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[RP][GV-ND] La Grande Guerre - Partie 1: Bataille de la Grande Serpentine


Pencroff
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La "Grande Guerre", comme la postérité l'aura souvent nommée, a porté bien d'autres noms selon le camp et le point de vue.

Reste cependant un état de fait: ce conflit qui opposa, en l'an de grâce 337, les forces de la Garde Volontaire à celles de l'Alliance du Néo-Dominion aura été un des plus terribles et un des plus meurtriers à avoir opposé deux nations des continents Stendeliens depuis la fin de la Guerre Civile.

 

Cette histoire est, avant-tout, le fruit d'une collaboration étroite entre nos deux communautés. Nous voulions depuis longtemps graver dans la pierre un arc RP de guerre inter-projets imposant, mais composé en bonne intelligence et dans un bon esprit.

En amont de l'écriture de la trame, nous avons équilibré les forces que nous comptions déployer, mis en place un terrain sur lequel la campagne allait prendre place, et discuté des implications de ce projet dans nos histoires respectives. Le but n'était pas de faire un concours de pointure entre nous, mais de raconter une histoire avec un grand H pour nos deux communautés.

 

Une fois les contours du projet décidés, nous nous sommes accordés sur un ensemble de neuf batailles, dont la dernière avait vocation à clore cette guerre par un coup de tonnerre. Dans un souci de neutralité, nous avons joué l'issue de chaque bataille au lancer de dé, le résultat décidant du vainqueur de chaque étape et des implications pour chaque camp. Troupes anéanties en cours de routes, pertes, déplacements... Les huit batailles qui jalonnaient le chemin vers la bataille finale devaient conditionner l'état dans lequel nos forces respectives allaient se présenter dans leur ultime rencontre. Le hasard des dés aura voulu que cette première bataille soit une victoire de la Garde, dans ce que nous avons établi comme une rencontre d'avant-garde.

 

Désireux de présenter cette guerre du point de vue de nos deux camps, nous nous sommes répartis les récits de batailles, de sorte à ce que l'une soit contée au travers des yeux d'un soldat de la Garde, et la suivante à travers ceux d'un légionnaire du Néo-Dominion.

Ainsi, dans les mois à venir, ce premier épisode sera suivi par un second, puis un troisième, un quatrième et ainsi de suite; rédigés par les plumes expertes de @xadrow et d'@HRigou pour le Néo-Dominion ainsi que celles de @Ghideon et moi-même pour la Garde.

 

Je profite de cette introduction pour les remercier de leur participation à ce projet ambitieux, en espérant qu'ils prendront à cet exercice autant de plaisir que moi.

 

Divulgacher

Cette campagne se base sur une série d'éléments RP (compagnie de Varnel) mentionnés dans la demande ci-dessous, hésitez pas à passer dessus pour avoir une vision d'ensemble de ce qu'il se passe o/

https://www.wikifield.fr/wiki/Pyrisme
https://www.wikifield.fr/wiki/Compagnie_de_Varnel

 

 

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En l'an de grâce 337, l'assassinat de l'intégralité des membres des délégations diplomatiques du Consulat de la Garde et du Néo-Dominion provoque une violente montée de tension entre les deux entités. Bien que l'identité des assassins soit restée méconnue; les deux camps, dont la confiance mutuelle s'était déjà trouvée affaiblie par l'affaire de Varnel et la Campagne du Val de Malenque en 334, entrèrent alors en confrontation.

 

Peu après la choc de l'assassinat, l'état-major général de la Garde est informé par des survivants de la Compagnie de Varnel que les Forces armées du Néo-Dominion se sont lancés, en parallèle des tractations diplomatiques de façade, dans la mise en place de recherches visant à doter l'alliance d'une arme à la puissance insoupçonnée.

Face à cette menace et à l’ambiguïté de la position des dirigeants Néo-Dominiens, le Premier Consul Ghideon Zorn ordonne la mobilisation de la Grande Armée et sa projection au Nord de New-Stendel, après un rassemblement sur les terres du Bagne de Mirovitch.

