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Tales of a broken fate

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En regardant les terres du Bund aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de sentir une pointe de nostalgie m’étreindre.

Probablement encore un des derniers vestiges de mon ancienne condition humaine, bientôt les flots de l’éternité auront érodé mes souvenirs tels des traces de pas sur une plage.

Lorsqu’on a toute l’éternité devant soi, on apprend très vite à ne plus regarder en arrière, mais simplement à observer l’horizon devant nous.

Tout cela me ramène à l’époque où j’écumais les champs de bataille, dans ma folie toute humaine, j’espérais me faire un nom dans l’histoire, afin de devenir à ma manière immortelle…

Quelle sottise.

Quand les ouvrages se seront effrités, quand les bardes auront cessé de chanter, quand les souvenirs se seront fanés, que restera-t-il de moi si ce n’est de la poussière ?

Aujourd’hui, le monde et la vie humaine m’apparaissent désormais comme ce qu’elles sont, une étincelle éphémère qui tente de briller du plus fort qu’elle puisse.

Que de naïveté, tout comme je le fus à l’époque lorsque j’ai poussé les portes du manoir pour la première fois.

J’avais fui les champs de bataille pour une existence plus paisible, mais je me demande parfois si je n’aurai pas dû périr là-bas plutôt que de découvrir la vérité.

 

Il ne me fallut pas longtemps pour reconnaître dans cette demeure le Manoir Scarlet, cette légende que l’on me contait enfant, cette bâtisse terrifiante dont nul n’osait s’approcher.

Des racontars de vieillard pour effrayer les enfants au coin du feu me disais-je, en me rappelant la fois où le vieux Matolio nous l’avait raconté.

Les premiers jours furent agréables, je pris rapidement mes quartiers, profitant des chambres spacieuses et confortables qui semblaient encore avoir été entretenu hier.

En explorant quelque peu le manoir, je ne tardai pas à découvrir la salle de lecture, contenant une multitude d’ouvrages.

J’en feuilletais quelques uns par curiosité situés sur une étagère.

Il semblait s’agir de l’histoire de ces lieux laissé par un voyageur de passage.

Plus j’avançais dans la lecture, plus un sentiment désagréable m’envahissait. Ce qui commençait par les déclarations d’un érudit sur l’architecture et la configuration des lieux commença lentement à tourner en des phrases plus courtes, semblant avoir été écrites sous l’effet du stress, ces mêmes phrases ne tardèrent pas à devenir des griffonnages répétant inlassablement des phrases comme « elles sont là », « les voix ne veulent pas me laisser », tout cela pour finir en gribouillage presque indescriptible.

Je jetai ce livre dans l’âtre le plus proche, me disant qu’il devait s’agir du délire d’un explorateur trop âgé ou d’une mauvaise farce puis je continuai de visiter les lieux.

Je fus grandement soulagé de trouver une serre contenant quelques restes de blé, au moins ne mourrais-je pas de faim, même s’il me faudra pas mal de temps pour dégager les lieux de toutes les herbes sauvages qui y avaient poussé.

 

Les temps furent paisibles et agréables, jusqu’à ce que survienne la nouvelle lune et c’est là que tout commença.

Cela commença par des crissements sur les vitres, des chocs contre les murs et des grincements du bois. Je pensai tout d’abord à des bêtes sauvages qui s’étaient égarées, la région étant connu pour sa grande population de loups, mais j’eus beau me lever à chaque fois, je ne trouvai jamais rien. Je finis par conclure que la demeure devait travailler et que ces bruits étaient normaux dans une bâtisse aussi ancienne.

Mais ce fut avant que n’arrivent les voix.

D’abord des murmures insistants et presque incompréhensibles, puis ces murmures se changèrent en appels m’incitant à quitter cet endroit.

J’en vins même à imaginer la mauvaise plaisanterie d’un sorcier. Je détestais ce genre de personnage, ils n’étaient jamais dignes de confiance.

Mais j’avais beau fouillé la demeure l’épée à la main, aucune trace d’un quelconque coupable.

Le jour de la pleine lune fut ensuite le coup de grâce.

Les voix ayant cessées, je pensai que ce cauchemar prendrait enfin fin.

Au moment où je me réveillai en sursaut, le torse et les bras zébrés de griffures et des traces de sang –mon sang- sur les draps, les derniers vestiges de ma volonté s’effondrèrent.

L’absence de sommeil et la terreur ayant eu lentement raison de ma santé psychologique, je pris la fuite et quittai ces lieux sans me retourner.

 

J’ai erré à travers les plaines, avec pour seul possession les habits que j’avais sur moi.

Après avoir franchi les flots de lave du Ragnarok, je suis arrivé par hasard dans une petite ville.

J’eus la bonne surprise et le soulagement de retrouver un visage connu, un ami avec qui j’avais déjà parcouru les terres de cette contrée pendant longtemps. Je m’installai donc dans cette ville, tentant d’oublier mes mésaventures passées.

Malheureusement, ce genre de blessures ne cicatrise pas aussi facilement.

J’eus beau tenter tout ce que je pouvais, rien ne pouvait m’enlever ces souvenirs. Quelque chose m’appelait en ce lieu, il était impossible que je ne l’ai découvert que par hasard.

Cette conviction fut ma force qui me permit de reprendre la route vers le manoir. Il me fallait découvrir le secret de ce lieu.

J’entrepris tout d’abord de construire un abri temporaire assez éloigné du manoir dans lequel je pourrai me réfugier la nuit pour éviter la colère des esprits.

Je commençai tout d’abord par aller fouiller la salle de lecture, à la recherche d’ouvrages pouvant m’éclairer sur l’histoire de ce manoir.

Nombres de ces volumes étant dans des langues qu’ils m’étaient impossibles de déchiffrer, mais je finis par trouver certains livres qui m’aidèrent à trouver des pistes.

Visiblement, le manoir recelait une bien plus grande bibliothèque, source d’un savoir immense et insoupçonné.

