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[Objet unique] Totem of Undying


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Candidature item unique : totem of undying
 

Je me permets de vous soumettre aujourd'hui une candidature un peu spéciale. Mon objectif est d'obtenir l'autorisation de commercialiser un item unique aujourd'hui indisponible : le totem d'immortalité (Totem of Undying).

 

Le constat : 

 

À l'heure actuelle, le totem est une ressource impossible à obtenir pour les joueurs, et ce pour deux raisons :

  • Le / les manoirs sont épuisés : le / les rares manoirs présents sur la map Novum ont déjà été entièrement pillés.
  • Les raids sont bloqués : le serveur étant configuré en difficulté "facile", il est techniquement impossible de déclencher des raids au niveau maximal, qui sont pourtant la seule source pour farmer des évocateurs (et donc de totems).

À mon sens cela pourait plaire aux joueurs qui ont des projets d'envergure ou qui aiment les explorations risquées qui aimeraient bénéficier de cet item.

 

Ma Proposition :

 

Loin de moi l'idée d'inonder le serveur de totems cheatés qui détruiraient tout enjeu de survie. Je propose de l'introduire de manière très encadrée et purement "Vanilla" :

  • Item brut : le totem sera vendu sans aucun enchantement supplémentaire.
  • Nom : totem mystérieux
  • Description (lore) : « Une étrange magie anime ce totem »
  • Le prix : j'ai du mal à l'imaginer en dessous d'une centaine de PAs. J'attends cependant de pouvoir en discuter avec les membres du staff qui s'occupent de ce genre de candidature.

Préambule roleplay

Divulgacher

Je remercie sincèrement le peu de personnes qui prendront le temps de lire ce récit ; il s'agit, à mon sens, de l'histoire la plus complète et qui m'a pris le plus de temps à écrire. Celle-ci est dans ma tête depuis que je suis commerçant ; l'écriture a commencé en 2020, puis a été reprise en 2023 et achevée cette année. Il s'agit d'un épisode hors-série de mon personnage prenant place à la suite de la campagne de KelDaer et de la prohibition de la magie noire.
 

Vous retrouverez ici des inspirations de différents « roleplay » et d'œuvres médiévales-fantastiques ; je n'ai pas la prétention d'être un grand conteur d'histoires. Certaines tournures de phrases sont inspirées des « roleplay » de mes proches, Pencroff, Ghideon, Thalkion etc. Qui demeurent bien plus experts que moi en la matière.

Je souhaite aussi être transparent avec vous : certaines phrases ont été générées par intelligence artificielle lorsque l'inspiration venait à me manquer. Cependant, je vous l'assure, celles-ci furent retravaillées et ne sont pas nombreuses ; je pense qu'il s'agit de moins de 200 caractères sur l'intégralité du récit. Bonne lecture.

 

 

AU-DELÀ DES CARTES

 

Divulgacher

Chapitre I La rumeur et le serment

L'an 194 du Calendrier Erachien. La Garde Volontaire venait tout juste d'entamer ce que les chroniques allaient bientôt appeler la Prohibition de la magie noire une campagne de grande envergure visant à démanteler les cercles de mages obscurs qui pullulaient aux marges de l'Empire de Stendel depuis des décennies. Les ordres étaient clairs : identifier, neutraliser, archiver. Pas d'excès, pas de spectacle. Une guerre propre, menée dans l'ombre.

Le lieutenant-colonel Jihair Glavalis, fraîchement revenu du théâtre de Kel'Daer où il avait tenu pendant deux ans sans jamais plier, s'était vu confier la coordination des opérations dans le secteur occidental. Une belle promotion sur le papier. Dans les faits, cela signifiait surtout beaucoup de rapports à rédiger, beaucoup de réunions à endurer, et une accumulation de rumeurs que les agents de terrain faisaient remonter sans jamais pouvoir les vérifier.

Ce soir-là, dans une taverne de Stendel où il avait l'habitude de prendre ses repas loin du vacarme du Fort, il en entendit une nouvelle. Pas des agents, cette fois. D'un Chevalier.


 

Stalroc était attablé seul, une carte dépliée devant lui, un pichet de bière brune à portée de main. Il avait l'air de quelqu'un qui réfléchit à voix haute sans ouvrir la bouche un talent que Jihair lui avait reconnu lors de leur première expédition commune. Le chevalier leva les yeux au moment où l'officier approchait.

Jihair. Tu as une tête à ne pas dormir depuis trois jours.

Et toi une tête à préparer quelque chose que tu n'as pas encore eu l'autorisation de faire.

Stalroc sourit et ramena la carte vers lui, la faisant pivoter pour la mettre à l'endroit depuis le point de vue de son interlocuteur. Jihair prit place en face de lui sans y avoir été invité vieille habitude entre eux.

Tu vois cette zone, là ? demanda le chevalier en posant le doigt sur une étendue blanche à l'ouest, là où les lignes d'encre s'arrêtaient net, laissant place au vide du parchemin vierge. Au-delà du col de des palantons. Hors carte.

Je vois du papier blanc.

Exactement. Et pourtant, depuis quatre semaines, j'ai croisé trois voyageurs distincts un marchand, un herboriste, un déserteur qui ont tous mentionné la même chose. Un temple. Ancien. Très ancien. Pas répertorié dans les archives de Stendel, pas dans celles de Simurgh, pas dans les livres de la grande bibliothèque.

Et ?

Et il serait de nouveau ouvert. Des gens auraient réussi à l'atteindre. On raconte qu'ils en sont revenus... changés. Le mot qui revient dans les trois témoignages est le même : une seconde vie.

Jihair resta silencieux un moment. Ce genre de formule, dans le contexte de la Prohibition, n'était pas anodine. Les mages noirs avaient justement pour marque de commerce de promettre l'impossible la résurrection, le renouveau, la conquête de la mort pour enrôler des adeptes. Un temple hors carte, hors archives, proposant une seconde vie à qui saurait le trouver : c'était exactement le genre de piste que ses agents auraient dû creuser.

C'est une affaire qui me concerne officiellement, dit-il après un long silence.

Je m'en doutais.

Et c'est toi qui vas m'y emmener.

Je m'en doutais aussi.

Stalroc referma la carte et la glissa dans sa besace. Jihair commanda à manger. Ni l'un ni l'autre n'évoqua la possibilité de ne pas y aller.

Le lendemain matin, avant que le Fort ne soit pleinement éveillé, Jihair fit déposer sur le bureau du général Pencroff une note laconique : mission d'investigation terrain, secteur occidental, durée indéterminée, rapport à suivre. Il n'attendit pas la réponse. Il savait que Pencroff comprendrait. Il savait aussi que Pencroff ne serait pas vraiment surpris.

Ils partirent à l'aube, chacun sur sa monture, avec deux semaines de vivres, leurs armes, et pour seul plan la carte incomplète de Stalroc pointant vers du vide.


 

Chapitre II La route qui use les bottes et les silences

Jour 3 Les contreforts du col de des palantons

La route vers l'ouest était d'abord agréable. Les terres cultivées de la plaine de Stendel cédaient progressivement la place à des forêts de chênes et de hêtres dont les feuilles roussissaient avec les premières fraîcheurs d'automne. Les villages s'espaçaient. Les charrettes se faisaient plus rares. Et le silence, qui n'avait d'abord été qu'une toile de fond confortable, commençait à prendre du volume.

C'est Stalroc qui le brisa, le troisième soir, tandis qu'ils installaient leur campement au pied d'un éperon rocheux offrant un abri naturel contre le vent. Jihair s'occupait du feu avec la même méthode qu'il appliquait à tout le reste méthodique, efficace, sans gestes superflus. Stalroc, lui, avait déjà sorti de quoi manger.

Tu as toujours fait ça ? demanda le chevalier en tendant une tranche de pain et du fromage sec.

Fait quoi ?

Le feu. D'abord les pierres pour couper le vent. Ensuite l'amadou au centre. Les petites branches avant les grosses. Toujours dans le même ordre.

Jihair prit la nourriture sans lever les yeux de sa tâche.

À Kel'Daer, le feu c'était la différence entre tenir la nuit et ne pas la tenir. On dormait à même la roche, dans un froid à figer le sang. J'ai appris à ne jamais bâcler l'étape du feu.

Kel'Daer. Tu n'en parles jamais vraiment.

Il n'y a pas grand chose d'agréable à raconter.

Je ne t'ai pas demandé quelque chose d'agréable.

Le silence revint, mais différent cette fois. Jihair finit d'alimenter les flammes, s'assit sur son paquetage et regarda le feu un moment avant de parler.

On était trois cents. Cavalerie et infanterie mélangées, ce qui n'était déjà pas une bonne idée dans ce terrain. Les forces démoniaques ne chargeaient pas comme une armée normale elles surgissaient, de nuit surtout, depuis des directions impossibles à anticiper. On a perdu un tiers des hommes le premier mois. Pas dans un grand combat. Dans des embuscades. Des petites saignées quotidiennes qui t'épuisent plus sûrement qu'une bataille franche.

Comment tu as tenu ?

En dormant peu. En ne laissant jamais mes hommes voir que j'avais peur. Et en faisant très bien le feu.

Stalroc rit un rire vrai, pas poli. Jihair esquissa quelque chose qui ressemblait à un sourire, ce qui, pour ceux qui le connaissaient, valait une déclaration d'amitié.