 

Débute alors ce qui deviendra la Grande Guerre du Nord, premier conflit intra-frontalier depuis la fin de la Guerre Civile Stendelienne.

 

 

 

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TLDR: Les deux armées adverses marchant l'une vers l'autre dans les vastes plaines glacées. Dans cette phase d'approche, trois légions de l'armée du Néo-Dominion (équivalent de trois divisions) entrent au contact de l'aile droite de l'armée de la Garde, composée de cinq divisions et de plusieurs brigades. Le combat s'engage donc à l'avantage (par le nombre et le terrain) de la Garde qui opte pour une position défensive. Si l'issue du combat semble jouée d'avance, l'avant-Garde du Néo-Dominion doit ralentir la progression de la Garde et engage donc le combat par une offensive virulente.

 

Si vous avez la flemme de tout lire - et pour faciliter la compréhension - il y a des schémas expliquant le déroulement de la bataille heure par heure.

 

L’avant-garde Néo-Dominienne, composée de trois légions, s’est élancée en avant et intercepte l’aile droite de la Grande Armée qui s’apprête à déboucher de la chaîne de montagne dite de “La Grande Serpentine”. 

Contrainte par la nature du terrain, l’aile droite de la Garde est encore groupée et dispose, circonstance imprévue, de l’appui du corps de cavalerie. Le maréchal Pencroff espérait en effet pouvoir dépasser l’armée pour se lancer dans les plaines à la recherche de l’ennemi, ce qui ne s'avère pas utile.

 

A l’aube du 22 Radévard 337, l’avant-garde de l’aile droite, assurée par la 11e brigade d’infanterie (5e léger, 6e léger et 25e de ligne) aperçoit devant elle les colonnes de la Magna Draconis. L’avant-garde de l’aile droite se replie alors sur le 4e corps d’armée du général Emile-Bonaventure Pencroff, fils du maréchal éponyme. Ce dernier fait préparer son corps d’armée au contact, et est rejoint par le 5e corps d’armée du général Eugène Daugier, qui prend également ses dispositions.

 

Dès lors, la 6e division du 4e corps prend place au centre du dispositif, la 7e division du 4e corps se poste à l’aile gauche, la 9e division du 5e corps occupe l’aile droite et la 8e division du 5e corps, comptant dans ses rangs deux régiments de grenadiers de marine et deux régiments de fusiliers-marins, se place en réserve. La brigade de cavalerie du 4e corps se poste à l’extrémité gauche de l’armée, et la brigade de cavalerie du 5e corps à l’extrémité droite.

En outre, le maréchal Pencroff, informé de la situation, rejoint rapidement la zone avec les 2e et 3e divisions de cavalerie; ayant laissé la 1ère division, plus lente, en arrière avec l’ordre de rejoindre la bataille au plus vite. Il prend alors le commandement des opérations.

 

De son côté, l’armée Néo-Dominienne s’étoffe progressivement. A la Magna Draconis qui occupait l’avant-centre de la force s’ajoutent peu à peu les cohortes de la 5e légion de Myr et de la légion Automne. Si le rapport de force numérique semble indiquer un net avantage pour la Garde, la présence de nombreuses unités lourdes et, selon toute évidence, de nombreux mages dans les rangs adverses pousse le maréchal Pencroff à la circonspection.

Désireux de connaître plus en détail la composition des forces adverses, il ordonne au 7e régiment de hussards, de la 3e division de cavalerie, de se porter au devant de l’adversaire pour reconnaître les forces.

 

Le 7e hussards, commandé par le colonel Dax, parvient alors à chevaucher au large de l’armée adverse avec force témérité et, malgré quelques pertes, revient auprès du maréchal vers 11h du matin avec de précieux renseignements.