En ayant recoupé plusieurs tomes sur cette bibliothèque, je découvris que son nom était Voile et que sa localisation se trouvait dans les profondeurs même de ce lieu.

J’entrepris de commencer de longs travaux d’excavation afin de pouvoir mettre à jour cet endroit.

 

A ce moment-là, j’eus la surprise de voir arriver devant mes portes un grand nombre de réfugiés de mon ancienne cité.

En effet, celle-ci se trouvant prise entre deux feux dans une guerre sanglante, elle avait été désertée et s’était transformée en cité fantôme.

Je leur fournis donc un logement, et leur fis part de mes plans.

Nous commençâmes donc les recherches à trois, puis notre nombre ne cessa d’augmenter.

Après cinq jours de recherches acharnées, nous finîmes par faire tomber le dernier mur nous séparant de Voile.

Un grand nuage de poussières nous prit à la gorge alors que nous pénétrions dans ce temple du savoir. Les pierres lumineuses éclairant le sol brillaient toujours de mille feux, et les torches ne s’étaient pas consumées, ce lieu nous semblait intemporel.

J’en tombai à genoux devant la magnificence de cet endroit, submergé par l’émotion.

Je remerciai rapidement ceux qui m’avaient aidé dans cette découverte avant de les congédier, puis je commençai à fouiller les lieux à la recherche d’ouvrages pouvant m’apporter les réponses que je désirai trouver.

A mon plus grand soulagement, les voix ne me pourchassaient plus dans la bibliothèque, je pus profiter d’une nuit de sommeil sur le sol froid de la pièce.

Le lendemain, je commençai ma quête d’ouvrages. Il me fallut deux journées pour trouver tous les livres que je voulais au milieu des rayons.

Je pus enfin avoir plus d’informations sur la malédiction qui pourchassait les occupants du manoir.

Il s’agissait d’un sort complexe permettant de laisser une partie de la conscience des occupants dans un lieu. Ce sort avait été longtemps utilisé pour protéger des lieux et des secrets de l’avarice de visiteurs. Pour annuler le sort, il fallait être jugé digne par les contractants.

J’entrepris donc de parfaire mes connaissances dans cette bibliothèque. Je ne revis la lumière du jour qu’après deux semaines.

A ce moment-là, je découvris que la population de réfugiés qui avait fui la zone de conflit n’avait cessé d’augmenter. Je me dis qu’il faudrait vite trouver une solution à ce problème avant de retourner m’enfermer dans les murs de Voile.

Plus le temps passait en ces lieux, plus mes pouvoirs et mon savoir grandissaient, bientôt je maitrisai à peu près toutes les arcanes des magies les plus anciennes.

Je découvris un nouveau monde et de nouvelles possibilités que j’avais honnis pendant si longtemps.

 

Mais mon but n’était toujours pas atteint, je devais savoir ce qui était arrivé aux anciens occupants de ce manoir, je devais le découvrir.

Mes recherches tournaient au point mort dans ce domaine, ma seule piste étant un ouvrage usagé au texte sans queue ni tête. C’était à croire qu’on avait appondu des mots sans but ni logique les uns à la suite des autres. J’eus beau tenté de déchiffrer cela en tentant d’utiliser tous les codes possibles, rien n’y fit, la seule chose que je pouvais en tirer était un mot répété de nombreuses fois, le mot autel.

Durant une nouvelle nuit blanche, et après avoir recopié l’ouvrage à nouveau afin de tenter de nouvelles combinaisons, je décidai d’aller me servir une tasse de café.

A mon retour, un faux mouvement fit tomber mes notes. Alors que je les ramassais en pestant, une chose me frappa. Je rempilai mes notes, et plaçait toutes les feuilles cote à cote, alignant toutes les pages paires dans l’ordre sur la table.

Je notai la 1ère lettre de chaque page et répéta l’opération avec les pages impaires.

Une fois l’opération achevée, je lis la phrase qui venait d’apparaitre sous mes yeux.

 

Ut pateat via.

Quod occulta revelantur.

Filii noctis aperire alas suas.

Noctis imperium contingit ex hoc.

Duodecim, triginta septem, viginti quinque.

 

J’étais effaré par le travail réalisé pour cacher ce message, un livre entier d’écrit pour quelques lettres de mystère.

Je m’empressai d’aller chercher l’ouvrage correspondant qui se trouvait dans une des ailes au fond de la bibliothèque. Je découvris sur sa couverture une rune sur celui-ci.

Je répétais la formule trouvée dans le livre qui m’avait amené à celui-ci.

J’attendis quelques secondes dans le silence que l’effet du mot de pouvoir réalise son œuvre.

Rien ne se produisit. Je reposai le livre, dépité, persuadé de m’être encore enfoncé dans un cul de sac.

Alors que je repassai devant l’allée centrale, m’approchant du Joyau, le cœur de la bibliothèque, une lumière m’éblouit, je me retournai et vit sur le fond de la pièce une sorte de portail de lumière pure se dessinant sur les bibliothèques, semblant faire fondre la réalité elle-même.

Je m’approchai, hésitant, et tendit la main. La lumière émise était douce et chaude, presque accueillante. Je pris mon courage à deux mains et franchis le portail.

 

Lorsque la lumière se dissipa, je me trouvais dans un champ de roses sous un ciel pourpre, une lune écarlate le surplombant.

Alors que j’errai dans ce champ, me déplaçant lentement pour ne pas éviter de me blesser sur les épines des roses, j’aperçus au loin trois silhouettes autour d’une table, je pressai le pas, récoltant moult coupures au passage, mais cela n’avait aucune importance pour moi, il y avait là-bas des personnes pouvant m’offrir les réponses que je cherchais depuis si longtemps.

En m’approchant, je parvins à mieux distinguer les trois silhouettes.

Deux jeunes femmes étaient assises buvant du thé, tandis que l’une semblait monter la garde à leur coté.

