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  1. Avant de commencer la lecture de cette candidature, je tiens à préciser que je l'ai rédigé entièrement seule. Des illustrations et autres screens seront à venir. Qui suis-je ? Une jeune fille âgée de 17 ans (révolus ou non, suivant le temps de correction de cette candidature) qui souhaite faire des études d’ingénieur (et pas que, qui sait). Plus précisément, j’ai l’esprit bien trop cartésien et rationnel d’une scientifique pour être artiste, mais j’affectionne également la philosophie, la culture antique, la littérature et la musique (tout ce qui est bon, contenant guitare(s) et batterie, surtout). Bien évidemment, j’aime beaucoup les jeux vidéo, et toute la culture geek (bien que cette appellation ait été déformée), comme échappatoire de l’esprit et lieu propice à la rencontre de personnes absolument formidables. Je fais également quelques sports (vivant dans les montagnes), du piano et de la basse (pas autant que je le souhaiterais). Je suis une grande amatrice d’humour, surtout ses formes subtiles ; parce que sans rire et sans musique, pauvre de nous. Voilà pour un portrait aussi objectif que possible ; pour le reste, il en va de votre propre opinion. In Game Tout d'abord, les liens utiles : > La citoyenneté > La villagoiseté > Le Chnafon > Le Kubnigéra > Le Namnis > L'Eryn (annulée par manque de temps). Je suis une joueuse de plus de 3 ans sur le serveur. Ce que j'en connais le mieux, c'est sa communauté. Je vais tenter de retracer ma vie sur Minefield, bien que certains détails m'échappent sans doute (3 ans, c'est un peu loin...) Etant vagabonde, j'ai passé mon temps à voyager sur New Stendel pour visiter le serveur, mais je n'ai jamais visité les autres mondes (Stendel n'existait pas, à l'époque). En passant paysanne, en avril 2012, je me suis installée clandestinement sous la terre près de Khérinops. Je n'osait pas aller sur Mumble, donc je n'ai jamais fait partie d'une communauté avant longtemps. J'avais un assez mauvais PC qui ne me permettait que de tchater, donc je l'ai fait. Tant et si bien que j'ai commencé à être connue et reconnue en tant que floodeuse sur Minefield au bout de quelques mois à peine (j'étais particulièrement assidue). J'ai construit avec un ami ma première maison près du manoir Globos, et ai sympathisé avec plein de gens dont les pseudos ne diront rien aux nouveaux, mais mettront la larme aux yeux des anciens. J'ai assisté à la naissance de Stendel, posant avec émotion mes pieds cubiques sur cette terre riche et neuve. Prenant de l'assurance, j'ai affronté mumble, j'ai vu et participé à la création de Ronceltiq avec Rownger, dépensant mes premiers 100 Pas dans un projet – moment d'émotion s'il en est. Sur mumble, j'ai fait connaissance de Splendide, Khamelot, QuentHolmes et les Névains de l'époque (j'ai d'ailleurs participé à une visite guidée de Nevah alors !), personnages effrayants. Mais j'ai passé avec succès le concours d'entrée sur mumble, et j'ai fréquenté Dan13008 et ses amis (51math, Funnyrom, etc), qui m'ont proposé de rejoindre le Refuge de Pan. Pendant le même temps, Beautifulreal, chef de Enrik d'Almaris, et QuentHolmes, avaient remarqué mon « excellent orthographe et ma maturité d'esprit » (je jure que ce n'est pas une blague), j'ai donc rédigé une superbe candidature pour rejoindre le projet glacé (Quent me l'ayant fait visité). La suite est connue, Beautiful hors-jeu, Almaris a complètement disparu des écrans de contrôle, et Quent est passé à la ville fortifiée. Sur le conseil de Nahes et l'insistance de Feutarse (là encore, ce n'est pas une blague), j'ai rejoint la ville de Namnis, qui restera à mon sens la meilleure communauté qu'il m'ait jamais été donnée de connaître, vraiment. Entre temps, il me semble que Dan13008 est passé chevalier, puis Khamelot, puis Dan a été banni (si je ne me trompe pas dans la chrnonologie). Dan banni, j'ai tout de même continué à le fréquenter sur mumble, avec ses amis ; j'étais là quand il a été banni mumble. J'insiste sur cette personne car sans lui, je n'aurais jamais eu le courage d'affronter Mumble si jeune. J'ai intégré Chnafon, étant une grande amie de son dirigeant, Lyoriu. Il me semble que j'ai écrit dans la foulée une candidature pour Windalis, mais impossible de me souvenir si je l'ai posté ou pas... Quoiqu'il en soit, je connaissais bien Khamelot. Egalement, j'ai à cette époque connu Kolwako, qui était alors Labessien, et je me souviens avoir été très intéressée par le projet, mais finalement, il est devenu Nevain, lui aussi. Même si j'ai connu quelques Labessiens, je n'ai jamais postulé pour rejoindre la ville. Après la mésentente avec Feutarse, que beaucoup connaissent, j'ai quitté Namnis et je crois avoir erré un bout de temps sur pas mal de projets : j'ai postulé à Eryn, projet de mon ami Knamys. Je pense que c'est dans cette période que, m'ennuyant, j'ai postulé au rang de villageois, et pris le métier de pêcheuse, que j'exerce encore à présent. Bien que manquant actuellement de temps (à l’heure où je rédige, je suis en période d’examens), je me suis toujours connectée régulièrement sur Minefield, depuis mes 3 ans d’activité ; de même, je fréquente assidûment Mumble, et je suis assez fière de pouvoir squatter la quasi-totalité des channels. Ne possédant aucun (mais alors, aucun) talent architectural, ni de construction, je n’ai jamais brillé par mes bâtiments. Néanmoins, et surtout depuis que je suis sur Torcuba, je fais avec plaisir (…) les tâches moins glorieuses de terraforming de profondeur (sous l’eau ou sous terre). Avant cette année scolaire, un peu chronophage IRL et donc m’ayant laissé moins de temps IG, je travaillais un poil plus (sur Namnis, bien que j’en entende râler, dans le fond), et j’organisais des petits évents (dé à coudre) ou bien j’en participais (MGT, vidéos de Tyroine, de TiM, ou d'autres) ; rien de bien significatif, j’entends bien, mais ce sont des petites choses qui entretiennent l’amitié. Depuis que je possède une connaissance assez étoffée du serveur, ainsi que pas mal de ressources, j’en fais profiter les nouveaux venus, par de simples coups de main ou dons de petites ressources. Quoiqu'il en soit, j’ai toujours fait un point d’honneur à être présente sur Minefield, de quelques façons que ce soit. De mauvaise langues diront que c’est surtout par le flood et le troll ; celles-là n’auront pas compris à quel point je suis attachée à ce serveur. Concernant Torcuba, car c’est un de mes plus vaste projet, je pense qu’en dire trois mots ne seraient pas inutiles. A l’origine, il y a un an et demi, j’ai rencontré un jeune joueur nommé TheDragomir30, et nous avons décidé, avec quelques autres personnes, de créer un projet pirate. Il devait être tout à fait original car pourvu d’un transport aquatique inédit, et d’un tas de choses plutôt cools. Avant de mettre tout en marche, nous avons demandé aux dirigeants de la ville pirate de Torcuba si notre projet ne posait pas de problème de copie ou plagiat. Extra, qui nous a reçu, nous a dit que plus personne n’était actif sur Torcuba, et qu’au lieu de nous embêter à créer un nouveau projet, nous a proposé de reprendre Torcuba. Nous avons donc été nommés par Extra Grands Conseillers de Torcuba. Le retour de l’activité a non seulement attiré du nouveau monde, mais aussi les anciens joueurs Torcubains ; s’en est suivit une bataille entre la nouvelle Torcuba, et les anciens bien décidé à ne rien laisser (et je comprends ceci). Pendant tout ce temps, Dragomir a été moins actif, et j’ai été « écartée » aussi bien de la caisse de Torcuba que de ses constructions. La suite est connue : Dragomir totalement inactif, le bannissement d’Extra, AdjudantBOB et Alastrann (débannit ensuite), je me suis retrouvée seule aux commandes de Torcuba. Et avec l’aide d’Alastrann, car rendons à César ce qui est à César, Torcuba peut se vanter d’avoir eu de la chance. Mais je suis restée quelques temps seule et unique habitante d’un des plus anciens et puissant projet de Minefield. Pas une mince affaire, et j’en profite pour remercier Nevah et particulièrement Choup et Miti pour leurs offres d’aide. D’ailleurs, Torcuba était inscrite comme ville parraine auprès de l’ANA, mais nous nous sommes retirés pour des raisons évidentes. Pour ce qui est du reste, lié à Minefield, je fais partie du projet PokeField, sur lequel j’essaye de bosser du mieux possible. En outre, je joue énormément à d’autres jeux avec la communauté. Tout ce que j’ai évoqué plus haut ne représente pas mon plus grand engagement envers Minefield ; le serveur est tout d’abord une communauté de vraies personnes derrières leurs écrans (il semble que certains l’oublient). J’ai passé mes 3 dernières années à grandir et à me forger avec vous, tout comme j’en ai vu grandir (d’autres stagner), et vous n’êtes pas complètement pour rien à la fille que je suis devenue. J’ai créé des liens forts avec certains d’entre vous, et j’ai toujours voulu connaître ces personnes. Grâce à mon expérience - car je suis arrivée jeune et timide, et j’ai dû apprendre à me défendre très vite dans ce monde masculin et souvent plus âgé - j’ai même pu aider quelques joueurs. Et j’ai appris que la discussion avec un autre nous renvoie notre image, et nous forge. Chacune des rencontres faite (même désagréable) ont eu, je pense, j’espère, une conséquence toujours positive ; je n’oublierais sans doute jamais Minefield. Je ne me suis peut-être pas la plus grande des bâtisseuses, ni la meilleure organisatrice d’event, ni une excellente Spitter en versus, mais j’aime Minefield. Je me suis toujours investit autant que possible auprès des joueurs. N’oubliez pas, grands de ce Monde, que Minefield est composé de petits bonhommes comme moi ; et nous n’oublierons pas que vous êtes aussi des petits bonhommes.