Jour 6 La forêt de Brévan

Le sixième jour, la route cessa d'en être une. Elle se réduisit à un sentier, puis à une trace, puis à rien. Ils avancèrent à travers une futaie dense dont les arbres, très vieux, avaient des troncs plus larges que deux hommes côte à côte. La lumière filtrait à peine. Leurs montures ralentissaient d'elles-mêmes, comme si la forêt leur imposait son propre rythme.

C'est là que l'attaque eut lieu.

Jihair l'entendit avant de le voir un froissement de feuilles trop précis pour être le vent, un craquement de branche au sol venant de trop près. Il porta la main à son épée sans faire de geste brusque.

Stalroc.

J'ai vu.

Trois silhouettes émergèrent des arbres sur leur gauche. Des bandits de grand chemin, mal équipés mais déterminés. Le premier tenait une arbalète chargée. Les deux autres brandissaient des lames courtes. L'homme à l'arbalète cria quelque chose qui ressemblait à un ordre déposez les armes, descendez des montures, le discours habituel.

Jihair descendit de cheval. Pas parce qu'il obéissait. Parce qu'il préférait se battre à pied.

Ce qui suivit fut bref. L'homme à l'arbalète n'eut pas le temps de tirer Jihair avait traversé la distance qui les séparait avec une rapidité qui contrastait violemment avec sa posture habituelle de calme absolu. Le tireur se retrouva désarmé et au sol avant d'avoir compris ce qui se passait. Stalroc gérait les deux autres avec la fluidité d'un chevalier qui a passé des années à faire exactement cela deux échanges, deux hommes à genoux, pas un mort.

Le tout avait duré moins d'une minute.

Tu t'es fait peur ? demanda Stalroc en rengainant.

Non. Toi ?

Haha. Non.

Ils ligotèrent les trois hommes à un arbre avec des instructions pour rejoindre la prochaine garnison impériale dès qu'ils seraient libres Jihair leur laissa un couteau à portée de main pour qu'ils puissent se défaire de leurs liens, mais assez loin pour que ça prenne du temps. Un compromis entre la justice et l'humanité qu'il avait appris à calibrer au fil des années.

Jour 9 Le bivouac de la rivière Grise

Le neuvième soir, ils trouvèrent un endroit idéal pour camper : un méandre de rivière où l'eau était claire et le courant calme, une berge herbeuse protégée par des saules, et assez de bois mort pour alimenter un feu confortable sans avoir à chercher loin. Ils montèrent le camp avec la coordination silencieuse de deux hommes qui commençaient à savoir ce que l'autre allait faire avant qu'il le fasse.

La nuit était douce pour la saison. Jihair s'était accordé le luxe rare de retirer son plastron pour la soirée. Stalroc, allongé sur son manteau les yeux vers le ciel, avait l'air de quelqu'un qui a une question depuis longtemps.

Pourquoi tu es resté dans la Garde ? demanda-t-il finalement. Après Kel'Daer. Tu aurais pu raccrocher. T'installer. Beaucoup l'auraient fait.

Jihair prit le temps de sa réponse, comme toujours.

Parce que je ne sais pas faire autre chose. Pas dans le sens où je serais incapable de labourer un champ ou de tenir un commerce. Mais dans le sens où ce que je fais dans la Garde protéger, tenir, permettre aux autres de vivre sans avoir à regarder derrière eux c'est la seule chose qui me semble avoir du sens. Si je pars, quelqu'un prend ma place. Et cette personne sera peut-être moins bonne que moi. Ce n'est pas de l'arrogance. C'est juste un calcul.

Un calcul. Tu parles de ta propre vie comme d'une équation.

Et toi tu parles de la tienne comme d'une saga. Aucun de nous deux n'a forcément tort.

Stalroc rit de nouveau. Plus doucement cette fois, le genre de rire qui vient quand on reconnaît une vérité qu'on n'avait pas formulée soi-même.

Ma femme dit la même chose. Que je transforme tout en épopée.

Elle a raison. C'est pour ça que tu es difficile à suivre en expédition tu charges quand tu devrais attendre, tu attends quand tu devrais charger, et tu prends les décisions avec ton instinct plutôt qu'avec ta tête.

Et pourtant tu es là.

Et pourtant je suis là.

Le feu crépita. La rivière coulait. Quelque part dans les arbres, un oiseau nocturne chantait quelque chose qui ressemblait à une question sans réponse.

Jour 12 Le col de des palantons

Le douzième jour, ils atteignirent le col. C'était un passage étroit entre deux épaules de roche grise, battu par un vent constant qui sentait la neige malgré la saison. La carte de Stalroc s'arrêtait ici au-delà, le parchemin était blanc.

Ils s'arrêtèrent un moment au sommet, côte à côte sur leurs montures, regardant ce qui s'étendait devant eux. Une vallée vaste et inconnue, couverte d'une forêt plus sombre que celle qu'ils avaient traversée, traversée par une rivière qu'aucune carte ne nommait. Pas de routes visibles. Pas de fumée de village. Juste du territoire que personne n'avait jugé utile de cartographier.

À partir d'ici, dit Stalroc, on suit les rumeurs.

À partir d'ici, dit Jihair, on double la vigilance.

Ils descendirent dans la vallée inconnue.


 

Chapitre III Fohaison, le village au bout du monde connu

Ils le virent au quatorzième jour, en fin d'après-midi, alors que la lumière rasante donnait aux arbres des ombres allongées et orangées. Un village. Petit, peut-être une trentaine de maisons, blotti dans un creux de la vallée comme s'il cherchait à se faire oublier du reste du monde. Pas de remparts, pas de garnison visible. Une église en pierre grise dont le clocher penchait légèrement sur la gauche, signe que personne n'avait jugé urgent de le redresser depuis un bon moment.

Ils approchèrent au pas, sans se presser, dans la posture neutre de voyageurs ordinaires ce qui était un effort conscient pour Jihair, dont la carrure et la façon de tenir sa monture trahissaient le militaire à cent mètres à la ronde.

Le village s'appelait Fohaison. Ils l'apprirent d'un gamin d'une dizaine d'années qui les regarda passer depuis le seuil d'une maison avec la curiosité sans filtre de ceux qui ne voient pas souvent d'étrangers. Stalroc lui lança un sourire et une question sur la taverne la plus proche. Le gamin indiqua une bâtisse au centre du village sans même hésiter il y avait là une facilité dans le geste qui suggérait que tout le monde finissait par poser cette question.

La taverne de Fohaison avait pour seule enseigne un morceau de bois grossièrement sculpté en forme de corbeau cloué au-dessus de la porte. L'intérieur était sombre, enfumé, et occupé par une petite dizaine d'hommes qui s'arrêtèrent de parler exactement au moment où Jihair et Stalroc passèrent le seuil.

Pas d'hostilité ouverte. Juste cette suspension particulière qui arrive dans les petits endroits isolés quand des visages inconnus entrent sans prévenir. Stalroc commanda deux bières en souriant comme si de rien n'était. Jihair choisit une table dos au mur et face à la porte, ce qui lui était aussi naturel que de respirer.

Les conversations reprirent progressivement, mais à voix plus basse qu'avant leur arrivée.

Ce fut la tavernière une femme d'une cinquantaine d'années aux yeux vifs et aux mains habituées au travail qui leur apporta leurs chopes et déposa sur la table, sans qu'on lui ait rien demandé, un bol de ragoût chaud. Geste généreux, ou façon d'entamer la conversation. Probablement les deux.

Vous venez de loin, dit-elle. Pas du coin.

De Stendel, répondit Stalroc. On cherche un endroit dont on a entendu parler. Un temple, dans la région. Ancien. Vous connaissez ?

Le silence qui suivit cette question fut d'une qualité différente du premier. Celui-là était délibéré. La tavernière ne répondit pas immédiatement. Elle s'essuya les mains sur son tablier, jeta un coup d'œil bref vers le reste de la salle pas vers quelqu'un en particulier, juste un coup d'œil général, comme pour prendre la température.

Tout le monde connaît, dit-elle enfin à voix basse. Ici, on essaie surtout de l'oublier.

Jihair posa ses coudes sur la table. Son ton ne changea pas d'un cran, mais son regard se fit plus attentif.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

La femme hésita encore. Puis elle prit une chaise, s'assit à leur table comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, et commença à parler d'une voix qu'elle gardait à peine audible pour le reste de la salle.

Le temple est là depuis toujours. Aussi longtemps que le village. Les anciens disaient qu'il ne fallait pas s'en approcher pas parce qu'il était dangereux, mais parce qu'il dormait. Un lieu de puissance, d'une époque révolue. Il y a six mois, quelque chose a changé. On a commencé à entendre des choses, la nuit. Pas des bruits menaçants. Presque... une mélopée. Comme si quelqu'un chantait très loin. Et puis les gens ont commencé à venir.

Venir d'où ? demanda Stalroc.

De partout. Des inconnus. Certains malades, certains vieux, certains qui avaient l'air simplement... brisés, d'une façon ou d'une autre. Ils traversaient le village sans s'arrêter ou presque, les yeux fixés vers la montagne. Et certains sont revenus.

Revenus comment ?

Elle prit une inspiration lente.

Différents. Pas guéris exactement. Transformés. Un homme est passé ici il y a deux mois il boitait depuis un accident de jeunesse, une jambe plus courte que l'autre. Il est revenu dix jours plus tard. Il marchait droit. Il ne parlait presque plus. Il avait les yeux d'une couleur que je ne lui connaissais pas. Il a bu un verre, il a laissé une pièce sur le comptoir, et il est reparti sans un mot.

Jihair et Stalroc échangèrent un regard.

Et ceux du village ? demanda Jihair. Certains y sont allés ?

La tavernière baissa les yeux.