Leurs beautés étaient somptueuses et mortelles, car on ne pouvait se tromper sur leurs natures à la vue de leurs crocs et de leurs ailes. En revanche, la troisième femme portait des vêtements de gouvernante et semblait humaine.

Je n’eus pas vraiment le temps de m’interroger sur sa présence.

Alors que j’arrivais à moins de dix pas de la table, tous les regards se tournèrent vers moi et me fixèrent.

Je m’immobilisais n’ayant pas réfléchi sur ce que je devais dire ou faire. L’excitation d’avoir enfin trouvé une piste m’avait fait agir inconsidérément.

Les regards ne durèrent que quelques infimes secondes avant de se tourner.

Seule la gouvernante continuait à me fixer. Je pus constater en croisant son regard que ces yeux étaient rouges, mais ce qui attira le plus mon attention fut un éclat argenté au niveau de sa cuisse. La jeune femme tenait une dague de jet par la lame entre son pouce et son majeur. La manière dont elle me dévisageait ne laissait aucun doute sur ses intentions si je tentais quelque chose à cet instant.

Je baissais donc la tête et me remémora les regards que m’avait adressé les deux femmes assises autour de la table. Il n’y avait eu aucune surprise ni étonnement dans ceux-ci, presque… de l’amusement, comme lorsqu’on voit un petit animal sauvage errer dans un jardin. C’est probablement toute l’importance que j’avais à leurs yeux.

Je relevais lentement la tête pour constater que celles-ci semblaient déjà avoir oublié, discutant de manière enjouée dans une langue que je ne comprenais guère. Peut-être de l’allemand, voire même une langue plus lointaine, mon esprit était trop embrouillé à ce moment-là pour essayer de comprendre.

Je profitai de ces quelques secondes pour observer ce qui m’entourait avec plus d’attention.

Tout autour de moi n’était que roses rouges et ciel écarlates, comme si un jardinier fou avait décidé de recouvrir un pays de fleurs du jour au lendemain.

Je reportai mon regard sur les personnes devant moi. Celles-ci étaient positionnées autour d’une table finement travaillée. Le pied était en fer forgé peint dans un blanc des plus purs, sur celui-ci trônait un support en verre plus transparent que l’eau la plus claire. Mes yeux s’arrêtèrent sur le service à thé posé devant elles. Des tasses en porcelaine blanche agrémentées de motifs somptueux. Il m’aurait fallu probablement une année avec mon ancienne paye de mercenaire pour ne serait-ce que m’acheter une tasse, et encore.

Puis je regardai les deux jeunes femmes en train de discuter autour de la table.

L’une d’entre elle portait une splendide robe pourpre et des gants en tissu noirs. Sa chevelure était courte et de couleur lavande et les traits de son visage fins et harmonieux. Mais c’était son regard qui me marqua le plus, des yeux emplis d’une sagesse immense qui semblaient avoir vu beaucoup plus que ce que son jeune âge semblait lui offrir.

L’autre jeune femme devait probablement être sa petite sœur, au vu des ressemblances et de son air plus enfantin. Celle-ci portait des vêtements plus légers composés d’une chemisette rouge et d’une jupe courte de couleur noire. De longs cheveux blonds cascadaient sur son épaule. Elle riait de manière joyeuse au discours que lui tenait sa sœur.

Je dirigeai ensuite mon regard devant moi où de l’autre coté de la table, la gouvernante me faisait face. Ses yeux ne me lâchaient pas, son poignard toujours à la main.

A ce moment-là, je me rendis enfin compte qu’une bonne minute avait passée depuis que les deux vampiresses avaient cessé de me regarder.

De longues secondes continuèrent à s’écouler. Ces secondes se transformèrent en minutes sans qu’un seul mot me soit adressé.

Une goutte de sueur commença à se former sur mon front alors que j’attendais, n’ayant tout simplement pas le courage de prendre la parole ou de m’interposer dans leurs discussions.

J’en viens même à remettre en cause la réalité de tout cela. Peut-être n’étais-je que dans un étrange rêve, né de ma fatigue et des longues nuits de recherche passées dans la bibliothèque.

Alors que je commençais à me raccrocher à cette hypothèse, une voix brisa le silence et me fit reprendre mes esprits.

-Donc voici celui qui se prétend digne de notre demeure ?

Le ton employé était à la fois doux et ferme et dégageait une autorité imposante. C’était l’ainée des deux sœurs qui s’était adressée à moi.

Je n’eus même pas le temps de répondre que je fus interrompu par un rire.

-Soit, dit-elle, si tu y tiens tant qu’il en soit ainsi.

Toujours sans me regarder, elle plia le coude et une lueur écarlate apparut au bout de son index. Cette lueur forma un cercle magique, certes petit mais très complexe.

Une forme allongée et pointue commença à poindre en celui-ci.

Je n’eus même pas le temps de cligner des yeux qu’un choc me propulsa violemment cinq mètres plus loin. Alors que je m’effondrai dans le champ de roses, je vis par-dessus ma tête une immense lance écarlate se perdre dans l’horizon. Une violente douleur m’envahissait et ma vue commença à se brouiller, j’eus juste le temps en baissant les yeux de voir qu’un trou béant avait remplacé ma cage thoracique avant de sombrer dans l’obscurité.

De dernières paroles m’accompagnèrent :

-Repasse-nous voir quand tu auras trouvé tes réponses, suivi d’un rire sonore qui me poursuivit.

 

Je me réveillai en sursaut, l’écho de ce rire encore dans la tête. Mon premier reflexe fut de regarder mon torse. Pas de trou, même pas la moindre tâche de sang. Je me dis que ce choc devait surement avoir été l’œuvre d’une illusion destinée à me renvoyer chez moi. Le soulagement passé, j’observais l’endroit où je m’étais réveillé.

Je me trouvais dans une sorte d’antichambre, dans laquelle trônaient les tableaux de trois femmes que j’avais rencontrées dans le jardin.

En dessous de ceux-ci se trouvait un nom. Remilia Scarlet pour l’ainée, Flandre Scarlet pour la cadette et Sakuya Izayoi pour la gouvernante.