[/size] Motivations En ce qui concerne mes motivations, je n’en ai pas, sauf peut-être un double home bien pratique. Cette candidature a surtout pour but de vous obliger à lire des pavés, et de m’éclater à rédiger un RP de 27 pages en police 12. Blague à part, je serais particulièrement honorée d’être acceptée au rang du bleu ciel, bien que je ne sois pas sûre de le mériter. Peut-être que je recherche une certaine reconnaissance pour mon investissement qui peut être qualifié « d’invisible » (aussi bien niveau joueur que sous terrains). Je suis une joueuse plutôt réfléchie, calme, toujours agissante selon les règles du serveur, âgée, particulièrement attachée au serveur, et je pense pouvoir affirmer que ça va aller en s’améliorant me concernant. Si j’obtiens ce grade, je compte…continuer à faire exactement ce que je fais depuis 3 ans, à savoir ce que j’ai évoqué plus haut. Les avantages du grade me permettront sans doute de m’investir davantage pour les joueurs. Bien que je risque d’entrer en études supérieures, je compte continuer à jouer sur Minefield. Peut-être que je risque de la jouer comme certain chevaliers, je ne peux rien promettre, mais mon souhait serait de continuer à jouer. Galerie des screens : Torcuba / à mon arrivée et à présent L'intérieur de Torcuba A l'intérieur de l'ancien volcan Puits du phénix, que j'ai vidé de sa lave et mis en forme pour un remplissage en règle. Le nouveau Torcuba, du dessus Ici, tout a été recouvert au-dessus du temple. Et là, la forêt au-dessus de l'ancien volcan et du temple. Le nouveau volcan Le port Derrière le chantier naval, un entrepôt (à la place de la ville fantôme). Le chantier naval. Le port (et ses fonds marins faits par mes soins). Arches créées par Alasrann. Des beaux bateaux Radeau construit par Anubis. Bateau d'AdjudantBob. Mes maisons Ma maison au Kubnigéra. Ma maison en capitale. D'autres screens, en vrac, qui ont marqué ma vie sur Minefield. Cela rappellera sans doute des souvenirs à certains... Remerciements (Désolée pour cette partie, elle est un peu « personnelle » mais me paraît indispensable.) Je voudrais remercier mon fidèle PC portable qui tient le coup depuis plusieurs années, ainsi que le génie d’Howard Phillips Lovecraft pour ce qui va suivre. Un immense merci à QuentHolmes, l'homme qui a toujours été là, malgré mes immenses défauts. Je sais pas comment tu fais, mais tu le fais génialement bien. Change rien. Gros gros merci à Kolwako, qui a toujours su me faire rire quand il le fallait. C'est grâce à lui, en grande partie, que je suis restée après des gros moments de doutes. Tu es un garçon formidable, et irremplaçable. Change rien. Un merci énorme à Florimondla, une personne avec un cœur bien trop énorme pour sa petite personne. Merci pour tout, absolument tout. Change rien, et reste pas trop loin. Merci à DomFulmen, possédant lui aussi un cœur immense. Merci pour ton soutien inconditionnel. Merci à notre Stalroc, qui a su me soutenir sous ses airs de misogynes. Tu es un personne vraiment formidable. Merci à AntoineKia, qui est le genre de personne absolument horripiliante et extrèmement attachante. ( ͡o ͜ʖ ͡o). Change rien, malgré ce que les autres peuvent dire. Merci à Louvinette, sans qui Minefield serait vraiment, vraiment différent. Tu as su être là pour une jeune fille qui avait besoin d'aide, tout en cadrant la floodeuse de 14 ans. J'espère que Minefield est bien conscient qu'une telle admin est d'or. Je ne serais sans doute pas là pour écrire des pavés sans Louvinette. Merci pour ce que tu fais. Merci à Goo_m_Ba, parce que si la joie devait avoir un visage, ça serait le tien. Au-delà de ta gentillesse et de ton humour à toute épreuve, tu es un ami sur qui on peut compter. Et ça, c'est priceless. Et pour faire plaisir aux adeptes du ctrl F… : Merci à Alastrann pour son boulot sur Torcuba et son aplomb, merci à Alexiram pour les films d'horreur, merci à Athosios (Jeje2500) pour beaucoup, merci à Yuna_Moon pour avoir tracé le chemin d'une fille sur le serveur avant moi, merci à PtitPain pour son cadeau de Nowel et L4D2, merci à Lpu8er pour L4D2 et m'avoir expliqué l'envers du décor, merci à Viaduc340 pour ses vannes, merci à Dionysos pour le rire, merci à Alexas pour les discussions, merci à Dan13008 pour m'avoir guidé sur le serveur, merci à Extra_ (sans lui, je n'aurais jamais eu Torcuba !) ainsi qu'à Eyeshieldx et AdjudantBOB pour les barres de rire, merci à Toffifi pour...des choses, merci à Dechoue de m'avoir couvert sur L4D2, merci à Glieps de m'avoir offert GTAIV, merci à Cackie, merci à la communauté Namnète, Loren36, Je4ns, Yanniches, etc, pour m'avoir vendu du rêve, merci à Zovsky pour Awesomenauts, merci à Splendide parce que tu peux être gentil des fois, merci à Khamelot d'être la personne la plus mtlijukj que je connaisse, merci à TeddyTi de m'avoir fait dessiné et connaître Gravity Falls, merci à BartholomHEY pour avoir un dentier et de l'expérience, merci à Alexgtd d'avoir aimé ma doudoune (et vive les cailloux), merci à Miti16 d'être l'homme le plus sympathique et calme qu'il m'ait jamais été donné de voir, merci à Choup24 pour l'aide proposée à Torcuba, merci à Stoltheds de faire mes dessins NON JE DÉCONNE, merci à Stalroc pour m'avoir soutenu au bon moment, merci à RockLee de me demander régulièrement si ça pousse, merci à ArthurBn de posséder énormément de swagg ces temps-ci, merci à Anubis d'être fou ET gentil, merci à Squirkiz pour le soutien et les renseignements sur l'INSA (loul), merci à MonsieurDicsi d'être super et de laver ses slips NON JE DÉCONNE, merci à Warff pour une magnifique illustration, merci à Meikah de me soutenir dans le flot de mâles (…), merci à Knamys, vieille branche, merci à Pcote de prendre des risques (et désolée), merci à Lyoriu d'être fou , merci à Foxstarr pour tes précieux conseils, merci à Mintar pour une mythique photo et un épic fail, merci à Tabasco d'être fou (aussi), merci au brillantissime TheSwisskiller, un ami de qualité qui me doit 3 Pas depuis toujours, merci à Thorgrin pour avoir répondu à mon mp NON JE DÉCONNE, merci à TheGaudis grâce à qui je joue à Ghost Recon...bon ok grâce à qui j'ai ddl Ghost Recon, merci à mon p'tit Neveritshme pour son pseudo et pour être une personne tout à fait adorable et pleine de cookies, merci à Draw22 pour Marieclicker OMGGGG, merci à Grix d'être québécois (oui, oui), merci à Blackredber pour supporter Goo_m_ba, merci à Pongboum, l'homme fabuleux (live for the applause), merci à Tonacs pour la maison en marbre + ses poèmes, merci à Tifoux24 pour PF et être de mauvaise foi, merci à Zerephu d'être fou, merci à Theor67 pour mes yeux, merci à Tybalt42 d'être pour le Cactus NON JE DÉCONNE, merci à Junie_June d'endiguer Stalroc et de tenir compagnie à Flo le soir, merci à ZoeePdjs d'être quelqu'un de super fort et de pas être comme ton amie, merci à Arahitogami de jouer du piano comme un demi-dieu (je ne te connais pas, mais ça me fait rêver), merci à ceux que j'oublie, parce que je sais que j'en oublie, à ceux qui m'ont fait rire ou qui m'ont parlé, merci à tous, Minefieldiens, vous êtes géniaux. And now, ladies & gentlemen, le Role-Play ; Ils discutaient avec animation autour d'un immense parchemin, une plume dans la main. Elle notait, en retrait, les idées qui fusaient, sans dire un mot. Elle aimait ce projet secret, et elle espérait sincèrement qu'il voit le jour ; à de nombreuses reprises, le projet était resté à l'abandon, mais ils avaient toujours trouvé le courage de le poursuivre. Malgré les vies et les problèmes des uns et des autres. Ici, théoriquement, personne n'aurait dû venir les déranger ; ils étaient dans une cave, loin sous terre. Malgré le fait que les souterrains l’effrayent depuis sa dernière mésaventure, elle n'avait pas d'autre choix que suivre son équipe et se terrer pour réunionner secrètement. Elle pensait que ces précautions étaient inutiles, jusqu'au moment où un toctoc discret se fit entendre. Instantanément, ils se turent, et elle ouvrit la porte avec précaution, faisant signe aux uns et autres de ne pas se montrer. C'était Stoltheds. « Ah Marie... Je n’étais pas bien sûre de te trouver ici... Vu que tu es toujours par monts et par vaux... Je peux te parler ? - Mmmh oui je suppose. » Elle ferma la porte derrière elle et suivit Stoltheds dans l'escalier. « Désolé d'être venue te déranger... Il y a eu quelques soucis sur Torcuba, et va savoir pourquoi, je passais sur la cité quand j'ai vu l'incident... Évidemment, les autorités t'ont cherché partout, mais tu es tellement mobile que... - Viens en au fait, si tu veux bien. - Lis ceci. Un Gouverneur devait te le remettre mais... impossible de trouver une boite au lettre à ton nom sur tout Stendel et New Stendel. » Elle attrapa la lettre qu'il lui tendait et la parcourut rapidement. « Marie ? Pourquoi souris-tu... ? - Mmh ? Fit-elle, tentant de prendre un air grave. Ah oui, pardon. Merci. Comment tu as su où j'étais ? Qu'as-tu vu à Torcuba ? - Antoine m'a parlé de cet endroit où je pourrais vous trouver... Endroit pour le moins étrange, fit-il en désignant la grotte secrète. Je passais te voir sur Torcuba et j'y ai vu Extra, Alastrann et Adjudant être emmenés dans les geôles de New Stendel. On en parle dans tout le pays, tu sais. On parle aussi de la chute de Torcuba. » Elle arriva sur la plage de Torcuba, près du chantier naval en construction. Sautant de sa barque, elle courut vers Kolwako, son ami aventurier présent sur la plage. Il regardait la cascade de Torcuba, eau limpide provenant d'une source près du volcan. « Pourquoi ? Dit-elle simplement, sans le regarder. - Non-respect de la plupart des lois. Ils ont été surpris en train de voler et martyriser les poulets d'un pauvre paysan, à des fins malhonnêtes. Ils ont résisté. Ils n'ont jamais été très loin de la limite tu sais, Marie. - Je suis persuadée qu'ils l'ont franchie plusieurs fois, fit-elle, le regard dur. - Peine maximale, avec exécution immédiate de la peine. Ils ont été envoyés dans la Prison. » Elle frissonna, ayant du mal à imaginer quelles fins malhonnêtes pouvaient nécessiter un poulet. « Tous les trois ont fauté à ce point ? » Elle n'imaginait pas Alastrann faire ce genre de bêtise. Il aimait bien trop Torcuba. « En fait, Extra et Adjudant seulement. Alastrann était là, je ne sais pas s'il l'a fait aussi. Kefka aussi a été enfermé, je ne suis pas sûre qu'il ait autant fauté. - Alastrann... J'aurais eu besoin de lui ici. Il faisait un boulot formidable. - Stalroc a déjà commencé à démarcher pour sa libération auprès des gouverneurs. Tu le connais... - Très bien. » Elle s'éloigna, se dirigea vers le port. Les pontons et rues sur pilotis se croisaient, entre l'eau et les falaises abruptes du volcan. S'asseyant, elle repensa aux trois pirates. Les limites, sûr qu'ils les avaient franchis, notamment avec elle. Elle avait été longtemps éloignée des commandes de Torcuba, et quelques fois insultée. Sans sauter de joie, elle sentait un immense poids s'enlever de ses épaules ; cependant, presque aussitôt, ses épaules s'affaissèrent sous ce même poids. Qu'allait-elle faire de Torcuba ? Seule, surtout ? Tout était en chantier, elle n'avait pas le temps de s'en occuper, et était loin de posséder les talent d'Alastrann en matière de construction. Pourtant, jamais elle n'abandonnerait ce projet. Malgré la crainte que lui inspirait les noires eaux Torcubaines depuis ses mésaventures avec la fille du seigneur Cthulhu, Terreur Tentaculaire, Cthylla, elle était là chez elle plus que n'importe où. Bientôt, dans le demi-sommeil qu'elle prit sur la plage, de violents souvenirs l’assaillirent. Le père de Cthylla, aussi loin et faible fut-il, continuait inlassablement de crier vengeance, et chaque mot incompréhensible vrillait le cerveau de la jeune fille. Elle se redressa sur le sable, doucement, craignant qu'inéluctablement, elle ne devienne folle. Au fond, la pirate savait qu'il faudrait en finir, d'une manière ou d'une autre ; ou bien éliminer la Terreur Tentaculaire Père, ou périr. Elle serra la Pierre-Etoile dans sa paume ; ce fossile était la seule protection psychique contre les Divinités monstrueuses. Comment cette minuscule pierre pouvait-elle tenir en respect ces rejetons du Néant ? Elle frissonna. Il y avait son monde, celui bien raisonnable, où les choses tournaient rond et les esprits de chacun étaient fermés ; et quelque part, une fracture où se profilaient des monstres et