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[Mineur] La Compagnie des Terres Nouvelles


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Spécialisation : Mineur
Nom de l'échoppe : La Compagnie des Terres Nouvelles
Localisation : Capitale de Nostra

Présentation générale

Salut partenaires,

 

Je m'appelle toujours David. Je ne suis plus en STI2D depuis maintenant treize ans — le temps passe — et j'exerce aujourd'hui la profession d'ingénieur logiciel au sein d'une grande entreprise française. J'ai 32 ans et demi, je suis français, célibataire et sans enfant.

 

Mon histoire sur Minefield commence il y a maintenant fort longtemps. Je suis arrivé sur le serveur en tant que vagabond le 31 juillet 2011, avant de voir ma candidature paysanne acceptée le 3 septembre 2011, puis de devenir voyageur le 15 janvier 2012. Autant dire que je commence à être terriblement vieux.

 

Au cours de toutes ces années, j'ai participé à de nombreux projets sur le serveur. Il y eut d'abord Oxissor, dont j'évite généralement de trop parler, mais à qui il faut tout de même reconnaître le mérite de m'avoir encouragé à rejoindre Mumble et, par conséquent, à véritablement découvrir la communauté de Minefield. J'ai ensuite participé à Nouvelle-Azur, puis à Saint-Trident, avant de finalement rejoindre la nation avec laquelle j'ai passé le plus de temps et, surtout, rencontré beaucoup de personnes qui sont devenues des amis : Nevah.

 

J'ai également occupé pendant plusieurs années la fonction de Scribe des Maisons Abandonnées, jusqu'à ma démission le 20 juillet 2019, mon activité sur le serveur étant alors devenue quasiment nulle. J'avais malgré tout été plutôt prolifique durant cette période, puisque mon implication m'avait notamment valu d'être anobli le 27 mars 2016, pour les services rendus au sein du Château de Stendel.

 

Après plusieurs années loin de Minefield, me voilà donc de retour.

 

Aujourd'hui, si je reprends du service, c'est avant tout pour retrouver et aider mes amis nevains dans une nouvelle aventure. Une aventure qui nous emmène cette fois bien loin de nos terres historiques, sur les rivages de Nostra, où Nevah a commencé à établir une présence avec Fort Forloin.

 

Et puisque cette nouvelle aventure m'amène aujourd'hui à déposer une candidature commerçante, il est temps d'expliquer ce qui motive cette démarche et, surtout, ce que je compte en faire.

Mes anciennes candidatures

 

Mes motivations

 

Ma première motivation pour devenir commerçant est finalement assez simple : avoir une véritable occupation sur le serveur.

 

Après toutes ces années, je sais que je reste beaucoup plus facilement actif lorsque j'ai des objectifs concrets à poursuivre. Le commerce présente justement cet avantage : il faut produire, acheter, vendre, gérer ses stocks et répondre aux besoins des autres joueurs. C'est donc une activité de fond qui pourra accompagner durablement mon retour.

 

Il existe également une raison beaucoup plus pragmatique : financer mon train de vie. Je ne souhaite pas vivre éternellement sur mes anciennes économies et j'aimerais que mon activité puisse financer mes constructions, mes achats et mes différents projets. Je ne vais donc pas prétendre que l'enrichissement personnel n'entre pas dans mes motivations : je crée une compagnie commerciale et j'espère évidemment qu'elle gagnera de l'argent. :P

 

Enfin, je souhaite participer à augmenter le nombre de commerçants actifs au sein de Nevah. Plus nous sommes nombreux à disposer de capacités de production, de stocks et de commerces différents, moins la nation dépend de l'activité d'une poignée de joueurs.

 

Mon objectif n'est donc pas de remplacer les commerçants nevains déjà présents, mais de compléter leurs activités et de participer à la résilience économique de Nevah.

 

C'est dans cette logique, mais également avec l'arrivée des Nevains sur Nostra, qu'est née la Compagnie des Terres Nouvelles.

La Compagnie des Terres Nouvelles

La Compagnie des Terres Nouvelles est née avec l'installation nevaine sur Nostra et le développement de Fort Forloin. Je souhaite en faire une entreprise de négoce de ressources minières, capable aussi bien de vendre le produit de mes propres extractions que de racheter les ressources produites par d'autres joueurs afin de les remettre ensuite sur le marché.

 

Le principe peut se résumer simplement :

 

Extraire - Acheter - Stocker - Transformer - Revendre

 

Mon activité reposera sur deux branches complémentaires.

 

La première sera le commerce en gros de matériaux de construction à faible valeur unitaire, notamment la diorite, le granite, l'andésite ou encore le gravier. Ces ressources sont souvent récupérées en quantité par les joueurs sans qu'ils en aient nécessairement besoin, alors que les projets peuvent en consommer plusieurs dizaines de stacks.

 

Mon objectif sera donc de proposer un service de rachat, puis de revendre ces matériaux avec une marge relativement faible. La rentabilité viendra ici davantage du volume que de la valeur de chaque bloc.

 

Je souhaite notamment essayer de proposer une alternative aux givers.

 

Prenons l'exemple de la diorite. Le deuxième pack de golems mineurs la propose actuellement pour 2 PA les 2 stacks, soit 1 PA le stack.

À titre purement indicatif, si la Compagnie rachète un stack de diorite 0,50 PA et le revend 0,75 PA, un joueur apportant 20 stacks gagne 10 PA, la Compagnie réalise 5 PA de marge et le projet acheteur ne dépense que 15 PA au lieu de 20 PA auprès du giver.

 

Les prix réels évolueront évidemment en fonction du marché, des stocks et de la demande. Cet exemple illustre simplement le principe : rémunérer celui qui a extrait la ressource, réaliser une marge et rester suffisamment compétitif pour donner à l'acheteur une raison de ne pas utiliser son giver.

 

Ce modèle sera nécessairement plus difficile sur des matériaux comme le gravier ou la stone, proposés par les golems majeurs à seulement 1 PA les 2 stacks. Ils pourront néanmoins conserver un intérêt lorsqu'ils constituent des sous-produits dont un joueur souhaite se débarrasser.

 

La seconde branche concernera les produits à plus forte valeur ajoutée, notamment le marbre, l'or et le diamant.

 

Le marbre aura une place particulière puisqu'il constitue une véritable activité d'extraction spécialisée du mineur et peut être travaillé sous différentes formes. Je souhaite en conserver un stock permettant de répondre aussi bien aux achats ponctuels qu'aux besoins plus importants des projets.

 

L'or et le diamant suivront une logique plus classique : commercialiser le produit de mes propres extractions, mais également en racheter auprès d'autres joueurs lorsque les conditions sont intéressantes.

 

Ces produits doivent apporter une meilleure rentabilité à la Compagnie et ainsi compléter les faibles marges volontairement pratiquées sur les matériaux vendus en gros.

Le modèle économique de la Compagnie reposera donc sur cet équilibre : beaucoup de volume et de faibles marges sur les matériaux courants ; moins de volume mais davantage de valeur sur les ressources rares et travaillées.

 

Je continuerai évidemment à miner moi-même, mais je souhaite privilégier autant que possible le rachat aux joueurs. La Compagnie prendra ainsi réellement son rôle de négociant : acheter les ressources, immobiliser une partie de sa trésorerie, constituer des stocks et trouver ensuite les acheteurs.

 

Je ne prétends évidemment pas pouvoir faire disparaître les givers. Ils disposent de stocks infinis, sont disponibles en permanence et ne prennent jamais de vacances. Difficile de faire mieux. :P

 

Mais si je peux faire en sorte qu'une partie des ressources nécessaires aux projets soit réellement extraite par des joueurs, rémunérer ces derniers et remettre ensuite ces matériaux en circulation à un prix intéressant, alors la Compagnie aura rempli l'un de ses principaux objectifs :

 

Donner une valeur aux ressources extraites, les centraliser et les remettre en circulation.

Mon échoppe

Pour débuter l'activité de la Compagnie des Terres Nouvelles, je souhaite installer un petit étal directement dans le marché de la capitale de Nostra.

 

Cet étal constituera le premier point de vente de la Compagnie et me permettra de commencer mes activités commerciales au cœur de la capitale.

 

À terme, la Compagnie disposera également d'implantations à Nevah et à Fort Forloin, mais leur ouverture n'est pas encore d'actualité.

 

Dans le cas de Nevah, la cité se trouve sur le serveur de New Stendel, qui n'est pas encore passé sur la version actuelle de Minecraft. Je préfère donc attendre cette mise à jour avant d'y développer l'activité de la Compagnie.

 

Pour Fort Forloin, la situation est différente. Dans son état actuel, le projet est avant tout une forteresse et l'installation d'un commerce directement sur place ne se justifie pas encore. Une échoppe de la Compagnie y verra le jour lorsque le développement du projet rendra sa présence pertinente.

 

D'autres établissements pourront également être ouverts si des opportunités intéressantes se présentent ailleurs sur le serveur.

 

Pour le moment, ma candidature concerne donc uniquement le premier établissement de la Compagnie : un étal au sein du marché de la capitale de Nostra.

Apparence souhaitée de l'étal

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Remerciements

Il ne me reste plus qu'à remercier tous ceux qui ont contribué, directement ou indirectement, à mon retour sur Minefield et à cette nouvelle aventure.

 

En premier lieu, évidemment, les Nevains qui ont réussi à me faire revenir après toutes ces années et avec lesquels j'ai de nouveau beaucoup de plaisir à jouer.

Merci également à tous ceux qui auront eu le courage de lire cette candidature jusqu'ici.

RolePlay

Avant-propos

Le RolePlay que vous vous apprêtez à lire retrace l'intégralité de la carrière de mon personnage sur Minefield, depuis ses premières aventures jusqu'à la création de la Compagnie des Terres Nouvelles.

 

Les deux premiers chapitres sont des remakes des RP de mes anciennes candidatures paysanne et voyageur. Les textes originaux datant maintenant de nombreuses années, leur style ne me convenait plus vraiment. Les intrigues et les événements racontés restent donc identiques, mais ils ont été entièrement réécrits afin d'améliorer leur narration, leur cohérence et, accessoirement, de faire disparaître un certain nombre de fautes qui avaient réussi à survivre depuis 2011.

 

Dans son intégralité, ce RP représente environ 31 pages Word. Sa longueur s'explique principalement par ma volonté de retracer l'histoire complète de mon personnage et de conserver une continuité avec mes précédents RP.

 

Pour ceux souhaitant aller directement à la partie concernant cette candidature, le RP spécifiquement consacré à mon activité commerçante se trouve dans les chapitres VII et VIII.

 

Ces deux chapitres racontent la naissance de la Compagnie des Terres Nouvelles ainsi que la mise en place et le fonctionnement de son activité commerciale.

Pour les autres...

 

Bonne lecture, et bon courage. :P 

 

Divulgacher

Chapitre I : Le naufragé (RP Paysan)

Divulgacher

Avant d'arriver sur ces terres, ma vie était déjà consacrée à l'exploration. Je m'appelais David et, à vingt-trois ans, je parcourais le monde à la recherche de vestiges oubliés, d'objets anciens et de trésors dont certains collectionneurs étaient prêts à payer des sommes considérables. Je n'avais rien d'un archéologue et encore moins d'un conservateur de musée : ce qui m'intéressait était la valeur de ce que je pouvais trouver.

 

J'explorais des ruines et des souterrains, récupérais les antiquités qui avaient survécu au temps puis les revendais au marché noir à ceux qui étaient suffisamment riches pour ne pas poser trop de questions sur leur provenance. C'était une activité dangereuse et rarement légale, mais elle me permettait de vivre confortablement tout en satisfaisant un goût pour l'aventure que je possédais depuis toujours.

 

C'est ainsi que j'entendis parler du trésor de Tcharipa. Son existence n'était connue qu'à travers quelques récits et documents dont l'authenticité était difficile à établir, mais les informations que j'avais réussi à réunir étaient suffisamment concordantes pour attirer mon attention. Certains collectionneurs connaissaient également la légende et les sommes évoquées pour celui qui parviendrait à mettre la main sur le trésor dépassaient tout ce que j'avais pu gagner jusque-là.

 

Si seulement une partie de ces histoires était vraie, sa découverte pouvait constituer le coup de ma vie. Je pourrais le vendre, empocher plusieurs millions et prendre ma retraite avant même d'avoir atteint mes vingt-cinq ans.

 

Je consacrai presque une année entière à préparer l'expédition. Je réunis des cartes, recoupai les témoignages disponibles et dépensai une bonne partie de mes économies dans le matériel nécessaire au voyage. J'essayai également de trouver des hommes prêts à m'accompagner, sans grand succès. Une vieille histoire de malédiction entourait le trésor et, à ma grande surprise, même certains aventuriers pourtant habitués à risquer leur vie refusèrent catégoriquement de participer à l'expédition.

 

Je ne croyais guère aux malédictions et interprétai surtout leurs avertissements comme une raison supplémentaire de partir seul. Après tout, moins nous serions nombreux à découvrir le trésor, moins il faudrait partager les bénéfices.

 

Je pris finalement la mer pour rejoindre le désert où mes recherches situaient Tcharipa. Le voyage fut long, mais ce n'était encore rien comparé aux semaines qui suivirent. Je parcourus le désert pendant près d'un mois avant de trouver ce que je cherchais. Plusieurs fois, je crus m'être trompé et envisageai de rebrousser chemin. Puis, alors que mes réserves commençaient sérieusement à diminuer, je découvris enfin l'entrée des ruines.

 

Les récits n'avaient pas menti : le trésor existait bel et bien.

 

L'endroit était cependant loin d'être abandonné. Des squelettes en protégeaient encore les profondeurs et je dus me frayer un chemin parmi eux avant d'atteindre la salle où les richesses de Tcharipa avaient été dissimulées. Je n'avais jamais compris comment des créatures dépourvues de chair pouvaient encore marcher, encore moins manier des armes, mais à cet instant la question m'importait peu.