Au centre de la pièce se trouvait un piédestal avec un livre posé dessus. Je m’en approchai pour lire la couverture.

Perfect Memento Nocti était écrit en lettres rouges sur la couverture de l’ouvrage.

Déduisant que je n’étais probablement pas arrivé là par hasard, j’emportai le livre pour des études ultérieures.

La question désormais était de savoir comment sortir de cette pièce.

Je trouvai rapidement la solution sous la forme d’un interrupteur. Celui-ci fut basculé un pan du mur en face de moi.

A ma plus grande surprise, je débouchai dans le fond de Voile, à l’endroit même où j’avais découvert le portail. Une fois le passage franchi, celui-ci se referma derrière moi.

A ce moment-là, je n’avais plus qu’une envie, me reposer.

Me remémorant les mots de la vampiresse, je décidai de tenter le sort et d’aller dormir dans les chambres à l’étage.

Je me rendis compte que c’était le crépuscule, un coucher de soleil balayait le lac. Presqu’une journée avait passée dans ce jardin.

Passant devant une vitre, le soleil me blessa les yeux. Rien de plus normal après des jours passés dans une sombre bibliothèque à lire à la lueur d’une torche.

Je m’affalai sur un lit, ne prenant même pas la peine de retirer mes chaussures et m’endormit comme une masse.

 

Je me réveillai le lendemain. Le soleil était déjà haut perché dans le ciel, il devait être aux alentours de midi.

Je constatai avec soulagement que ma nuit n’avait été troublée d’aucune voix ou aucun dérangement.

Une grande joie m’envahit, j’avais enfin triomphé de la malédiction de ces lieux. Je profitai pleinement de la journée pour revisiter le manoir que je n’avais plus vu depuis longtemps. J’évitai simplement les endroits trop lumineux à cause de la sensation de gueule de bois que je gardais depuis mon réveil.

Ce n’est que le lendemain que le cauchemar reprit mais sous une autre forme. En me réveillant, je découvris avec horreur que mon bras était couvert de cloques et que la peau commençait à se déchirer par endroit.

La malédiction n’avait pas cessé, elle avait simplement changé de formes. Je pris mes affaires et courut vers l’entrée. Dès que j’eus franchi la porte, mes pas furent stoppés net par une douleur foudroyante qui parcourait chacune des parties de mon corps. Ma peau semblait être sur le point de s’arracher. Levant les yeux, je compris, je me trouvais en pleine lumière. Je me ruais presque à quatre pattes à nouveau à l’intérieur du manoir et me cachai à l’ombre d’un des murs.

A ce moment, toutes les pièces du puzzle se remirent en place. Mon bras boursouflé était celui du coté de la fenêtre, mes réactions nauséeuses de la veille ne se produisaient que dans les pièces trop éclairées.

Tentant de reprendre mon souffle, je posais la main sur ma poitrine pour calmer ma respiration.

C’est à ce moment-là qu’un détail me frappa. Comment avais-je pu ne pas le remarquer ? Ma joie et mon excitation des derniers jours m’avaient obnubilé.

Mon cœur ne battait plus.

Je tâtais mes poignets et mon cou à la recherche d’un pouls, mais plus aucun fluide ne circulait dans ce corps.

Je compris enfin les rires des deux vampiresses. Elles ne m’avaient pas laissées cet endroit comme demeure, mais comme prison.

Je n’étais plus qu’une goule moribonde, condamné à errer dans les couloirs dans cette demeure pour l’éternité.

 

A ce moment-là, les dernières paroles de la vampiresse me revinrent en mémoire : « Repasse-nous voir quand tu auras trouvé tes réponses ».

Je partis en courant vers la bibliothèque en évitant soigneusement les lumières se dégageant des fenêtres.

J’arrivai, éreinté, en bas des marches et me précipitai sur l’ouvrage que j’avais laissé sur une table.

Il devait surement y avoir une raison pour m’avoir fait découvrir cet ouvrage, je trouverai surement des réponses dans ce livre, il le fallait.

Me raccrochant à cet espoir, je pris le Perfect Memento Nocti et commença à le feuilleter dans tous les sens à la recherche d’une information pouvant m’aider.

Non, je m’y prenais mal, je me remémorai des conseils lus dans un autre ouvrage.

Lire un livre en diagonale était le meilleur moyen de comprendre des informations de travers et de réaliser des erreurs.

Je pris quelques minutes pour essayer de me détendre, ici j’étais à l’abri dans les profondeurs de Voile, j’aurai tout le temps de lire cet ouvrage, toute l’éternité même, me dis-je avec un rire forcé.

La première chose qui me frappa lorsque j’ouvris le livre fut le nom de l’auteur, Remilia Scarlet.

Ce livre était un message transmis à travers le temps des anciens habitants de ce manoir.

Il me fallut toute la nuit pour le lire. J’arrêtai bien vite de prendre des notes de tous les éléments importants car il m’aurait probablement fallu recopier l’ouvrage entier.

Tout ce grimoire était un compendium de connaissances vampiriques traitant des divers pouvoirs du sang, de la création du stigma, un sang artificiel ainsi que de connaissances générales liées au peuple vampire. Mais le tiers de l’ouvrage était consacré à un sujet, la création des Nocte Lacrimae.

Il s’agissait d’un artefact permettant aux vampires et autres créatures de la nuit de ne plus être affectés par leur Némésis ancestral, le soleil.

Tous les ingrédients et rituels étaient notés avec précision dans le grimoire.

Je savais désormais ce qu’il me restait à faire, j’avais trouvé mes réponses.

Le jour étant levé, je restai dans la bibliothèque, notant les plans des cercles magiques à tracer et des procédures à suivre pour accomplir le rituel.

Lorsque la nuit fut tombée, je pris la route à la recherche des seules personnes que je savais pouvoir m’aider.