des horreurs hurlantes. Elle se leva et observa autour d'elle. Torcuba avait besoin de quelqu'un pour redonner à la ville sa splendeur d'antan. Et sûrement pas elle. Si Alastrann n'était peut-être pas si fautif... Le jour n'était pas levé, mais la capitale était loin. Elle emprunta la route pour Nevah, puis se servit de leur système aérien. « Sacrément pratique, d'ailleurs » se fit-elle comme réflexion. Et elle préférait nettement être au-dessus que sous la Terre. Un si bel appât pour une Divinité Tentaculaire, sur un wagonnet qui n'allait pas assez vite, si doucement, pas assez, pas assez... Elle atterrit doucement au sommet de la Capitale ; elle était loin d'avoir la tenue adéquate pour une si grande ville, mais elle ne resta pas dans les rues. Toc, toc. « Marie ! Ça alors ! Je te cherche depuis que Extra et... Bref, tu entres ? » Il semblait que parler d'enfermement soit tabou. Surtout qu'ils cherchaient à faire sortir un enfermé. Elle s'assit sur le canapé, et demanda à Stalroc : « Tu as fait quoi ? - Une missive aux gouverneurs. Tu n'étais pas là, c'est dommage... J'ai défendu autant que possible Alastrann, tu sais, il n'a pas mérité cette sanction. - Il est mis dans le même panier parce qu'il les fréquente. » Qui ne faisait pas ceci, après tout ? « Et j'ai besoin de lui sur Torcuba. Il connaît la ville mieux que personne, et avait des projets extra...ordinaires. - T'es sûre que ça va ? Tu nous as fait sacrément peur, la dernière fois. Sans Kolwako... Encore des soucis avec des machins occultes ? Je suis prêt à t'aider ! » Stalroc était comme ça. Il fallait du courage pour exercer son métier d'aventurier, avec Kolwako. Elle sourit. « Faut en aider un autre. Tu penses que je peux l'aider ? - Essaye, mais discrètement. Je ne dirais pas que t'es à la limite, mais t'es jamais loin de faire une bêtise... Fais en pas trop. Peut-être qu'ils allégeront sa peine, qui sait ? Il sortirait plus rapidement alors. - Oui, parce que la Peine Maximale... Torcuba aura sans doute été conquis par Nevah avant ça ! - Comptes-y ! » Il plaisantait volontiers là-dessus. Nevah était une puissance (pas trop) incontestée. Mais ils connaissaient l'attachement de la jeune pirate à ces crânes et falaises, et les légendes de Torcuba étaient trop précieuses pour l'ensevelir sous la pierre lisse. « Miti le seizième te cherchait à ce propos. Une histoire de frontières. Va le voir ! » Elle prit congé du jeune homme. Au moins, elle pourrait s'occuper de la paperasse de Torcuba. Cubos, frontières, propriétés. Ce qu'elle fit du mieux qu'elle put. Elle espérait sincèrement qu'Alastrann soit libéré ou qu'au moins sa peine allait être allégée. Malgré tout, elle posta en capitale plusieurs annonces « Torcuba a besoin de vous ! Main d’œuvre et dons sont les bienvenus sur le projet pirate ! S'adresser à : Marieb, -1000 -1500 Torcuba, New Stendel. » Elle n'espérait pas trop qu'on réponde à son appel, étant donné que chaque projet faisait de telles demandes. Elle prit son temps pour rentrer sur Torcuba, admirant le paysage New Stendelien et les prouesses architecturales dont ses habitants étaient capables. Elle se souvint d'un voyage qu'elle avait fait, quelques années auparavant, peu de temps après la destruction de son village et son incroyable fuite vers les contrées Stendeliennes. Elle souhaitait à l'époque désespérément retrouver sa famille, sa maison, aussi partait-elle le plus souvent possible. Cette fois-là, elle était partie vers le nord, plein nord. Le temps devenait de moins en moins clément, inversement proportionnellement aux personnes qu'elles croisaient. Bien sûr, elle arriva dans une contrée où personne ne parlait sa langue, cependant elle ne retourna pas immédiatement sur ces pas. Les personnes de ce peuple avaient un sens de l'hospitalité tout simplement surprenant. Ils étaient plus grands et plus forts, avaient les cheveux bien plus clairs qu'à Stendel, étaient bien mieux habitués aux températures basses et aux caprices du temps. Surtout, ils avaient une culture musicale parfaitement étonnante, bien qu'assourdissante. Elle s'était laissée entraînée à de nombreuses fêtes et célébrations, ou simples soirées, et ne se lassait jamais d'écouter ces musiques puissantes et fortes. Un voyage inattendu, qui l'avait profondément changée. Cette musique sourde lui rappelait les cris psychiques d'agonie de la Terreur Tentaculaire – fille – qui la suivaient sans répit. Fredonner les chants du nord lui permettait de calmer ces attaques incessantes, parfois. La pirate arriva sur Torcuba, perdue dans ses douloureuses pensées, bien plus rapidement qu'elle ne l'avait souhaité. Elle se recroquevilla dans le sable, près du chantier naval inachevé, et sombra avec peine dans un lourd sommeil. Et se réveilla quelques heures après, talonnée par un monstre, mais tout différent d'une pieuvre immense. Il était immense et marchait à travers les nuages tandis qu'elle courait terrorisée, si lentement... Elle prit aussitôt la décision de se rendre dans la bibliothèque que possédait son ami aventurier Kolwako, qui avait au fil du temps et de ses aventures, récolté un nombre impressionnant d'ouvrages. Elle avait déjà travaillé sur ces livres, car certains traitaient de ces monstres/divinités. Bien qu'ils portaient souvent le nom de « Légende » ou « Mythe », elle avaient prouvé que ces monstres existaient. Elle ne les avait à l'époque pas feuilleté complètement, car sous l'emprise psychique de Cthulhu et son rejetton, Cthylla. « Salut Marie ! Ça va ? » Kolwako arborait comme à son habitude, un franc sourire. Elle lui répondit avec ce même sourire, elle-même surprise de réussir à en faire un. « Ça va, ça va... Je me demandais si tu me laisserais encore une fois consulter tes livres. Ils sont vraiment intéressants et je n'ai pas eu le temps de les feuilleter comme je l'aurais voulu... » Kolwako s'abstint de tout commentaire ; il l'avait secouru lorsqu’elle était blessée et aux prises de Cthylla. Il opina, puis changea de sujet immédiatement : « J'ai deux bonnes nouvelles pour toi ! Je commence par laquelle ? - La moins bonne. - Mh. La ville de Nevah a décidé de t'aider dans la reconstruction de Torcuba ! Vu que nous sommes voisins, et que cette ville sur tes petits épaules semble lourde, Choup a proposé un tas de choses sympathiques, et a reçu l'aval des citoyens. Ça va inclure artisanats gratuits, peut-être même utilisation de nos installations, bref la totale ! T'en dis quoi ? Tu recevras une lettre plus officielle, je suppose. » La jeune resta silencieuse. Jamais les relations ville pirate/ville fortifiée n'avaient été aussi bonnes. Elle se sentit coupable de n'avoir pas toujours su reconnaître le bon esprit de Nevah, et se promis de remercier au plus vite Choup, Miti, et de s'excuser, face à face. Même si elle se sentait ridiculement jeune. « Et la meilleure ? - Bon, ça risque de te décevoir... La peine d'Alastrann a été réduite, il sortira d'ici peu, et Extra et Adjudant donneront sans doute leurs ressources à la ville, donc à toi et Alastrann. - Mince alors... - Félicitations, mademoiselle ! La roue tournerait-elle ? - Semblerait. Mais dans quel sens ? » Et elle s'éclipsa dans la bibliothèque. Des bonnes, excellentes nouvelles, et elle se réjouit que la justice et l'entraide deviennent peu à peu les mots d'ordre de la contrée. Un poids s'enleva de ses épaules et elle put, l'esprit vidé, se consacrer à l'étude des livres de Kolwako. La bibliothèque était immense ; comment était-il possible que les ruines et autres grottes découvertes abritaient tant d'ouvrages ? Elle savait que la bibliothèque de Nevah en contenait encore davantage, mais ceux-là ne l'intéressait pas. Elle attrapa le Necronomicon, Le Mythe de Cthulhu, La Légende de Titus Crow, le Chtaat Aquadingen, les Manuscrits Pnakotiques, l'Unaussprechlichen Kulten, De Vermis Mysteriis, les Fragments de G'harne, le Liber Miraculorum, ainsi que de nombreuses cartes. Le Mythe de Cthulhu et La Légende de Titus Crow étaient les plus récents et faisaient partie des seuls écrits dans sa langue. De Vermis Mysteriis avait été écrite par Ludving Prinn à en croire sa tranche. Les Manuscrits Pnakotiques portaient des inscriptions incompréhensibles mais il était écrit à l'intérieur « Grand-Race de Yith ». Elle frissonna. L'Unaussprechlichen Kulten semblait avoir été écrit par un certain Friedrich Von Junzt, et le Necronomicon, par Abdul al-Hazred (il était précisé, à la main, « l'arabe fou ») ; quant aux autres, à part La Légende et Le Mythe, elle ne connaissait pas leurs auteurs, et les cartes ne possédaient ni signature, ni nom, ni blason ou armoierie. Une grande majorité des ouvrages étaient écrits dans des langues étrangères, voire dans des signes et hiéroglyphes. Du Necronomicon, elle possédait là deux exemplaires, un en grec ancien et un en latin ; elle connaissait ces langues, mais ses connaissances étaient trop limitées pour traduire les livres. Tous contenaient des figures, des dessins et gravures où elle pouvait nettement reconnaître Cthulhu, mais aussi d'autres monstres-dieux. Un d'eux ressemblait au monstre de son dernier rêve. Il était écrit « Ithaqua, le Marcheur de Vent », un Grand Ancien, tout comme Cthulhu. Ces Dieux avaient apparemment été réveillés ; si son ancêtre Titus Crow avait renvoyé le Marcheur de Vent et enfermé Cthulhu, il devait ignorer la présence de sa fille cachée, Cthylla. Cthulhu était représenté avec des ailes, chose étonnante pour un monstre sous-marin, et un visage tentaculaire ; sa fille devait vraiment être jeune car elle n'avait pas vu d'ailes. La jeune fille rassembla dans son esprit les morceaux du puzzle qu'elle connaissait. Son ancêtre, Titus Crow, adepte de sciences occultes, avait avec l'aide de ses amis, réussi à contrôler les Divinités qui se libéraient des sceaux que les Grands Anciens leurs avaient posé. Ithaqua, le Marcheur de Vents, avait été battu, et les autres fortement affaiblis. La descendance de Titus s'était installée dans un village, et elle était née. Ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'était pas sa descendance directe, mais plutôt sa nièce. Son village avait été attaqué, sa famille décimée, et Crom sait comment, elle avait réussi à fuir et à rallier les terres Stendeliennes. Et à présent, Cthulhu l'assaillait car il savait qu'elle représentait une menace, ayant du sang de Titus Crow dans ses veines. Et si elle ne l'arrêtait pas avant qu'elle ne devienne folle à lier, il se mettrait à prendre le contrôle des rêves des hommes et sèmerait le chaos dans le monde. Peut-être même qu'il arriverait à prendre contrôle d'une âme faible qui descellerait sa prison. Et alors... Elle chercha sur les cartes un endroit où pouvait se cacher l'Abomination Tentaculaire. Le Mythe de Cthluhu faisait allusion à un endroit nommé R'lyeh, ainsi que le Necronomicon. Une cité sous-marine, apparemment. Une phrase figurait sur de nombreux documents : « Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn ». Elle en trouva la traduction, tout d'abord en langue du nord : « In his house at R'lyeh dead Cthulhu waits dreaming », puis dans la sienne : « Dans sa demeure de R'lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant ». Elle repoussa les documents. Mort, elle désirait qu'il le fût. Cette histoire dépassait largement ses compétences. Et comment savoir où s'arrêtait la fantaisie ? Le Necronomicon avait été écrit par un fou, semblait-il. Sur l'un des ouvrages figuraient des images de pierres-fossile, identique à la sienne, qui avaient un grand pouvoir de protection non seulement contre les corps mais surtout les esprits de ces Divinités. A la suite, on voyait un piège fait seulement de ces pierres, entourant Cthulhu dans sa tombe marine. Apparemment, enfermer simplement son esprit l'affaiblirait assez pour l'attaquer physiquement. Elle sentit ses jambes faiblir. Aucun ouvrage ne mentionnais sa taille, ni sa force, mais elle avait eu un aperçu de l'enfer avec sa fille, Cthylla, un simple avorton par rapport à son père. Père qui, même enfermé et faible, atteignait son esprit. Les livres parlaient également des autres divinités, de leurs histoires, de leurs pouvoirs. On pouvait également trouver comment invoquer les Dieux, comme Yog-Sothoth, un dieu extérieur : « Zyweso, wecato keoso, xunewe-rurom xeverator. Menhatoy, Zywethorosto zuy, zururogos Yo-Sothoth ! » et ça continuait sur une page. Cela n'avait aucun sens. Un fou rire la prit. « Marie ! Ça fait plaisir de te voir ! Les livres te rendent si joyeuse ? » DomFulmen venait de faire son apparition. Son ami Kubnigerien adorait par-dessus tout la lecture ; il venait régulièrement dans la bibliothèque de Kolwako lui emprunter des livres, et il était lui-même aventurier. « Très ! Répondit-elle, trop heureuse d'oublier monstres et magie. Écoute moi ça : « Menhatoy, Zywethorosto zuy, zururogos Yo-Sothoth » ! Un être humain normalement constitué ne peut pas prononcer de tels mots, Dom ! - Alors ça ne doit pas être destiné à un être humain, simplement. » Il ébouriffa les cheveux de la jeune fille en guise de bonjour. Il connaissait les aventures de Marie avec ces monstres. « J'ai une question pour toi, tiens, fit-il. Torcuba fait partie des villes parraines de l'ANA. Souhaites-tu conserver ce titre ? - Alors là... Tu sais que je suis seul habitant de Torcuba là ? Je crois que je vais retirer Torcuba pour le moment, si ça ne te pose pas de problème... - Pas de soucis, c'est noté ! Autre chose, tiens. Une Ambassade est en train de se créer. Elle serait l'inverse de l'ANA, où les plus vieux pourront couler des jours heureux en disant « c'était mieux avant » et en jouant au bridge... - Quelle chance... - Et donc, le projet vient d'être soumis. Nous espérons une réponse positive des gouverneurs. - Attends une seconde, tu comptes en faire partie ? - Mieux, je l'organise. Et encore mieux, tu peux en faire partie ! - Moi ? » Dom était loin d'avoir un âge canonique. Et il était son aîné ! « A moins que tu ne sois pas la véritable Marie B, oui, toi. - Mais je ne suis pas vieille ! Et je ne sais même pas jouer au bridge ! - Ce n'est pas pour les plus anciens, héhé, mais pour les plus anciens citoyens ; c'est l'ancienneté qui compte. Et là, tu es ancienne, désolée. Tu es arrivée ici alors que New Stendel n'était qu'un petit empire, et Stendel n'existait même pas ! - Mince alors. Prévoyez des gâteaux apéritifs. - On a prévu que de la purée. Pour les dents, tu comprends... » Ils rirent de bon cœur. Dom avait toujours de quoi la faire rire, et c'était un allié précieux contre l'angoisse et la folie qui la guettait dans ce monde absurde. Elle sourit, reconnaissante, puis ramassa les documents étalé sur la table de la bibliothèque en soupirant. Avant de franchir la porte de la salle, elle se tourna vers Dom et s'enquit : « Quel nom, ton ambassade ? - Ambassade des Vieux Croulants. AVC. » Elle en riait encore en arrivant sur Torcuba. Après avoir déposé ses documents en lieu sûrs, dormi un peu, elle fit l'inventaire des cuboïdes que comptait la ville pirate. Elle en compta au moins 3 qui appartenaient à dokmixer, une demi-douzaine à des gouverneurs ou joueurs qui n'habitaient plus sur New Stendel ou Stendel, et le reste aux anciens Grands Conseillers de la cité. Au moins 2 cubos faisant 1x1 cube et l'un d'eux était suspendu à 30 cubes au-dessus du vide, dont le seul propriétaire était... Dorango. Elle nota tout ceci sur un parchemin en pestant silencieusement contre le trop grand nombre de personnes qui s'étaient intéressées à la ville. Elle écrivit ensuite une missive à l'attention de Choup, ayant appris de Kolwako qu'il était quasiment impossible de le croiser. « Bonsoir, Je tenais à vous remercier sincèrement pour l'initiative d'aide à Torcuba sur Nevah, j'aurais souhaité le faire de vive voix, mais une légende raconte qu'il est impossible aux mortels de vous rencontrer. Je sais que les Torcubains n'ont pas toujours été corrects avec les Nevains, et je tiens à m'en excuser, pour ma part et la part de tout Torcuba ; c'est avec plaisir que j’accepte vos dons et votre aide. Et si jamais vous avez besoin d'une pêcheuse, vous pouvez faire appel à moi. Un grand merci à vous, votre soutien ne sera pas oublié. -Marie, grande Conseillère de Torcuba. » Elle s'appliqua ensuite pendant plusieurs heures à descendre dans toutes les grottes et boyaux sous Torcuba, et retint mentalement lesquels boucher, quelles habitations détruire, puis revint à la surface après un long moment d'errance souterraine. Elle avait dû suivre les anciens égouts qui liaient Torcuba et la ville fortifiée, car elle se retrouva dans le territoire de Nevah. Elle en profita pour déposer la lettre pour Choup et pris du temps pour visiter la ville. Elle avait autrefois assisté à une visite guidée de la ville, mais elle avait bien changé. L'immense cathédrale était à couper le souffle ; rien à voir avec la petite cathédrale de la Sainte Eponge de Torcuba. Elle s'assit devant. Un instant, elle en eut assez de cette vie solitaire : elle était réellement seule, aussi bien dans son combat contre les Divinités que sur Torcuba. Un chant nordique lui revint. Elle ne saisissait pas le sens profond de toutes les musiques qu'elle avait entendu alors, mais certaines l'avaient marqué. Il est toujours plus beau de chanter dans une langue qui n'est pas la sienne. « Low, I feel low I feel low I feel so lonely I feel so lonely, lonely, lonely, lone ... » Sa vie n'était qu'une perpétuelle fuite ; comme toutes les vies, se dit-elle finalement. Fuite de la mort, ou sinon d'une vie mortellement ennuyeuse vers une vie post mortem. Des Dieux, elle ne savait pas grand-chose. Ceux qui s'étaient manifestés à elle n'étaient que des monstres. Elle frissonna. Être seule amenait systématiquement la réflexion. Elle voulut rentrer à Torcuba et regarder la Lune se déplacer sur l'eau sombre jusqu'à s'endormir, puis elle avisa les Îles Holmes, dont la maison était éclairée. Elle courut aussi vite que possible sur Torcuba, ramassa les documents de Kolwako et fit le trajet inverse. La jeune fille trouva QuentHolmes accompagné de Florimondla, ils discutaient avec animation et se turent quand elle entra dans la pièce. Elle se jeta dans leurs bras et retint ses larmes. Ils l'aidèrent à poser les cartes et livres sur la grande table de l'Abbaye. « Tu cherches quoi ? Fit le vieil homme - Des réponses » murmura-t-elle, en cherchant des yeux sur une carte le mot « R'lyeh ». Cette langue, elle était celle qu'elle entendait parfois souffler dans sa tête. Et un mot. Fhtagn. Ou plutôt une éructation, un souffle sale revenant des entrailles moites du monstre. « Mort, fit-elle à voix haute, car c'était là sa traduction. - Pardon ? - Non rien. Si vous voyez le mot « R'lyeh » sur une carte ou dans un livre, quelque chose qui indiquerait où ce lieu se trouve... - C'est ça ? S'enquit Flo, désignant une représentation de la cité, où n'apparaissait pas Cthulhu. - Oui. Il semblerait que c'est la demeure de Cthulhu. Il attendrait en dormant ou mort, je ne sais pas. Disons, dans un coma semi-éveillé. - Quelle chance, ironisa Quent. S'il est mort, notre boulot est terminé ! Qui veut des crêpes ? - Il y a bien des cartes qui mentionnent R'lyeh (Flo eut du mal à prononcer), mais on ne voit que... de la mer. C'est un point au milieu de la mer. Entouré de mer. Facile pour une pirate ! - Encore faut-il que je sache sur quelle mer naviguer ! Le monde est vaste. » Quent Holmes s'absorba dans la traduction d'un passage écrit en nordique ; il parlait couramment cette langue. Il en parlait couramment quelques autres également, grâce à ses voyages et son âge avancé. Il releva violemment la tête et, un doigt un l'air et l'autre sur la phrase, lança un εὕρηκα retentissant. « Eurêka toi-même ! Une découverte fondamentale dont vous voulez nous faire part, sir ? - Deux. La recette du pâté de crabe et la localisation de R'lyeh me sont apparus comme une illumination en lisant cette phrase. Voyez plutôt : « R'lyeh is a sunken city located at the Nemo point. » Le point Nemo, expliqua Quent, c'est le point de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée. C'est pour ça qu'il n'est représenté que la mer autour de R'lyeh... C'est précisément parce qu'il n'y a rien, sur des milliers de cubes autour. - Ce lieu existe ? Ce n'est pas un mythe ? - Je dois avoir un livre traitant du point Nemo. Les recherches faites à cet endroit ne sont pas nombreuses, beaucoup d'accidents ont eu lieu. C'est dans le nord. Un mythe est apparu là-bas, et tu vas rire lequel : le krakenn. Je me demande comment je n'ai pas pu y penser avant. - Comme celui de Torcuba... Père et fille. » Ils restèrent silencieux, puis Marie se retira pour dormir. Étrangement, elle ne fit aucun cauchemar. Et à peine QuentHolmes eut posé sa main sur son épaule pour la réveiller, elle fut debout. La jeune pirate se sentait à la fois lessivée et complètement incapable de rester en place. Elle regarda en clignant plusieurs fois des yeux le vieil homme, puis se dirigea automatiquement vers la table où elle avait laissé ses documents la veille ; elle y trouva de nombreux documents qui traitaient du point Nemo. "J'ai étudié tout ce que j'avais sur ce point Nemo, fit QuentHolmes. J'ai des coordonnées... - Chut. - Tu ne les veux pas ?" Il s'approcha de la jeune fille, qui serrait ses poings sur la table, à demi penchée sur les documents. Elle avait les yeux fermés. "Ça va pas ?" Question rhétorique, bien sûr. Dans sa tête martelaient des incantations. Cthulhu, où qu'il soit, était en train de lutter de toutes ses divines forces pour embrumer son cerveau. L'empêcher de savoir. Etait-il possible qu'il ait peur ? Peur d'elle ? Elle trouva l'idée ridicule. "Merci, Quent... Je dois encore régler des choses par ici..." Sa voix résonnait étrangement. Elle prit doucement sa veste et sortit de l'abbaye de Quent Holmes. L'air frais lui fit du bien, mais elle titubait encore, sous les assauts psychiques du monstre ailé tentaculaire. Elle sentit bientôt l'étau se serrer autour de son esprit, comme un chiffon qu'on entortille pour mieux essorer. Dans son esprit embrumé, son instinct de survie fut comme un soubresaut à travers la nappe de plomb qui la recouvrait. Elle eut la présence d'esprit