en étant versé dans un bataillon de réserve. Après une longue hésitation, partagé entre son mal du pays et la peur de quitter son régiment qui était devenu tant son foyer que son premier cercle d'amis, il avait finir par se décider. En Mériola, il avait officiellement déposé sa demande auprès de son chef de corps, qui l'avait transmise à l'inspection générale de l'armée pour qu'elle soit présentée en commission. un mois plus tard, dans le courant du mois de Cidélia, il avait reçu la réponse positive: il ne lui restait plus alors que deux mois de service. Ces deux derniers mois s'étaient écoulés à une vitesse effroyable. À peine avait-il eu le temps d'annoncer et de fêter son départ qu'il fallut faire ses adieux aux troupes d'active sur la place d'arme de la caserne. Deux semaines de voyage plus tard, cheminant de bourg en bourg à bord d'une diligence de poste, il était enfin arrivé à destination. Devant lui, en contrebas de la grand route, s'étendant dans tout le vallon, le bourg de Ronoa lui tendait les bras. Après une brève pause passée à chercher ce qui avait changé dans le paysage depuis sa dernière permission, il s'était lancé sur le chemin d'un pas lent, semblant presque manquer d'assurance, déambulant comme un enfant perdu sur le retour de l'école. Plusieurs fois, il croisa des villageois qui, reconnaissant l'uniforme, lui adressèrent de chaleureuses salutations. Les enfants du bourg, pour qui le retour d'un soldat était toujours un événement mémorable, ne tardèrent pas à le suivre en posant mille-et-une questions auquel il s'évertua de répondre avec maladresse. traversant la place, il y croisa le vieux prêtre qui, à son départ aux armées, lui avait donné le sacrement des volontaires. Il croisa l'apothicaire, qui n'était d'autre qu'un de ses vieux camarades d'école buissonnière, et la boulangère du bourg qui avait été, le temps d'un été, sa prime amourette. et puis, enfin, au bout de la dernière rue, il trouva la maison de son enfance; la longère de pierre grise de ses parents. Arrivé devant la porte de chêne, il s'y arrêta un instant, songeur, avant de la délaisser pour contourner la bâtisse. De l'autre coté, dans le jardin duquel seule le séparait une modeste clôture, il aperçut sa mère, agenouillée devant un plan de tomates, les mains dans la terre. Puis, de sa droite, à la fenêtre du logis, une voix émue l'interpella. - Martin ? C'est toi ? Tournant la tête, soudainement envahi par l'émotion, le sergent répondit. - C'est moi, papa; je suis de retour. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Pencroff Posté(e) le 15 décembre 2025 Auteur Partager Posté(e) le 15 décembre 2025 Sixième récit: La fièvre des dunes Personnages mentionnés: 55 Radévard de l'an de grâce 387, Dispensaire Consulaire, Préfecture de Cénaria, - Est-grave, docteur ? - Pas d'inquiétude, ce n'est qu'une "fièvre des dunes". Cela peut durer quelques jours, mais c'est tout à fait bénin. Répondit le médecin, en rendant à sa mère le bambin qu'il venait d'ausculter. - Veillez à ce qu'il reste bien hydraté, et à lui donner chaque jour l'infusion que je vais vous prescrire. Poursuivit-il. - Mon dieu, quel soulagement ! J'étais morte d'inquiétude... voilà deux jours que la fièvre ne baissait pas, j'ai cru qu'il avait attrapé quelque chose de mortel... La mère, qui s'était rassise avec son enfant, poussa un long soupir. Partis tous deux une semaine plus tôt du royaume de Hautelandes, ils avaient traversés les collines de Courbeterre, les forêts de Runemont et de Felsteris, et le fameux désert des espérides avec une des nombreuses caravanes marchandes qui abondaient sur les routes menant aux terres de l'empire. Pendant ce long périple, sans doute épuisé par un sommeil inconfortable et des repas plus que lacunaires, le pauvre enfant était tombé malade, au désespoir de sa pauvre mère. La caravane n'emportant pas de médecin, les braves marchands avaient fait de leur mieux pour tenter de le guérir, mais rien n'y avait fait. Leur dernier espoir, dès lors, avait été d'atteindre la frontière et surtout la préfecture de Cénaria; dont ils savaient qu'elle était équipée d'un dispensaire militaire. Arrivés, enfin, à destination; les gendarmes de la préfecture leur avaient indiqué l'hospice le plus proche. Rattaché au Commissariat des Affaires Intérieures du Consulat et placé sous la tutelle du Baron-Préfet de Cénaria, ce modeste dispensaire - un des deux que comptait la préfecture - était tenu par un médecin-major, le Capitaine Bordache, et par un médecin-aide-major, le Lieutenant Rubens. Avec eux officiaient un sous-lieutenant médecin-stagiaire, un adjudant infirmier-principal, deux sergents infirmiers ainsi qu'un médecin et deux infirmiers civils. Première structure