La présence de mages, de lanciers et de cavaliers drake au premier rang de la Magna Draconis laisse entendre que cette colonne va essayer de percuter une des ailes de l’armée pour la rompre par le choc. De toute évidence, par le faible nombre d’unités présentes sur l’aile droite de la Garde (la 9e division ne comptant que quatre régiments contre les six de la 7e division), il est à prévoir que l’adversaire se porte sur cette portion de la ligne en priotité.

 

Vers midi, l’armée Néo-dominienne, toujours en ordre serré, semble en effet continuer sa marche au pas redoublé vers l’aile droite, confirmant les prédictions du maréchal.

Par précaution, ce dernier a fait avancer la 2e brigade de marine sur les arrières de la 9e division, réduisant de fait sa réserve à deux régiments d’infanterie mais comblant de manière dissimulée les lacunes de son aile droite.

 

Ce n’est que trente minutes plus tard, alors que l’armée du Néo-Dominion semble enfin cesser sa marche, que la bataille s’ébranle réellement.

Désireux de conserver l’initiative, le maréchal Pencroff ordonne aux 4e et 5e corps d’entamer un mouvement au pas en avant, en conservant la cohésion des lignes. Profitant du terrain avantageux offert par la proximité, derrière lui, de la chaîne de montagnes de la Grande Serpentine; il fait également disposer les 6e, 7e, 8e, 12e, 14e, 16e et 21e batteries d’artillerie à pieds sur une colline située sur l’arrière gauche de ses troupes, laissant aux divisions et aux corps le loisir d’user de leurs batteries d’artillerie à cheval au plus près du front. 

Quant à sa nombreuse cavalerie, il en détache les 5e et 7e régiments de hussards respectivement sur l’aile droite et sur l’aile gauche, et conserve auprès de lui les six régiments de dragons avec l’ambition ferme de porter le coup de grâce au moment le plus opportun.

 

Face à la Garde, et malgré l’épais manteau de neige et les vastes plaques givrées qui entravent sa marche, l’ennemi continue de déferler en rangs serrés à une cadence effrénée.

La bataille, selon toute vraisemblance, s’apprête à mesurer l’ordre profond à l’ordre mince; les lignes de feu aux colonnes d’assaut.

 

Chapitre 1: Zenith

 

Midi pile tonna au canon.

Une batterie de pièces de 8 livres, juchée sur le promontoire hâtivement surnommé “redoute des engelures”, venait de sonner le début de la bataille.

 

Quelques dizaines de pas à sa droite, le maréchal Pencroff, son fils le général Emile-Bonaventure et le général Eugène Daugier observaient le déploiement des deux armées dans un parfait mutisme.

Repliant sa lorgnette et tirant de sa poche une montre gousset, le maréchal resta encore pensif un instant avant de rompre le silence.

 

- Bien. Cela reste encore à confirmer, mais je crois reconnaître à l’avant-garde les bannières de la Magna Draconis. La nombreuse cavalerie qui la devance et la présence des drakes dans leur dispositif conforte cette idée, et il semble qu’ils aient jeté leur dévolu sur la 9e division du général De la Faye. 

Commença-t-il.

 

- Excellence, il me semble que cette légion compte également un nombre non négligeable de mages, et par dieu nous en manquons. Contre leur cavalerie, j’aurai tôt fait de former des carrés par bataillons, mais je serai dépourvu contre toute forme de magie.

Répondit le général Daugier.

 

- Certes, aussi ai-je la ferme intention de faire concentrer le feu des batteries à ma disposition sur leurs cohortes de mages dès que j’en aurai l’occasion, et avant que vous ne vous trouviez à leur portée. Cependant pour parvenir à les disperser efficacement, je vais sans doute devoir y occuper tous mes canons, ce qui ne vous laissera que votre artillerie à cheval pour vous défendre à mitraille contre les assauts des drakes.

Répondit le maréchal.

 

Le général Daugier haussa les épaules.