Trois. Mon voisin et ses deux fils. Ils sont partis il y a trois semaines. On les attend toujours.

Le silence qui suivit cette phrase était d'un poids différent de tous les autres silences de la journée. Dehors, le vent se levait sur la vallée inconnue. Quelque part dans les hauteurs, au-delà de Fohaison, au-delà des cartes de Stendel, un temple attendait.

Et il chantait.

Chapitre IV La forêt qui respire

La tavernière de Fohaison leur avait indiqué la direction à voix très basse, comme si nommer le chemin risquait d'être entendu par quelque chose. Plein nord depuis le village, longer la lisière de la forêt jusqu'à ce que les arbres changent. Ils sauraient, avait-elle dit. Ils sauraient quand ils y seraient.

Elle n'avait pas eu tort.

La forêt commença normalement des hêtres, des charmes, la végétation ordinaire d'une vallée de montagne à l'automne. Puis, progressivement, sans qu'on puisse en identifier le moment exact, quelque chose se modifia. Les arbres devinrent plus hauts, leurs troncs plus larges, leur écorce plus sombre. Les branches au-dessus d'eux se rejoignaient en une voûte si dense qu'elle absorbait presque toute la lumière du jour. Le sol, couvert d'un humus épais et humide, étouffait le bruit de leurs pas. Leurs chevaux refusèrent d'avancer au bout d'un quart d'heure pas de façon brutale, mais avec la résistance tranquille et irrévocable des animaux qui ont décidé que quelque chose ne leur convenait pas. Ils les attachèrent à la lisière et continuèrent à pied.

C'est Jihair qui le formula en premier, à voix basse, non pas parce qu'il avait peur mais parce que la forêt semblait appeler au chuchotement.

Elle respire.

Je sais, dit Stalroc. J'essaie de ne pas trop y penser.

Ce n'était pas une métaphore. L'air autour d'eux se contractait et se dilatait selon un rythme lent, presque imperceptible, comme le flanc d'un animal endormi. Les branches bougeaient sans vent. De temps à autre, un craquement profond montait des racines, assez fort pour se sentir sous la semelle des bottes. Pas menaçant. Pire que menaçant : indifférent, comme si leur présence était enregistrée sans être ni accueillie ni rejetée.

Ils avancèrent en silence pendant une bonne heure, suivant une direction que rien de visible ne justifiait mais que tous deux sentaient avec une clarté troublante une légère pression dans la poitrine, comme une boussole intérieure pointant vers quelque chose qui n'avait pas de nom sur une carte.


 

Les fidèles apparurent avant que le temple soit visible.

Ils étaient une dizaine, postés entre les arbres avec la disposition informelle de gens qui n'étaient pas vraiment des gardes mais qui occupaient l'espace de façon à le rendre infranchissable. Hommes et femmes, de tous âges, habillés simplement mais avec quelque chose d'uniforme dans leur posture le même port de tête légèrement incliné vers l'avant, le même regard fixe et sans agressivité qui, pour cette raison précise, était plus désarmant que la menace ouverte l'aurait été. Aucune arme visible. Aucun insigne, aucun symbole.

L'un d'eux s'avança. Un homme d'une quarantaine d'années, visage paisible, mains croisées devant lui.

Ce lieu n'est pas ouvert, dit-il simplement.

Nous avons entendu le contraire, répondit Stalroc. On nous a dit que des gens y venaient. Qu'ils en revenaient changés.

Certains sont invités. Vous ne l'êtes pas.

Qui décide de l'invitation ? demanda Jihair.

L'homme le regarda un moment avec cette fixité tranquille qui commençait à taper sur les nerfs de l'officier.

Ceux qui servent le temple décident de qui le temple peut accueillir.

Et qui sont ceux qui servent le temple ?

Nous.

La circularité de la réponse était manifestement délibérée. Stalroc essaya une autre approche expliquer qu'ils venaient de Stendel, qu'une enquête officielle était en cours, que des habitants du village proche avaient disparu depuis trois semaines. L'homme écouta sans l'interrompre, avec la politesse d'un mur. Puis il répéta, avec exactement le même ton et exactement les mêmes mots : ce lieu n'est pas ouvert.

Jihair prit Stalroc par le bras et l'écarta de quelques pas à l'écart du groupe.

On n'entrera pas par ici.

Je m'en suis rendu compte, dit le chevalier à voix basse. Ces gens ne sont pas des gardes. Ils ne bougeront pas, ils ne négocieront pas, et les frapper serait à la fois inefficace et inutile il y en a dix, il en viendrait vingt autres.

Ce ne sont pas des fanatiques non plus. Pas de la façon habituelle. Regarde leurs yeux ils ne sont pas dans l'exaltation. Ils sont... absents. Quelque chose les a mis là et leur a dit de ne pas bouger. Ils obéissent sans même savoir vraiment pourquoi.

Ce qui suggère qu'ils ne couvrent peut-être qu'un seul accès.

Jihair laissa un temps.

Cette nuit, on retourne au village. On retrouve la tavernière. Elle connaît cette forêt depuis l'enfance si ce temple a une autre entrée, une vieille issue, un passage que les anciens du village auraient mentionné, elle le saura.


 

Ils firent le chemin inverse en silence. À la lisière, leurs chevaux les accueillirent avec un soulagement visible. La forêt derrière eux continuait de respirer, régulière et lente, comme si elle n'avait pas remarqué leur départ.

De retour à Fohaison, la tavernière les vit entrer avec l'expression de quelqu'un qui avait espéré ne pas les revoir pas par malveillance, mais parce que leur retour confirmait ce qu'elle redoutait. Ils lui posèrent la question directement, à voix basse, la salle étant déserte à cette heure tardive.

Elle hésita longtemps. Puis elle alla chercher quelque chose dans l'arrière-salle un vieux cahier à la couverture de cuir craquelé, plein de notes écrites dans une main tremblante, celle de son père, mort depuis vingt ans. Elle l'ouvrit à une page marquée d'un ruban et le fit glisser vers eux sans le lâcher tout à fait, comme si elle craignait encore de le laisser partir.

C'était un croquis grossier mais lisible. Le temple vu de dessus. Et sur son flanc est, une ligne pointillée qui longeait la roche et débouchait sur ce qui ressemblait à une ouverture. Annoté d'une écriture minuscule : l'ancienne sacristie. Avant que le temple ne ferme. Personne n'y va.

Mon père était érudit, dit-elle. Il a passé sa vie à collecter ce genre de choses. Il disait que ce temple était construit sur quelque chose de bien plus vieux que lui. Que l'entrée principale avait été ajoutée des siècles après la construction originale. Que la vraie porte était sur le flanc est, dans la roche elle-même.

Elle est gardée ? demanda Jihair.

Mon père ne le pensait pas. Il n'a jamais osé vérifier lui-même.

Jihair referma le cahier avec soin et le rendit à la femme.

Merci. Si dans trois jours nous ne sommes pas revenus, envoyez un message au Grand quartier général. Demandez le général Pencroff. Dites-lui que le lieutenant-colonel Jihair est entré dans le temple au-delà du col de des palantons. Il saura quoi faire.

La tavernière prit le cahier contre elle et hocha la tête sans rien dire. Dehors, la nuit sur Fohaison était complète et silencieuse. Mais depuis les hauteurs, si on tendait l'oreille, on pouvait encore entendre la forêt ce souffle lent, patient, qui attendait leur retour.


 

Chapitre V Ce que les pierres ont gardé

Ils repartirent avant l'aube, à pied, sans les chevaux. Ils contournèrent la forêt par l'est en restant à la lisière, cherchant l'entrée dans la roche que le croquis du père de la tavernière avait dessinée de mémoire. Le ciel était d'un gris profond, pas encore tout à fait la nuit, pas encore le jour cette heure entre deux que Jihair avait appris à Kel'Daer à utiliser pour les mouvements discrets.

Ils trouvèrent l'ouverture après une heure de recherche. Elle n'avait rien d'une porte juste un renfoncement dans la paroi rocheuse qu'un lierre épais avait presque entièrement recouvert, comme si la forêt avait voulu le cacher ou, peut-être, le protéger. Jihair écarta les tiges avec méthode, révélant une ouverture basse, taillée à même la roche, assez large pour passer à un à la fois.

Stalroc alluma une torche. La flamme vacilla, puis tint. Il entra le premier. Jihair le suivit.


 

Le couloir était taillé dans la pierre vive avec une précision qui contrastait avec l'apparente ancienneté du lieu les parois étaient lisses, les angles nets, et des symboles régulièrement espacés couraient à hauteur d'épaule sur toute la longueur du passage. Des symboles qu'aucun des deux hommes ne reconnut, dans aucune langue répertoriée, mais dont la régularité et la finesse trahissaient une main experte et un savoir ancien.

Ce n'est pas de la magie noire, dit Stalroc en passant la torche près d'une rangée de symboles.

Non, confirma Jihair. Les inscriptions des cercles de mages noirs que j'ai vu dans le cadre de la Prohibition sont anguleuses, presque agressives. Celles-ci sont... différentes. Plus vieilles. Plus calmes.

Plus calmes ?

Je ne sais pas comment dire autrement.

Le couloir descendait en pente douce. L'air se fit plus froid, plus épais, chargé d'une humidité minérale qui collait à la gorge. La torche projetait des ombres longues sur les parois gravées, leur donnant une apparence de mouvement que les deux hommes choisissaient délibérément d'ignorer.

Ils descendirent pendant ce qui leur sembla être une vingtaine de minutes. Puis le couloir s'élargit brutalement, et ils entrèrent dans le temple.