médicale accessible depuis la route des Espérides, il était rare que le dispensaire désemplisse de patients, aussi s'y bousculait-t-on presque pour y obtenir une consultation gratuite qui rendait le service imbattablement attractif. Ainsi, quand le Lieutenant Rubens en eut fini avec la jeune mère et son garçonnet, un nouveau patient s'engouffra-t-il en trombe dans le petit cabinet. Fermant la porte derrière son visiteur, le médecin n'eut pas le temps de se retourner que l'homme, tordu par de terribles spasmes, s'écroula sous le sol. - Infirmier ! S'écria le médecin, qui se penchait déjà vers le malade pour prendre son pouls à ses deux poignets. Ayant entendu l'appel, le sergent Colson entra en trombe. - Que se passe-t-il, mon lieutenant ? - Celui-là brûle de fièvre, il en est pris de convulsions. Allez vite chercher des draps trempés, nous allons faire descendre sa température. Le sergent, sans attendre, s'élança hors de la pièce. Le médecin, au même instant, découvrit à la hâte le pauvre homme de ses vêtements, et tenta en vain de le faire parler. N'obtenant que des grognements plaintifs, il examina ses pupilles, dont il s'aperçut qu'elles étaient asymétriquement dilatées. Cette découverte fut suivie par une autre tout aussi inquiétante: la poitrine de l'homme était couverte de plaques rouges de tailles disparates. Le diagnostic était sans appel: une piqûre de Scorpens, sorte de lézard aux pattes d'arachnide et au dard acéré bien connu du désert Nord-Stendelien, et dont le venin était à la fois incurable et mortel. Quand le sergent Colson regagna le cabinet, il trouva le médecin auprès du patient, l'air résigné. - Voici des draps et une bassine d'eau, mon lieutenant. - C'est inutile. Il a été piqué par un Scorpens. Voyez l'écume au bord de ses lèvres et la façon dont ses bras se rétractent ? Le cerveau de ce malheureux a dû enfler au point qu'il soit en train de chercher à s'échapper par la jonction entre sa crâne et sa colonne. Ce type-là est foutu. Prévenez les gendarmes, que l'on fasse relever son identité, et allez le poser sur un lit de campagne dans la salle de repos. D'ici une heure, il aura lâché la rampe. Répondit le médecin, allumant nonchalamment sa pipe. Sans manifester de grande surprise, l'infirmier se retira, pour revenir accompagné par un second infirmier porteur d'une civière. Évacuant le mourant, ils cédèrent la place à une nouvelle patiente, qui s'attarda un instant pour regarder partir le malheureux sur son brancard. Quand elle fut enfin rentrée dans le cabinet, et que le médecin eut fermé la porte derrière elle, la jeune femme vint prendre place dans le fauteuil qui faisait face au bureau. - Alors, dites-moi donc, la Margot. Amorça le médecin, s’asseyant à son tour. - Ma foi, comme d'habitude, docteur ! Répondit simplement la jeune femme. - Encore ? Il va falloir que vous changiez de gamme de clients, sans quoi cela va vraiment finir par nuire à votre santé ! - Que voulez-vous que je vous dise... Les marchands qui voyagent loin ont souvent le coeur vide et les poches pleines ! C'est un public honorable, et plus rentable que les soldats... - Certes, mais à force de traîner sur les routes, ces lascars-là attrapent et véhiculent tout et n'importe quoi ! Un de ces jours, vous finirez par attraper une cochonnerie qu'on ne saura pas soigner ici... - Et bien ce sera pas ma veine, c'est les risques du métier... Vous-en faites pas pour moi ! - C'est votre affaire, la Margot. Tenez, voilà le même traitement que la dernière fois. Essayez de prendre un ou deux jours de repos, histoire de pas me contaminer toute la garnison ! Si j'apprends que vous louchez sur les permissionnaires, je vous fait mettre en quarantaine ! Plaisanta le médecin, qui tendait devant lui plusieurs pochettes de papier remplies d'infusions médicinales. Une fois son traitement en poche, la jeune femme se leva, exécuta une révérence théâtrale, et se retira. Elle ne fut, cette fois, pas remplacée par un nouveau patient. Le sergent Colson, qui attendait à la porte que le cabinet soit libéré, passa simplement la tête dans la pièce en se tenant au mur. - Mon lieutenant, le sous-lieutenant Kerveguen est arrivé pour prendre la garde de nuit ! Vous pouvez rentrer ! Annonça-t-il simplement. - Bien, je ne vais pas tarder. Comment se trouve le patient qui a été piqué par le scorpens ? - Il a cessé de gémir, mon lieutenant. Je pense qu'il en a plus pour longtemps. - Avez-vous fait prévenir l’aumônier ? - Il est à son chevet, mon lieutenant. - Bien. Je vais rester un peu, ça ne peut pas nuire... Acheva le médecin qui, ayant quitté son siège, se dirigea vers la porte. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
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