 

Après une année de recherches et plusieurs semaines passées dans le désert, j'avais devant moi ce qui devait assurer ma fortune pour le restant de mes jours.

 

Je regagnai la côte avec mon butin et embarquai pour rentrer chez moi. Le plus difficile me semblait alors derrière moi. Il ne me restait plus qu'à organiser la vente aux enchères et à profiter de la retraite que je m'étais promise.

 

Je me trompais lourdement.

 

Quelques jours après notre départ, une tempête d'une violence exceptionnelle nous surprit en pleine mer. Le vent se leva avec une rapidité que personne à bord n'avait anticipée et les vagues commencèrent à frapper le navire avec une force terrifiante. L'équipage tenta pendant des heures de maintenir notre cap, puis simplement de maintenir le bâtiment à flot, mais la mer finit par avoir raison de nous.

 

Une vague plus importante que les autres balaya le pont et, quelques instants plus tard, notre navire commença à sombrer. Le trésor de Tcharipa disparut avec lui.

 

Je n'eus pas vraiment le temps de regretter les millions qui venaient de sombrer au fond de l'océan. Je m'accrochai à ce que je trouvai et finis par récupérer une bouée tandis que le navire disparaissait sous les vagues. Je ne revis aucun membre de l'équipage. Lorsque la tempête se calma enfin, il ne restait autour de moi que la mer et quelques débris emportés par les courants.

 

Je dérivai ainsi pendant trois jours. Je serais incapable de dire précisément combien de temps je restai conscient. La faim, la soif et l'épuisement finirent par rendre mes souvenirs particulièrement confus. Je me rappelle seulement avoir aperçu une côte au loin et avoir utilisé mes dernières forces pour tenter de m'en rapprocher.

 

Lorsque mes pieds touchèrent finalement le fond, je progressai tant bien que mal jusqu'à la plage avant de m'effondrer. J'avais survécu.

 

À ce moment-là, je pensais que mes problèmes étaient pratiquement terminés. J'ignorais où les courants m'avaient conduit, mais j'étais vivant et manifestement revenu dans une région habitée. Il ne me restait qu'à trouver une ville, contacter quelqu'un et organiser mon retour en France. La perte du trésor était regrettable, mais après trois jours passés à dériver au milieu de l'océan, elle me paraissait soudain beaucoup moins importante.

 

Je marchai jusqu'à apercevoir les premières constructions d'une immense cité. Je n'avais jamais rien vu de semblable. Son architecture ne correspondait à aucun endroit que je connaissais et certains bâtiments semblaient appartenir à des époques différentes. J'étais encore trop épuisé pour m'en inquiéter réellement et cherchai simplement un endroit où boire et manger.

 

Une taverne finit par attirer mon attention. J'entrai avec le peu d'argent qui me restait, commandai de quoi me restaurer et vidai probablement ma première bière beaucoup trop rapidement. Après trois jours passés en mer, retrouver une table, un toit et de la nourriture suffisait presque à me convaincre que tout allait bien.

 

Je demandai finalement au tavernier où je me trouvais. Il me répondit que j'étais à New-Stendel.

 

Le nom ne me disait absolument rien.

 

Je supposai d'abord qu'il s'agissait d'une ville étrangère dont je n'avais simplement jamais entendu parler. Mon travail m'avait conduit dans suffisamment de régions reculées pour que cela ne me paraisse pas impossible. Je demandai donc au tavernier quand partirait le prochain navire pour Marseille.

 

Son expression changea.

 

« Marseille ? Où est-ce ? »

 

Je crus d'abord à une plaisanterie et lui répondis que Marseille se trouvait en France. Son regard ne devint que plus perplexe : il ne connaissait pas davantage la France.

 

Je tentai de lui citer d'autres villes, puis d'autres pays, pensant simplement être tombé sur un homme particulièrement ignorant de la géographie. Aucun des noms que je lui donnais ne semblait avoir la moindre signification pour lui. À l'inverse, lorsqu'il essaya de m'expliquer où se trouvait New-Stendel, les lieux qu'il mentionna m'étaient tout aussi inconnus.

 

Je commençai sérieusement à me demander si les trois jours passés en mer n'avaient pas affecté mon esprit.

 

Le tavernier finit néanmoins par m'apporter la seule information qui me sembla utile. Si je voulais prendre un bateau, un navire devait prochainement partir en direction d'une cité appelée Azur. Il ne pourrait pas me conduire jusqu'à Marseille, mais c'était apparemment l'une des destinations importantes accessibles depuis la région. Je le remerciai sans vraiment savoir quoi faire de cette information et quittai finalement la taverne.

 

Les jours suivants ne firent que confirmer l'étrangeté de la situation. Je parcourus New-Stendel, interrogeai des voyageurs et essayai de trouver quelqu'un connaissant ne serait-ce qu'un des lieux que j'avais cités au tavernier. Personne n'avait entendu parler de la France. Personne ne connaissait l'Europe. Les cartes que je pus consulter ne représentaient aucun continent que j'avais vu auparavant. Elles indiquaient au contraire des villes, des royaumes et des territoires dont les noms m'étaient totalement étrangers.

 

Plus inquiétant encore, certaines choses que j'avais jusque-là considérées comme impossibles semblaient parfaitement ordinaires ici. Les créatures que j'avais affrontées dans les ruines de Tcharipa n'étaient manifestement pas des anomalies isolées. La magie elle-même ne semblait pas relever uniquement des légendes. Jusqu'au rythme des jours et des nuits, tout paraissait différent de ce que j'avais connu.

 

Je cherchai longtemps une explication rationnelle. Peut-être la tempête m'avait-elle fait dériver beaucoup plus loin que je ne l'imaginais. Peut-être avais-je perdu la mémoire. Peut-être étais-je simplement devenu fou. Mais aucune de ces explications ne résistait longtemps à ce que j'avais devant les yeux.

 

Je finis par accepter une hypothèse qui aurait dû me sembler plus absurde encore : je n'étais plus sur Terre.

 

Je ne savais pas comment cela avait pu se produire. La tempête, le naufrage ou les trois jours passés à dériver avaient-ils joué un rôle ? Je n'en avais aucune idée. Je savais seulement que j'étais parti en mer avec le trésor de Tcharipa et que je m'étais réveillé sur les côtes d'un monde dont personne ne connaissait le pays où j'étais né.

 

Pendant quelque temps, je continuai malgré tout à chercher un moyen de rentrer. J'interrogeai les marins, les voyageurs et tous ceux qui semblaient suffisamment expérimentés pour avoir entendu parler de terres lointaines ou de phénomènes étranges. Mes recherches ne donnèrent rien. Même ceux qui acceptaient de croire mon histoire étaient incapables de m'expliquer comment j'étais arrivé ici, encore moins comment reproduire le voyage dans l'autre sens.

 

Il fallut finalement me rendre à l'évidence : je ne rentrerais probablement pas chez moi.

 

Je n'avais presque plus d'argent, aucun équipement et ne connaissais pratiquement personne. Le trésor qui devait me permettre de prendre ma retraite reposait quelque part au fond d'un océan qui n'appartenait peut-être même plus au même monde. Pour la première fois depuis longtemps, je n'avais ni expédition à préparer ni antiquité à vendre. Je devais simplement trouver un endroit où vivre.

 

Je repris donc la route. Puisque je ne pouvais pas retrouver mon ancien monde, il allait falloir apprendre à vivre dans celui-ci.

Chapitre II : Oxissor (RP Voyageur)

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Les semaines qui suivirent furent essentiellement consacrées à l'exploration. Puisque je ne pouvais pas rentrer chez moi et que je ne connaissais pratiquement rien de ce monde, parcourir ses terres me semblait être la meilleure manière d'en comprendre le fonctionnement. Je visitai plusieurs régions, découvris des villes dont je n'avais encore jamais entendu parler et appris progressivement à reconnaître les usages de leurs habitants. Mon ancienne vie d'explorateur m'avait au moins préparé à vivre loin de chez moi avec peu de choses. La principale différence était qu'autrefois, aussi loin que je sois parti, je savais toujours dans quelle direction se trouvait la maison. Désormais, cette certitude avait disparu.

 

Mes voyages finirent par me conduire jusqu'à Oxissor. Je ne savais presque rien de la cité lorsque j'arrivai dans ses environs, mais je décidai d'y rester quelque temps. Après plusieurs semaines passées à vagabonder, l'idée d'avoir enfin un toit fixe commençait à devenir séduisante. Je trouvai un emplacement dans sa banlieue et y construisis une maison modeste. Je ne pensais pas encore m'installer durablement. Oxissor devait simplement devenir un point de chute, un endroit où entreposer mes affaires et revenir entre deux voyages. Pourtant, comme cela m'arriverait souvent par la suite, un séjour que je pensais temporaire prit progressivement une tout autre importance.

 

Un jour, alors que je parcourais la ville, je remarquai un panneau demandant de l'aide pour retirer trois parcelles qui gâchaient les environs du château. Je n'avais aucune responsabilité particulière envers Oxissor, mais je n'avais pas non plus grand-chose de mieux à faire. Je passai donc une partie de la journée à démonter les constructions concernées et pris soin de déposer les matériaux récupérés dans des coffres avant de rentrer chez moi. Pour moi, l'affaire s'arrêtait là.

 

Le lendemain matin, quelqu'un frappa à ma porte. Un coursier m'attendait avec un message du Grand Conseiller d'Oxissor, qui avait appris que j'étais à l'origine du travail réalisé la veille et souhaitait simplement me remercier. Le geste était modeste, mais il eut davantage d'importance que je ne l'aurais imaginé. Depuis mon arrivée dans ce monde, j'avais essentiellement vécu comme un étranger de passage. Pour la première fois, quelqu'un associait mon nom à quelque chose d'utile que j'avais accompli ici.

 

Je commençai alors à prêter davantage attention aux besoins de la cité. Quelques jours plus tard, en revenant de ma mine, je rencontrai plusieurs habitants occupés à tamiser d'importantes quantités de gravier. Intrigué, je leur demandai ce qu'ils cherchaient et appris qu'ils récupéraient du silex destiné à la construction du toit en ardoise du château. Je me joignis à eux. L'activité n'avait rien de passionnant et les heures passées à trier du gravier étaient très éloignées des expéditions que j'avais autrefois menées à la recherche d'antiquités, mais cela ne me dérangeait curieusement pas. Pour la première fois depuis mon naufrage, j'avais l'impression de participer à quelque chose qui ne concernait pas uniquement ma propre survie.

 

De petits travaux en petits travaux, ma présence à Oxissor devint progressivement habituelle. On commença à venir me chercher lorsqu'il fallait transporter des matériaux, creuser une zone ou donner un coup de main sur un chantier. Je passais toujours du temps à explorer et à travailler dans ma mine, mais mes journées étaient de plus en plus souvent organisées autour des besoins de la ville. Je ne m'en rendis pas immédiatement compte, mais la maison qui devait simplement me servir de point de chute était peu à peu devenue l'endroit où je rentrais le soir.

 

L'un des premiers travaux importants auxquels je participai fut lié à Tenebrae Cultus. Le Grand Conseiller avait besoin de récupérer un important chargement de pierre destiné à la construction des tours du château et je fus chargé de participer à son transport. Le trajet s'avéra rapidement beaucoup plus pénible que prévu. L'absence de véritable route rendait chaque déplacement difficile et acheminer de grandes quantités de matériaux demandait un temps considérable.

 

Plutôt que de continuer à emprunter indéfiniment le même trajet impraticable, je décidai de l'aménager. Je commençai par construire une route reliant plus efficacement mon secteur au reste du territoire, puis creusai un petit tunnel afin de faciliter le passage jusqu'à la mer qui nous séparait encore de Tenebrae Cultus. Ce qui devait simplement permettre de transporter quelques cargaisons devint progressivement un véritable axe de circulation. Pour la première fois depuis mon arrivée à Oxissor, je ne me contentais plus d'aider à un projet décidé par quelqu'un d'autre : j'avais identifié un problème et entrepris de le résoudre moi-même.

 

L'initiative fut remarquée et ma participation aux travaux de la cité augmenta encore. Désormais, lorsqu'un chantier important était lancé, il était fréquent que j'y prenne part. Je travaillai sur différentes constructions d'Oxissor et appris progressivement à connaître ceux qui faisaient vivre la ville. Mon expérience était encore limitée, mais je compensais largement par le temps que j'étais prêt à consacrer aux projets. L'explorateur solitaire que j'avais été sur Terre découvrait finalement qu'il appréciait également de construire quelque chose destiné à rester après son passage.

 

Les relations avec Tenebrae Cultus continuant de se développer, l'idée d'améliorer définitivement la liaison entre nos territoires s'imposa. La mer et les chemins difficiles rendaient les échanges inutilement compliqués. Je participai alors à un projet beaucoup plus ambitieux : la construction d'un grand tunnel reliant directement Oxissor à Tenebrae Cultus. Le chantier demanda énormément de travail, mais son achèvement transforma considérablement les déplacements entre les deux territoires. Les cargaisons qui nécessitaient autrefois de longs détours pouvaient désormais circuler beaucoup plus facilement.

 

Ce projet marqua véritablement mon intégration à Oxissor. La confiance que les habitants et les dirigeants de la cité m'accordaient n'avait plus grand-chose à voir avec celle réservée à un simple voyageur de passage. En reconnaissance du travail accompli, j'obtins finalement le droit de m'installer sur le plateau et d'y établir véritablement ma demeure. J'acceptai sans hésiter. Je n'avais plus besoin de prétendre qu'Oxissor n'était qu'une étape temporaire sur une route dont j'ignorais moi-même la destination.