C'était une ruine, mais une ruine d'une ampleur que la discrétion de l'entrée n'avait pas laissé anticiper. Une salle principale voûtée, suffisamment haute pour que la torche de Stalroc n'en éclaire pas le plafond, portée par des colonnes de pierre noire dont certaines avaient cédé sous le poids des siècles et gisaient brisées en travers du sol. Des débris partout pierres effondrées, bois pourri, fragments de ce qui avait dû être du mobilier ou des offrandes, réduits à des formes informes par l'humidité et le temps.

Mais ce n'était pas une ruine morte.

Des filaments de lumière une lumière bleutée, froide, sans source visible couraient entre les colonnes encore debout, dessinant dans l'air des motifs identiques aux symboles du couloir. Ils pulsaient doucement, au même rythme que la respiration de la forêt au-dessus. L'odeur était étrange : de la pierre mouillée, certes, mais aussi quelque chose d'autre, plus difficile à nommer une odeur ancienne, presque électrique, comme l'air après la foudre.

Il y a quelque chose d'actif ici, murmura Stalroc.

Quelqu'un, rectifia Jihair.

Il avait raison. Au fond de la salle principale, partiellement dissimulé derrière la masse d'une colonne effondrée, une lumière différente filtrait plus chaude, plus concentrée. Ils avancèrent vers elle avec précaution, en évitant autant que possible de faire craquer les débris sous leurs pieds, ce qui était un exercice en soi sur ce sol encombré.

Un couloir secondaire, plus bas encore, s'ouvrait dans le mur du fond. Ils s'y engagèrent. La descente ne dura que quelques minutes. Puis le couloir s'ouvrit sur une salle plus petite, presque une cellule, creusée dans la roche à même le cœur de la colline.

Et là, au centre, entouré de symboles tracés sur le sol à même la roche, assis dans une posture qui aurait pu être de la méditation ou du simple épuisement, se trouvait un homme.


 

Chapitre VI Bérimut l'Enchanté

Il était vieux. D'une vieillesse qui dépassait ce que les deux hommes avaient l'habitude de mesurer pas la vieillesse ordinaire qui courbe le dos et blanchit les cheveux, mais quelque chose de plus profond, de plus minéral, comme si le temps l'avait traversé sans l'emporter, le laissant simplement là, déposé au fond de cette salle comme un vestige. Ses cheveux, d'un blanc absolu, tombaient librement jusqu'aux épaules. Sa peau avait la texture et la couleur du parchemin ancien. Ses mains, posées à plat sur ses genoux, portaient des marques identiques aux symboles du couloir pas tatouées, pas gravées, mais présentes à même la chair comme si elles en faisaient naturellement partie.

Ses yeux étaient ouverts. Et ils étaient, en dépit de tout le reste, d'une acuité absolument intacte.

Il les regarda entrer sans un mouvement, sans un mot, avec l'attention précise d'un homme qui observe et évalue avant de décider quoi que ce soit. Jihair remarqua immédiatement ce regard il l'avait vu sur les visages de quelques vieux généraux, ceux qui ont survécu à suffisamment de choses pour ne plus rien devoir à la précipitation.

Stalroc prit la parole le premier, se gardant bien d'approcher davantage.

Nous ne vous voulons aucun mal. Nous venons de Stendel. Nous avons entendu parler de ce temple des gens qui venaient ici et en repartaient changés. Nous cherchions à comprendre ce qui se passait.

L'homme les observa encore un long moment. Puis il parla, d'une voix qui était étonnamment ferme grave, posée, avec ce ralentissement particulier des gens qui ont appris depuis très longtemps à peser leurs mots.

Vous n'êtes pas des pèlerins.

Non, dit Jihair.

Pas des mages non plus.

Non.

Un soldat. Et un chevalier. Curieux mélange pour un lieu comme celui-ci.

Il n'y avait pas de reproche dans sa voix. Juste une constatation, formulée avec la même neutralité appliquée qu'il aurait mise à noter un changement de météo.


 

Il fallut du temps. Non parce que l'homme était méfiant au sens où on peut l'être face à une menace il ne semblait pas évaluer leur dangerosité. Mais parce qu'il y avait en lui une économie du langage, une parcimonie dans le partage de soi, qui ressemblait moins à de la prudence qu'à une très longue habitude de la solitude. Comme quelqu'un qui a passé tant d'années à se taire qu'il faut un moment pour se souvenir comment on commence.

Il s'appelait Bérimut. Ce fut la première chose qu'il leur dit, après un silence assez long pour que Stalroc ait failli poser une nouvelle question.

La suite vint par fragments, au fil d'une conversation que Jihair conduisit avec la patience d'un homme habitué à tirer des informations de sources récalcitrantes pas en forçant, mais en créant les conditions où parler devenait plus naturel que se taire.

Bérimut était enchanteur. Non pas au sens où ce mot est employé pour désigner les praticiens ordinaires de l'enchantement ceux qui apposent des runes sur des lames, qui renforcent des armures, qui lient des sorts de protection sur des portes ou des coffres. Il était enchanteur de la façon dont un fleuve est de l'eau complètement, fondamentalement, sans que la distinction entre l'homme et la pratique ait jamais vraiment eu de sens. Il avait passé ce qui semblait être plusieurs siècles à développer une maîtrise de l'enchantement que ni Stalroc ni Jihair n'avaient jamais entendu décrire dans aucun livre ni aucune légende. Non pas des enchantements qui agissent sur des objets, mais des enchantements qui agissent sur la substance même des choses la pierre, l'air, le temps, le vivant.

La forêt au-dessus d'eux sa respiration, son indifférence active, le sentiment qu'elle évaluait sans jamais juger était son œuvre. Pas construite, pas forcée. Simplement invitée à être davantage ce qu'elle était déjà.

Et les pèlerins ? demanda Stalroc. L'homme qui boitait depuis l'enfance et qui est reparti en marchant droit ?

Bérimut prit un temps.

L'enchantement ne guérit pas. Il ne donne rien qui n'existe pas déjà. Il révèle ce qui est enfoui, il répare ce qui peut l'être, il libère ce que quelque chose d'extérieur avait entravé. Certains arrivent ici portant un fardeau dont ils n'ont parfois même pas conscience. Je les aide à le poser.

Et les trois hommes du village qui ne sont pas revenus ? dit Jihair.

Le regard de Bérimut se posa sur lui avec quelque chose qui ressemblait pour la première fois à une émotion.

Ils sont là.

Ici ? Dans ce temple ?

Plus profond. Là où je ne peux plus les atteindre.


 

Ce fut là que la vérité du temple se déroula vraiment, par strates successives, comme on enlève les couches d'un enduit pour trouver la fresque en dessous.

Bérimut n'était pas libre. Il ne l'était plus depuis des mois. Des mages noirs un cercle d'une organisation que ni Stalroc ni Jihair n'avaient croisée dans les archives de la Prohibition avaient localisé le temple. Pas par hasard. Par une recherche délibérée, patiente, menée sur des années. Ils cherchaient exactement ce qu'ils avaient trouvé : un maître de l'enchantement sans équivalent connu, seul, isolé, dont les capacités dépassaient tout ce que leurs propres pratiques pouvaient produire.

Ils l'avaient piégé non pas avec la force, car prendre Bérimut de force en son propre temple aurait été une entreprise sans issue probable mais avec une subtilité qui disait quelque chose sur leur niveau de sophistication. Ils avaient utilisé les pèlerins. Parmi ceux qu'ils avaient envoyés au temple, certains portaient, à leur insu, des fragments d'un enchantement liant que Bérimut avait absorbé en les traitant des éclats invisibles qui s'étaient accumulés en lui au fil des mois, réduisant progressivement sa capacité à agir en dehors du cœur du temple. Une cage construite à partir de sa propre générosité.

Les trois hommes du village un père et ses deux fils n'avaient pas disparu. Ils avaient été retenus par les mages, quelque part dans les profondeurs du temple que Bérimut ne contrôlait plus, comme garantie de sa coopération. Si Bérimut cessait d'œuvrer pour eux si les enchantements qu'il était désormais contraint de produire à leur demande s'arrêtaient les trois hommes en paieraient le prix.

La voix du vieil homme, tout au long de ce récit, était restée d'une égalité remarquable. Pas de colère. Pas d'effondrement. Juste cette économie du dire qui ne laissait passer que les faits, comme si l'émotion avait été si longtemps contenue qu'elle avait trouvé d'autres chemins pour exister.

Jihair regardait ses mains ces mains aux marques vivantes posées sur ses genoux, immobiles.

Depuis combien de temps ? demanda-t-il.

Six mois. Depuis que le temple s'est rouvert.

Et les mages. Où sont-ils ?

Ils viennent et repartent. Jamais longtemps. Ils n'ont pas besoin d'être ici pour que les liens fonctionnent. Mais ils reviendront bientôt récupérer ce que j'ai préparé pour eux.

Ce que vous avez préparé pour eux, dit Stalroc lentement. Qu'est-ce que c'est ?

Bérimut leva enfin les yeux vers lui les mêmes yeux acérés, intacts malgré tout le reste et répondit avec une simplicité qui rendit la chose encore plus lourde.

Un enchantement capable de lier n'importe quel être vivant, humain ou non, à la volonté d'un autre. Sans résistance possible. Sans durée limite.

Le silence qui suivit était différent de tous ceux qui l'avaient précédé. Celui-là avait du poids et des bords.