de s'approcher de l'eau, et, rassemblant ses forces, elle se jeta dans la mer Nevaine. Le froid fit éclater la bulle psychique et, ne pouvant pas bouger, elle se laissa doucement couler. La jeune fille aurait voulu rester ainsi des jours, des mois, bercée par les algues, engourdie par le froid, sans bruits. Le manque d'air faillit la perdre, mais elle réussit à prendre appui sur ses jambes pour remonter. Le brouillard de son esprit se dissipait peu à peu. Quent et Florimondla accouraient dans sa direction, et parvinrent à la remonter sur la berge. Elle ne frissonnait pas, ne toussait même pas, mais était extrêmement pâle. Elle venait d'éprouver pleinement la toute-puissance du géant tentaculaire ; et même enfermé, même blessé, même ‘mort’ dans R’lyeh l’inondée, il avait réussi à l’assommer. Presque à l’achever. Elle rassembla ses genoux en passant ses bras autour, et respira profondément. Le mal refluait, Cthulhu avait lui aussi dû être épuisé par un tel assaut. Ses deux amis la regardaient avec inquiétude. Il semblait qu’ils avaient tous sous-estimés les pouvoirs de la divinité. Après un peu de soupe et une couverture, elle se sentit mieux ; a contrario, plus elle recouvrait ses esprits, plus la peur s’insinuait dans son cœur. D’habitude, pour lutter contre le Mal, elle fredonnait un air nordique, et cela apaisait la torture et éloignait les attaques du monstre. Cette fois, elle n’avait pas pu. Et la frontière qui la séparait de la folie semblait ne jamais avoir été aussi mince. Les incantations avaient résonné dans sa tête ; et non seulement elle les avait entendues, mais encore elle les avait comprises. « Marie ? » Quent la considéra, inquiet. Bien que vieux et sénile, comme elle se plaisait à le rappeler, il comprenait parfaitement que cette aventure était bien trop dangereuse. « Tu devrais lui ‘dire’ que tu abandonnes. Il est capable de comprendre ce que tu comptes faire, apparemment. De lire dans tes pensées. S’il a vu que tu t’apprêtais à découvrir où il se cachait et t’as fait ce mal, il sera capable de voir que tu as renoncé. » Elle le regarda, les yeux agrandis par un étonnement et une incompréhension qui agaça le vieil homme. « Abandonne. » La jeune fille secoua plusieurs fois la tête. Alors, son visage figé se crispa, et elle murmura un petit ‘oui’, tandis que des larmes coulaient sur ses joues. Après l’incident des Îles Holmes, Marie se retira sur Torcuba. Elle ne vit personne pendant des jours, errant sur l’île, seule. Elle marchait tout le jour, et se recroquevillait sur le sol quand elle était épuisée, pour s’endormir. Elle portait avec elle du pain, son épée, et le Necronomicon. Étrangement, voire pas tant que ça, la divinité la laissait tranquille. Peut-être que son assaut l’avait laissé complètement épuisé, lui aussi. Peut-être qu’il avait simplement vu que la jeune fille avait renoncé. Car c’était le cas, bien qu’elle ne se le fût pas admis. Une nuit, elle posa devant la demeure de Kolwako tous les documents concernant Cthulhu et son monde, ses malédictions et sa citée noyée. Sa vie fut dès lors simple et sans accroc. Elle faisait des travaux sur Torcuba, bouchant tunnels et autres galeries inutiles ou désaffectés. Ce travail n’avait rien de palpitant, et elle fut bien consciente que personne ne verrait jamais ce travail invisible sous la citée. Malgré cela, elle continuait à passer des heures dans les souterrains, traquant les mines et maisons troglodytes abandonnées. Parfois, quand le courage la prenait de sortir de Torcuba et d’aller à Lyndaë ou en capitale, elle aidait sur le projet secret. Aucun esprit étranger ne tentait de s’immiscer dans son esprit ; aucun cauchemar ne venait troubler son sommeil. Sans être particulièrement heureuse de cette vie, c’est tout ce qu’elle avait, et elle s’en contentait volontiers. De toute façon, elle ne savait faire que ça. Ainsi passèrent semaines et mois. « Y a quelqu’un ? » Celui qui avait crié fit sursauter Marie. Elle releva la tête de ses travaux de terraforming et tendit l’oreille. Elle avait reconnu la voix de l’intrus. Finalement, son boulot servirait peut-être à quelque chose. Elle remonta à la surface et vit Alastrann s’avancer sur la grève. « Tu as été libéré ?! - Non, comme tu peux le voir. » Il leva la tête sur les flancs de la montagne torcubaine. « Y a encore du boulot à faire, hé. Ils ont allégé ma peine pour bonne conduite. Et aussi pour sauver Torcuba. » Le cynisme du pirate lui avait presque manqué. Elle sourit. « C’est à toi, si tu veux. Je te nomme Grand Conseiller de Torcuba, et co-gérant de la banque Torcubaine. - Merci bien, merci mille fois, fit-il en s’inclinant exagérément bas. J’ai pas mal de projets en tête. » Ainsi, Alastrann pu continuer à rénover le projet pirate ; il était doué et inventif, bien que taciturne. Il fit sur Torcuba des choses magnifiques ; et la pirate remercia silencieusement Stalroc des démarches faites pour la libération d’Alastrann. Torcuba avait encore de beaux jours devant elle, et cela la réjouit. L’incident relatif à Cthulhu s’éloignait lentement dans ses souvenirs, et elle put de nouveau sortir de la ville pirate et voir ses amis ; elle recommença même à s’aventurer au-delà des contrées Stendeliennes, impatiente de redécouvrir le monde après cet enfermement forcé. Au fond d’elle-même, elle savait que la menace latente risquait un jour de prendre possession d’un faible esprit et le forcer à s’aventurer sur R’lyeh pour libérer Cthulhu. Ou se faire dévorer. Le monstre attendait son heure, c’était certain. Mais elle ne serait plus cette personne. Elle n’avait pas vraiment l’étoffe d’une héroïne, se dit-elle en dessinant pour le projet secret, aux côtés d’AntoineKia. Un jour, tandis qu’elle pêchait sur Torcuba, et qu’Alastrann râlait « tu pourrais t’occuper des fonds marins Marie », on vint lui remettre une missive. Elle portait le sceau de l’empire ; c’était de la part de Louvinette, l’impératrice. Marie la parcourut attentivement, Alastrann derrière elle, tentant de lire le message ; elle replia brusquement le papier et il s’éloigna en grommelant. C’était une réponse à une lettre que la jeune fille avait envoyé plusieurs mois en arrière, bien avant la libération d’Alastrann. Elle avait à l’époque expressément demandé à Louvinette de venir l’aider sur la paperasse de Torcuba, notamment les cuboïdes : beaucoup appartenaient à des personnes ayant quitté l’empire plusieurs années auparavant, et il était impossible de les utiliser sans leur autorisation. Evidemment, le problème en lui-même n’était pas insoluble, mais la réponse de l’impératrice laissait Marie interdite. Louvinette avait très succinctement répondu ne pas avoir le temps et en être très sincèrement désolée ; et depuis quelques temps, on ne voyait plus l’impératrice. Louvinette était l’une des rares personnes du gouvernement en qui elle avait une totale confiance. Si elle venait à disparaître… La pirate se leva et fit signe qu’elle partait. Elle se dirigea plein nord, traversa l’enneigé Fingelberg et fut en vue de Lyndaë ; elle pouvait apercevoir l’arbre géant qui poussait au centre de la ville. Lyndaë était dirigée par Antoine Kia, et était également en construction. « Kia ? » Elle le trouva au pied de l’arbre de Lyndaë, pensif. Stoltheds était là également. Il tapotait en rythme une buche du bout du pied. « C’est laid, non ? » fit Antoine en désignant l’arbre. Il faisait de son mieux pour son projet, lui aussi. « Sur une échelle de 1 à 10, je dirais autant que ce que je fais sur Torcuba. - Voilà qui est réconfortant. Si quelqu’un peignait fidèlement cet arbre, ça ferait une belle œuvre surréaliste. - Qui se vendrait cher. De l’aaaart, mon cher, dit-elle en riant. - Qui puis-je faire pour vous, madame ? - Je voudrais m’assurer d’une ou deux choses. Savoir si c’est moi qui deviens paranoïaque. Et aussi bosser sur PF. Et aussi demander un petit service à Stolt. » Elle lui raconta l’histoire de la missive de Louvinette, et ce qu’elle craignait. Elle ajouta que Kefka et Alastrann avait été emprisonnés et condamnés à la peine maximale alors qu’ils étaient innocents. « Et ? demanda-t-il. - Et ça m’étonne. - C’est jusque que tu ne t’y intéressais pas avant. On peut pas savoir comment c’est, de gouverner, intervint Stoltheds. - J’essaye juste de comprendre. Je n’ai pas envie qu’un truc du genre m’arrive. - Tu turbines trop, Marie ! M’est avis que la rébellion contre l’autorité est un truc trop vieux comme le monde pour que tu tombes dedans. Laisse-les faire leur boulot. - Vous avez sans doute raison. Je ne me suis jamais trop intéressée à ça, c’est pour ça… » Elle demeura tout de même perplexe. Il est vrai qu’elle ne connaissait même pas le nom de tous les gouverneurs, ni leur fonction ! Elle chassa la discussion d’un geste de la main. Stoltheds était un très bon dessinateur, et elle avait besoin de ses services pour un projet prochain. Elle resta quelques heures pour discuter et trouver de nouvelles idées sur PF, puis retourna sur Torcuba. La jeune pirate avait presque rayé de son esprit – de son esprit conscient, en tout cas – l’idée d’un jour avoir de nouveau affaire aux Divinités. Elle mena la vie à laquelle elle avait toujours aspiré, quand elle était prisonnière de Cthulhu. Les jours qui suivirent, elle fut plus que jamais entourée d’amis ; elle recherchait désespérément la compagnie de gens pour perdre son esprit dans la masse des autres. Mais elle le faisait de façon inconsciente, car elle se sentait guérie de l’attaque des îles Holmes, et de nouveau en forme. Quelque part dans sa tête, elle pensait que Cthulhu pouvait de nouveau voir sa force, de nouveau avoir peur ; et bien qu’elle ne pensait pas le faire exprès, elle tenta de se cacher dans une vie remplie. L’hiver passa doucement sur Torcuba, et elle se trouva un soir à la taverne avec un grand nombre de ses amis. Un jeu circulait depuis peu dans l’empire, nouveau, qui consistait en un jeu de rôle très poussé. Ce soir-là, un de ces amis Québécois décida de revêtir les mêmes vêtements que la jeune fille, et d’imiter sa voix ; bientôt, deux autres personnes firent de même. Bien que la supercherie fût très facilement identifiable, cela fit réagir quelques nouveaux arrivés dans la taverne. Ce qui était une blague se prolongea toute la nuit ; jamais elle n’avait autant ri, tant la voix contrefaite du Québécois était délicieuse. Le lendemain matin, comme l’on peut s’en douter, ne fut pas aussi glorieux. Malgré le fait qu’un Gouverneur, passant par là dans la soirée, sourit en voyant les Stendelien essayer le tricorne de la jeune pirate, il fit une légère grimace. Marie appris le lendemain que son ami Québécois ne s’était pas arrêté là, et qu’il faisait le tour de la ville habillé comme elle, se disant « seule et véritable Marie, tabarnak ». Elle comprit trop tard que l’amusement était allé trop loin. Bientôt, en effet, deux Gouverneurs firent irruption assez violemment, et emmenèrent le malotru en prison. Des voix s’élevèrent en protestant : la supercherie était facilement visible, personne n’aurait pu confondre le Québécois et la pirate ; de surcroît, aucune loi et aucun