 

Quelques mois auparavant, j'étais arrivé dans ce monde accroché à une bouée avec pour seule obsession de retrouver la France. J'avais parcouru New-Stendel en cherchant quelqu'un capable de me montrer le chemin du retour et considéré chaque ville visitée comme une étape provisoire en attendant de trouver une solution. À Oxissor, cette recherche passa progressivement au second plan. Je pensais toujours à la Terre et je n'avais pas complètement abandonné l'espoir d'y retourner un jour, mais cette possibilité ne dirigeait plus chacune de mes décisions.

 

Je possédais une maison, des compagnons et, surtout, enfin une place quelque part.

 

Pendant les mois qui suivirent, ma vie devint presque paisible. Je continuai à participer aux constructions, à parcourir les environs et à aider lorsque la cité avait besoin de bras. Oxissor n'était certainement pas parfaite et je ne savais toujours pas ce que l'avenir me réservait, mais après le chaos de mon arrivée, cette stabilité me convenait parfaitement. Pour la première fois depuis mon naufrage, je pouvais envisager les semaines suivantes sans me demander où je dormirais ni dans quelle direction reprendre la route.

 

Je commençais même à croire que cette nouvelle vie pourrait durer.

 

Je me trompais.

 

Les premiers signes furent suffisamment discrets pour que personne ne leur accorde immédiatement beaucoup d'importance. Quelques phénomènes inhabituels, des rumeurs rapportées par des voyageurs, puis cette impression difficile à expliquer que quelque chose changeait autour de nous. Oxissor avait traversé bien des difficultés et rien ne laissait encore imaginer que la cité puisse réellement être menacée. Nous continuâmes donc à travailler et à bâtir, sans savoir que les jours d'Oxissor étaient désormais comptés.

Chapitre III : La chute d'Oxissor

Divulgacher

Les mois qui suivirent mon installation à Oxissor furent particulièrement mouvementés. En peu de temps, cette cité qui m'était encore totalement inconnue était devenue mon foyer. J'y avais construit ma maison et participé à de nombreux travaux, qu'il s'agisse de creuser des tunnels, d'aménager les alentours ou de tracer des routes permettant de faciliter les échanges avec les territoires voisins. Pour la première fois depuis mon arrivée sur Minefield, j'avais cessé de chercher activement un moyen de rentrer dans mon monde. Je ne savais pas encore si je passerais le reste de ma vie à Oxissor et, à vrai dire, je ne m'étais jamais réellement posé la question. Après avoir passé tant de temps à parcourir des terres inconnues à la recherche de trésors et d'un hypothétique moyen de rentrer chez moi, avoir simplement un endroit où revenir le soir me suffisait largement.

 

Je commençais à peine à m'habituer à cette nouvelle existence lorsque d'étranges phénomènes commencèrent à se produire dans les environs de la cité. Les premiers furent suffisamment insignifiants pour que personne ne s'en inquiète réellement : quelques mineurs rapportèrent avoir ressenti de légères secousses dans les galeries, des habitants découvrirent de nouvelles fissures sur leurs murs et, à plusieurs reprises, un grondement lointain sembla provenir des profondeurs. Oxissor ayant été construite sur les ruines d'une ancienne cité et son sous-sol étant parcouru d'innombrables galeries, nous attribuâmes naturellement ces événements à l'activité minière. Les fissures furent rebouchées, les galeries les plus fragiles consolidées et la vie reprit son cours.

 

Les phénomènes continuèrent pourtant à s'intensifier. Les secousses devinrent suffisamment fortes pour être ressenties à la surface et les animaux commencèrent à adopter un comportement étrange. Je me souviens notamment d'un matin où plusieurs habitants tentaient désespérément de ramener leurs bêtes vers la ville. Malgré leurs efforts, celles-ci refusaient obstinément d'avancer et cherchaient au contraire à s'en éloigner. Nous en plaisantâmes pendant quelque temps, sans comprendre qu'elles avaient probablement perçu avant nous ce qui était en train de se préparer sous nos pieds.

 

La catastrophe survint quelques nuits plus tard. Je fus réveillé par un grondement sourd qui me fit tout d'abord penser à un orage. À peine avais-je ouvert les yeux que mon lit se mit à trembler et que plusieurs objets tombèrent de mes étagères. La secousse ne dura que quelques secondes avant que le silence ne revienne. Je sortis immédiatement de chez moi et découvris que de nombreux habitants avaient fait de même. Certains tenaient des torches, d'autres avaient à peine pris le temps de s'habiller, mais tous observaient les alentours avec la même inquiétude. Personne ne semblait réellement savoir ce qui venait de se produire et nous commencions à peine à échanger nos premières hypothèses lorsqu'une seconde secousse frappa la cité.

 

Cette fois, le sol sembla littéralement se soulever sous mes pieds. Un craquement assourdissant traversa Oxissor tandis que des morceaux de pierre se détachaient des bâtiments et venaient s'écraser dans les rues. Au même moment, un grondement beaucoup plus profond que les précédents remonta des entrailles de la terre. Quelqu'un cria qu'il fallait évacuer et, presque immédiatement, la panique gagna la ville. Une partie des remparts s'effondra dans un immense nuage de poussière tandis que des fissures parcouraient les rues à une vitesse terrifiante. À plusieurs endroits, le sol s'ouvrit brutalement, engloutissant des arbres, des chemins et des constructions entières.

 

Mon premier réflexe fut de vouloir retourner dans ma maison afin de récupérer mes affaires, mais une nouvelle secousse me fit perdre l'équilibre. Lorsque je relevai les yeux, une partie du chemin que je comptais emprunter venait de disparaître dans une profonde crevasse. Je compris alors que quelques coffres remplis de possessions ne valaient certainement pas la peine de mourir enseveli sous les ruines de la ville. Je suivis donc les autres habitants vers l'extérieur d'Oxissor, courant au milieu de la poussière et des débris sans réellement savoir où j'allais. Derrière nous, les effondrements se succédaient et le fracas des bâtiments qui s'écroulaient se mêlait aux cris des habitants cherchant leurs proches.

 

Lorsque nous atteignîmes finalement une hauteur suffisamment éloignée de la cité, je pus enfin me retourner. Le spectacle était difficile à concevoir. Une partie du plateau s'était effondrée, plusieurs incendies s'étaient déclarés parmi les bâtiments encore debout et une immense colonne de poussière recouvrait désormais Oxissor. Le château était éventré, les routes que nous avions construites étaient coupées et certaines parties de la cité avaient tout simplement disparu. Quant aux anciennes galeries et aux ruines sur lesquelles Oxissor avait été bâtie, elles avaient été englouties avec tout ce qu'elles pouvaient encore contenir. Les secrets de l'ancienne cité, ses parchemins et ses légendes venaient de retourner sous terre, probablement pour toujours.

 

Nous établîmes un campement de fortune à bonne distance des ruines et consacrâmes les jours suivants à rechercher les survivants ainsi qu'à récupérer ce qui pouvait encore l'être. Plusieurs groupes tentèrent de retourner dans la cité, mais la terre continuait régulièrement de trembler et chaque nouvelle secousse provoquait de nouveaux effondrements. Certaines zones étaient devenues totalement inaccessibles et il devenait évident que reconstruire sur un terrain aussi instable serait impossible. Après quelques jours, il fallut donc accepter ce que personne ne voulait véritablement prononcer : Oxissor était perdue.

 

Les survivants commencèrent progressivement à se disperser. Certains partirent rejoindre de la famille dans d'autres régions, tandis que d'autres trouvèrent refuge dans les villes voisines. Pour ma part, je n'avais nulle part où aller. Quelques mois seulement auparavant, j'étais arrivé sur New-Stendel sans rien posséder ou presque ; j'avais depuis trouvé une cité, construit une maison et commencé à imaginer que je pourrais enfin mener une existence relativement normale. Le cataclysme venait de me ramener presque exactement à mon point de départ, avec pour seules possessions les quelques affaires que j'avais sur moi au moment de l'évacuation.

 

Je quittai donc les environs d'Oxissor avec un petit groupe de survivants avant que nos chemins ne finissent par se séparer. Je voyageai ensuite pendant plusieurs semaines sans véritable destination, empruntant les grandes routes lorsque j'en trouvais et suivant les indications des voyageurs lorsque je n'en trouvais plus. Je gagnais de quoi vivre en proposant mes services dans les villages que je traversais : quelques pièces pour réparer une toiture ou participer à un chantier, un repas contre une journée passée à décharger les marchandises d'une caravane, parfois simplement une place dans une grange pour passer la nuit. Mon séjour à Oxissor avait au moins eu le mérite de m'apprendre à manier autre chose qu'une épée et une pioche à la recherche de trésors.

 

C'est au cours de cette errance que j'entendis parler de Nouvelle-Azur. Le nom éveilla immédiatement un vieux souvenir. Peu après mon naufrage, alors que je venais à peine de découvrir New Stendel et que je cherchais encore désespérément un moyen de retourner en France, un tavernier m'avait parlé d'un navire se rendant à Azur. Je n'avais finalement jamais entrepris ce voyage et, depuis, ce nom était resté quelque part dans un coin de ma mémoire. N'ayant de toute manière aucune meilleure destination en tête, je décidai de satisfaire cette curiosité vieille de plusieurs mois et pris la direction de la cité.

 

Le voyage me prit plusieurs jours. À mesure que je me rapprochais de Nouvelle-Azur, les petits chemins laissèrent progressivement place à des routes plus fréquentées sur lesquelles je croisais marchands, voyageurs et charrettes chargées de marchandises. Après plusieurs semaines passées à errer dans des régions parfois presque désertes, retrouver autant d'activité avait quelque chose de rassurant. Les indications recueillies au fil de mon voyage devenaient également de plus en plus précises et, pour la première fois depuis la destruction d'Oxissor, je savais exactement où mes pas me conduisaient.

 

J'aperçus finalement les premières constructions à l'horizon, mais ce ne furent pas les bâtiments de la cité que je découvris en premier. Tout autour de Nouvelle-Azur s'étendaient des bidonvilles constitués de constructions précaires, assemblées avec les matériaux que leurs habitants avaient probablement réussi à récupérer ici et là. Des cabanes s'entassaient les unes contre les autres le long des chemins menant vers la ville, formant une véritable ceinture autour de celle-ci. Après les paysages parfois presque déserts que j'avais traversés au cours des semaines précédentes, cette concentration soudaine d'habitations et de population avait quelque chose de saisissant.

 

Je ralentis le pas en traversant ces quartiers improvisés, observant cette étrange périphérie qui constituait mon premier véritable aperçu de Nouvelle-Azur. Lorsque j'avais entendu parler d'Azur pour la première fois dans cette taverne de New Stendel, je n'y avais guère prêté attention : ce n'était alors pour moi qu'un nom parmi d'autres dans un monde dont j'ignorais encore presque tout. Je devais reconnaître que je ne m'étais certainement pas imaginé devoir un jour traverser une immense étendue de cabanes pour finalement m'y rendre.

 

En poursuivant ma route, les habitations de fortune laissèrent progressivement apparaître la cité elle-même. Beaucoup de choses avaient changé depuis la première fois où j'avais entendu son nom. J'avais découvert ce monde, participé à la construction d'une cité, possédé une maison avant de tout perdre lors de la destruction d'Oxissor. Surtout, mon obsession de trouver un moyen de retourner chez moi s'était progressivement estompée. Cette fois, aucun trésor, aucune légende et aucun mystérieux parchemin ne m'avaient conduit jusqu'ici. Je cherchais simplement un endroit où recommencer.

 

Je réajustai mon sac sur mes épaules et poursuivis mon chemin à travers les dernières habitations qui me séparaient encore de la ville. Après des semaines passées sur les routes et sans savoir ce que j'allais y trouver, j'entrais enfin dans Nouvelle-Azur.

Chapitre IV : C’est par où Azur ?

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Mon arrivée à Nouvelle-Azur ne ressemblait pas vraiment à ce que j'avais imaginé en entendant parler de la cité quelques mois auparavant. Derrière l'agitation des bidonvilles qui l'entouraient se cachait une ville qui semblait avoir connu des jours bien meilleurs. Les rues étaient encore bordées de bâtiments imposants témoignant de sa prospérité passée, mais beaucoup paraissaient désormais délaissés. Certaines maisons étaient vides, des commerces avaient fermé leurs portes et les habitants que je croisais se faisaient rares. Après avoir traversé des quartiers périphériques grouillant de monde, le contraste avec le calme qui régnait à l'intérieur de la ville était particulièrement frappant.

 

J'appris rapidement que Nouvelle-Azur traversait une période difficile. La cité s'était progressivement vidée de ses habitants et son activité avait décliné au point qu'il ne restait presque plus personne pour la faire vivre. Son président faisait partie des rares personnes à continuer de croire qu'elle pouvait retrouver une partie de sa grandeur passée. Je n'avais initialement aucune intention de participer à une nouvelle aventure de ce genre. Après la destruction d'Oxissor, je cherchais avant tout un toit et un peu de tranquillité. Pourtant, à mesure que les jours passaient, je retrouvais une situation qui m'était étrangement familière : une ville avait besoin de bras et j'avais besoin d'une raison de ne pas reprendre la route.

 

Je décidai donc de m'installer à Nouvelle-Azur et de participer, à mon échelle, aux efforts entrepris pour redonner vie à la cité. Les premières semaines furent surtout consacrées à remettre un peu d'ordre dans ce qui existait déjà. Certains bâtiments avaient besoin de réparations, des espaces laissés à l'abandon devaient être entretenus et plusieurs quartiers portaient les traces d'une longue période sans véritable activité. Nous n'étions pas nombreux et les travaux avançaient nécessairement lentement, mais chaque façade restaurée, chaque rue entretenue et chaque commerce rouvert donnaient l'impression que la ville sortait progressivement de son sommeil.

 

Le retour de l'activité ne réglait cependant pas tous les problèmes. Les bidonvilles qui s'étaient développés autour de Nouvelle-Azur abritaient une population importante et, avec elle, une criminalité qui débordait régulièrement jusque dans les rues de la cité. Les vols étaient devenus suffisamment fréquents pour inquiéter les habitants et certains secteurs étaient à éviter une fois la nuit tombée. Faute de personnes en nombre suffisant pour assurer la sécurité, je commençai à parcourir régulièrement les rues et les alentours de la ville afin de surveiller les principaux accès et d'intervenir lorsque la situation l'exigeait.