Jihair regarda Stalroc. Stalroc regarda Jihair. Entre eux, dans les ruines sombres du temple le plus vieux que ni l'un ni l'autre n'avait jamais foulé, les filaments de lumière bleue continuaient de pulser doucement, indifférents, portant dans leurs motifs la marque d'un savoir que personne d'autre au monde ne maîtrisait et que des hommes mal intentionnés étaient sur le point de s'approprier.

Chapitre VII Les Liens du Temple

 

Ils n'eurent pas le temps de répondre à Bérimut.

Le son arriva en premier un froissement de tissu sur la pierre, multiplié, venant de plusieurs directions à la fois. Puis la lumière : des torches qui s'allumaient dans le couloir derrière eux, et dans un second passage que ni Stalroc ni Jihair n'avaient remarqué, dissimulé dans l'ombre du mur est de la cellule. Des silhouettes s'encadrèrent dans les ouvertures. Six. Non huit. Deux de plus qui descendaient par le couloir principal.

Ils étaient habillés de bure grise, sans insigne, sans armure. Ce que Stalroc remarqua en premier, c'est qu'ils ne portaient pas tous des armes au sens ordinaire du terme certains avaient des lames courtes ou des bâtons ferrés, d'autres rien du tout dans les mains, et c'était ceux-là qui inquiétaient Jihair davantage.

L'un d'eux prit la parole. Une femme, la cinquantaine, le visage encadré par une capuche rabaissée sur les épaules. Sa voix était posée avec l'assurance de quelqu'un qui n'a pas l'habitude d'avoir à élever le ton.

Vous n'auriez pas dû entrer ici. Ressortez par où vous êtes venus et il ne vous sera rien fait.

Même proposition pour le vieillard, dit Stalroc. Bérimut sort avec nous, et vous ne reverrez jamais nos visages.

La femme le regarda avec l'expression de quelqu'un qui vient d'entendre une formulation grammaticalement correcte mais sémantiquement absurde.

Il ne partira pas.

Et pourtant, dit Jihair calmement, c'est exactement ce qu'il va se passer.

Un court silence. Puis la femme leva la main droite, paume ouverte vers le haut, et referma les doigts en un poing lent et délibéré.

Stalroc sentit quelque chose se refermer autour de son poignet droit pas une main, pas une corde, mais une pression invisible et froide, comme si l'air lui-même s'était solidifié en bracelet. Son bras se bloqua à mi-hauteur alors qu'il portait sa main à son épée.

Jihair.

Je vois.

L'officier avait déjà dégainé de la main gauche.

Le combat qui suivit n'avait rien de propre. Ce n'était pas le genre de bataille qui se raconte ensuite autour d'un feu avec des gestes larges et des effets dramatiques soigneusement placés. C'était le genre de combat qui use court, dense, bruyant, encombré par les débris du sol et les colonnes qui réduisaient les lignes de vue à quelques mètres dans chaque direction.

La magie d'entrave des membres de la confrérie fonctionnait par saisies successives des liens invisibles qui se formaient dans l'air et cherchaient à immobiliser les membres, les articulations, la gorge. Pas spectaculaire. Précis. L'équivalent magique d'un lutteur qui connaît son métier : pas de grands mouvements, juste des prises appliquées aux bons endroits.

Jihair l'avait compris en quelques secondes. Il combattit différemment plus court, plus explosif, sans jamais laisser son corps dans la même position deux fois de suite. Pas de garde fixe, pas de posture qui s'installe. Chaque mouvement cassé avant d'être complètement formé, obligeant les lanceurs à recalibrer constamment. C'était épuisant. C'était aussi la seule méthode qui fonctionnait.

Stalroc, lui, avait opté pour l'approche inverse : prendre le lien dès qu'il se formait et le transformer en levier. Un bras qui se bloque devient un pivot. Une jambe entravée devient un appui fixe pour frapper de l'autre. Moins élégant que la méthode de Jihair, nettement plus douloureux, mais d'une efficacité que l'officier lui reconnut en silence en voyant le premier adversaire du chevalier percuter un mur de pierre avec une conviction remarquable.

Ta technique est horriblement efficace, dit Jihair en esquivant un bâton ferré.

Elle fonctionne bien.

Je ne dirait pas le contraire.

Ils se placèrent dos à dos naturellement, sans se le dire, le temps d'une respiration puis repartirent chacun dans une direction, parce que rester groupés face à des adversaires capables d'entraver à distance était exactement ce qu'il ne fallait pas faire.

Le problème n'était pas la qualité des adversaires. Individuellement, aucun membre de la confrérie n'aurait posé de difficulté sérieuse à Jihair ou à Stalroc. Le problème était leur nombre, leur coordination, et le fait qu'ils ne semblaient ni paniqués ni découragés par les premiers qui tombaient. Ils se repositionnaient, se relayaient, maintenaient une pression constante qui visait moins à vaincre directement qu'à épuiser.

Stratégie d'usure. Jihair la reconnut avec une irritation professionnelle c'était exactement ce qu'il aurait recommandé à sa place.

Un lien d'entrave lui saisit l'épaule gauche et la tira violemment vers l'arrière, le déséquilibrant. Il tomba un genou à terre, para un coup de bâton avec l'avant-bras douleur sèche, pas de fracture se releva. Un autre lien cherchait sa cheville. Il pivota, le rompit par le mouvement, frappa l'homme qui le projetait avec le pommeau de son épée assez fort pour l'asseoir contre une colonne.

De l'autre côté de la salle, Stalroc avait un problème différent : deux lanceurs travaillaient en tandem, l'un créant les entraves pendant que l'autre progressait avec une lame. La combinaison était bien rodée. Le chevalier reculait, pas par peur mais par calcul, cherchant un angle.

Jihair ! Le couloir de droite !

L'officier comprit sans explication supplémentaire. Il chargea vers le couloir secondaire, dégageant l'angle. Stalroc pivota immédiatement, utilisant la colonne brisée entre eux comme obstacle, forçant les deux adversaires à se séparer. Il en neutralisa un. Jihair se chargea de l'autre depuis le couloir.

Deux de moins. Mais Jihair saignait de l'avant-bras. Stalroc avait la respiration d'un homme qui a pris un coup dans les côtes sans le montrer. Et il restait encore six adversaires debout dans la cellule, dont la femme à la capuche qui n'avait pas encore bougé de sa position initiale et regardait le combat avec la patience d'un joueur d'échecs attendant que le milieu de partie se décante.

C'est elle qui changea la nature du combat.

Elle attendit que Jihair et Stalroc soient suffisamment séparés une fenêtre d'à peine trois secondes et leva les deux mains cette fois. Ce qu'elle projeta n'était pas un lien ciblé sur un membre ou une articulation. C'était quelque chose de plus large, de plus dense, qui se répandit dans la salle comme une nappe d'eau froide cherchant ses bords.

Jihair sentit ses jambes se solidifier sous lui. Pas douloureux. Juste impossible comme essayer de marcher dans du ciment frais qui aurait décidé de prendre exactement à ce moment-là. Il était debout, épée en main, mais ses pieds ne répondaient plus. Il tourna la tête. Stalroc était dans le même état, à quatre mètres de lui, immobile de la taille en bas, une expression sur le visage qui oscillait entre la surprise et une irritation très contenue.

Je présume que courir est exclu, dit le chevalier.

Perspicace.

Des idées ?

Jihair évalua la situation avec la rapidité d'un homme entraîné à penser sous pression. Ses bras étaient libres. Son épée était en main. Mais les quatre adversaires qui restaient debout convergeaient vers eux avec la hâte tranquille de gens qui savent que leurs cibles ne vont nulle part. La femme maintenait son emprise, les deux mains tendues, concentrée.

La briser nécessitait d'atteindre la femme. Pour atteindre la femme, il fallait traverser quatre hommes. Sans les jambes.

On pourrait improviser, dit Stalroc.

Improviser quoi, précisément ?

Je ne sais pas encore. C'est le principe de l'improvisation.

C'est rassurant.

Les quatre adversaires étaient à deux mètres. Jihair prit une décision pas bonne, pas mauvaise, juste la seule disponible et projeta son épée comme un javelot vers la femme à la capuche. Pas pour la tuer. Pour briser sa concentration. L'arme traversa la salle, la femme esquiva d'un mouvement de côté, et le lien d'entrave vacilla une fraction de seconde.

Une fraction de seconde suffisait.

Stalroc fit deux pas. Jihair en fit un. Puis le lien se referma plus fort, plus haut, jusqu'à la taille cette fois, les immobilisant à nouveau. L'un avait perdu son épée. L'autre se retrouvait désarmé de son meilleur argument. Les quatre hommes en bure grise s'arrêtèrent à portée de lame, aucune urgence dans leur posture, et la femme se redressa, ajusta sa capuche, et les regarda avec la même expression qu'au début.

Jihair et Stalroc échangèrent un regard. Le genre de regard qui dit beaucoup sans user de mots, entre des hommes qui ont déjà failli mourir ensemble et qui reconnaissent le moment où la marge se réduit à presque rien.

Ce fut à ce moment précis que Bérimut parla.


 

Chapitre VIII Ce que porte le totem

Il n'avait pas bougé depuis le début du combat. Assis dans sa posture de toujours, mains sur les genoux, au centre des symboles tracés sur la roche. On aurait pu oublier sa présence et c'était peut-être délibéré. Mais sa voix, quand elle s'éleva, avait quelque chose qui rendit l'air de la pièce différent. Pas plus loud. Plus net, comme si tout le reste avait légèrement baissé de volume pour lui laisser la place.

Ça suffit.