 

- Je ne crains pas trop ces gros lézards. Tout ce qui vit peut mourir, tant qu’on y met assez de plomb dans l’aile.

Répondit-il en riant.

 

Le maréchal sourit, et tendit à son camarade une poignée de feuilles volantes couvertes d’ordres gribouillés et de schémas.

 

- Tiens, innocent, voilà tes ordres. J’y détaille ce que j’attend de toi. Va-donc me tenir cette aile droite, et gagnes-y du temps pour que je puisse resserrer mon étau sur leurs flacs. Tu penses t’en sortir ?

 

- Parbleu excellence, je tiendrai deux heures, douze heures, vingt heures s’il le faut !

 

Le maréchal salua, et le général lui rendit son salut avant de piquer sa monture pour rejoindre, au galop, la 9e division d’infanterie.

Le maréchal Pencroff se trouva alors seul avec son fils, qui restait silencieux.

 

- Mon fils, tu vas avoir dans cette bataille l’occasion de faire une bien belle besogne. Le hasard aura voulu que ce soit toi qui commande le 4, ce dont je suis fort aise.

 

- J’aurai plaisir, père, à vous montrer ce dont est capable le seul de vos enfants à n’être point cavalier. Si je fais aujourd’hui un bel ouvrage, vous m’accorderez sans doute l’honneur d’en rendre grâce à l’infanterie.

 

Le maréchal sourit à cette remarque. 

 

- Trève de bavardage, veux-tu ? Bien. En ce qui concerne le 4e corps d’armée, j’aimerais que tu attendes, dans un premier temps, que l’ennemi se rapproche de la 9e division. Quand ils seront au contact de nos lignes, Daugier fera reculer l’aile droite en oblique, de sorte à pivoter autour de la 6e division. Quand tu verras l’aile reculer, tu n’auras qu’à réorienter le centre vers l’ennemi qui te présentera son flanc. La 7e division, elle, devra alors tenir ta gauche avant, si l’occasion se présente, de tomber sur leurs arrières. Je t’ai envoyé un régiment de hussards, le 5e, pour renforcer ta cavalerie. Garde un régiment en réserve, les dragons idéalement, et envoie les deux autres à brides abattues harceler tout ce qu’ils pourront et, si possible, prendre leurs mages de court.

 

- Comptez sur moi. Je vais, je pense, accompagner le mouvement de la 6e division avec mon état-major. Si d’aventure vous devez me faire mander par un ordonnance, vous me trouverez sans doute auprès de la 11e brigade.

 

- Bien, mais sois prudent. C’est bien que tu combattes au milieu de tes hommes, mais ne va pas t’exposer inutilement. Tiens, voilà tes ordres écrits. File !

Conclut le maréchal, esquissant à nouveau un salut.

 

Le général Emile salua à son tour, et s’en retourna auprès de ses troupes.

 

Non loin, toujours disposées en un vaste mur de canons sur la “redoute des engelures” les 6e, 7e, 8e, 12, 14e, 16e et 21e battaient à présent un feu d’enfer sur les colonnes du Néo-Dominion, qui s’étaient remises en marche pour entrer au contact des lignes de la Garde.

 

Les canons de tous calibres, aux ordres du général Lambach, tiraient au jugé sur les premières colonnes ennemies, attendant d’apercevoir les mages de la Magna Draconis pour orienter vers eux l’ensemble des tirs.

 

Puis, aux alentours de midi trente, les premiers fantassins du Néo-Dominion arrivèrent finalement à portée des voltigeurs de la Garde.

La mousquetade, dès lors, s’ajouta à la canonnade et embrasa en quelques minutes toute l’aile droite. La Magna Draconis, sous ce déluge de boulets et cette grêle de balles, ne se démonta pas pour autant et, afin sans doute de ne pas s’attarder dans la zone létale qui la séparait des fusiliers, accéléra le pas. 