 

Ces patrouilles devinrent rapidement une part importante de mon quotidien. Je connaissais peu à peu chaque rue, chaque passage et chaque raccourci de Nouvelle-Azur, mais également les endroits où les problèmes avaient le plus de chances de survenir. Il ne s'agissait évidemment pas de faire disparaître à moi seul toute la criminalité de la région, mais notre présence régulière suffisait souvent à décourager les moins téméraires. Les habitants recommencèrent progressivement à circuler plus librement et, avec le retour d'un semblant de sécurité, l'activité commerciale reprit elle aussi. Les rues qui m'avaient paru presque désertes lors de mon arrivée retrouvèrent peu à peu leurs habitants.

 

Cette amélioration nous permit de nous attaquer à un chantier beaucoup plus important : la rénovation de Nouvelle-Azur elle-même. Certains bâtiments vieillissants nécessitaient davantage que quelques réparations et plusieurs constructions furent entièrement reprises. Je retrouvai alors les habitudes acquises à Oxissor, passant parfois davantage de temps avec des outils à la main que dans ma propre maison. Cette fois cependant, il ne s'agissait plus de bâtir une cité à partir de rien, mais de préserver ce que d'autres avaient construit avant nous tout en l'adaptant aux nouveaux besoins de ses habitants.

 

Au fil des mois, le changement devint visible. Nouvelle-Azur n'avait certainement pas retrouvé toute l'activité qu'elle avait connue autrefois, mais elle n'était plus cette ville presque abandonnée que j'avais découverte en franchissant ses portes. De nouveaux habitants arrivaient, certains commerces reprenaient leur activité et les bâtiments rénovés donnaient progressivement un nouveau visage aux quartiers les plus anciens. Après avoir assisté impuissant à la destruction d'Oxissor, participer cette fois à la renaissance d'une ville avait pour moi une signification particulière. Là où j'avais vu quelques mois auparavant des constructions s'effondrer et une population se disperser, j'assistais désormais au phénomène inverse.

 

Ce renouveau attira également l'attention au-delà des limites de Nouvelle-Azur. Mon implication dans la ville et mes patrouilles finirent notamment par parvenir aux oreilles de Louvinette, gouverneure de la région. Je fus un jour informé qu'elle souhaitait me rencontrer afin de discuter de l'avenir des territoires entourant la cité. Je ne savais pas exactement ce qu'une gouverneure pouvait bien attendre de moi, mais la curiosité eut une nouvelle fois raison de ma prudence et j'acceptai de la rencontrer.

 

Louvinette ne tarda pas à m'expliquer que le problème des bidonvilles ne pouvait pas être réglé uniquement en multipliant les patrouilles. Leur développement anarchique autour de Nouvelle-Azur était devenu difficilement maîtrisable et les conditions dans lesquelles vivaient leurs habitants ne pouvaient pas constituer une solution durable. Tant que ces quartiers subsisteraient sous cette forme, nous pourrions passer nos journées à surveiller les rues sans jamais véritablement résoudre les difficultés auxquelles nous étions confrontés. Elle souhaitait donc entreprendre une transformation complète des environs de la cité : les constructions précaires devaient disparaître pour laisser place à de véritables quartiers capables d'accueillir convenablement leur population.

 

La proposition me laissa d'abord perplexe. Depuis mon arrivée, les bidonvilles faisaient partie du paysage de Nouvelle-Azur et je savais surtout combien de personnes y vivaient. Les supprimer sans offrir d'alternative n'aurait fait que déplacer le problème de quelques kilomètres et probablement aggraver encore la situation. Ce n'était toutefois pas l'intention de la gouverneure. L'opération prévoyait justement de remplacer ces quartiers improvisés par deux nouveaux ensembles construits autour de la cité : le Hameau Doré et le Hameau des Sables.

 

J'acceptai de participer au projet et découvris rapidement l'ampleur de la tâche qui nous attendait. Il fallait préparer les terrains, organiser la disparition progressive des anciennes constructions et bâtir dans le même temps les logements destinés à les remplacer. Les semaines suivantes furent donc rythmées par les travaux et le paysage entourant Nouvelle-Azur commença une nouvelle fois à se transformer. Là où s'entassaient auparavant des cabanes apparurent progressivement des routes, des maisons et des quartiers organisés. Le Hameau Doré et le Hameau des Sables prirent ainsi forme dans le cadre d'une même opération, tandis que les bidonvilles que j'avais découverts lors de mon arrivée disparaissaient peu à peu.

 

Lorsque les travaux touchèrent à leur fin, les environs de Nouvelle-Azur n'avaient presque plus rien à voir avec ceux que j'avais traversés quelques mois auparavant. Les quartiers de fortune qui encerclaient autrefois la cité avaient laissé place aux deux nouveaux hameaux et les patrouilles qui avaient occupé une grande partie de mon temps devinrent progressivement moins nécessaires. Pour la première fois depuis mon arrivée, nous avions l'impression de ne plus simplement contenir les conséquences du déclin de Nouvelle-Azur, mais d'en avoir fait disparaître l'un des principaux symboles.

 

Cette opération marqua également un tournant dans ma propre situation. Jusqu'alors, l'essentiel de mes activités s'était limité à Nouvelle-Azur et à ses environs. Mon implication dans le renouveau de la cité finit cependant par être remarquée au-delà de ses frontières et je fus nommé Scribe des maisons abandonnées, une fonction qui allait cette fois m'amener à intervenir dans l'ensemble de l'Empire.

 

Le problème auquel je devais m'attaquer n'était d'ailleurs pas très différent de celui que nous venions de résoudre à Nouvelle-Azur. Au fil du temps, de nombreux habitants avaient quitté les villes impériales sans que l'on sache toujours s'ils comptaient revenir. Leurs maisons demeuraient alors sur place, parfois pendant de longs mois, occupant des terrains dont les villes avaient besoin pour poursuivre leur développement. Il était cependant hors de question de raser une demeure simplement parce que son propriétaire n'avait pas été aperçu depuis quelque temps. Il fallait d'abord savoir ce qu'il était devenu et, surtout, s'il comptait revenir.

 

Ma nouvelle fonction consistait donc à parcourir les villes de l'Empire afin d'identifier les maisons qui semblaient abandonnées et à retrouver leurs propriétaires. Lorsqu'il était encore possible de les contacter, je devais leur demander s'ils envisageaient de revenir s'installer dans leur ancienne demeure. Ceux qui prévoyaient leur retour pouvaient naturellement la conserver ; ceux qui confirmaient avoir définitivement quitté les lieux permettaient en revanche à la ville de récupérer le terrain. Lorsque personne ne parvenait à retrouver la trace du propriétaire, il fallait poursuivre les recherches et attendre avant de pouvoir prendre une décision. Une fois l'abandon confirmé, la maison pouvait finalement être démolie afin de faire place nette pour de nouvelles constructions.

 

Le titre de Scribe pouvait laisser imaginer des journées entières passées derrière un bureau à remplir des registres. La réalité était heureusement beaucoup plus intéressante. Je voyageais régulièrement d'une ville à l'autre afin de constater moi-même l'état des bâtiments signalés, d'identifier leurs propriétaires et de rencontrer les autorités locales. Il m'arrivait ainsi de partir plusieurs jours avant de revenir à Nouvelle-Azur avec une liste de maisons à surveiller, de propriétaires à contacter ou de bâtiments dont la démolition pouvait enfin être autorisée.

 

Cette fonction me permit de découvrir l'Empire d'une manière bien différente de mes anciennes explorations. Autrefois, je parcourais le monde à la recherche de ruines et de trésors ; désormais, je voyageais avec des registres sous le bras à la recherche de propriétaires disparus. La comparaison aurait probablement fait rire l'aventurier que j'étais encore lors de mon arrivée sur Minefield, mais je ne regrettais étrangement pas cette évolution. Derrière chaque maison abandonnée se trouvait une petite partie de l'histoire d'une ville et le souvenir de quelqu'un qui y avait autrefois vécu. En libérant ces terrains lorsque leurs propriétaires avaient définitivement quitté l'Empire, nous permettions simplement à d'autres de venir y écrire la suite.

 

Malgré ces nombreux déplacements, Nouvelle-Azur demeurait mon foyer. Chaque retour me permettait de mesurer le chemin parcouru depuis mon arrivée. Les bidonvilles avaient laissé place au Hameau Doré et au Hameau des Sables, les vieux bâtiments retrouvaient progressivement une nouvelle jeunesse et les rues que j'avais découvertes presque désertes étaient de nouveau animées. J'étais arrivé ici après avoir tout perdu à Oxissor et avec la seule intention de trouver un endroit où reprendre mon souffle ; quelques mois plus tard, je participais non seulement au renouveau de ma nouvelle cité, mais également à celui des villes de l'ensemble de l'Empire.

 

Pour la première fois depuis mon arrivée dans l'Empire, ma vie commençait même à devenir relativement paisible. J'avais une ville à laquelle j'appartenais, des responsabilités et suffisamment de travail pour ne plus penser quotidiennement aux événements qui m'avaient conduit jusqu'ici. Les histoires de trésors, de cités détruites et de voyages vers des terres inconnues appartenaient désormais à une autre époque de mon existence. J'étais bien loin de l'explorateur qui avait autrefois risqué sa vie pour un trésor avant d'échouer par hasard sur les côtes de New Stendel, et cette nouvelle existence me convenait finalement assez bien.

 

Cette tranquillité ne devait pourtant pas durer.

 

Un soir, alors que je venais de rentrer à Nouvelle-Azur après l'un de mes déplacements à travers l'Empire, une rumeur inhabituelle commença à parcourir les rues de la cité. Les premières informations étaient confuses et chacun semblait raconter une version différente des événements, mais toutes avaient un point commun : quelque chose venait de se produire dans le Nether de Stendel.

 

Et cette fois, il n'était pas question de quelques brigands ou d'une ville à reconstruire.

 

On parlait de guerre.

Chapitre V : La guerre du Pont

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La tranquillité retrouvée de Nouvelle-Azur ne devait pas durer. Un soir, alors que je venais de rentrer de l'un de mes déplacements à travers l'Empire, une rumeur inhabituelle commença à parcourir les rues de la cité. Les premières informations étaient confuses, chacun semblant raconter une version différente des événements, mais toutes avaient un point commun : quelque chose venait de se produire dans le Nether de Stendel. Il n'était cette fois plus question de quelques brigands ou d'une ville à reconstruire. On parlait désormais d'un affrontement entre Nevah et les Traqueurs de l'Ombre.

 

Un conseil fut rapidement réuni à Nouvelle-Azur afin de faire le point sur la situation. Nous apprîmes alors que le conflit trouvait son origine dans les dégradations répétées commises par un membre des Traqueurs de l'Ombre sur le pont permettant d'accéder à la forteresse de Nevah. Après plusieurs incidents, Lettow, ambassadeur de Nevah, avait adressé un ultimatum aux Traqueurs afin que cessent les provocations et que le responsable soit livré. L'ultimatum avait été rejeté et, le lendemain, les Nevains avaient décidé de répondre par les armes en lançant un premier assaut contre la forteresse adverse.

 

 

À peine avions-nous traversé que la chaleur du Nether nous enveloppa. Devant nous s'étendait un paysage de netherrack, de lave et de ténèbres où la lumière des flammes remplaçait celle du jour. Certaines zones étaient constituées de passages étroits creusés entre les reliefs tandis que d'autres formaient de vastes étendues ouvertes séparées par des falaises et des lacs de lave. Nous progressâmes jusqu'à la forteresse de Nevah, où nous attendaient ceux qui avaient participé au premier assaut.

Notre arrivée changeait considérablement le rapport de force. Les volontaires de Nouvelle-Azur venaient renforcer les troupes nevaine et nous disposions désormais d'une importante supériorité numérique. Il fut décidé de ne pas laisser aux Traqueurs le temps de profiter de leur première victoire et de repartir à l'attaque au cours de la nuit. Nous préparâmes rapidement notre équipement avant de quitter la forteresse nevaine en direction de leurs positions.

 

Nous rencontrâmes quelques résistances sur le chemin, mais notre groupe poursuivit sa progression jusqu'aux abords de la forteresse ennemie. Les Traqueurs avaient eu le temps de se préparer et une première charge contre leurs défenses fut contenue. Nous étions cependant suffisamment nombreux pour maintenir une pression constante sur plusieurs points. Pendant qu'une partie de nos hommes affrontait les défenseurs aux principaux accès, d'autres contournaient leurs positions ou creusaient directement dans la netherrack pour ouvrir de nouveaux passages.

 

Après plusieurs tentatives, nous réussîmes à pénétrer dans la forteresse. Les combats se déplacèrent alors dans ses couloirs où notre avantage numérique devint plus difficile à exploiter. Les Traqueurs se repliaient d'une position à l'autre, condamnaient certains passages derrière eux et réapparaissaient parfois là où nous ne les attendions plus. Nous progressions lentement, mais leur résistance finit par céder. Incapables de contenir simultanément tous les groupes qui pénétraient dans leur forteresse, les derniers défenseurs abandonnèrent les lieux.

 

La forteresse des Traqueurs était entre nos mains.

 

La victoire donna immédiatement lieu à une démonstration qui ne risquait pas de passer inaperçue. Lettow se proclama roi des Traqueurs de l'Ombre et nous entreprîmes d'enfermer leur forteresse dans un immense cube de netherrack. Après les combats, les épées laissèrent donc temporairement place aux pioches et aux blocs tandis que nous élevions autour de la position ennemie une gigantesque masse rouge. Sur celle-ci furent ensuite construits deux symboles destinés à rappeler l'identité des vainqueurs : la tour de Nevah et le phénix de Nouvelle-Azur.