Pas un cri. Pas une incantation. Juste deux mots dits avec la certitude absolue d'un homme qui a passé plus de siècles à maîtriser le langage des choses que quiconque dans cette pièce n'avait eu de vie entière.

La femme à la capuche tourna les yeux vers lui. Pour la première fois depuis le début, quelque chose dans sa posture changea pas de la peur, mais de la vigilance. Elle savait exactement ce qu'était Bérimut. C'était pour cela qu'il était là, enchaîné à cette cellule depuis six mois.

Tu n'es pas en position de donner des ordres, dit-elle.

Non, admit Bérimut. Mais je suis en position de faire ce que je m'apprête à faire.

Il ouvrit les mains ces mains aux marques vivantes et entre ses paumes apparut quelque chose que ni Stalroc ni Jihair n'avait vu jusque-là, parce qu'il le tenait serré depuis le début, dissimulé dans le creux de sa paume droite comme on dissimule la seule carte qui reste quand toutes les autres ont été jouées.

Un totem. Petit pas plus grand que le poing fermé d'un enfant taillé dans un bois si ancien qu'il avait pris la couleur et presque la texture de la pierre. Des figures y étaient gravées en spirale, si fines qu'elles semblaient tracées par une aiguille, et elles couraient d'une extrémité à l'autre sans interruption, comme une phrase interminable dans une langue que personne d'autre ne lisait plus. Il n'émettait aucune lumière. Il ne vibrait pas. Il ne faisait rien de visible, dans l'absolu, qui aurait justifié l'attention que la femme à la capuche lui portait désormais avec une concentration totale.

Bérimut leva les yeux vers Jihair.

Attrapez-la.

Il le lança doucement un geste presque désinvolte, comme on tend quelque chose à quelqu'un assis à la même table. Jihair l'attrapa d'une main. Le totem était froid au toucher. Parfaitement lisse dans le creux de la paume, malgré toutes les gravures. Et puis rien. Pas de chaleur soudaine, pas de picotement, pas d'effet dramatique que les récits de ce genre semblent exiger.

Juste une certitude.

Elle arriva sans prévenir, sans métaphore, sans l'enrobage d'une sensation physique. C'était simplement là, installée dans sa poitrine avec la solidité tranquille d'une évidence : il ne mourrait pas ici. Pas aujourd'hui. Pas dans cette salle. Ce n'était pas de l'optimisme, ce n'était pas de la foi. C'était quelque chose d'autre, quelque chose qui n'avait pas de nom dans le vocabulaire d'un militaire, et qui n'en avait pas besoin.

Stalroc, dit-il.

Il le lança à son tour. Le chevalier l'attrapa, le tint un moment dans le creux de sa main, et le regarda avec l'expression de quelqu'un qui cherche ce qu'il est censé ressentir. Puis quelque chose dans ses épaules se relâcha imperceptiblement pas de la résignation. L'inverse exact.

D'accord, dit Stalroc. D'accord.

Il rendit le totem à Jihair, qui le glissa dans la poche intérieure de sa veste, contre sa poitrine.

La femme à la capuche les observait avec une attention nouvelle. Le lien d'entrave tenait toujours elle le maintenait, mais quelque chose dans son maintien avait changé de nature. Moins offensif. Plus défensif, comme on tient une ligne quand on n'est plus tout à fait sûr de ce qui vient d'en face.

Ce que vous venez de faire ne change rien, dit-elle. Vous êtes toujours immobiles. Vous êtes toujours en infériorité numérique. Il est toujours lié à ce temple.

C'est exact, dit Bérimut depuis sa position. Sur les trois points.

Il posa les mains à plat sur le sol de la cellule, sur les symboles tracés à la roche.

Mais vous avez commis une erreur, depuis le début. Vous avez cru que les liens que vous m'avez imposés m'empêchaient d'agir. Ils m'empêchent d'agir pour moi-même. C'est différent.

La femme comprit une fraction de seconde trop tard.

Ce ne fut pas une explosion, pas un éclair, pas un de ces effets que les mages moins patients auraient produit pour marquer le moment. Ce fut plus discret que cela, et pour cette raison même, nettement plus efficace : le lien d'entrave qui immobilisait Jihair et Stalroc depuis la taille se rompit, proprement, comme un fil tendu qu'on coupe avec des ciseaux précis. La pression disparut. Leurs jambes répondirent.

Jihair ne perdit pas une seconde. Il ramassa son épée au sol, chargea vers le couloir principal, et dégagea le passage en moins de temps qu'il n'en faut pour le raconter. Stalroc gérait ce qui restait dans la cellule avec l'énergie de quelqu'un qui vient de récupérer quelque chose qu'on lui avait pris injustement.

La femme à la capuche tenta de reformer le lien d'entrave. La tentative se dissipa dans l'air sans prendre forme, comme de la fumée dans le vent. Elle essaya une seconde fois. Même résultat. Elle regarda ses mains avec l'expression d'un musicien dont l'instrument vient de produire un son qu'il ne comprend pas.

Bérimut, depuis sa position, n'avait pas bougé. Il la regardait avec cette neutralité absolue qui était sa façon naturelle d'occuper l'espace.

Je ne vous ai pas brisé votre magie, dit-il. Je vous ai simplement retiré la permission de l'exercer ici. Ce temple est le mien depuis plus longtemps que vous n'existez. Je l'avais oublié, apparemment. Merci de me le rappeler.

Ce qui restait de la confrérie quatre hommes debout et une femme dont les mains ne répondaient plus choisit collectivement et sans concertation apparente de reculer vers le couloir secondaire. Pas une fuite désordonnée. Un retrait méthodique, presque digne, de gens qui recalculent et qui ont décidé que ce calcul ne les favorisait plus.

Jihair les laissa partir. Pas par clémence par pragmatisme. Les bloquer ne servirait à rien, et les forcer à se battre dos au mur aurait coûté du temps et probablement du sang. Il les laissa partir et compta mentalement jusqu'à ce que le bruit de leurs pas dans le couloir soit assez loin pour ne plus rien signifier d'immédiat.

Puis il se retourna vers la cellule.

Stalroc était appuyé contre une colonne, une main sur ses côtes, le souffle un peu court. Il avait effectivement pris un coup là, plus tôt, et le dissimulait avec l'honnêteté approximative d'un homme qui sait qu'on a remarqué mais qui préfère ne pas en faire le sujet de conversation.

Tu saignes toujours du bras, dit-il à Jihair.

Je sais. Tes côtes ?

Froissées. Rien de cassé.

Comment tu peux le savoir ?

Parce que si c'était cassé je ne pourrais pas parler aussi facilement.

C'est une évaluation médicale approximative.

C'est la seule disponible pour l'instant.

Bérimut les observait tous les deux depuis le sol avec quelque chose dans le regard qui n'était pas exactement de la tendresse plutôt de la curiosité, le genre qu'on développe quand on a vécu assez longtemps pour que les gens deviennent intéressants de façon inattendue.

Il y a encore trois hommes dans ce temple, dit-il. Plus profond. Vivants. Mais il faudra que je vous y mène moi-même les passages ne sont pas indiqués.

Et vous ? demanda Jihair. Vous pouvez marcher ?

Bérimut posa les mains sur le sol, poussa sur ses bras avec la lenteur méthodique d'un homme dont le corps a oublié certains mouvements mais dont la volonté n'a, elle, rien oublié du tout. Il se leva. Debout, il était plus grand qu'il n'y paraissait assis voûté, certes, mais d'une présence qui occupait l'espace d'une façon que la taille seule n'expliquait pas.

Six mois assis, dit-il. Mais oui. Je peux marcher.

Il fit un premier pas. Puis un autre. Jihair se plaça à sa gauche, Stalroc à sa droite, sans qu'aucun des trois ait besoin de le décider explicitement.

Ils s'enfoncèrent plus profond dans le temple, vers les trois hommes que personne n'était venu chercher depuis trois semaines, guidés par le plus vieux enchanteur du monde connu et armés, entre autres choses, d'un petit totem de bois ancien que personne ne pouvait voir mais que Jihair sentait contre sa poitrine à chaque pas silencieux, froid, et d'une solidité qui n'avait rien à envier à l'acier.


 

Chapitre IX La Lumière du Totem

 

Les profondeurs du temple avaient leur propre logique architecturale, différente de tout ce qu'ils avaient traversé jusqu'ici. Plus les couloirs descendaient, plus la pierre changeait de nature plus sombre, plus dense, taillée avec une précision qui n'était plus tout à fait humaine. Les symboles sur les parois s'y faisaient plus rares, comme si leur auteur avait jugé superflu d'écrire dans des endroits où personne n'était censé pénétrer.

Bérimut marchait entre eux deux, lentement mais régulièrement, une main posée de temps en temps sur la paroi pour s'orienter dans le noir que la torche de Stalroc ne suffisait pas toujours à dissiper. Ce n'était pas de la faiblesse plutôt la navigation d'un homme qui lit la roche comme d'autres lisent une carte, du bout des doigts.

Ils entendirent les mages avant de les voir. Des voix, deux au moins, venant d'une salle plus large dont la lueur orangée filtrait sous une porte de pierre entrebâillée. Jihair fit signe à Stalroc, qui éteignit la torche. Ils avancèrent dans le noir, guidés par Bérimut.

La salle était une ancienne chambre de rituel grande, circulaire, avec en son centre un puits de pierre sèche d'où remontait un courant d'air froid. Autour du puits, trois hommes étaient assis à même le sol, liés par des cordes ordinaires mais également par quelque chose de moins visible qui les maintenait dans un état de prostration silencieuse pas inconscients, mais comme absents d'eux-mêmes. Le père et ses deux fils. Vivants.