avertissement n’avait été faits. Marie resta en retrait, persuadée de devoir suivre son ami en prison. Elle écouta les arguments des uns et des autres. Antoine Kia, alors présent, se vit se faire menacer de rejoindre le Québécois s’il ne cessait pas de parler. La pirate se sentit absolument honteuse d’avoir fait courir de tels risques à ses amis, et très surprise de n’avoir aucune sanction. Un autre sentiment, latent mais plus désagréable, apparut face à cet événement au moment où un Gouverneur pointa un doigt rageur vers Antoine ; le même sentiment que lorsqu’elle avait appris qu’Alastrann avait été enfermé pour rien. Bien sûr, les arguments des autorités semblaient justifiés, mais quelle fin justifiait ce genre de moyens ? Quelle fin faisait primer l’action sur la réflexion ? C’est avec ces pensées qu’elle vit son ami disparaître, tandis que la foule se dispersait, tête baissée. Seul Antoine, un Québécois dénommé Loc et elle gardèrent les yeux rivés sur les grilles se refermant sur les Gouverneurs. Florimondla la rejoignit et lui fit « c’est pas grave, il sortira vite, allez viens, c’est pas la peine », mais elle n’écoutait pas, elle turbinait. Stalroc s’approcha également, sans rien dire. Marie (la vraie) regarda avec attention les visages de ses amis et sourit. Les jours suivant furent le spectacle d’un véritable engouement général pour l’affaire Pcote. La jeune fille vit bien vite que ce débat risquait aussi de s’envenimer, et elle ne tenait pas à voir ses amis être traînés les uns après les autres derrière les barreaux par sa faute. Elle se le refusait absolument, aussi fit-elle de son mieux pour calmer les gens qui avait trouvé une raison de râler et de déballer les choses qu’ils avaient sur le cœur. Elle reçut avec des sentiments partagés le soutien de son ami Squirkiz, en lui demandant d’être prudent sur ce qu’il disait. Elle écouta avec attention les histoires de nombreuses personnes ayant eu des soucis similaires. A chaque cas, ses sourcils se froncèrent davantage sous l’effet de la surprise. Il est vrai qu’elle n’avait jamais été particulièrement intéressée par les affaires politiques du pays. Sa candide naïveté du début se changea en un mélange intéressant de colère et d’inquiétude. Pendant des jours, elle fut bien incapable de trouver quoi faire. Elle rédigea une missive aux Gouverneurs, s’expliquant sur le fait, essayant de comprendre le pourquoi du comment ; elle n’obtint rien d’intéressant, il semblait que personne ne semblait s’y attarder. Le point culminant de cette affaire vint quelques jours plus tard, un après midi. Stalroc et elle rassemblèrent un grand nombre de personnes à la capitale, et en l’absence de Gouverneurs, ils manifestèrent pacifiquement pour l’emprisonné. Elle ne se sentait pas exactement à sa place, et fut gêné du nombre assez important de personnes que l'événement impliqua. Peu à peu, la marche tourna en une intéressante discussion. Elle exprima du mieux qu’elle put ses remerciements à tous ceux qui s’étaient rassemblés, et les invita expressément à faire attention, car elle ne désirait aucun dommages collatéraux à cette affaire compliquée. La discussion dura bien plus longtemps qu’elle ne l’aurait imaginé, et elle en apprit beaucoup au sujet du gouvernement. Marie quitta la ville et son agitation vaine pour retourner à la ville pirate. L’une de ses première idées avait été de prendre la faute sur elle, pour toutes les personnes qui auraient pu être punies ; cela ne la gênait aucunement de croupir derrière les barreaux, elle n’avait jamais été habituée au luxe d’avoir une chambre et un lit. Les Gouverneurs ne voudraient évidemment rien entendre : la faute était sur celui qui avait honteusement plagié son identité – et ces mots la firent sourire. Elle s’assit face au port et rédigea une missive à l’intention d’un Gouverneur en particulier, un qu’elle pensait digne de confiance et qui avait suivis l’affaire. Elle expliqua comment cette simple affaire avait révélé bien d’autres problèmes, des problèmes sur lesquelles elle voulait discuter, ou au moins avoir des réponses du point de vue interne. Elle écrit qu’elle ne cherchait aucunement une confrontation, mais simplement une communication. La jeune fille eut un instant l’image du Gouverneur hurlant, pointant le doigt sur Antoine, le visage déformé par une haine inexplicable. Mais elle n’ajouta rien. Elle relut avec attention sa lettre, puis signa et l’envoya, pensant recevoir une sanction. Elle tenta en vain de travailler sur Torcuba, mais ses pensées étaient toutes tournées vers son ami au cachot. Elle se sentait affreusement coupable et honteuse, et elle tournait en rond dans les cavernes humides de son projet. Elle sortit et se recroquevilla sur la grève, face à la muraille détruite par le Kraken – Cthylla. Que souhaitait-elle ? Que sa vie fut un long fleuve tranquille ? Combattre autorités et tuer immortels ? Elle se mit à fredonner doucement, renversant sa tête en arrière. Un air nordique. A long time ago Came a man on a track Walking thirty miles with a pack on his back Elle enfonça ses mains dans le sable et admira la perfection du reflet de la lune sur l’eau. And he put down his load where he thought it was the best Made a home In the wilderness. Elle se souvenait à la perfection de cette chanson. La signification semblait profonde, mais elle n’avait jamais compris exactement quelle était-elle. He built a cabin and a winter store And he ploughed up the ground by the cold lake shore The other travelers came walking down the track Elle regarda avec attention le morceau de muraille détruit selon la légende, par le fabuleux Kraken, force incommensurable des profondeurs, ici depuis toujours et pour toujours. And they never went further, no, they never went back. Elle se redressa alors, comme frappe au creux du ventre. Cette musique. Elle ne venait pas de ses expéditions nordiques. Elle venait… But believe in me baby And I'll take you away From out of this darkness and into the day Elle se mit à pleurer doucement, se souvenant de la voix de celui qui chantait cette chanson. From these rivers of headlights, these rivers of rain From the anger that lives on the streets with these names Qui chantait cette chanson à sa fille. Because I've run every red light on memory lane I've seen desperation explode into flames And I don't want to see it again. Elle se renversa en arrière, contemplant la voute céleste en souriant, et s’endormit ainsi, espérant ne jamais se réveiller. Bien évidemment, elle se réveilla. Une lettre était posée à côté d’elle, coincée sous une pierre. La jeune fille l’attrapa et brisa le sceau impérial. C’était la réponse du Gouverneur. Il avait répondu. Et très positivement. Immédiatement, elle se leva, fila chercher un bout de pain dans les coffres Torcubain et se rendit sur Lyndaë. Bingo, Antoine Kia y était. Elle lui expliqua rapidement le contexte de la réponse et montra la lettre à son ami. « Mince alors ! Tu comptes faire quoi ? Il demande clairement de tout expliquer… Ça risque de ne pas lui plaire, si tu lui raconte ce que tout le monde t’a dit… - Me rend pas plus idiote que je ne le suis ! On a une chance de communiquer, je ne compte pas tout gâcher… - Déjà, ne cite aucun nom… - Bien évidemment ! - Ni aucun fait. - Ça va de soi ! - Ne fait aucune accusation injustifiée… - … je ne vais pas faire ce que je dénonce ! » Elle éclata de rire. Il fronça les sourcils. Elle retrouva son sérieux. « Excuse-moi, je suis pas trop en forme. Un peu éprouvée par tout ça. Je veux juste discuter. - C’est un bon début, en tout cas. - Je ne m’étais jamais douté de tous les soucis qu’il y avait eu. - Il y a des soucis partout. N’oublie pas que ce sont des petits bonhommes, eux aussi. Errare humanum est, comme qui dirait.» Elle pensa à la cape rouge que portaient tous les Gouverneurs, pour indiquer leurs pouvoirs. Elle grimaça tristement, puis pris congé de Kia, serrant la missive dans ses mains. Après avoir envoyé sa réponse, elle travailla un peu sur Torcuba. Toute la partie au nord du Volcan avait été arrangée, et Alastrann s’employait à de nombreuses constructions près du village cannibale. Elle s’occupa des profondeurs, mais également d’une petite salle laissée à l’abandon qu’elle débarrassa de ses gravats. Le projet avait un immense potentiel et avait bien failli disparaître. La prochaine partie de son boulot consistait à embellir les fonds marins, tristement verdâtres. Sa vie retrouva un calme tout relatif. Le Gouverneur n’avait toujours pas répondu, mais elle pensa, philosophe, qu’il n’avait sans doute pas le temps. Quelques semaines plus tard, alors qu’elle faisait des allers-retours entre la capitale et Torcuba pour remplis ses coffres de matériaux, elle aperçut dans la salle des coffres un livre qui s’était glissé sournoisement sous l’un des coffres. Elle l’attrapa et son cœur rata un battement lorsqu’elle vit son titre. Le Necronomicon. Ne l’avait-elle pas rendu à Kolwako, avec le reste des documents ? A peine eut-elle émis cette pensée que des mots se bousculèrent à toute vitesse dans son esprit h’athg lloig phlegeth cee llll naep, grah’n ep wgah’n shagg, ‘fhalma ya ‘fhalmanyth athg llll wgah’n lw’nafh elle lâcha avec un cri l’ouvrage et la litanie cessa. Ses yeux s’agrandirent de peur, puis elle serra les poings de colère. N’avait-elle pas tout fait pour se tenir à l’écart de ces légendes obscures ? Elle avait réellement espéré que la Divinité la laissa tranquille ; cependant, elle ne put nier qu’elle savait que ce n’était pas fini. Car ça ne le serait jamais. Elle reprit le Necronomicon, mais plus rien n’agressa son esprit. A la place, un froid glacial la vida de toute énergie. Elle alla mécaniquement rendre l’ouvrage à Kolwako, qui fit pour tout commentaire « Ah tiens, il me semblait que tu me l’avais rendu aussi… ». Malgré qu’elle ait fredonné avec autant de conviction que possible plusieurs chants avant de s’endormir, elle cauchemarda. Exactement le genre de cauchemar qu’elle faisait avant. Celui-ci fut d’une violente réalité. Elle se réveilla avec le sentiment qu’elle allait mourir. Elle tenta en vain de vivre normalement pendant plusieurs jours, espérant que Cthulhu se détournerait d’elle. Mais il n’en fit rien. Essayait-il de l’attirer à R’lyeh ou simplement de la tuer à coup d’incantations incompréhensibles, pour la rendre démente ? Chaque parcelle de son corps désirait fuir, fuir le plus loin possible, là où aucune Divinité ne pourrait jamais l’atteindre. Marie continuait donc inlassablement à apporter des pierres depuis la capitale pour boucher les tunnels de Torcuba, à travailler joyeusement sur le projet secret, à attendre la réponse du Gouverneur. Elle vit la création du nouveau journal Stendelien, le Gorafield, et elle le trouva très bon. Les choses semblaient au moins s’améliorer sur ce point. Quatre jours après sa rencontre avec le Necronomicon, tandis qu’elle discutait avec entrain avec Flo et Quent sur les chaussettes du dernier, Antoine Kia vint la trouver et la tira par le bras à l’écart. « Qu’est-ce qui te prend ? - Lis ça. » Elle lut le bout de papier. Il s’agissait de