 

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Chapitre 2: Treize heures

 

Ce fut sur les coups de treize heures, finalement, que le choc eut lieu.

Conservant sa cavalerie en réserve, la légion Magna Draconis envoya dans un premier temps ses IIe, IIIe et IVe cohortes de fantassins de la IIe Armata. 

 

Dans la plaine enneigée, les solides hallebardiers et leur entourage d’arbalétriers et d’épéistes dispersèrent rapidement les voltigeurs, qui ne faisaient pas le poids face à ces lourdes masses d’armures et de glaives.

 

Les fusiliers-marins, en revanche, offrirent aux ennemis une bien plus farouche résistance grâce à leur bonne maîtrise du feu sur trois rangs qui permettait de déverser un flot de salves presque ininterrompu sur tout ce qui se présentait à eux.

La puissance de feu ainsi déployée permit d’interdire aux fantassins du Néo-ominion de se rapprocher trop près des lignes, au prix d’une consommation accélérée des munitions.

 

La 9e division ne s’effraya pas pour autant et les braves fusiliers-marins, qui avaient été habitués au froid par leurs longs séjours autour du bagne de Mirovitch, tenaient ferme au milieu de la brise glaciale qui, sans aucun doute, ne devait pas jouer en faveur des légionnaires en armure de métal.

 

Le vent, d’ailleurs, n’entrava pas que la progression des hallebardiers et des hastartes. Les arbalétriers Néo-dominiens, eux aussi, souffrirent beaucoup des grands vents qui faussaient la trajectoire de leurs projectiles et gelaient leurs armes.

Malgré tout, la grande Magna Draconis ne chancelait pas, et tenait ferme face aux lignes de feu qui n’en finissaient pas de brûler leurs cartouches.

 

Enfin, quand les régiments de la 9e division eurent dépensé sur leur adversaire plus de la moitié de leurs munitions, ordre fut donné de ralentir la cadence de feu.

La pression se relâcha sur les colonnes d’assaut qui, peu à peu, se remirent à gagner du terrain et s’approchèrent dangereusement des lignes, tant et si bien que le général Daugier dût amorcer le recul de ses troupes.

 

La Ligne de la Garde, sur l’aile droite, commença donc à fléchir sous la pression ennemie.

Cet apparent succès galvanisa les légionnaires qui redoublèrent d’efforts, gagnant en audace et en témérité à chaque minute, arrivant finalement au contact.

 

Le choc, entre les fantassins du Néo-Dominion et de la Garde, fut d’une rare brutalité.

Dans les premiers instants du combat, les fusiliers-marins eurent toutes les peines du monde à repousser leurs adversaires à force de baïonnettes et de sabres briquets, qui n’étaient pas d’un grand secours face aux hallebardes et aux pics.

 

Malgré tout, formant des carrés pleins par compagnies et hérissant leurs baïonnettes face à eux; ils réussirent à rétrograder sans rompre, suivant le plan dicté par le maréchal Pencroff au général Daugier. La 9e division, en effet, laissait en reculant un interstice entre elle et la 6e division dans lequel la 8e division d’infanterie, restée en réserve, allait pouvoir se glisser. Entre la 6e division au toujours avancée au centre et la 9e division en recul, la 8e division allait pouvoir se positionner en caponière sur le flanc de la Magna Draconis pour l’arquebuser soigneusement, mais surtout pour prendre son côté sous le feu de la 23e batterie d’artillerie à cheval.

 

Ce mouvement, soigneusement exécuté, isola donc la Légion Draconis dans une sorte de corridor de feu, piège mortel qu’elle ne décela que trop tard et qui s’accentuait à chaque seconde. 

Quand la légate Khardiata Maraevis s’aperçut de cette nouvelle disposition, elle se rendit compte avec horreur que, pressée sur l’arrière par la légion Automne, elle ne pouvait plus faire marche-arrière sans risquer une déroute.