Deux mages les gardaient. Pas les mêmes que ceux d'en haut plus jeunes, moins expérimentés à en juger par leur posture, mais portant dans les mains des liens d'entrave actifs, lumineux d'un blanc laiteux, comme des fils tendus dans l'air qui reliaient leurs paumes aux trois prisonniers.

Ils n'eurent pas le temps de lancer un avertissement. Jihair et Stalroc entrèrent depuis deux angles différents.

Le premier mage réagit vite il projeta une entrave en direction de Jihair avec la réflexe d'un homme entraîné, et elle trouva sa cible : l'épaule gauche de l'officier, puis le bras, qui se figea dans une douleur sèche et profonde. Jihair continua d'avancer, épée en main droite, et frappa. Le mage esquiva, réajusta son lien, ajouta le poignet. Jihair perdit l'épée.

Stalroc engageait le second, qui se révéla plus habile qu'attendu il utilisait ses liens non pas pour immobiliser mais pour dévier, transformant chaque attaque du chevalier en mouvement partiel, orienté, comme si Stalroc combattait dans de l'eau épaisse. Deux, trois échanges. Stalroc prenait du terrain mais lentement, trop lentement.

Le premier mage se retourna vers Jihair, qui avait récupéré une lame courte dans sa botte, et décida d'en finir. Il leva les deux mains, croisa ses liens, et les resserra simultanément autour du torse de l'officier avec toute la force d'une prise apprise et maîtrisée.

Jihair ne put pas esquiver. L'étau se ferma autour de ses côtes et le projeta en arrière avec une violence qui lui coupa le souffle. Il percuta la paroi de pierre, glissa au sol, et avant qu'il ait pu retrouver son équilibre, le mage avança et lui porta un coup direct en plein sternum pas une lame, pas un poing, mais une décharge concentrée de l'entrave, un impact sourd et profond qui traversa le plastron et frappa la chair avec la brutalité d'un choc qu'on ne voit pas venir.

Le monde bascula.

Jihair eut une fraction de seconde où il vit très distinctement le plafond de la salle, les filaments de lumière bleue qui couraient entre les pierres, la silhouette du mage au-dessus de lui. Il n'avait pas mal pas encore, le corps mettait toujours un moment à comprendre ce genre de chose. Il y avait juste cette sensation d'une limite atteinte, d'un seuil franchi, qui n'avait rien de dramatique dans l'instant et tout de définitif dans ce qu'elle annonçait.

Puis le totem, contre sa poitrine, s'embrasa.


 

Pas métaphoriquement. Pas doucement.

La lumière qui jaillit de la poche intérieure de sa veste n'avait rien de la lueur bleue et froide des symboles du temple. Elle était blanche d'un blanc absolu, total, le genre de blanc qui n'est pas une couleur mais une absence de tout le reste. Elle inonda la salle entière en une fraction de seconde, projetant des ombres nettes sur chaque pierre, chaque visage, chaque angle de la chambre circulaire. Elle ne brûlait pas. Elle ne blessait pas. Elle était juste là, soudaine et immense et silencieuse comme quelque chose qui n'a pas besoin de faire de bruit pour être compris.

Le mage au-dessus de Jihair recula de trois pas, les mains devant les yeux. Son collègue lâcha ses liens sur Stalroc par réflexe, aveuglé. Les trois prisonniers autour du puits, eux, relevèrent la tête pour la première fois depuis des semaines les yeux grands ouverts, comme des gens qui entendent un son dont ils avaient oublié l'existence.

Jihair sentit quelque chose se défaire dans sa poitrine. Pas l'étau du mage quelque chose de plus profond, de plus intérieur, comme si les dommages que le coup avait causés n'avaient jamais tout à fait eu le temps de s'installer. La douleur qu'il s'apprêtait à ressentir ne vint pas. La blessure au bras, celle du combat d'en haut, la fatigue des heures précédentes tout cela s'était effacé avec la même discrétion tranquille que le totem avait mis à s'allumer. Il se releva. Ses jambes répondirent parfaitement. Sa main droite était ferme.

Il ramassa son épée.

Stalroc.

Prêt.

Les deux mages étaient encore désorientés, les sens brouillés par la lumière qui commençait à peine à décroître. C'était exactement la fenêtre qu'il fallait.

Stalroc chargea le premier avec la ligne droite d'un homme qui n'a plus rien à ménager. Le mage leva les mains pour former une entrave trop tard, trop lent, le temps de réaction d'un homme encore à moitié aveugle. Le chevalier passa sous ses bras, l'attrapa par le col, et le fit pivoter contre la paroi avec une économie de geste qui disait tout sur le nombre d'années passées à faire exactement ce genre de chose. Le crâne percuta la pierre. L'homme glissa au sol, sonné, ses liens d'entrave se dissipant dans l'air comme de la fumée.

Le second tenta de fuir vers le couloir. Jihair n'avait pas rechargé de lame courte, n'avait pas préparé de javelot de fortune, n'avait rien dans la main gauche. Il tendit simplement le pied. Le mage s'étala de tout son long sur le sol de pierre avec un bruit qui résonna dans toute la chambre circulaire et n'eut pas l'occasion de se relever Jihair était déjà au-dessus de lui, genou dans le dos, poignet retourné dans l'angle précis que les cuirassiers apprennent en deuxième année de formation et qui rend toute résistance non seulement inutile mais physiologiquement déconseillée.

Ne bougez plus.

L'homme ne bougea plus.

Stalroc souffla. Jihair se redressa. La lumière du totem, dans sa poche, était retombée à rien éteinte aussi complètement qu'elle s'était allumée, comme si l'événement n'avait jamais eu lieu, à l'exception de ses conséquences.

Dans le silence qui suivit, le père et ses deux fils, encore liés autour du puits, regardaient les deux hommes avec des yeux qui n'arrivaient pas encore à formuler ce qu'ils avaient vu. Bérimut apparut dans l'encadrement de la porte, appuyé au chambranle, et les observa tous avec la même expression indéchiffrable qui semblait être son état par défaut.

Les villageois d'abord, dit Jihair en rangeant son épée.

Stalroc s'agenouilla devant le père, commença à défaire les cordes. Jihair s'occupa des fils. Aucun d'eux ne parlait encore pas les prisonniers, pas leurs libérateurs. Certains moments n'ont pas besoin de commentaire pour exister pleinement.


 

Chapitre X Ce que le totem ne dira plus

 

Ils remontèrent lentement, le père et ses fils en tête, guidés par Stalroc et sa torche rallumée. Bérimut fermait la marche avec Jihair, à un rythme qui ménageait les jambes du vieil enchanteur sans jamais s'en excuser. Les couloirs semblaient moins oppressants dans le sens de la montée ou peut-être était-ce simplement l'effet de savoir ce qu'on laissait derrière soi.

Ils débouchèrent dans la salle principale. Les filaments de lumière bleue pulsaient toujours entre les colonnes, indifférents à tout ce qui venait de se passer. Puis ils prirent le couloir de l'ancienne sacristie, et l'air du dehors arriva en premier frais, chargé d'humus et de résine, celui de la forêt qui respirait au-dessus d'eux.

La sortie dans la roche. Le lierre écarté. Le ciel.

Il faisait nuit. Une nuit claire, avec plus d'étoiles qu'on en voit depuis les villes, et un silence de montagne qui n'avait rien de menaçant. Les trois hommes du village s'arrêtèrent à l'air libre et restèrent immobiles un long moment, à rien faire d'autre que respirer. Le plus jeune des fils seize ans peut-être, pas plus ferma les yeux. Son père posa une main sur son épaule.

Personne ne dit rien.


 

Ils campèrent à la lisière de la forêt, loin de l'entrée du temple, près d'un feu que Jihair construisit avec son ordre habituel les pierres, l'amadou, les petites branches avant les grosses. Les trois villageois mangèrent en silence avec la concentration de gens qui redécouvrent que manger est quelque chose qu'on peut faire sans en avoir peur. Stalroc leur laissa la meilleure part des provisions sans le mentionner.

Quand le père et ses fils furent endormis, Jihair sortit le totem de sa poche et le posa à plat sur sa paume. Dans la lumière du feu, il paraissait encore plus ordinaire qu'en plein jour un morceau de bois sombre, froid, couvert de gravures minuscules. Rien qui aurait retenu l'oeil dans une boutique de marché.

Il ne s'allumera plus, dit Bérimut depuis l'autre côté du feu.

Jihair leva les yeux.

Pour vous, il a accompli ce pour quoi il a été fait. La magie qu'il porte est ancienne plus ancienne que ce temple, plus ancienne que la plupart des choses que vous et moi connaissons. C'est une magie de seconde chance. Pas de guérison, pas de protection permanente. Juste ceci : quand un coup fatal est porté, une seule fois, elle intervient. Elle efface. Elle remet. Et puis elle a fini.

Une seule fois par totem ? demanda Stalroc.

Une seule fois par totem. Et une seule fois par personne.

Un silence.

Attendez, dit Stalroc lentement. Une seule fois par personne ?

Si l'on vous en donnait cent, dit Bérimut avec la patience d'un homme qui a déjà formulé cette explication dans sa tête, le second ne fonctionnerait pas. La magie reconnaît celui qu'elle a déjà servi. Elle ne sert pas deux fois le même.

Stalroc regarda Jihair. Jihair regarda le totem dans sa main. Puis il regarda Stalroc.

Donc le mien a fonctionné ce soir.

Oui.

Et le tien...