J’allai rencontrer ceux qui m’avaient aidé lors de la découverte de Voile et je leur fis part de mes demandes.

J’aurai besoin de pierre de lune, une grande quantité, mais aussi d’or et d’autres composants essentiels afin de tracer les cercles magiques.

J’occultai évidemment de nombreux détails, il n’aurait pas été bon d’amener d’autres personnes dans mes affaires, c’était à moi de régler cela.

En partant, je répétai mon avertissement, leur conseillant de ne pas s’approcher du manoir, en particulier la nuit, mieux valait ne pas avoir de cadavres sur les bras au petit matin.

Je retournai ensuite m’affairer à la compilation de toutes les parties du rituel, les gravant à l’obsession dans ma mémoire.

Un avantage de mon nouvel état était malgré tout celui de ne plus avoir besoin de sommeil, cela me permit d’avancer à grands pas.

Deux jours plus tard, on frappa à la porte du manoir un début d’après-midi. Ne pouvant me risquer dehors, je leur ordonnai de me déposer les affaires dans le hall et de partir au plus vite.

Ce qu’ils firent sans rechigner, ils n’avaient visiblement pas envie de passer plus de temps en ces lieux, et je les comprenais.

J’attendis la nuit pour mettre mes projets à exécution.

 

Dès que les derniers rayons du soleil eurent disparu, je pris les pierres de lune et les catalyseurs et sortit.

Je n’aurai que quelques heures devant moi, autant ne pas perdre de temps.

Je me dirigeai vers un grand espace non loin du manoir, j’allais avoir besoin de place.

Je posai la pierre de lune sur le sol et commença à tracer les cercles magiques autour avec du sable noir.

Cinq cercles, chacun situés au double du rayon du précédent. Je traçais les courbes avec force précision, la moindre faille pouvant corrompre tout le reste de la structure magique.

Je commençai ensuite à tracer les runes avec de la poudre de sang. Je n’avais même plus besoin de mes notes tellement je les avais lu et relu.

Il me fallut cinq heures à force d’application et de vérification pour achever toute la structure, il me restait encore du temps avant l’aube.

Je me plaçai au centre des cercles magiques et commençait à réciter les mots de pouvoir adéquats. Ceux-ci semblaient venir d’une langue ancienne et désormais oubliée, mais chacun de ces mots faisait résonner le cercle et le faisait luire.

A la fin de l’incantation, celui-ci brillait d’une manière intense, éclairant les alentours d’une douce lumière rouge. La pierre de lune au centre commençait également à réagir et semblait pulser.

La dernière partie était la moins agréable, il fallait lier la pierre de lune à son porteur.

Je pris le couteau prévu pour cette sinistre tâche et commença à me tailler la veine.

Je dus presser sur mon poignet pour faire couler ce sang qui ne circulait plus dans mon corps.

Une fois celui-ci placé aux points adéquats du cercle intérieur, je fis tomber les dernières gouttes sur la pierre de lune. Celle-ci sembla absorber chacune des gouttes de sang pulsant plus violemment à chaque fois, lorsque dix gouttes furent versées, celle-ci cessa de pulser et la lumière du cercle se dissipa lentement.

Je ramassai avec prudence la pierre de lune et l’approcha de mon visage.

Celle-ci semblait être parcourue d’ombres se répandant comme des panaches de fumée à l’intérieur.

 

Maintenant que la pierre était liée à mon sang, il restait à la lier à ma chair. J’appréhendais grandement cette phase.

Je retournai dans le manoir bien avant que le soleil ne se lève et me dirigeai vers mes fours.

Je récupérai la quantité adéquate d’or nécessaire pour créer la broche et la mit à fondre.

Lorsque le métal fut suffisamment malléable, je le façonnai pour former un réceptacle pour la pierre.

Quand la forme fut adéquate, je plaçai avec une grande précaution la pierre de lune en son cœur, je trempai ensuite la partie supérieure afin de durcir le métal autour de la pierre, laissant la base encore brûlante.

Une fois la pierre convenablement incrustée et parfaitement centrée, je pris un morceau de bois sur le coté et mordit dessus, me préparant à la dernière partie du rituel qui mobilisa toute ma volonté.

Je saisis la broche avec une pince, son dessous toujours rougeoyant, et l’approcha de ma poitrine.

D’un mouvement sec, j’enfonçai la pièce de métal sur mon torse au niveau du cœur.

Des larmes commencèrent à perler dans mes yeux tandis que je résistai au reflexe primal de retirer la broche. Mes dents étaient serrées à me les faire briser sur le morceau de bois.

Je pris à tâtons le manche d’une louche remplie d’eau glacé non loin et m’aspergea la poitrine avec.

La vague de douleur qui me traversa alors que le métal durcissait dans ma chair fut sans pareil et me fit poser un genou à terre. Je me cramponnai fermement au manche de la louche attendant que les vagues de souffrance s’atténuent.

Je restai ainsi pendant de longues minutes, l’esprit aveuglé par l’épreuve passée. Petit à petit, ma conscience revint et la douleur se calma, toujours présente mais désormais supportable.

J’observai le résultat de mon expérience. Une broche sertie d’une pierre de lune noire comme de l’encre incrustée dans ma chair rougie juste au niveau de mon cœur.

Je me redressai, les jambes encore chancelantes, et gravi les marches me menant à l’entrée.

L’aube n’allait pas tarder à poindre et avec elle, la réponse que je cherchai.

 

J’enlevai mes vêtements et franchis la porte. J’apercevais au loin la ligne d’horizon du soleil commencer à avancer.

J’écartai les bras et fermai les yeux prêt à accueillir ma liberté ou mon trépas, cela n’avait presque plus d’importance pour moi, j’accepterai l’un comme l’autre avec le même soulagement.

Alors que les premiers rayons du soleil atteignaient ma peau, celle-ci commença à me picoter, mais je ressentis également une réaction au niveau de ma poitrine.

Ouvrant enfin lentement mes yeux, je pus voir que les volutes de fumée qu’abritait la pierre de lune avaient commencé à s’entremêler tel un ballet nuageux.