 

Nous nous trompions.

 

Dans la nuit, les Traqueurs déposèrent une plainte auprès des gouverneurs afin de dénoncer notre attaque et les constructions élevées autour de leur forteresse. La réponse ne fut cependant pas celle qu'ils espéraient : le Nether était considéré comme un territoire sans lois et les gouverneurs estimèrent ne pas avoir à intervenir dans les conflits qui s'y déroulaient.

 

À partir de cet instant, il ne s'agissait plus d'un simple assaut de représailles.

 

La guerre était officiellement déclarée.

 

Les combats reprirent et, pendant les deux jours suivants, une partie du Nether devint le théâtre d'affrontements presque permanents. Il n'existait pas réellement de ligne de front : chacun disposait de sa forteresse et les groupes adverses se croisaient régulièrement dans les étendues qui les séparaient. Des patrouilles se transformaient en batailles, des raids provoquaient des contre-attaques et il arrivait qu'un camp poursuive l'autre sur plusieurs centaines de mètres avant que l'arrivée de renforts ne renverse complètement la situation.

 

Les Traqueurs lancèrent notamment une importante offensive contre la forteresse de Nevah. Ils avaient compris que notre supériorité numérique devenait beaucoup moins utile lorsqu'une partie de nos forces se trouvait dispersée à travers le Nether et tentèrent de profiter d'un moment où la garnison était réduite pour prendre la place.

 

Ils découvrirent cependant rapidement que la forteresse nevaine n'avait pas été construite uniquement pour impressionner les visiteurs.

 

Nevah avait conçu sa position pour résister à un assaut. Les accès obligeaient les attaquants à progresser par des passages étroits et les lieux étaient truffés de pièges permettant de ralentir, de séparer ou de surprendre ceux qui ne connaissaient pas parfaitement la forteresse. Les défenseurs savaient précisément quels chemins emprunter et surtout quels chemins laisser volontairement ouverts afin d'y attirer leurs adversaires.

 

Les Traqueurs parvinrent malgré tout à franchir les premières défenses et s'engagèrent profondément dans la forteresse. Les Nevains reculèrent devant eux, donnant l'impression que leur résistance était sur le point de céder. En réalité, chaque repli les conduisait un peu plus loin dans le dispositif défensif.

Lorsque suffisamment d'assaillants furent engagés, les pièges furent déclenchés.

 

Des passages se refermèrent, des groupes se retrouvèrent séparés les uns des autres et des Nevains jusque-là dissimulés surgirent sur leurs flancs. L'attaque se transforma en embuscade. Les Traqueurs tentèrent de se replier, mais les chemins qu'ils avaient empruntés quelques minutes auparavant n'étaient plus tous accessibles et les défenseurs profitèrent de la confusion pour les encercler.

 

 

Au milieu de l'affrontement, nous parvînmes même à capturer temporairement leur roi.

 

La nouvelle parcourut immédiatement nos rangs et donna à l'événement une dimension presque irréelle. Quelques heures auparavant, Lettow s'était lui-même proclamé roi des Traqueurs après la prise de leur forteresse ; voilà désormais que leur véritable dirigeant se retrouvait prisonnier entre les murs de Nevah. Sa captivité fut finalement de courte durée et les combats se poursuivirent, mais l'échec de cette offensive démontra que prendre la forteresse nevaine serait autrement plus difficile que de remporter une bataille dans les étendues du Nether.

 

La guerre ne se limita évidemment pas à ces deux affrontements. Pendant deux jours, Nevains, Azuréens et Traqueurs multiplièrent les raids et les escarmouches entre les deux forteresses. Plusieurs combats éclatèrent également en rase campagne lorsque des groupes adverses se rencontraient au détour d'un relief ou se lançaient dans des poursuites qui finissaient par attirer progressivement les renforts des deux camps. Certaines victoires nous conduisirent jusqu'aux portes de leur forteresse tandis que quelques défaites nous obligèrent au contraire à nous replier jusqu'aux défenses de Nevah.

 

À mesure que les heures passaient, notre supériorité numérique commença cependant à peser lourdement sur le conflit. De nouveaux alliés vinrent encore renforcer notre camp et les Traqueurs eurent de plus en plus de difficultés à défendre simultanément leur forteresse et les territoires qui l'entouraient. Ils continuaient de lancer des attaques et remportaient encore certaines escarmouches, mais chaque perte leur coûtait davantage qu'à nous.

 

Il fut finalement décidé d'en terminer.

 

Nevains, Azuréens et leurs alliés se rassemblèrent pour lancer un dernier assaut contre la forteresse des Traqueurs. Contrairement à notre première attaque, il ne s'agissait plus de surprendre l'adversaire au cours d'une opération nocturne. Les Traqueurs savaient que nous arrivions et nous savions qu'ils nous attendaient.

 

Les premiers affrontements éclatèrent avant même que nous atteignions leurs murs. Des groupes ennemis tentèrent de ralentir notre progression dans les étendues de netherrack et plusieurs escarmouches éclatèrent sur le chemin. Cette fois, nous refusâmes cependant de nous disperser dans de longues poursuites. Notre objectif était leur forteresse et chaque combattant qui battait en retraite dans sa direction nous conduisait simplement un peu plus près de notre destination.

 

Lorsque nous atteignîmes finalement leurs défenses, la bataille reprit presque exactement là où notre premier assaut s'était terminé. Les Traqueurs utilisèrent les couloirs et les passages étroits pour limiter notre avantage numérique tandis que nous cherchions à ouvrir suffisamment de fronts pour les empêcher de concentrer leurs forces en un seul endroit. Des passages furent percés directement dans la roche et plusieurs groupes pénétrèrent progressivement dans la forteresse par des directions différentes.

 

Je me retrouvai une nouvelle fois à combattre aux côtés de Lettow. Après deux jours passés à parcourir le Nether ensemble, nous n'avions presque plus besoin de nous parler pour comprendre ce que l'autre allait faire. Lorsque l'un avançait, l'autre surveillait son flanc ; lorsqu'un passage devenait trop dangereux, nous reculions ensemble avant de chercher un autre chemin. Nous étions arrivés dans cette guerre comme représentants de deux cités alliées, mais les combats avaient depuis longtemps dépassé cette simple relation diplomatique.

 

La résistance des Traqueurs fut acharnée, mais notre nombre finit par rendre leur position impossible à tenir. Chaque passage qu'ils parvenaient à défendre nous poussait simplement à en ouvrir un autre et chaque groupe qu'ils repoussaient était bientôt remplacé par de nouveaux combattants. Peu à peu, ils furent contraints d'abandonner les différentes parties de leur forteresse jusqu'à ne plus disposer de suffisamment d'hommes pour organiser une véritable contre-attaque.

 

La dernière résistance finit par céder.

 

Cette fois, personne ne doutait de l'issue de la guerre.

 

Après deux jours d'affrontements et plusieurs défaites coûteuses, les Traqueurs demandèrent la fin des hostilités. Leur infériorité numérique rendait toute poursuite du conflit inutile. Ils acceptèrent finalement les demandes formulées par Nevah avant le début des combats et s'engagèrent à juger le responsable des dégradations qui avaient provoqué toute cette affaire.

 

La guerre du Pont était terminée.

 

Lorsque je rangeai finalement mon épée, j'eus presque du mal à réaliser que seulement quelques jours auparavant je me trouvais encore à Nouvelle-Azur à parcourir mes registres de maisons abandonnées. J'étais entré dans le Nether comme volontaire azuréen pour répondre à l'appel d'un allié et j'en ressortais après avoir participé à mon premier véritable conflit depuis mon arrivée dans l'Empire.

 

Mais ce furent surtout les hommes avec lesquels j'avais combattu qui changèrent la suite de mon histoire. Deux jours passés à se protéger mutuellement au milieu du Nether avaient créé des liens qu'aucun traité diplomatique n'aurait pu produire. Parmi eux se trouvait Lettow. Nous étions entrés dans cette guerre comme alliés ; nous en ressortions comme frères d'armes et amis.

 

Lorsque vint le moment de quitter le Nether, je suivis donc Lettow vers Nevah afin de découvrir cette cité dont j'avais défendu les couleurs sans encore véritablement connaître les rues. Ce qui devait initialement n'être qu'une visite allait finalement devenir une nouvelle étape de mon existence. Je continuai naturellement à exercer mes fonctions de Scribe des maisons abandonnées à travers l'ensemble de l'Empire, mais ce fut désormais depuis Nevah que je pris la route pour accomplir mes missions.

 

Quelques mois auparavant, j'avais découvert Nouvelle-Azur en traversant les bidonvilles qui l'entouraient. J'y avais trouvé un foyer et participé à son renouveau. La guerre du Pont venait désormais de m'ouvrir une nouvelle route.

 

Cette route menait à Nevah.

Chapitre VI : Devenir Nevain

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Lorsque je quittai le Nether aux côtés de Lettow, je ne connaissais encore Nevah qu'à travers sa forteresse et les hommes avec lesquels j'avais combattu pendant la guerre du Pont. Je suivis pourtant mon frère d'armes jusqu'à la cité, curieux de découvrir l'endroit dont j'avais défendu les couleurs sans véritablement savoir à quoi il ressemblait en dehors de ses positions militaires. Après plusieurs jours passés entre la netherrack, la lave et les combats, retrouver les terres de l'Empire eut quelque chose d'étrangement paisible.

 

Je découvris alors Nevah et ses habitants. Les premiers jours furent surtout consacrés à faire connaissance avec ceux qui y vivaient, à parcourir la ville et à comprendre son organisation. Je n'y étais initialement qu'un visiteur venu accompagner Lettow après la guerre, mais ce séjour se prolongea rapidement. L'accueil que je reçus, les liens créés pendant les combats et l'activité de la cité finirent par me convaincre que je pouvais y trouver une nouvelle place. Nouvelle-Azur resterait toujours importante pour moi : j'y avais trouvé refuge après la destruction d'Oxissor et participé à son renouveau. Pourtant, je sentais désormais que mon avenir se trouvait ailleurs.

 

Je pris donc la décision de renoncer à ma citoyenneté azuréenne pour devenir Nevain. Ce choix ne signifiait pas que je rompais avec Nouvelle-Azur, pas plus qu'il ne mettait fin à mes fonctions de Scribe au service de l'Empire. Il marquait simplement une nouvelle étape de mon existence. Après Oxissor puis Nouvelle-Azur, Nevah devenait à son tour la cité que je pouvais appeler chez moi.

 

Mon expérience de la guerre du Pont me conduisit naturellement à rejoindre le corps des guerriers de Nevah. Jusqu'alors, je n'avais jamais véritablement considéré le combat comme une occupation. J'avais été explorateur, bâtisseur, patrouilleur puis Scribe, et je ne prenais les armes que lorsque les circonstances l'exigeaient. Les deux jours passés dans le Nether avaient cependant montré que je savais me battre aux côtés d'autres hommes et, surtout, que je pouvais trouver ma place au sein d'une formation organisée.

 

La vie d'un guerrier nevain ne consistait heureusement pas à attendre qu'une nouvelle guerre éclate. Une grande partie de notre activité était consacrée à la surveillance du territoire et de ses frontières. Nous partions régulièrement en patrouille afin de nous assurer que rien d'anormal ne se produisait aux abords des terres de Nevah, de vérifier les routes et de signaler les éventuels problèmes. La plupart de ces sorties se déroulaient sans incident, mais elles me permirent rapidement de connaître les environs de la cité aussi bien que j'avais autrefois appris les rues de Nouvelle-Azur.

 

En dehors de mes obligations militaires et de mes missions de Scribe, je participais également aux nombreux travaux entrepris sur le territoire nevain. Je retrouvais ainsi une activité que je connaissais depuis Oxissor : transporter des matériaux, creuser, démolir ce qui devait l'être et participer à l'édification de nouveaux bâtiments. Depuis mon arrivée dans ce monde, j'avais finalement passé une quantité impressionnante de temps avec une pioche entre les mains. J'avais commencé par chercher des trésors sous terre ; désormais, je l'utilisais surtout pour bâtir les villes dans lesquelles je vivais.

 

C'est également à cette époque qu'une question apparemment insignifiante commença à me préoccuper : mon âge.

 

Lorsque j'avais échoué sur les côtes de New Stendel, j'avais vingt-trois ans. Depuis, les événements s'étaient enchaînés si rapidement que je n'avais jamais vraiment cherché à déterminer combien de temps s'était écoulé. Un jour, par curiosité, je décidai donc de reprendre mes souvenirs et d'essayer de convertir le temps passé dans ce monde selon le calendrier terrestre que j'avais toujours connu.

 

Le résultat fut pour le moins inquiétant.

 

D'après mes calculs, j'avais largement dépassé les cent ans.

 

Je recommençai plusieurs fois, persuadé d'avoir fait une erreur quelque part. Le résultat variait selon les approximations que j'utilisais, mais le problème demeurait le même : si je considérais chaque succession de jours et de nuits telle que je l'aurais fait sur Terre, j'aurais dû être un vieillard depuis longtemps. Pourtant, mon reflet et mon corps semblaient catégoriques sur un point : je n'avais certainement pas l'apparence d'un homme ayant vécu plus d'un siècle.

 

Je finis par exposer le problème à Miti, qui comprit rapidement pourquoi mes calculs n'avaient aucun sens. Je tentais tout simplement d'appliquer à ce monde un calendrier provenant d'une Terre où les journées étaient bien plus longues. Ici, le soleil et la lune se succédaient à une vitesse qui rendait toute conversion directe absurde. Compter mon âge en additionnant les journées revenait donc à mesurer une distance avec une unité dont j'ignorais complètement la valeur.