trois sanctions adressées à Kia, à propos d’un mauvais comportement. « Tu as reçu les trois d’un coup ? Tu as fait quoi ? - J’en sais rien… Les raisons sont pour le moins obscures… Oui trois d’un coup… - Mais tu as fait quoi ? Tu as forcément fait quelque chose, enfin ! - La raison est que, lors d’une discussion commune sur le forum – ils avaient pris l’habitude d’appeler ainsi le lieu où se rassemblait le peuple pour discuter – j’ai fait une boutade concernant l’affaire Pcote… - Une boutade particulièrement… vexante ? fit-elle, ne trouvant pas le mot. - J’en ai pas eu l’impression… Enfin elle l’aurait été pour toi, car elle portait sur ton nom… » Il bredouillait moins de peur que de colère. « J’aimerais bien comprendre. - Moi aussi. Je n’ai rien reçu, en tout cas. Et je me fiche pas mal des blagues qu’on peut faire sur mon nom, surtout de toi. En plus, tu bosses un peu avec eux, non ? - Oui. » Elle vit le doigt pointé sur Antoine, les yeux, et la cape rouge. Elle durcit son regard mais écarta les bras en signe d’impuissance. Il haussa les épaules et dit qu’il allait prendre des vacances, loin d’ici, après tout. Elle acquiesça en silence, et le suivit des yeux tandis qu’il disparaissait au coin de la rue. Quand Quent et Flo l’interrogèrent, elle fit un signe de la main du genre rien d’important. Mais cette histoire l’inquiétait, ou du moins l’inquiéterait jusqu’à la prochaine attaque de Cthulhu. La nuit suivante, elle fut réveillée avec telle violence qu’elle en resta quelques secondes incapable de bouger. Elle se leva avec précaution, ramassa son épée et sa pierre-étoile. L’effet de cette dernière fut quasi-instantané et la réveilla tout à fait. Du fait de la nouvelle lune, la nuit était complètement noire. A la lumière des étoiles, elle marcha un petit moment avant d’arriver en vue de la colonie du Kubnigéra. Elle trouva DomFulmen penché sur des parchemins. Il était connu pour écrire énormément et dormir peu. « Marie ? Ça va ? Tu n’arrives pas à dormir ? - J’y arrivais très bien… - Tu as quelque chose à me dire, peut-être ? » Il regardait avec inquiétude les traits tirés de la jeune fille. Elle expliqua les divers événements qui lui arrivaient, depuis sa dernière mésaventure avec Cthylla jusqu’à ce petit matin, tout en parvenant à garder ses joues parfaitement sèches. Elle exposa que deux choix se présentaient à elle : soit trouver la Sunken R’lyeh et s’opposer à Cthulhu pour l’affaiblir et ne pas risquer qu’il s’attaque à d’autres, soit rester ici et s’attendre à ce que Cthulhu la rende complètement folle et attaque un autre esprit. Dans les deux cas, ses chances de survie étaient très, très minces. Le choix le plus simple était de fuir, bien sûr, mais elle s’y refusait. Quant à laisser un autre esprit se faire torturer, il n’en était pas question. Et il ne fallait pas exclure la possibilité que Cthulhu fasse appel à quelques autres Divinités bannies. Car elle le savait : les Grands Anciens, dont Cthulhu, Hastur, Ithaqua et Cthugha, sont de puissantes entités prisonnières sur Terre, qui attendent le jour de leur réveil. Elle frissonna. « Tu te rends compte que je suis en train de dire que je dois sauver le monde de créatures cauchemardesques qui ont l’air complètement irréelles ? Est-ce que je suis folle, Dom ? - Tu es la fille la plus vive et saine d’esprit qui soit, je te le promets. J’ai vu tes ouvrages, j’ai vu Cthylla, et je te crois. Je ne peux juste décemment pas te laisser aller te faire tuer… - Je me souviens d’avoir déjà entendu ça… - Marie, il est bien plus fort que son avorton de fille ! dit Dom en la prenant par les épaules. Je suis très sérieux. Je ne peux pas te laisser y aller. Fuis, va-t’en, mais pas vers là-bas. » Elle se dégagea vivement et se leva. « J’ai jamais rien voulu de tout ça, Dom. Et je ne rêve que de partir, je n’ai pas le moindre courage, j’ai peur de la mort. Je veux vivre. Mais il y a une chose qu’il m’est encore plus insupportable que ma mort, c’est la vôtre. » Elle grimaça mais retint ses larmes. « Je ne suis pas venue ici pour te demander quoi faire, je suis venue ici pour te dire… » Sa voix se brisa. Dom la prit dans ses bras et la serra de toutes ses forces. « Tu ne me dis rien du tout. Tu n’as pas besoin car ce n’est pas un adieu. Je viens avec toi. » Elle se dégagea de nouveau et fit plusieurs pas en arrière en serrant sa pierre-étoile. Il fit un geste pour la retenir puis se ravisa, regardant la silhouette presque fantomatique de la jeune fille dans l’embrasure de la porte. Presque inexistante. L’instant d’après, elle avait disparu ; il accourut la rattraper dans le couloir, mais il ne la trouva pas. Dom s’assit sur son lit et mit sa tête dans ses mains, coudes sur les cuisses. Étrangement, elle ressentait une profonde quiétude alors qu'elle s'éloignait dans l'ombre de la nuit. Les idées tournaient à toute vitesse dans son esprit, mais une revenait inlassablement. Partir. Le seul soucis était qu'elle ignorait tout de la position du fameux point Nemo, lieu où se trouve R'lyeh, la citée du Mort. Quent Holmes lui avait dit qu'il avait de la documentation sur ce point. Le tout était donc de s'introduire chez Quent Holmes et...le voler. Elle changea donc de direction pour se diriger vers les Îles Holmes. La chance fut avec elle : c'était le jour du conseil Nevain, donc Quent n'était sans doute pas chez lui. La mer autour des Îles était d'huile. C'en était presque beau. La porte était bien sûr fermée, mais cela faisait partie des choses qui n'arrêtaient pas une pirate. Elle parcouru quelques minutes les ouvrages avant de trouver ceux qui l'intéressait. Ce fut ainsi qu'elle obtint les coordonnées de R'lyeh la noyée. Elle resta plusieurs minutes les yeux rivés sur les quelques chiffres du point Nemo, jusqu'à les connaître par cœur, puis s'arracha de sa réflexion et rentra se préparer à Torcuba. Elle mit un temps exagérément long à se préparer, mais ne se retourna pas au moment de partir. Ainsi, elle franchissait les frontières de Stendel en même temps que l'aube. Marie avait bien entendu eu l'idée qu'on allait la suivre, aussi prit-elle des directions contraires, revenait-elle sur ses pas, remontait-elle le cours d'eau d'une rivière. Une fois qu'elle se jugea assez loin, elle sortit les cartes qu'elle avait dérobé avec soin – faisant attention à avoir bien pris tout ce qui contenait des indications quant à la position du point Nemo – pour s'orienter. La jeune fille pu alors profiter pleinement de son escapade. Le paysage ne changeait qu'imperceptiblement, et bientôt le silence devint pesant, bien que beaucoup moins sourd que dans les sous-terrains torcubains. Elle se plongea alors dans une profonde réflexion, pour éviter de penser à sa destination. Qu'avait-elle fait, finalement, dans sa vie ? Fuit, beaucoup. La partie la plus colorée de sa vie était sans doute son enfance, avant sa fuite forcée. Un homme n'est jamais tout à fait le même quand ses repères disparaissent. Et aucun lien qu'elle avait tissé sur Stendel ne pouvait remplacer la perte douloureuse de sa maison. Elle élargit sa réflexion. Qu'avaient fait les hommes de leur vie ? Qu'est-ce qui les maintient, les pousse en avant, alors même que la vie semble sans issue ? Elle se plaisait à penser que le monde tient debout sur la dualité. Que l'humanité repose sur un dosage parfait de folie et de raison. D'amour et de haine. Pourquoi avançait-elle vers sa mort, pour sauver – ou tenter de sauver – une humanité aussi fragile ? Elle leva la tête. Qui, de là-haut, nous observait, réglait notre vie, réglait la vie ? Un vieillard barbu écrasait-il l'humanité sous ses mains immenses ? Soudain, elle se refusait cette éventualité. Elle refusait de croire qu'elle était une fourmi, incapable de décider, incapable d'agir, sous un étouffant joug. Elle chérissait trop sa liberté. Une fourmi passa entre ses pieds, elle s'accroupit pour observer cet être. Comprenait-elle ? Une heure passa ; la fourmi se débattait avec un cadavre d'insecte bien trop grand pour elle. Belle analogie de sa future confrontation. Marie se releva d'un bond, refusant de voir l'issue du combat, et se mit à courir jusqu'à ce que la nuit tombe. Alors, elle s'endormit, cauchemarda, se réveilla, et couru encore, et encore. Si elle était restée près de cette fourmi, elle aurait pu voir qu'un de ses congénères l'aida à transporter le volumineux butin vers la fourmilière. “Je ne suis pas une fourmi je ne suis pas une fourmi je ne suis pas une fourmi je ne suis pas une fourmi” Elle devenait folle. Où était la limite entre folie et raison ? Etait-elle nette ou brouillée ? La seule limite nette qu'elle connaisse était celle de la vie et de la mort. Elle détestait courir. Elle détestait attendre. Et par-dessus tout, réfléchir. Elle serra sa pierre-étoile, courut en réfléchissant pour éviter d'attendre. Florimondla regardait en fronçant les sourcils la une du Gorafield, placardée sur un mur. “[Premier jour sans Marieb – Pcote tente de rassurer la foule]”. Les satires du journal le faisait souvent sourire, mais plus cette fois, malgré la subtile allusion à l'affaire Pcote. “Ça va Flo ?” Il fit volte-face, lança un regard interdit à son interlocuteur, puis se retourna et arracha d'un geste mécanique l'affiche. Certes, Marie n'était plus là, et certes il n'était pas rare qu'elle s'absente. Mais elle prévenait, systématiquement. Il garda un instant le papier dans les mains, mais sans le regarder. Son regard était porté sur les deux Gouverneurs qui observaient la foule. Sur leurs capes rouge. Puis sur la foule, qui était beaucoup moins nombreuse et qui s'amoindrissait de mois en mois. Il lâcha l'affiche et partit. D'après sa boussole et ses cartes, elle n'était plus très loin. Ses bottes s'enfonçaient dans le sable d'un immense désert. Elle avait espéré tomber sur la côte et la contourner jusqu'à trouver un port où elle aurait pu acheter une embarcation. Sauf qu'en fait de côte, il n'y avait que du sable. Et pas de ports, juste des villages isolés remplis de gens méfiants et apeurés. Dans quelle région du monde était-elle tombée ? Elle se hâta pour sortir de cet enfer de sable avant la tombée de la nuit. Le soleil disparaissait quand le désert fit place à une steppe sèche et morne. Alors qu'elle voulut s'arrêter pour bivouaquer, elle avisa des formes dans la nuit. Elle s'approchait de ce qui étaient les ruines d'un petit village. Une partie avait brûlé. Soudain, elle vit quelque chose qui fit rater un battement à son cœur. Ses jambes faillirent cesser de la porter. La partie nord du village était ravagée par des trous béants dans le sol, comme si une sorte de monstre avait troué le sol comme du beurre, et avait enlevé la vie à ce village. Et elle savait pertinemment quel genre de monstre pouvait avoir fait ça. Elle s'assit en tremblant, puis leva la tête et hurla : “OU ELLES SONT, CES FOUTUES CÔTES ?” La jeune fille se réveilla avec la certitude qu'elle ne rencontrerait jamais d'eau. Cthulhu se terrait. Il la trompait. Il la piégeait. Crom savait où Il l'avait emmené. Pourtant, elle se leva et continua de se diriger vers le point Nemo. Le point qui était censé