Je me trouvai là, les bras en croix, savourant à nouveau la douce chaleur du soleil, des larmes commençant à ruisseler sur mes joues submergé que j’étais par l’émotion.

J’aurai pu rester ainsi pendant des heures, mais je savais que d’autres obligations m’attendaient désormais.

Je récupérai mes vetements et marcha d’un pas assuré vers la bibliothèque. Je pris le livre que j’avais utilisé la première fois pour accéder au jardin et récitait l’incantation.

Quelques secondes plus tard, la faille désormais familière apparaissait devant moi.

Je la franchis et pénétra dans un nouvel endroit.

Le grand champ de roses et la terrasse avaient laissé place à un immense champ engazonné agrémenté de précieuses orchidées. En son centre se trouvait une grande fontaine de marbre. Je distinguai les silhouettes familières autour de celle-ci.

Je marchai désormais d’un pas plus assuré pour m’approcher auprès de celle-ci.

Je pus voir que les deux sœurs étaient assises autour de la fontaine et que leurs jambes trempaient dans le bassin d’eau claire. Leur gouvernante était encore et toujours à leurs cotés.

L’accueil fut très différent cette fois-ci.

 

Alors que je me rapprochai, l’ainée des deux sœurs, la dénommée Remilia sortit ses jambes du bassin et se tourna vers moi.

-Alors, as-tu trouvé tes réponses ? me dit-il en me regardant.

Pour la première fois depuis que je les avais rencontrées, ma langue réussit à se délier et je pus lui répondre.

-Oui, je crois bien.

Elle se leva, ses pieds nus foulant le gravier fin entourant la fontaine.

-Bien, maintenant, il est temps de t’apporter les nôtres.

Elle tendit la main et un cercle magique apparut au creux de sa paume.

A sa vue, je me braquai, ne me remémorant que trop bien ce qu’il s’était passé la fois précédente.

Remilia me regarda et laissa échapper un petit rire.

-N’aies d’inquiétude, si j’avais désiré te faire du mal, tu ne respirais déjà plus en ce moment.

Cette phrase me rassura autant qu’elle m’effraya car je savais pertinemment que c’était la vérité.

Une sphère se matérialisa dans sa main, Remilia se rapprocha à mes cotés et posa la paume sur mon front. Ma vue vira soudainement au blanc alors que mon corps ne réagissait plus à mes ordres. Lorsque la clarté disparut, je me trouvai dans les airs dans la même position qu’auparavant.

Je m’apprêtais à sentir soudainement la force de la gravité et à tomber, mais rien ne se produisit. Je n’osais bouger un membre ne sachant ce qui pourrait se passer.

A ce moment-là, une silhouette passa à mes cotés et s’adressa à moi.

-N’aie crainte, tu es dans une illusion que j’ai crée, tant que tu ne t’éloignes pas de moi, rien ne t’arrivera, je ne peux rien garantir dans le cas contraire.

Remilia marchait à mes cotés, ses pieds nus semblant effleurer l’air avoisinant.

J’observai l’endroit où j’étais arrivé. Je reconnus le manoir sous moi, mais le décor avoisinant était différent. Là où une forêt se dressait ne se trouvait qu’une plaine de verdure. Le lac semblait également bien plus s’avancer sur les terres.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, Remilia m’expliqua en continuant de descendre vers le sol comme si elle suivait un escalier invisible :

-Nous nous trouvons dans le passé, tu vas pouvoir être spectateur du destin de ce lieu.

Remilia se posa sur le toit et alla s’asseoir sur le rebord.

-Ce manoir existe depuis plus de cinq siècles, nous avons vu des générations d’humains défiler devant nous en ce lieu. A l’époque, notre famille a crée le stigma et les Nocte Lacrimae, cela nous permit de vivre en relative harmonie avec les humains. Nous n’étions ni alliés ni ennemis et cette situation convenait à tous.

Alors que j’observais les lieux, je pus voir plusieurs personnes errer dans les jardins ou à l’intérieur des murs du manoir. Je pus identifier six personnes. Trois que je connaissais déjà et trois autres inconnus. Une personne gardait la porte tandis que deux d’entre elles s’occupaient des livres de la salle de lecture. Je pus voir les deux sœurs et leur gouvernante marcher dans le jardin.

Remilia leva la main et claqua des doigts, à ce geste, les cieux s’obscurcirent et la nuit tomba, le décor venait également de changer, la grande plaine avait laissé place à une armée de gens armés de torches, fourches et autres armes primitives. Leur expression haineuse et leur vocifération couvraient l’air ambiant.

-Puis vint la folie des hommes. Sous couvert de la religion, l’homme s’est parjuré du rôle de juge de ce qui l’entourait. Tout ce qui n’était pas sacré devait se plier à sa volonté ou disparaitre. Le monde devait être refaçonné à leur convenance. Les humains ne tardèrent pas à se tourner contre nous.

A la fin de sa phrase, toutes les personnes rassemblées devant le manoir chargèrent, traversant le pont en hurlant. La jeune femme gardant le manoir se défendit farouchement, étalant à coups de poing et de pied un grand nombre d’assaillants, mais elle ne put rien faire contre le flot incessant de guerriers et finit par s’écrouler, laissée pour morte sur le sol.

Les humains pénétrèrent dans le manoir et fut accueilli par un grand déluge de flammes libérés par une magicienne vêtue de violet.

J’étais perdu au milieu de ce torrent de feu, insensible à tout cela, voyant autour de moi les combattants périr, leurs chairs calcinées, leurs os noircies par la fournaise.

Malgré la promesse d’une mort certaine, les combattants suivants chargèrent avec une rage presque animale, persuadé de se battre pour un intérêt supérieur et pour une cause méritant de mourir pour elle.

Cherchant les sœurs vampires du regard, je délaissai le champ de batailles et descendit au sous-sol sentant la présence de Remilia près de Voile.