Tout n’était cependant pas perdu. Dans ses observations réalisées à l’approche des lignes de la Garde, elle avait remarqué que la 8e division d’infanterie agissait, sur l’aile droite, comme la seule réserve d’infanterie capable de secourir la 9e division.

 

Avec le 8e division activement engagée au combat, il n’y avait donc plus aucune réserve derrière la 9e division, et donc plus de réserve sur l’aile droite.

Son seul espoir, dès lors, était de parvenir à rompre l’aile droite de la Garde par le choc. Elle disposait, pour cela, d’un outil tout désigné: les IIIe et Ve cohortes de cavalerie de la Ière Armata.

 

Peu avant quatorze heures, la légate ordonna donc à la cavalerie régulière de sa légion, principalement composée de lanciers, d’archers et de cavaliers légers, de se jeter sur les lignes ennemies pour appuyer les assauts de l’infanterie.

 

Sous le feu et la mitraille, galopant entre les colonnes, les deux cohortes de cavaliers chargèrent alors au son du cor, faisant sous leurs sabots trembler la terre glacée.

La 9e division, face à eux, ne put que resserrer ses carrés et prier pour que la tourmente ne dure pas.

 

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Chapitre 3: Quatorze heures

 

Le maréchal Pencroff, juché avec son état-major auprès de la redoute des engelures, suivit avec attention la charge des cavaliers de la Magna Draconis.

Impassible, il regarda en silence le choc des lances, des chevaux et des hommes sur la frêle 9e division qui reçut le coup de plein fouet.

Ses officiers, autour de lui, attendaient ses ordres dans un silence d’angoisse mêlée d’excitation.

Finalement, après avoir jaugé le danger qui pesait sur son aile, le maréchal leva le bras.

 

- Ordonnance !

Demanda-t-il.

 

Un capitaine, à cheval, se porta auprès de lui.

 

- Notez. Pour le général Daugier. Faites immédiatement donner vos deux régiments de cavalerie légère pour soutenir les carrés d’infanterie, et envoyez votre 14e batterie d’artillerie à cheval entre la 8e et la 9e division pour soutenir la canonnade sur leurs flancs.

Ordonna le maréchal.

 

Le jeune capitaine, après avoir noté l’ordre, s’élança vers l’aile droite à brides abattues.

 

Auprès de l’état-major, sur la redoute, les batteries d’artillerie à pied tonnaient toujours, ayant à présent débuté le bombardement des cohortes de mages que l’on avait décelé plus tôt.

Face à la redoute, le centre et l’aile gauche de l’armée étaient à présent pleinement engagés dans le combat, et bien que la pression y fut moindre que celle appliquée par la Magna Draconis sur l’aile droite; les légions d'Automne et de Myr se révélèrent être de farouches armes.

 

La légion Automne, justement, amorçait à ce moment un mouvement en oblique par lequel elle allait venir se porter face aux 6e et 8e division d’infanterie, c’est à dire entre le centre et l’aile droite, de sorte à soulager le flanc de la Magna Draconis qui s’était trop avancée.

 

Cet audacieux mouvement, qui prolongea l’effort de l’armée du Néo-Dominion jusqu’au centre du dispositif, était un paris risqué qui porta rapidement ses fruits.

En effet, affrontant à présent les premières cohortes de la légion Automne, la 8e division d’infanterie dût relâcher un temps son emprise sur le flanc de la légion Draconis, qui était à présent engagée dans une véritable mêlée générale.

Dans la plaine glacée, lanciers et spahis, fusiliers-marins et hastartes, piquiers et grenadiers se livraient en effet un combat sans mercie et sans cohésion. Chaque homme, tenant ferme son carré de terre, défendait sa vie au milieu d’une indescriptible tourmente.

 

L’intervention de la cavalerie du Néo-ominion avait, un temps, permis d’avancer un peu plus sur la droite de l’armée. Mais le concours des deux régiments de Spahis de la brigade de cavalerie du 5e corps avait interrompu cette progression; et par la mousquetade tant que par le vent gelé qui soulevait la neige, un véritable brouillard de guerre s’était levé sur cette portion de la bataille.