 

Miti m'introduisit alors au calendrier nevain et à la manière dont les habitants de la cité mesuraient réellement le passage du temps. Je pus au moins abandonner l'idée particulièrement désagréable d'avoir dépassé les cent ans sans m'en rendre compte. Cette explication souleva cependant une question beaucoup plus difficile. J'étais arrivé dans ce monde depuis la Terre et rien ne me garantissait que mon corps vieillissait ici selon les mêmes règles que celles auxquelles j'avais été habitué. Je pouvais désormais mesurer les années selon le calendrier nevain, mais j'étais devenu incapable d'en déduire mon espérance de vie.

 

Cette pensée me troubla quelque temps. J'avais toujours considéré la mort comme une échéance lointaine mais relativement prévisible. Désormais, je ne savais même plus si je devais espérer vivre quelques dizaines d'années supplémentaires ou plusieurs siècles. Je finis néanmoins par abandonner mes calculs. Après tout, connaître précisément le nombre d'années qu'il me restait n'aurait probablement rien changé à ce que j'allais en faire.

 

La vie à Nevah continua donc son cours et mes responsabilités augmentèrent progressivement. Mon implication régulière dans les travaux de la cité finit par attirer l'attention du Duc, qui décida par décret de me nommer Intendant aux travaux. Cette fonction me confiait la gestion des chantiers sur environ un tiers du territoire de Nevah. Je ne devais désormais plus seulement participer aux constructions, mais également suivre leur avancement, organiser les travaux et m'assurer que les projets menés dans la zone placée sous ma responsabilité correspondaient aux besoins de la cité.

 

Le changement était important. À Oxissor, j'avais commencé en démontant quelques parcelles et en creusant des routes parce que quelqu'un avait besoin d'aide. À Nouvelle-Azur, j'avais participé à la rénovation d'une ville entière. À Nevah, je me retrouvais désormais responsable d'une partie considérable du territoire et des chantiers qui y étaient entrepris. Mes journées se partageaient entre les travaux, les patrouilles, l'organisation des projets et mes déplacements à travers l'Empire dans le cadre de ma fonction de Scribe.

 

Cette dernière allait d'ailleurs me valoir une reconnaissance à laquelle je ne m'attendais absolument pas.

 

Depuis ma nomination comme Scribe des maisons abandonnées, j'avais parcouru une grande partie des terres impériales afin d'identifier les demeures laissées à l'abandon, retrouver leurs propriétaires et permettre aux villes de récupérer les terrains lorsque ceux-ci confirmaient leur départ définitif. Ce travail discret avait fini par représenter une part importante de mon existence. Il ne donnait lieu ni à de grandes batailles ni à des constructions monumentales, mais il permettait aux cités de continuer à évoluer malgré le départ de leurs anciens habitants.

 

Mes services furent finalement reconnus par l'Empire. Les Empereurs décidèrent de m'anoblir en récompense du travail accompli en tant que Scribe.

 

Lorsque j'avais débarqué à New Stendel accroché à une bouée avec pour seul objectif de trouver un bateau pour Marseille, je n'aurais probablement jamais imaginé qu'un jour je serais officiellement membre de la noblesse de ce monde. La situation avait même quelque chose d'absurde lorsque je repensais à l'homme que j'avais été. J'étais arrivé ici comme explorateur à la recherche d'un trésor destiné à me rendre riche ; c'était finalement en parcourant l'Empire à la recherche de propriétaires de maisons abandonnées que j'avais obtenu l'une de mes plus importantes reconnaissances.

 

Cette nouvelle distinction ne changea pourtant pas réellement mon quotidien. Je restai Scribe et continuai mes déplacements à travers l'Empire, tout en conservant mes responsabilités à Nevah. Je continuais également de servir au sein des guerriers et de participer aux patrouilles. La guerre du Pont était terminée depuis quelque temps, mais elle avait profondément marqué le corps auquel j'appartenais et renforcé l'importance accordée à la défense du territoire.

 

Avec le temps, j'y pris de plus en plus de responsabilités. Mon expérience des combats du Nether, ma connaissance du territoire acquise au cours des patrouilles et mon implication dans la vie de Nevah finirent par me conduire jusqu'au commandement du corps. Je fus nommé Général des guerriers de Nevah.

 

Le titre représentait probablement le plus grand changement depuis mon arrivée dans la cité. Je n'étais plus seulement l'un des hommes chargés de patrouiller aux frontières ou de prendre les armes en cas de conflit : j'avais désormais la responsabilité de ceux qui le faisaient. Il me revenait d'organiser les guerriers, de veiller à la défense de Nevah et de m'assurer que, si les événements du Nether venaient un jour à se reproduire, la cité serait prête à y faire face.

 

En quelques années, ou du moins ce que le calendrier nevain me permettait désormais d'appeler des années, ma situation avait profondément changé. J'étais arrivé sur ces terres comme un naufragé ne pensant qu'à rentrer chez lui. J'avais ensuite été habitant d'Oxissor, citoyen de Nouvelle-Azur, Scribe de l'Empire puis guerrier de Nevah. J'étais désormais noble, Intendant aux travaux et Général de ses guerriers, tout en continuant à parcourir les terres impériales pour accomplir les missions de Scribe qui m'avaient été confiées.

 

Je m'étais si bien habitué à cette existence que j'avais depuis longtemps cessé de chercher un moyen de retrouver la Terre. Ce qui avait été une obsession pendant les premières semaines suivant mon naufrage était progressivement devenu un souvenir auquel je ne pensais plus que rarement. J'avais construit ici une nouvelle vie, trouvé des compagnons et fini par considérer Nevah comme mon foyer. Pourtant, la question de mon âge avait ravivé le souvenir de mes origines et, avec lui, une interrogation que j'avais laissée sans réponse pendant des années : si j'avais pu traverser la frontière séparant ces deux mondes dans un sens, était-il réellement impossible de la franchir dans l'autre ?

 

Cette question finit par éveiller la curiosité des mages de Nevah. Mon arrivée constituait après tout la preuve qu'un passage entre les deux mondes avait existé, même si personne n'était capable d'en expliquer la nature. Je ne pouvais malheureusement leur fournir que peu d'informations utiles. Mon dernier souvenir de la Terre était celui d'une terrible tempête ayant englouti mon navire, suivi de plusieurs jours passés à dériver avant d'atteindre les côtes de New Stendel. Je n'avais aperçu aucun portail, aucun phénomène particulier et encore moins prononcé une quelconque formule magique. Pour autant que je le sache, je m'étais simplement endormi au milieu de l'océan pour me réveiller dans un autre monde.

 

Les mages durent donc abandonner l'idée de reproduire les circonstances de mon arrivée et cherchèrent leur propre moyen de franchir cette frontière. Leurs recherches durèrent longtemps et les premières expériences ne donnèrent rien de concluant. J'y prêtais d'ailleurs de moins en moins attention. Après avoir accepté pendant des années que le voyage était impossible, je ne souhaitais pas recommencer à espérer à chaque nouvelle tentative.

 

Puis, un jour, ils vinrent me trouver.

 

Ils avaient réussi.

 

Plutôt que d'ouvrir un passage permanent entre les deux mondes, les mages avaient créé un artefact capable d'établir temporairement un lien avec mon monde d'origine. L'objet devait me permettre de parcourir le chemin inverse et, surtout, de conserver un lien avec Nevah afin de pouvoir revenir. Pour la première fois depuis mon naufrage, je tenais entre mes mains quelque chose susceptible de me ramener sur Terre sans pour autant m'arracher définitivement à ce monde.

 

Je restai longtemps à observer l'artefact sans parvenir à me décider.

 

Pendant mes premières années sur ces terres, j'aurais probablement été prêt à tout abandonner sur-le-champ pour obtenir une telle chance. J'avais cherché des bateaux, interrogé des voyageurs et envisagé toutes les possibilités susceptibles de me ramener en France. Pourtant, lorsque cette possibilité devint enfin réelle, je découvris que rentrer n'avait plus du tout la même signification.

 

Autrefois, rentrer chez moi aurait simplement voulu dire quitter un monde auquel je pensais ne pas appartenir.

 

Désormais, cela signifiait quitter Nevah.

 

Je savais que l'artefact devait me permettre de revenir, mais personne ne pouvait réellement prévoir combien de temps je resterais sur Terre. Quelques jours peut-être, quelques mois, voire davantage. Après toutes ces années passées loin de mon monde natal, je ne pouvais pas promettre que je serais de retour rapidement. Il me fallait donc préparer mon départ et régler les responsabilités que mon absence m'empêcherait d'assumer.

 

La plus évidente d'entre elles était ma fonction de Scribe des maisons abandonnées.

 

Cette charge m'accompagnait depuis l'époque où je vivais encore à Nouvelle-Azur. Elle m'avait conduit aux quatre coins de l'Empire afin d'identifier les demeures abandonnées, de retrouver leurs propriétaires et de permettre aux villes de récupérer les terrains dont elles avaient besoin. C'était également pour les services rendus dans cette fonction que les Empereurs avaient décidé de m'anoblir. Mais être Scribe exigeait une présence régulière dans l'Empire et je savais pertinemment que je ne pourrais pas remplir cette mission depuis la Terre.

 

Je pris donc la décision de présenter ma démission.

 

Abandonner cette fonction après l'avoir exercée pendant tant d'années eut quelque chose d'étrange. Elle avait traversé plusieurs périodes de mon existence et avait survécu à mon départ de Nouvelle-Azur comme à mon installation à Nevah. J'aurais pu conserver le titre en espérant revenir rapidement, mais cela aurait signifié laisser derrière moi une responsabilité que personne n'aurait réellement exercée en mon absence. Je préférai transmettre ma charge et laisser à d'autres le soin de poursuivre ce travail.

 

Une fois mes responsabilités mises en ordre, il ne me restait plus qu'à partir.

 

Je ne considérais pourtant pas ce départ comme un adieu. Je demeurais Nevain et tout ce que j'avais construit ici continuait de faire partie de mon existence. Je conservais surtout l'artefact qui, si les mages avaient raison, devait un jour me permettre de retrouver le chemin de Nevah. Mais après tant d'années passées à croire la Terre définitivement inaccessible, je voulais enfin savoir ce qu'était devenu le monde que j'avais laissé derrière moi.

 

Lorsque vint le moment d'activer l'artefact, j'hésitai une dernière fois.

 

Puis je le serrai entre mes mains.

 

Pendant un bref instant, tout ce qui m'entourait sembla disparaître. Les murailles de Nevah, les montagnes et les paysages auxquels je m'étais habitué s'effacèrent autour de moi. Il n'y eut plus ni ciel, ni sol, ni véritable sensation de mouvement.

 

Puis le monde réapparut.

 

Je reconnus le ciel.

 

Je reconnus les paysages.

 

Je reconnus ce monde que j'avais cru perdu depuis si longtemps.

 

J'étais revenu sur Terre.

 

Je pensais alors n'y rester que le temps nécessaire pour retrouver ce que j'avais laissé derrière moi. L'artefact était toujours en ma possession et le chemin de Nevah ne m'était désormais plus fermé. Rien ne m'empêchait, du moins en théorie, de repartir lorsque je le souhaiterais.

 

Pourtant, les jours passèrent.

 

Puis les semaines.

 

Puis les mois.

 

Et mon retour fut sans cesse repoussé.

 

Ce qui devait être un séjour devint une longue absence. La vie que j'avais autrefois laissée derrière moi reprit progressivement sa place et, pour la première fois depuis mon naufrage, mon existence se déroula de nouveau entièrement sur Terre. L'artefact demeurait pourtant avec moi, rappel silencieux qu'au-delà de cette frontière invisible se trouvait toujours une autre partie de ma vie.

 

Pendant des années, j'avais cru que mon histoire était celle d'un homme arraché à son monde et condamné à en construire une nouvelle dans un autre. J'avais cherché désespérément un moyen de rentrer avant de finir par accepter que ce retour n'aurait jamais lieu.

 

Pourtant il eu lieu.

Chapitre VII : Un nouveau monde

Divulgacher

Le temps passa. Ce qui devait être un simple séjour sur Terre s'était transformé en une absence bien plus longue que je ne l'avais imaginé. L'artefact des mages nevains était pourtant resté en ma possession durant toutes ces années et il suffisait, en théorie, de l'activer pour retrouver le chemin du monde de New-Stendel. Je repoussai longtemps ce moment, absorbé par cette vie terrestre que j'avais autrefois cru définitivement perdue, jusqu'au jour où l'envie de savoir ce qu'étaient devenus Nevah et ceux que j'avais laissés derrière moi finit par devenir impossible à ignorer. Je ressortis alors l'artefact et l'activai. Malgré les années, son fonctionnement ne semblait pas avoir changé : le monde disparut autour de moi pendant quelques instants avant de se reformer de l'autre côté du passage. J'étais revenu dans le monde de New-Stendel.

 

Je compris rapidement que mon absence avait été considérable. Le monde que je retrouvais était bien celui que j'avais quitté, mais le temps avait poursuivi sa course sans moi. Nevah elle-même avait changé. La grande cité que j'avais connue, celle dont j'avais parcouru les frontières, dirigé les chantiers et commandé les guerriers, avait perdu une grande partie de sa prospérité. Les années et les départs avaient progressivement réduit son activité et le Duché ne disposait plus des forces qu'il avait connues autrefois. Je retrouvai malgré tout quelques visages familiers et, surtout, cette étrange sensation d'être revenu dans un endroit que je n'avais jamais réellement cessé de considérer comme chez moi.

 

Beaucoup de choses avaient naturellement changé dans ma propre situation. Je n'étais plus Intendant aux travaux et j'avais moi-même abandonné ma charge de Scribe des maisons abandonnées avant mon départ pour la Terre. Une fonction avait cependant traversé toutes ces années : j'étais toujours Général des guerriers de Nevah. Je repris donc ma place à la tête du corps, même si celui que je retrouvais n'avait plus grand-chose à voir avec les forces que j'avais autrefois commandées. Le déclin de Nevah avait également touché ses guerriers et, après une absence aussi longue, il me fallait presque redécouvrir la nation que j'étais chargé de défendre. Le titre était resté le même, mais Nevah, elle, avait changé.