Je pus voir dans la bibliothèque les deux sœurs, les mains jointes, achevant de réciter une incantation, un cercle magique massif se créa, englobant toute la demeure. Remilia réapparut à mes cotés.

-Sachant que le combat serait très probablement perdu face aux nombres incessants d’humains, nous avons pris nos précautions et avons placé notre malédiction sur le manoir, afin que cette demeure qui fut la notre ne soit jamais souillée par ces impudents. Puis nous livrâmes une dernière bataille.

Je vis Remilia et sa sœur remonter les escaliers suivis de leur gouvernante, ses poignards déjà dans les mains. Dans leurs courses, elles détruisirent de nombreux murs de soutien dans l’escalier menant à Voile, afin d’enterrer ce lieu. Remilia maniait une longue lance aussi écarlate que le sang, tandis que sa sœur avait dégainé une épée crachant des volutes de flammes. Je remontai à l’étage pour voir la fin de la bataille.

Les deux sœurs se battirent avec vaillance, à tel point que leurs adversaires durent rapidement marcher sur les cadavres de leurs alliés pour espérer s’approcher d’elles, mais ils n’y avaient rien à faire face à ce nombre. Petit à petit, les envahisseurs gagnaient du terrain, acculant les défenseurs contre le mur au fond du hall. Alors que leur position n’était plus défendable, Remilia fit éclater d’un geste les fenêtres dans son dos, le choc de l’explosion et les projections d’éclat de verre leur laissèrent le temps de battre en retraite. Les vampiresses ouvrirent leurs ailes et s’engouffrèrent dans les trous laissés par la vitre. Elles se retournèrent à une cinquantaine de mètres du manoir, pour un dernier baroud d’honneur.

Remilia leva les deux bras vers le ciel, une immense lance apparut entre ses mains, sa sœur appliqua un cercle magique de grande ampleur sur la pointe de celle-ci qui en recouvrit tout l’extrémité.

Déjà les humains couraient aux fenêtres, arcs en main pour tenter de les abattre à distance.

A ce moment-là, Remilia jeta avec violence la lance qui atterrit en plein centre du hall, là où la concentration de combattants était la plus importante. Un grand nombre de combattants furent fauchés par le projectile, mais ceux-ci furent les plus chanceux.

Au moment où la lance s’écrasa sur le sol, celle-ci explosa en une multitude de morceaux de cristaux acérés de couleur ambrée, ceux-ci transpercèrent les humains en de nombreux endroits, je pouvais voir leurs poitrines éclatées, leurs membres s’arracher sous la violence des impacts. Mais à peine leurs camarades morts, d’autres guerriers pénétraient déjà dans le charnier pour sécuriser toutes les pièces du manoir.

Je regardais au loin les sœurs disparaitre dans l’horizon.

 

Le ciel étoilé laissa bientôt la place à une clarté éblouissante. Quand j’eus recouvré la vue, j’étais de retour dans le jardin.

-Voilà comment nous avons quitté notre demeure, pour rejoindre ces terres d'illusion, où le sens commun n'a pas cours. Maintenant que tu connais tout, les cartes sont entre tes mains, sais-tu où est ta place désormais ?

Cette question était celle que j’attendais. Je le savais déjà au fond de moi lorsque j’ai pris la décision d’affronter à nouveau les dangers de ce manoir.

Je posai un genou au sol, puis mon poing et inclinai la tête.

-Ma place est à votre service, auprès de vous et votre peuple.

Un instant de silence plana, seulement nuancé par le souffle du vent.

-Brave garçon, me répondit Remilia, maintenant relève-toi.

J’obéis et les vis s’approcher de moi, posant leurs mains sur mon cou.

-Ne bouge pas, cela ne durera pas longtemps.

Leurs visages s’approchait, lancinants, du mien avant de descendre vers ma gorge.

Je sentis des piqures telles des dagues s’enfonçant dans ma chair, alors que mon sang refluait.

Petit à petit, ma conscience s’effaçait, victime des effets de l’anémie, je me senti choir et partir.

La dernière chose que j’entendis avant de m’écrouler fut :

-Bienvenue… parmi nous.

Je sombrai ensuite dans le noir, ne me remémorant que le gout d’un doux nectar auquel je me raccrochais comme à ma vie.

 

Je rouvris péniblement les yeux. Rien que ce geste me couta un effort phénoménal. Je mis beaucoup de temps à constater que j’étais allongé sur un des lits du manoir. Il faisait désormais nuit. Je restai ainsi immobile pendant de nombreuses heures, mon esprit sombrant entre inconscience et délire dû à l’anémie. Une journée entière s’écoula à ce rythme.

Puis vint la douleur, traversant mes veines. Je la sentais, tel un serpent se répandant à travers mes vaisseaux. La sensation d’avoir un corps étranger en soi qui prend place dans sa nouvelle demeure à mesure que le sang que j’avais perdu se reformait. Une nouvelle journée passa ainsi.

Finalement, la douleur présente dans mes vaisseaux se concentra dans mon cœur, m’oppressant la poitrine. J’eus au moins le soulagement de le sentir battre à nouveau. Une troisième journée s’écoula, j’étais toujours trop faible pour espérer bouger.

Au quatrième jour, la douleur devint suffisamment supportable pour me permettre de me lever. Je dus malgré tout m’appuyer au mur pour réussir à marcher, n’ayant pas encore récupéré l’usage de tous mes membres.

Petit à petit, je pus remettre mes pensées en place et retrouver ma condition physique. La douleur s’étant déplacée dans mon crane, comme si l’on y gravait de nouvelles connaissances au fer rouge. Je me découvris des souvenirs qui n’étaient pas les miens, je me découvris des connaissances jusqu’alors inconnues. C’est comme si les deux sœurs avaient fait de moi le réceptacle de leurs savoirs tel un golem que l’on façonne à son image.

La douleur se déplaça ensuite dans mon dos, alors que mon ossature se modifiait, laissant place à mes ailes. Je sentais ma colonne vertébrale craquée et ma chair se fendre en dessous des omoplates.