se trouver être le plus loin de toute côtes. Elle retomba sur un désert, qu'elle traversait rapidement. Elle remarqua que plus elle avançait, plus elle perdait de l'altitude. Puis, au fur et à mesure qu'elle avançait, le paysage lui paru étrange. Presque connu. Un sentiment désagréable la parcouru. Cette colline, elle la connaissait, elle l'avait déjà vue ! Elle se mit à redouter de tourner en rond. Où était la farce ? Pourquoi le paysage lui semblait-il si familier ? A quel moment avait-elle été distraite pour revenir sur ses pas ? Pourtant, son objectif se rapprochait nettement. Marie craignait que Cthulhu ait atteint ses pensées ; il devait contrôler son esprit, pour la tromper ainsi. Sur Stendel, Dom Fulmen avait appris à ses amis la visite que lui avait rendu la jeune fille, avant de disparaître. Une expédition fut montée pour retrouver la pirate : on rassembla ce qu'on savait du point Nemo, de R'lyeh, de Cthulhu, et on se mit en route. Un blond frisé manquait à l'appel ; ceux qui partaient à la recherche de Marie ignoraient qu'il était loin devant. Et qu'ils ne trouveraient jamais Marie. Elle aperçut d'autres ruines d'un village, et s'approcha. Elle était tout près des coordonnées qui étaient censées être celles du point Nemo. Elle arriva à l'entrée du village, et sentit son souffle lui manquer. Ses jambes lui firent défaut, et elle tomba face contre terre. Ce village, c'était SON village ; elle l'avait tant rêvé la nuit, elle l'avait tant cherché qu'elle en avait oublié ce qu'il était. Les souvenirs affluèrent soudainement, la projetant dans un passé qu'elle avait si souvent vu en cauchemar. La jeune fille se redressa, brisée, et elle se traîna d'un pas lent où son esprit s'était projeté depuis qu'on l'avait arraché à son enfance. Sa maison était le reflet du passé terrible de la jeune fille, brûlé, détruit, arraché. Elle s'agenouilla et ferma les yeux pendant de longues minutes. Ses forces l'abandonnèrent avant que le combat final eût commencé. Ainsi, ici était Cthulhu, tel était son plan : l'amener et détruire la jeune fille où il avait décimé le reste de sa famille. Florimondla observait la scène depuis une centaine de cubes. Son cœur se déchira de tristesse pour la jeune fille. Il tourna le dos à la jeune fille pour lui laisser l'intimité nécessaire, et s'éloigna doucement jusque dans une petite vallée, ou en tout cas un renfoncement dans le sol de sable. Au centre, quelque chose se dressait. Il s'approcha de l'étrange forme ; on aurait dit une petite pyramide plantée dans le sol. Le grès était gravé de figures qui ne respectaient pas la géométrie classique, comme venues d'un autre monde. Il en fit le tour ; elle devait faire un cube de haut, et était à base carrée. Et au moment où il comprit que cette pyramide n'était que le haut d'un édifice bien plus important, et où il se retourna vivement vers la jeune fille pour la prévenir, le sol gronda furieusement. Un bruit bien plus désagréable couvrit celui du sable en mouvement : les hurlements de Marie. Elle se cabra en arrière sous l'effet des furieuses éructations qui résonnait dans sa tête NA'BTHNK LLOIG THARANAK GOF'NNOG CTHULHU GOTHA VULGTLAGLN FM'LATGH R'LUH NAFL'FHALMA Y-MG THROD NOG Y-S'UHN PH'ORR'E MNAHN'OG Y-NGULI ZHROOT STELL'BSNA Sa main parvint à trouver sa pierre-étoile et elle la serra à s'en briser les phalanges ; de l'autre, elle trouva à taton la garde de son sabre, s'en saisit et leva sa lame devant elle. Elle rouvrit les yeux et cessa de hurler. Devant elle se dressait l'Abomination Tentaculaire, Cthulhu le Grand Ancien. La Divinité de Terreur faisait furieusement onduler ses tentacules autour de la jeune fille ; mais la divinité était enfoncée dans le sable de plusieurs mètres, et semblait se débattre de toutes ses forces. Elle était donc encore prisonnière du piège dans lequel on l'avait enfermé. Un nouvelle vague psychique s'abattit sur la jeune fille, mais elle était prête. Tournoyant entre les tentacules, Marie vit alors son monde avec un extrême clarté : l'attaque psychique lui avait fait l'effet d'une douche froide, et l'avait sortie de la tristesse apathique dans laquelle son village calciné l'avait plongé. Son fer rencontra à plusieurs reprise le cuir de la monstruosité, mais sa peau semblait d'une dureté incroyable, alors qu'elle semblait flexible et molle - ehye s’uhn naflee ooboshu orr’e r’luh nogog naflli’hee Hastur wgah’n lw’nafhyar h’orr’e nw h’hrii bugyar grah’n ngch’ y’hah mnahn’ Elle esquiva une attaque physique mais subit plusieurs autres attaques mentales. Un sérieux mal de tête lui scia le crâne au bout de plusieurs minutes de combat, tandis que ses jambes encaissaient de moins en moins bien les chocs. La pierre-étoile ne semblait pas pouvoir stopper le monstre, comme cela avait été le cas avec Cthylla, même si ses attaques faiblissaient quand elle brandissait la pierre. Il s'était rué vers la jeune fille en voyant le monstre, mais s'était arrêté net, subjugué par la laideur du monstre. Il pouvait voir des ailes sortir du sable ; sa tête était un amas de tentacules, et au milieu s'ouvraient des yeux gigantesques, inhumains (et pour cause). La cité cyclopéenne de R'lyeh se dressait bien là, et elle n'était pas au milieu de l'eau. Par quelle magie ? De quand dataient les informations sur le point Nemo ? Flo en vint à se demander si c'était bien Cthulhu qui se battait là, ou un autre de ses rejetons. Il se perdait en conjectures quand il avisa que la jeune fille se pliait sous les coups de Cthulhu – ou un autre, qu'importe. Il couru vers le monstre, et s'interposa entre la jeune pirate et l'Horreur, à la façon de la fourmi venue aider sa congénère pour déplacer son volumineux butin. Sauf qu'ici, le butin était trop grand, même pour 2, pour 10, pour 1000 fourmis. La vision de la pirate se troubla, elle ne parvenait plus à voir où elle marchait, où elle tailladait, et le sang martelait furieusement ses tempes. Elle voulu abandonner ; qui sait, si on ferme les yeux, on vivra vieux ? Une ombre chevelue passa devant elle, et elle reconnu Flo. Elle voulu hurler au monstre “BARRE TOI JE SUIS PAS ENCORE MORTE” mais ne parvint qu'à le murmurer. Flo hurla pour elle et brandit son épée. Elle parvint à lever son bras et sa vision s'éclaira ; elle regarda Flo, sourit et fit “Je savais bien que je pouvais pas être une héroïne...” Il leva un sourcil et répondit tranquillement : “Je n'en suis un que parce que tu m'as conduit ici” - et elle compris qu'il voulait parler de leur amitié de longue date. Il marqua une pause et s'enquit : “un petit cri ?” Ils s'élancèrent et firent tournoyer leurs armes en hurlant comme des sauvages YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARG. Dans son esprit, elle se chanta un chant nordique pour lutter contre les attaques psychiques qui l'ébranlaient. Glass shard – et elle perdit Flo de vue, Sticking out of my heart – et elle frappa un tentacule, Now the summer has subsided for the rain – et elle esquiva de justesse une attaque, Last time – et elle chantait à présent à voix haute, Take a look in these eyes – et elle plia sous la contrainte d'un ouragan psychique, Spend eternity escaping from the pain – et elle tomba à genoux, aveuglée, False alarm I could have sworn That something else Was going on – et le monde bascula dans un blanc éblouissant. Flo s'assit, regardant où la Terreur avait disparut. Il ne put expliquer pourquoi, mais Cthulhu avait fuit. La pointe de pyramide avait disparu, également. Il avait combattu pendant plusieurs heures, inlassablement. Il se sentait vidé, épuisé, et perdu. Où était Marie ? Il s'assit, las, et regarda le sang vert dont sa lame était souillée. Il ferma les yeux quelques minutes, puis décida de se mettre à la recherche de la jeune fille. Quent Holmes ne pouvait détacher ses yeux du poème qu'il lisait sans lire. Sous les agitations de la surface, Loin, loin, dans le calme des abysses, Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve, Repose le Kraken. De faibles reflets de lumière Frôlent ses flancs ténébreux. Des éponges géantes, millénaires, L’entourent. Dans la pénombre des cavernes infinies, D’énormes poulpes Démêlent de leur bras la verte statuaire. Il s'y repose depuis les premiers âges Et toujours monstrueusement grandit, Dévorant d’immenses vers marins, Jusqu'à la Fin des Temps, le dernier incendie, La rouge Apocalypse. Alors, pour la première fois, Il sera vu des hommes et des anges. Il se réveillera dans l’horreur pourpre, Il montera à la surface Et y mourra. Où était-elle ? Il était terrifié, de n'avoir pu la retrouver, qu'elle soit morte, qu'ils arrivent trop tard. Il était terrifié de ne plus jamais la revoir, sauf en cauchemar. Ses amis le regardait d'un regard vide. Ils savaient tous ce qui était arrivé, mais personne n'osait le dire. Il se leva et sortit prendre l'air. Elle se hissa avec difficulté sur la colline de son village. Elle s'était réveillée, mais savait que cela ne durerait pas. Son cerveau lui semblait avoir été changé en acide, rongeant son crâne, et elle ne parvenait plus à se lever. Sa vision était brouillée, mais elle pouvait apréhender le monde autour d'elle assez justement. Aucune trace de Cthulhu. De toute façon, cela n'avait plus d'importance. Elle se traina encore quelques mètres – presque ! Un vertige la prit, mais elle avança encore. Enfin, elle arriva dans les ruines de sa maison. L'âtre était encore là : elle se recroquevilla autour de ce qui fut sa cheminée, dans ce qui fut sa maison. Fermant les yeux, elle vit Torcuba, tombant en ruine. Elle vit le regard haineux du Gouverneur. Elle vit Cthylla lancer sur elle ses tentacules. Elle vit rien. Epilogue : « Cher Gouverneur, Ayant arpenté longuement les vallées et déserts de votre contrée, et par-delà votre contrée, Ayant apporté avec enthousiasme son assistance aux citoyens et étrangers, Ayant construit une ville nouvelle sur des ruines, Ayant respecté les lois & devoirs de votre contrée, Ayant travaillé autant que faire se peut, Ayant enfin donné sa vie pour votre contrée, ses murs et ses hommes, Nous prétendons, Quent Holmes, Kolwako, Dom Fulmen, Antoine Kia, inscrire mademoiselle Marie B au rang de chevalier, à titre honorifique et à titre posthume. En vous assurant avec sûreté son honnêteté et son engagement envers votre contrée, recevez, Gouverneur de Stendel et ses terres, nos sincères salutations. » Dom termina avec soin la boucle du s, et relu avec attention la missive, le cœur serré. Ils savaient qu'au fond, le rêve de la jeune fille était d'être reconnue, malgré les démons avec lesquels elle dansait. Ils espéraient que les Gouverneurs seraient de leur avis. Le jeune homme frisé prit la main glacée de son amie pirate, qu'il avait finalement retrouvé, et la serra, puis la couvrit du mieux qu'il pu. Il n'avait pu trouvé son pouls – trop faible ou inexistant ? Il passa ses bras autour de ses genoux. Elle avait été la plus fidèle de ses amis, et mieux, la grande sœur qu'il n'avait eu. Flo ferma les yeux. The end – for the time being... Merci d'avoir lu & très bon jeu à tous ! -Marieb.
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