 

Mon retour coïncida cependant avec une période extraordinaire pour l'ensemble de l'Empire. Depuis quelque temps, les mages impériaux affirmaient avoir aperçu dans leurs visions l'existence d'un monde encore inconnu. Ils décrivaient d'immenses étendues verdoyantes, des continents entiers attendant d'être explorés et des terres dont personne ne connaissait encore les limites. Ils lui avaient donné un nom : Nostra. Pendant des années, les mages avaient travaillé à établir un passage vers ce monde. Ce qui n'était au départ qu'une succession de révélations et de rumeurs avait progressivement laissé place à des préparatifs bien réels et, finalement, la nouvelle que tous attendaient était arrivée : le portail était stable.

 

Pour Nevah, cette découverte représentait bien davantage qu'une occasion d'explorer quelques terres nouvelles. Le Duché que je retrouvais n'était plus celui que j'avais quitté et son avenir paraissait beaucoup moins assuré qu'autrefois. Nostra offrait la possibilité de recommencer ailleurs, d'établir une présence nevaine sur des terres encore vierges et, peut-être, de donner un nouveau souffle à une nation dont la grandeur appartenait progressivement au passé. En tant que Général, je pouvais difficilement rester à l'écart d'une entreprise susceptible de déterminer une partie de l'avenir de Nevah. Mon ancienne vie d'explorateur acheva de me convaincre : après des années passées successivement comme bâtisseur, Scribe, Intendant et guerrier, j'allais finalement renouer avec l'activité qui avait autrefois commencé toute cette histoire.

 

Le 30 Fifrelune de l'an 393, les eaux du port de Stendel furent déchirées par l'ouverture d'une immense faille dimensionnelle. Là où il n'y avait auparavant que la mer se dressait désormais un passage entre les mondes, suffisamment vaste pour laisser passer des navires entiers. Aventuriers, explorateurs et représentants des différentes nations s'étaient rassemblés pour participer à ce qui était déjà présenté comme la plus grande expédition jamais organisée par l'Empire. Une expédition de vétérans nevains fut constituée sous l'égide de la Guilde des Éclaireurs et je décidai de les accompagner. Nous embarquâmes à bord de L'Étoile de Soïlah, vieux navire chargé de porter une nouvelle fois les couleurs de Nevah vers des terres inconnues.

 

Autour de nous s'étendait une flotte d'une ampleur que je n'avais jamais vue. Des bâtiments venus de toutes les terres connues attendaient leur tour, chargés d'hommes, de matériel et de provisions destinés aux premières implantations. Puis le signal du départ fut donné et les navires commencèrent à franchir les uns après les autres l'immense faille ouverte dans les eaux de Stendel. Lorsque vint notre tour, je regardai une dernière fois le port disparaître derrière nous avant que L'Étoile de Soïlah ne pénètre dans le passage. La situation ne manquait pas d'ironie : j'avais autrefois consacré des années à chercher un moyen de franchir la frontière entre les mondes pour rentrer chez moi et voilà que, peu de temps après mon retour, je décidais volontairement d'en franchir une nouvelle. Pour la troisième fois de mon existence, je quittais un monde pour un autre.

 

Nostra était à la hauteur des récits des mages. Devant nous s'étendaient des terres immenses dont les cartes restaient presque entièrement à dessiner. Les premières expéditions avaient pour mission de reconnaître les côtes, d'explorer l'intérieur des continents et de rechercher d'éventuels peuples installés sur ces terres bien avant notre arrivée. Pour les Nevains, l'objectif était également de trouver un territoire sur lequel établir durablement notre présence. Plusieurs membres de notre expédition quittèrent donc rapidement la capitale afin de s'enfoncer dans les terres sauvages. Après leurs premières reconnaissances, ils établirent un bastion de fortune destiné à servir de point d'ancrage à notre nation : Fort Forloin.

 

Le nom du fort portait déjà avec lui une certaine prudence. Les Nevains connaissaient trop bien le triste destin de Fort Kass'Pied, autrefois abandonné par ses occupants avant d'être envahi par les créatures qui rôdaient dans ses ruines. Personne ne souhaitait voir notre première implantation sur Nostra connaître le même sort. Fort Forloin devait donc être davantage qu'un simple camp d'exploration destiné à être oublié quelques mois plus tard : il devait devenir la première pierre du renouveau nevain dans ce nouveau monde. Avec les faibles effectifs dont disposait désormais le Duché, chaque homme et chaque ressource investis dans cette implantation avaient leur importance.

 

Je ne partis cependant pas m'installer au fort avec le reste de l'expédition. Ma place se trouvait pour l'instant dans la capitale de Nostra, où je devais assurer la liaison entre notre nouvelle implantation et Nevah. Tant que le passage entre les mondes demeurait ouvert, Fort Forloin devait pouvoir transmettre ses besoins au Duché, recevoir du matériel et faire parvenir les résultats de ses explorations. Je devais donc servir d'intermédiaire entre les hommes partis s'installer dans les terres sauvages et ceux restés dans notre ancien monde. Les demandes du fort arrivaient jusqu'à moi avant d'être transmises à Nevah et, inversement, je devais organiser l'acheminement vers la colonie de ce qui pouvait nous être envoyé.

 

Le système était simple et devait permettre à notre petite implantation de profiter des ressources de Nevah pendant qu'elle développait progressivement sa propre autonomie. Il reposait cependant sur une condition essentielle : que le passage entre les mondes demeure accessible. Or, peu de temps après notre arrivée, les communications furent interrompues. Au début, nous ne nous inquiétâmes pas particulièrement. Maintenir une faille suffisamment stable pour permettre à des navires entiers de voyager entre plusieurs mondes n'avait certainement rien d'une opération ordinaire et nous supposions que les mages impériaux rencontreraient nécessairement quelques difficultés. Nous attendîmes donc simplement que le passage soit rétabli.

 

Les heures passèrent, puis les jours, sans que la situation ne change. Aucun nouveau navire n'arrivait et aucun des nôtres ne pouvait repartir. Nous dûmes finalement accepter la réalité : Nostra était coupée des autres mondes. Pour Fort Forloin, cette situation changeait complètement la nature de notre mission. Aucun ravitaillement ne viendrait de Nevah, aucun matériel ne pourrait nous être envoyé et les ressources que nous découvrions sur Nostra ne pourraient pas davantage être expédiées vers le Duché. Nous étions partis pour établir un avant-poste soutenu par notre ancienne nation ; nous nous retrouvions désormais avec une colonie qui devait apprendre à subsister par ses propres moyens.

 

Je réalisai alors que le problème me concernait également d'une manière beaucoup plus personnelle. Contrairement à la plupart des membres de l'expédition, je disposais théoriquement d'une autre manière de voyager entre les mondes. L'artefact créé des années auparavant par les mages nevains était toujours en ma possession. Pendant un instant, cette pensée me rassura. J'avais déjà connu la désagréable expérience de me retrouver coincé dans un monde dont je ne connaissais aucun moyen de sortir et, cette fois, j'avais eu la prudence d'emporter ma propre porte de sortie. Si le passage impérial demeurait fermé, je pouvais toujours retourner sur Terre avant de rejoindre plus tard le monde de New-Stendel.

 

J'activai donc l'artefact.

 

Rien ne se produisit.

 

Je recommençai plusieurs fois, vérifiai l'objet et tentai encore de déclencher sa magie, mais l'artefact demeurait parfaitement inerte. Après quelques tentatives inutiles, l'explication devint assez évidente. Les mages nevains l'avaient conçu pour établir un passage entre la Terre et le monde de New-Stendel. Nostra n'existait encore pour nous que dans quelques visions lorsqu'ils avaient travaillé sur cet objet et personne n'avait évidemment envisagé que je déciderais un jour de l'emporter dans un troisième monde. L'artefact ne disposait tout simplement d'aucun lien avec les terres sur lesquelles je me trouvais désormais.

 

Je restai un moment à contempler l'objet devenu parfaitement inutile entre mes mains. Il y avait quelque chose de presque comique dans la situation. La première fois, une tempête m'avait arraché à mon monde et jeté sur les côtes de New-Stendel sans aucun moyen de rentrer. Il m'avait fallu des années avant que les mages nevains ne trouvent finalement une solution. J'avais désormais cet extraordinaire artefact en ma possession, j'avais volontairement embarqué pour un nouveau monde et, à peine arrivé, je réussissais une nouvelle fois à me retrouver coincé de l'autre côté. Il fallait croire que cela devenait une habitude.

 

Cette fois, pourtant, je ne ressentis pas le même désarroi. Je n'étais plus le jeune explorateur de vingt-trois ans qui demandait au premier tavernier rencontré quel bateau pouvait le ramener à Marseille. J'avais déjà vécu une telle situation et je savais surtout que rester à attendre qu'un portail se rouvre ne résoudrait aucun de nos problèmes. J'étais toujours Général des guerriers de Nevah et une partie des hommes de ma nation se trouvait désormais isolée avec moi sur Nostra. Tant que nous ne disposerions d'aucun moyen de retrouver les anciens mondes, notre priorité devait être simple : faire en sorte que Fort Forloin survive et que la présence nevaine puisse continuer à se développer.

 

Mon rôle dans la capitale changea donc complètement. Puisque je ne pouvais plus assurer la liaison entre Fort Forloin et Nevah, je devins progressivement l'intermédiaire entre notre colonie et le reste de Nostra. Les explorateurs installés au fort avaient commencé à exploiter les environs et leurs premières expéditions minières rapportaient des quantités intéressantes de minerais. Notre intention initiale aurait probablement été d'en faire parvenir une partie vers Nevah, mais cela était désormais impossible. Ces ressources conservaient cependant une valeur considérable auprès des nombreux aventuriers et colons qui arrivaient eux aussi dans ce nouveau monde.

 

Je commençai donc à vendre les minerais extraits autour de Fort Forloin dans la capitale. Les premiers échanges furent modestes : quelques cargaisons m'étaient envoyées depuis le fort et je cherchais des acheteurs parmi les habitants et les autres expéditions installées sur Nostra. L'argent récupéré permettait ensuite d'acheter ce que notre implantation ne pouvait pas encore produire elle-même et de financer les nouveaux besoins du fort. Les revenus retournaient ainsi vers la colonie sous forme de matériaux, d'équipements ou simplement de réserves permettant de préparer les prochains travaux.

 

Ce qui n'était au départ qu'une solution improvisée devint progressivement une véritable organisation. Les hommes de Fort Forloin exploraient le territoire et en exploitaient les ressources, celles-ci étaient acheminées jusqu'à la capitale où je les écoulais, puis les bénéfices servaient à financer notre implantation. Nous ne pouvions plus compter sur les richesses de Nevah ni sur l'arrivée régulière de convois depuis les anciens mondes. Si nous voulions faire survivre notre présence sur Nostra, il nous fallait désormais construire notre propre économie avec les seules ressources que ces nouvelles terres pouvaient nous offrir.

 

Pour une nation autrefois aussi prospère que Nevah, financer son avenir en vendant quelques cargaisons de minerais pouvait sembler bien modeste. Pourtant, chaque vente représentait quelques ressources supplémentaires pour Fort Forloin et une raison de croire que le Duché pouvait réellement trouver sur Nostra le renouveau qu'il était venu chercher. Nous n'avions plus derrière nous les effectifs et les richesses de la Nevah que j'avais connue autrefois. Nous avions quelques vétérans, un fort perdu au milieu de terres encore largement inexplorées, des pioches et ce que nous étions capables d'en tirer.

 

Des années auparavant, j'avais débarqué dans un monde inconnu après avoir perdu mon navire, mon trésor et presque tout ce que je possédais. J'avais alors passé mes premiers jours à chercher désespérément un moyen de repartir. Cette fois, le passage était fermé, mon artefact ne fonctionnait plus et nous étions isolés des anciennes terres. Pourtant, je ne cherchais pas à rentrer.

 

J'avais une colonie à faire vivre.

Chapitre VIII : La Compagnie des Terres Nouvelles

Divulgacher

Je n'avais jamais pensé devenir marchand. Avant mon arrivée dans ce monde, j'avais certes vendu les antiquités que je récupérais au cours de mes expéditions, mais il s'agissait alors surtout de trouver un acheteur suffisamment riche pour transformer mes découvertes en pièces sonnantes et trébuchantes. À Nevah, mes fonctions m'avaient ensuite conduit bien loin de ce genre d'activité. J'étais devenu guerrier, Intendant, Scribe puis Général, et rien ne me destinait particulièrement à tenir un commerce. Pourtant, l'isolement de Nostra venait de rendre l'économie presque aussi importante pour la survie de Fort Forloin que ses murailles. Vendre quelques cargaisons de minerais pour acheter ce dont nous avions besoin devait initialement constituer une solution temporaire. Je compris rapidement que nous allions devoir nous organiser pour durer.

 

Les premières semaines furent particulièrement chaotiques. Les hommes de Fort Forloin m'envoyaient ce qu'ils parvenaient à extraire sans grande méthode, par des convois improvisés composés de quelques chariots escortés de volontaires. Je réceptionnais les cargaisons dans la capitale sans disposer du moindre endroit où les entreposer et cherchais parfois un acheteur avant même que les marchandises aient été complètement déchargées. Cette situation me plaçait régulièrement en position de faiblesse lors des négociations : lorsqu'un marchand comprenait que je ne disposais d'aucun endroit où conserver durablement ma marchandise, il savait parfaitement qu'il pouvait tirer le prix vers le bas.

 

Je l'appris à mes dépens avec l'un de nos premiers chargements de fer. Le convoi était arrivé tard dans la journée et un violent orage menaçait la capitale. Ne disposant d'aucun abri suffisamment grand pour protéger la cargaison, je dus choisir entre risquer de perdre une partie de notre production ou accepter l'offre particulièrement basse d'un forgeron de passage. Je choisis la seconde solution et le regardai repartir avec suffisamment de minerai pour équiper plusieurs hommes, payé à un prix dont il devait probablement rire encore le lendemain. Ce genre d'expérience se reproduisit suffisamment souvent pour me convaincre d'une chose : si Fort Forloin devait réellement compter sur ce commerce pour financer son développement, je ne pouvais plus continuer à improviser.