Au bout d’une semaine, ma transformation fut achevée. Je me sentais désormais enfin complet et j’avais retrouvé toutes mes forces.

 

Je montai au sommet de la tour du manoir et observai le ciel étoilé en face de moi. Je me mis torse nu et fit appel à mes ailes, je les sentis s’extirper de sous ma chair et s’étendre, tel un insecte effectuant sa mue. Je testai la coordination des mouvements et quand je fus satisfait, je mis le pied sur la rambarde.

Je donnai une impulsion et m’élançait, mes ailes me portant à travers les courants aériens. Je m’enivrai de ce sentiment de liberté, grisé par la fraicheur de la nuit, savourant ma nouvelle condition.

Volant au dessus du lac, je décidai de tester les nouveaux sortilèges hérités du sang des Scarlet. Alors que je libérai ma magie sur les flots, m’émerveillant chaque fois plus encore de toute la puissance que contenait mon nouveau corps, je vins à imaginer tout ce que je pourrai accomplir désormais.

Je pourrai faire plier à ma volonté les plus puissants de ce monde, je pourrai raser des villages entiers ou décimer tous ceux qui tenteraient de s’opposer à moi. Je pourrai obtenir la fortune, la renommée, le respect. Tout pourrait m’appartenir, absolument tout, jusqu’aux limites de mon imagination et tout cela jusqu’à la fin de tes temps.

Alors que l’adrénaline commençait à m’envahir, je finis par lâcher un petit rire crispé.

Décidément, j’étais toujours encore un peu humain. Malgré toutes les possibilités s’offrant à moi, je finissais toujours par vouloir courir vers ma propre destruction.

A ce moment-là, une phrase tirée du Perfect Memento Nocti me revint en tête :

« L’éternité est tel un torrent, si l’on a rien pour s’accrocher, on finira par s’y noyer ».

Il était désormais temps d’être digne de mon nouveau nom et de ces nouveaux pouvoirs.

Désormais, j’avais les moyens d’accomplir de grandes choses.

Je consacrerai ma vie, ma nouvelle vie, à défendre ce peuple qui était le mien à présent.

Trop longtemps, nous avons vécu isolés les uns des autres, constituant ainsi notre plus grande faiblesse.

Je savais que notre salut et notre force viendrait de nos efforts conjoints.

J’offrirai à tous les vampires un nouveau foyer, un nouvel avenir, un nouveau départ pour notre peuple à l’ombre du manoir.

Ainsi naquit le Vampire Bund, par la volonté des Scarlet.

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Une foi de plus, Maître, je suis éblouie par votre talents, j'en apprend chaque jour un peu plus sur le Manoir. Je suis fier de faire parti du Bund.

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Je crois que nous serons tous d'accord à considérer ce texte comme d'une référence. Déjà pour le personnage de Link, puis pour l'histoire du Manoir accompagné de la bibliothèque magique Voile, puis pour le rituel de création des "Nocte Lacrimae", ainsi que, et là je pense que dans un avenir RP nous allons tous "plus ou moins" être d'une certaine manière "contraints" d'en parler, les anciens habitants du Manoir Scarlet.

 

Sans préciser d'avantage, j'avoue que ce texte est à la fois le plus complet et le mieux structuré dont j'ai eût la chance de lire. Tu nous avez promis du lourd Link, j'avoue être épaté et sans voix.

 

Un petit point cependant dont j'aimerai acquérir une réponse.. Tu ne l'as pas dévoilé dans cet écrit mais je pense bien que tu as déjà étudié la réponse d'ailleurs si tu l'as développer excuse moi de n'avoir pas peaufiné ma lecture plus quelle ne l'est déjà : Considérons-nous que le Manoir Scarlet soit le seul endroit où il y a eût une "communauté" vampirique sur le monde de Minefield ou sur tous les mondes confondus?

 

J'ai presque honte de poser cette question et de presque remettre en cause la perfection de ton écrit. D'ailleurs, je serai presque d'avis que le contexte de ton histoire ne laisse pas beaucoup d'occasion pour placer cette indication, si ce n'est pas du tout. Je reste d'avis que ce texte est une référence RP. Trés bon boulot Link ;)

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Excellente question, dont je n'ai moi-même pas la réponse.

Disons que les vampires ont toujours vécu caché et isolé les uns des autres, peut-être de nombreuses familles ont décidés de se révéler au grand jour suite à l'appel du Bund.

Je viendrai aux autres familles avec le RP du projet PS.

Sur le texte lui-même, je suis content que ça plaise, je voulais vraiment apporter les bases qui ont mené à la création du Bund et au départ des Scarlet (j'y ai même intégré une référence au rp de Iori).

Après, je discuterai à mon retour avec notre érudit Dalmary pour intégrer toutes les pièces entre elles afin d'avoir une base solide pour notre cité.

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Très bon RP

 

je pense parler de la malédiction des Scarlets à chaque futur visite que je ferais (hier soir j'ai fais visité 3 fois à des Torcubains qui semblerait il, ont appréciés le style de la ville et le travaille effectué.

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Bonjour.

Cela faisait longtemps que je n'étais pas revenu sur le forum et j'avais pour projet principal d'en apprendre plus sur la magnifique "cité des vampires" qui s'était offerte à moi au cours de mes pérégrinations diverses et variées sur le serveur.

J'avoue ne pas avoir été déçu.

Les minimes fautes que j'ai pu déceler dans ton récit n'arrivent en rien à le ternir de quelque manière que ce soit. Félicitation, Link

J'espère faire partie un jour de cette communauté formidable (et pour une fois "couillue", disons le !) Qu'offre Vampire bund.

(Ps : Je tiens à préciser que je ne peux pour le moment que me cantonner au forum, l'ordinateur dont je dispose n'étant pas capable de faire tourner ne serait-ce que la dernière version de firefox, donc mumble et minefield seront pour le mois d'aout)

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