Je ne l'ai pas utilisé, dit Stalroc. J'ai juste... tenu le mien pendant quelques secondes en bas. Puis je te l'ai rendu.

Un autre silence, différent du premier.

Alors tu as toujours le tien, dit Jihair.

Apparemment.

Et ça ne t'a pas traversé l'esprit de me le dire avant qu'on descende affronter des mages dans le noir ?

Honnêtement ? Non. Je ne savais pas vraiment ce que c'était.

Tu avais un totem magique dans la poche et tu as décidé de ne pas le mentionner.

Tu avais le même et tu ne m'as rien dit non plus.

Jihair ouvrit la bouche. La referma. Puis ne réussis pas à contenir son rire. Bérimut, de l'autre côté du feu, regardait les flammes avec l'expression d'un homme qui trouve la scène raisonnablement divertissante pour un vieil enchanteur qui n'a pas eu de compagnie depuis six mois.

Il n'y a pas de reproche utile à faire ici, dit-il aimablement. Vous êtes tous les deux en vie. C'est généralement le critère qui compte.


 

Le lendemain matin, ils raccompagnèrent le père et ses fils jusqu'à Fohaison. La tavernière les vit arriver depuis le seuil et resta immobile un long moment, les mains sur la bouche, avant de descendre les trois marches de son entrée et de serrer le père contre elle sans dire un mot. Le village se réveillait autour d'eux, et des portes s'ouvrirent une à une des visages, des bras tendus, la reconnaissance silencieuse des communautés qui ont attendu sans savoir si l'attente aurait une fin.

Jihair et Stalroc restèrent en retrait. Ce n'était pas leur moment.

La question de Bérimut se posa le soir même, dans la salle commune de l'auberge du Corbeau, autour d'un repas que la tavernière avait refusé de leur faire payer.

L'enchanteur n'avait rien demandé. Il ne demandait jamais rien, apparemment c'était une constante de caractère que les quelques heures passées à ses côtés avaient rendue évidente. Il mangeait, il observait, il répondait quand on lui parlait. Mais Jihair l'avait regardé plusieurs fois dans la journée avec la question dans les yeux, et Bérimut avait chaque fois attendu que la question soit formulée avant d'y répondre.

Vous ne pouvez pas rester ici, dit finalement Jihair. La confrérie sait où est ce temple. Ils reviendront pas les mêmes, mais d'autres. Vous seriez seul.

Je l'ai toujours été.

Ce n'est pas ce que je veux dire.

Bérimut posa sa cuillère. Il réfléchit vraiment, comme quelqu'un qui considère une option qu'il n'avait pas envisagée, ou qu'il avait refusé d'envisager.

Où ?

Arcahelm, dit Jihair. C'est mon domaine. Une ville calme, bien gardée. Je peux vous y trouver un logement discret, avec assez d'espace pour travailler si vous en avez besoin. Personne ne vous demandera quoi que ce soit.

Et en échange ?

Jihair hésita un moment pas parce qu'il ne savait pas quoi dire, mais parce qu'il cherchait la formulation exacte qui ne ressemble pas à une transaction.

Rien d'obligatoire. Mais si vous étiez disposé, à de très rares occasions, sur notre demande à Stalroc et moi seulement, à préparer quelques totems... nous n'en abusерions pas. Vous avez notre parole.

Bérimut le regarda longuement. Puis il regarda Stalroc.

Il parle pour vous aussi ?

Il parle pour nous deux, dit le chevalier. Et il sous-estime légèrement à quel point nous avons déjà abusé de votre premier totem ce soir, mais dans les grandes lignes, oui.

Bérimut eut quelque chose qui ressemblait, pour la première fois depuis leur rencontre, à un sourire discret, presque invisible, le genre de sourire d'un homme qui a oublié qu'il pouvait en faire un.

Il y a une condition, dit-il.

Laquelle ?

Un totem ne peut fonctionner qu'une seule fois pour chaque personne. Vous le savez désormais. Si vous en recevez d'autres à l'avenir, ce n'est pas pour vous c'est pour d'autres. Des gens à qui vous estimez que cette chance mérite d'être donnée. Je ne fabrique pas des objets de guerre. Je fabrique des secondes chances. La différence est importante.

Jihair hocha la tête sans hésiter.

Entendu.


 

Ils repartirent trois jours plus tard, au matin, avec leurs deux chevaux et un troisième loué à un paysan de Fohaison pour Bérimut, qui s'était avéré être un cavalier correct malgré les siècles ou peut-être à cause d'eux, selon l'angle où on se plaçait.

La forêt les laissa passer sans incident. La respiration lente des arbres était toujours là, mais différente en sortant plus légère, comme soulagée d'un poids qu'elle avait porté trop longtemps sans pouvoir le nommer. Jihair ne le dit pas à voix haute. Stalroc non plus. Certaines observations n'ont pas besoin d'être partagées pour être communes.

Au col de des palantons, ils s'arrêtèrent un moment. En dessous d'eux, la vallée connue, les routes cartographiées, les noms imprimés sur les parchemins. Derrière eux, le territoire blanc et sans nom où une forêt respirait encore autour d'un temple que personne ne retrouverait facilement, maintenant que Bérimut n'y était plus pour en laisser la porte entrouverte.

Stalroc sortit son totem de sa poche et le fit tourner entre ses doigts un moment.

Pour quelqu'un d'autre, donc.

Pour quelqu'un d'autre, confirma Jihair.

Tu as une idée de qui ?

Pas encore. Toi ?

Pas encore non plus. Mais j'imagine que ça viendra.

Il le remit dans sa poche. Ils reprirent la descente.


 

Bérimut s'installa à Arcahelm au début du mois suivant, dans une maison à l'écart du centre, avec un jardinet qui donnait sur la campagne et assez de calme pour travailler. Il ne fit pas parler de lui. Il ne chercha pas à se faire connaître. Les habitants du domaine de Jihair remarquèrent simplement, au fil des semaines, qu'il y avait un vieillard discret qui se promenait parfois le matin le long du mur d'enceinte, et qui répondait poliment quand on lui adressait la parole, et qui avait dans les yeux quelque chose qu'on ne savait pas vraiment nommer.

Jihair passa le voir à son retour de la capitale, trois semaines plus tard. Il apporta du vin du domaine et une carte à jour de la région un geste pratique, sans commentaire. Bérimut l'accepta sans commentaire non plus. Ils s'assirent dans le jardinet et parlèrent un moment de choses qui n'avaient rien d'urgent, ce qui était, dans les deux cas, une façon d'en parler qu'ils n'avaient pas souvent.

Avant de repartir, Jihair demanda une seule chose.

Le temple. Ce que vous y avez appris, cette magie personne d'autre ne la connaît ?

Personne. Ils ont essayé de me la faire enseigner. C'était la raison de tout cela. Mais une magie aussi ancienne ne s'extrait pas par la contrainte. Elle s'apprend en vivant avec elle, dans un lieu qui la contient, pendant suffisamment longtemps pour qu'elle décide elle-même de vous accepter. Ils n'avaient pas la patience.

Bien, dit Jihair.

Oui, dit Bérimut. Bien.

L'officier prit congé et redescendit vers la ville. Derrière lui, dans le jardinet, Bérimut resta assis encore un moment à regarder le ciel avec l'expression tranquille d'un homme qui a attendu très longtemps et qui n'a, pour l'instant, plus rien à attendre.

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Hello,

 

 

Une évidence, je ne vais pas répéter mon éloge de la dernière fois pour Jihair, même si celui-ci commence sérieusement à dater.

Je pense que la candidature se suffit à elle-même. Le RP est d'une qualité exceptionnelle, même s'il n'est pas à la hauteur de son auteur (t'as vu la bête de phrase ?)

 

 

En tout cas, gros soutien et +1 à toi mon ami.

 

 

Suljii

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D'habitude je lis les RP en diagonale pour comprendre basiquement les tenants et aboutissants mais là, le contexte de l'écriture et la maturation du contenu a poussé ma curiosité à le lire plus attentivement.

 

Le Rp est très construit et la narration se fait naturellement. On est saisi du mystère de cette aventure, pleine de rebondissements, de bravoure pour terminer à Arcahelm !

 

Bravo pour le travail d'écriture et bonne chance pour la suite !

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Bonjour,

 

J'apporte mon soutien à cette candidature colossale. L'objet est bien intégré à l'univers  et son histoire lui donne une véritable identité plutôt qu'un simple avantage mécanique. 

À mes yeux, il s'agit d'un objet unique qui enrichit le lore tout en ouvrant de belles possibilités de rôle-play. +1

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L'item est tellement rare sur MF (au vu du nombre limité de manoir) qu'il est pour la majorité des cas conservé en objet de collection.

 

Cela permettra à ce que l'item soit utilisé tel que minecraft l'a prévu, pour des quêtes, donjons par exemple.

 

Le prix ne devra être ni trop cher, ni pas assez au risque qu'il soit overkill.

 

 

+1

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Jihair, mon ami et associé de longue date. 

 

Tu as plus que fais tes preuves sur Minefield et tu as été pendant ses 5 dernières années le dernier vrai représentant de The Adventurer !

 

Aujourd'hui tu incarnes la marque fondée par om24 puis perpétué par Kolwako ainsi que moi-même. Et encore aujourd'hui c'est un plaisir de t'avoir comme associé pour représenter notre beau métier qui est le métier d'Aventurier.

 

Je suis donc très fier d'apporter mon soutien dans ta demande de ton item unique. Tu perpétues la tradition de nos demandes d'item unique.

 

Voici mon +1 mon ami

 

Stalroc,

Ton associé de toujours 

 

 

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