 

Je cherchai donc un endroit où établir un point fixe dans la capitale. Nos cargaisons arrivaient de Fort Forloin par la route et il était beaucoup plus logique de nous rapprocher du marché, où se concentraient déjà artisans, marchands et acheteurs potentiels. Je finis par trouver dans ses environs un ancien entrepôt dont le précédent occupant semblait avoir quitté les lieux depuis quelque temps. Le bâtiment avait manifestement connu de meilleurs jours : une partie de la toiture devait être réparée et les portes n'auraient probablement pas résisté longtemps à quelqu'un de réellement déterminé à entrer. L'ironie de la situation ne m'échappa pas. Après avoir passé des années comme Scribe à identifier les propriétés abandonnées dans l'Empire, voilà qu'un bâtiment délaissé venait une nouvelle fois résoudre l'un de mes problèmes.

 

J'investis une partie de nos premières recettes dans sa remise en état. La toiture fut consolidée, les accès sécurisés et l'intérieur aménagé afin de pouvoir recevoir correctement les cargaisons venant du fort. Sa proximité avec le marché constituait surtout un avantage considérable : au lieu de parcourir la capitale à la recherche d'acheteurs, nous nous trouvions désormais à quelques pas de l'endroit où une grande partie des échanges avaient déjà lieu. Ce qui n'était au départ qu'un entrepôt devint progressivement notre point de chute dans la capitale, puis véritablement le comptoir du Fort Forloin. Nous pouvions enfin conserver les minerais plusieurs jours sans être obligés d'accepter la première offre venue, comparer les propositions et attendre qu'un acheteur sérieux se présente. Les artisans pouvaient également venir directement jusqu'à nous depuis le marché pour examiner les lots disponibles.

 

L'organisation des convois s'améliora elle aussi. Les premiers voyages depuis Fort Forloin avaient été irréguliers, notamment parce que les chemins traversant les nouvelles terres restaient encore mal connus et parfois dangereux. À mesure que les environs étaient explorés et les itinéraires sécurisés, les départs devinrent plus prévisibles. Un convoi arrivait généralement tous les cinq ou six jours, selon l'état des routes et ce que les galeries avaient produit entre-temps. Je correspondais régulièrement avec les hommes chargés des extractions afin de connaître à l'avance la nature et le volume des prochaines cargaisons. Je pouvais ainsi chercher des acheteurs avant leur arrivée plutôt que de découvrir le contenu des chariots lorsqu'ils atteignaient la capitale.

 

Chaque livraison était ensuite triée, pesée et enregistrée. Le fer et le cuivre constituaient l'essentiel de ce qui passait entre mes mains et je pris rapidement l'habitude de les répartir en lots de taille similaire afin de simplifier les échanges. Certaines expéditions rapportaient toutefois des ressources beaucoup plus intéressantes. Quelques filons rares furent découverts au cours de l'exploration des environs du fort et je pris soin de ne jamais trop parler de leur provenance. Nostra attirait suffisamment d'aventuriers en quête de fortune pour qu'il soit inutile de leur fournir en plus une carte indiquant les routes empruntées par nos convois.

 

Mes années passées à organiser des chantiers et à commander des hommes m'aidèrent probablement davantage que je ne l'aurais imaginé. Je n'avais aucune formation de marchand, mais je savais tenir des registres, prévoir des besoins et organiser des ressources limitées. Je mis donc en place un fonctionnement relativement simple : chaque cargaison reçue était inscrite, chaque vente enregistrée et chaque dépense effectuée au profit de Fort Forloin devait pouvoir être justifiée. L'objectif n'était pas de m'enrichir. Une pièce gagnée au comptoir était une pièce appartenant à la colonie.

 

Ma clientèle se forma progressivement. Les artisans et les forgerons de la capitale furent les premiers à revenir régulièrement. Ils avaient besoin d'un approvisionnement fiable et nous avions besoin d'acheteurs capables d'absorber une part importante de notre production. Je conclus avec certains d'entre eux des arrangements suffisamment réguliers pour savoir, avant même l'arrivée d'un convoi, qu'une partie de son chargement était déjà pratiquement vendue. L'un de ces forgerons devint notamment l'un de nos meilleurs clients : il obtenait la priorité sur le premier lot de fer de chaque arrivage en échange d'un prix convenu à l'avance. Je gagnais peut-être un peu moins sur certaines cargaisons, mais Fort Forloin disposait ainsi d'un revenu sur lequel il pouvait compter.

 

Les nouveaux colons et les différentes expéditions arrivées sur Nostra constituaient l'autre partie de ma clientèle. Leurs besoins étaient plus irréguliers et les quantités achetées souvent plus modestes, mais beaucoup avaient besoin de matériaux immédiatement pour construire leurs premières installations. Ils venaient donc directement au comptoir acheter ce qui restait disponible. Je finis naturellement par réserver les plus gros volumes aux artisans avec lesquels j'entretenais des relations durables et à écouler le reste auprès de ces nouveaux arrivants. Sans réellement m'en rendre compte, j'avais cessé de chercher simplement des acheteurs : j'avais commencé à gérer un véritable commerce.

 

La difficulté principale restait cependant de ne jamais oublier pourquoi ce commerce existait. Fort Forloin était toujours une implantation isolée au milieu de terres nouvelles et une grande partie de ce que nous utilisions devait encore être achetée dans la capitale. Les hommes du fort me transmettaient régulièrement leurs besoins : outils, matériaux, semences, équipements ou ressources nécessaires aux prochains travaux. Je tenais donc séparément le compte de ce que nous vendions et celui de ce que la colonie réclamait, puis utilisais les recettes des cargaisons pour préparer les convois de retour. Une partie des richesses extraites autour du fort descendait ainsi vers la capitale et remontait quelques jours plus tard sous la forme de tout ce dont nous avions besoin pour continuer à construire.

 

Il m'arriva même de refuser certaines ventes pourtant avantageuses lorsque les ressources concernées avaient déjà été promises à la colonie ou qu'elles risquaient de nous manquer. L'argent n'était qu'un moyen. Il aurait été absurde de vider nos réserves pour quelques pièces supplémentaires avant de devoir racheter le même matériau quelques jours plus tard à un prix supérieur. Je commençai donc à conserver systématiquement une réserve destinée au fort avant de mettre le reste en vente. Cette habitude nous évita plusieurs difficultés lorsque certains convois furent retardés ou que les extractions produisirent moins que prévu.

 

À mesure que Nostra se peuplait, d'autres marchands commencèrent naturellement à s'installer autour du marché. Chaque nouvelle expédition amenait ses propres ressources et certains tentèrent rapidement de s'imposer en proposant des prix particulièrement bas. Je choisis de ne pas les suivre dans cette direction. Fort Forloin ne disposait pas des moyens nécessaires pour entrer dans une guerre commerciale et, surtout, nous n'en avions aucun besoin. Je préférai miser sur la régularité : nos clients savaient quand les prochaines cargaisons arriveraient, connaissaient la qualité de ce que nous vendions et pouvaient être certains que leurs commandes seraient honorées.

 

Cette réputation prit du temps à se construire, mais elle finit par valoir davantage que les quelques pièces que j'aurais pu sacrifier pour vendre moins cher que nos voisins. Plusieurs commerces apparurent puis disparurent aussi rapidement lorsque leurs propriétaires abandonnèrent l'aventure ou que leurs approvisionnements cessèrent. Le nôtre resta ouvert. À force, les marchands et artisans de la capitale cessèrent de parler du vieil entrepôt près du marché et commencèrent simplement à parler du comptoir du Fort Forloin. Le nom de Nevah circulait de nouveau, non plus seulement à travers les récits d'un vieux Duché des anciens mondes, mais sur les marchandises provenant de notre implantation.

 

L'activité finit par prendre une ampleur que je n'avais jamais prévue. Ce qui n'était au départ qu'un moyen d'écouler quelques cargaisons pour financer Fort Forloin disposait désormais d'un entrepôt, de clients réguliers, de registres, de convois et d'une organisation suffisamment stable pour fonctionner même lorsque mes responsabilités de Général m'obligeaient à m'absenter. Il devenait difficile de continuer à considérer tout cela comme une simple solution provisoire. Il fallait désormais donner un nom à cette organisation, ne serait-ce que pour distinguer nos marchandises de celles des autres commerçants et permettre à nos partenaires de savoir avec qui ils traitaient.

 

Je ne souhaitais cependant pas lui donner un nom exclusivement lié à Fort Forloin. Le fort était à l'origine de notre activité, mais quelque chose me disait que notre avenir ne s'arrêterait pas nécessairement à ses murailles. Nous étions arrivés sur un continent dont nous connaissions encore à peine l'étendue et chaque semaine apportait son lot de nouvelles découvertes. Notre commerce était né précisément de cette situation : de l'installation d'hommes venus des anciens mondes sur des terres dont tout restait encore à construire.

 

Je choisis donc de baptiser notre organisation la Compagnie des Terres Nouvelles.

 

Le nom s'imposa rapidement. Le bâtiment proche du marché restait pour beaucoup le comptoir du Fort Forloin, mais il était désormais exploité par la Compagnie des Terres Nouvelles et nos cargaisons commencèrent à circuler sous ce nom. Ce changement n'avait, en apparence, rien bouleversé : les mêmes chariots continuaient d'arriver, les mêmes minerais étaient stockés et les mêmes clients franchissaient notre porte. Pourtant, pour la première fois, notre activité possédait une existence qui dépassait le simple besoin immédiat de ravitailler le fort. Nous avions créé quelque chose qui pouvait continuer à se développer avec Nostra.

 

L'activité finit également par devenir trop importante pour que je puisse tout gérer seul. Je recrutai quelqu'un pour tenir les registres et recevoir les clients lorsque je devais retourner à Fort Forloin ou lorsque mes responsabilités de Général exigeaient ma présence ailleurs. La valeur croissante des cargaisons attira également quelques personnes moins intéressées par le commerce que par la possibilité de repartir discrètement avec son contenu. Des gardes furent donc affectés à la surveillance de l'entrepôt pendant la nuit. Le vieux bâtiment que j'avais trouvé presque vide quelques mois auparavant était désormais occupé du matin au soir par des marchands, des manutentionnaires, des soldats et des colons venus négocier leurs achats.

 

On me proposa même plusieurs fois des accords qui auraient permis à un seul marchand d'acheter l'intégralité de notre production. La solution aurait été confortable : plus besoin de chercher des clients ni de négocier chaque cargaison. Je refusai pourtant systématiquement. Fort Forloin avait déjà suffisamment souffert de sa dépendance envers une liaison unique avec les anciens mondes pour que je refuse de reproduire la même erreur avec un acheteur. Tant que plusieurs artisans et marchands dépendraient de nos minerais, aucun d'entre eux ne pourrait à lui seul décider de l'avenir de la Compagnie.

 

Je ne me considérais toujours pas véritablement comme un marchand. Lorsque je regardais les registres s'accumuler sur mon bureau ou que je passais une matinée entière à discuter du prix d'un chargement de cuivre, je me demandais parfois comment le Général des guerriers de Nevah avait pu finir derrière le comptoir d'un entrepôt à négocier des minerais. Pourtant, les deux fonctions n'étaient finalement pas aussi éloignées que je l'avais d'abord imaginé. Mon rôle avait toujours été de protéger les intérêts de Nevah et les hommes placés sous ma responsabilité. Sur Nostra, cela ne signifiait simplement plus uniquement surveiller une frontière ou préparer des guerriers au combat.

 

Chaque outil acheté, chaque convoi financé et chaque nouvelle construction élevée à Fort Forloin renforçait notre présence sur ces terres. La Compagnie des Terres Nouvelles n'était donc pas une activité parallèle à ma fonction de Général : elle était devenue l'un des moyens de l'exercer. Là où une épée aurait été parfaitement inutile pour résoudre nos problèmes, quelques bonnes ventes permettaient de renforcer une palissade, d'équiper les hommes ou de préparer une nouvelle expédition. Tant que Nostra resterait coupée des anciens mondes, notre capacité à produire, commercer et nous organiser déterminerait autant notre avenir que notre capacité à nous défendre.

 

Quelques mois auparavant, Fort Forloin n'était encore qu'un bastion isolé dont nous ignorions s'il pourrait survivre sans le soutien de Nevah. Désormais, ses convois circulaient régulièrement jusqu'à la capitale, ses minerais trouvaient des acheteurs et les revenus permettaient à la colonie de poursuivre son développement malgré l'isolement des mondes. Autour d'un vieil entrepôt proche du marché était née une compagnie qui n'avait jamais été prévue et qui, comme notre présence sur Nostra elle-même, s'était construite progressivement à partir de presque rien.

 

Nous étions encore loin d'avoir retrouvé la puissance de l'ancienne Nevah et personne ne pouvait savoir ce que deviendraient Fort Forloin ou la Compagnie des Terres Nouvelles.

 

Mais le fort tenait.

 

 

Modifié par Khantyer
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Je viens soutenir dans son entreprise commerciale mon cher Khantyer. Celui-ci avait pris le lourd vœux de dédier tout son temps de jeu au Duché de Nevah aux dépens de sa fortune personnelle (ou du moins c’est que j’ai toujours supposé), il fait aujourd’hui le choix de devenir commerçant et dédier sa fortune en devenir au Duché (ou du moins c’est ce que je suppose). 
 

Khantyer a maintes et maintes fois montré son investissement dans cette belle communauté et j’espère que les droits commerciaux qu’il obtiendra à l’issue de cette candidature lui permettront d’acquérir les richesses qui siéent à un homme de son rang. 

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