 

Si l’aile droite de l’armée de la Garde semblait bien être devenue le pivot des combats, il parut pourtant que le maréchal Pencroff s’en désinteressait. Depuis le mouvement de la légion Automne qu’il avait observé avec une expression de délectation, il arborait un large sourire que ses plus proches camarades reconnurent comme un excellent présage: la messe était dite.

Alors même que dans les rangs de la 9e division la lutte semblait des plus désespérées, le maréchal Pencroff ne semblait plus accorder son attention qu’à l’aile gauche et au centre.

 

Une nouvelle fois, il leva la main, et un officier d’ordonnance se porta auprès de lui.

 

- Pour mon fils, le général Emile ! Notez. Fais battre la charge dans toute la 6e division, et fais-la pivoter sur les lignes de la légion qui est passée auprès d’elle pour soutenir l’assaut de l’aile droite. Ne t’inquiète pas pour tes arrière, je m’en occupe.

 

L’ordonnance, le message écrit à la hâte, salua et disparut au galop.

Le maréchal, toujours souriant, retira son grand manteau noir qu’il jeta à terre et ajusta son bicorne. Puis, tirant une pipe de sa poche, il l’alluma en se tournant vers ses généraux.

 

- Vous n’avez pas idée, messieurs, du nombre d’années pendant lesquelles j’ai attendu ce moment. Ajustez vos chapeaux et vos rubans de queue, nous allons avoir l’honneur de charger.

Annonça–t-il, goguenard.

 

- Charger, excellence ? Avec quel régiment ?

Demanda un des aides de camp.

 

- Mais ma foi… tous, pardieu !

 

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Chapitre 4: Quinze heures

 

Après le mouvement par lequel  la légion Automne avait renforcé de justesse la légion Draconis, les deux légions de l’armée Néo-Dominienne s’étaient retrouvées entièrement engagées contre les 9e et 8e divisions de la Garde qui tenaient l’aile droite du dispositif.

 

Sur l’aile gauche et le centre, les 7e et 6e divisions, qui n’avaient pas reculé, restaient donc pleinement engagées contre la légion de Myr et une partie de la légion Automne.

Après le mouvement offensif par lequel la légion Draconis avait enfoncé la 9e division, une sorte de marche s’était formée dans laquelle la Magna draconis s’était avancée, et dans laquelle le centre Néo-Dominien s’était engagé à sa suite.

 

Hors si par ce mouvement les armées du Néo-Dominion avait réussi à prendre un net avantage sur l’aile droite de la Garde, jusqu’à mettre en grave péril la tenue de l’armée toute entière; elles avaient par ce même élan commis une grave erreur.

En s’enfonçant là où, visiblement, la ligne était la plus molle; les légions Draconis et Automne avaient laissé à la légion de Myr la charge de faire face à deux divisions entières.

 

Cet état de fait n’était, en soit, pas un problème: La légion de myr était en effet réputée pour être une des troupes les plus aguerries, disciplinées et farouches des armées de l’alliance, et elles eurent bien pu tenir des heures entières face aux deux divisions de la Garde sans rompre pour autant.

Non pas que la tâche fut facile, mais à force de sang-froid et d’organisation, cette seule légion pouvait rivaliser sans rougir avec une force bien supérieure à elle, et appliquer le plus méticuleusement du monde un des plus vieux principes militaires: être et durer.

 

Mais à la constance d’un combat en ligne contre les deux divisions de fantassins, le maréchal Pencroff avait caressé l’ambition d’un baroud un peu plus digne des braves qui se battaient sur ce front, et avait mis au point un levier pour renverser le centre de gravité de la bataille.

L’objectif de la manœuvre, paradoxalement, était moins de trouver un prétexte pour une charge épique que de limiter les pertes. 

Le maréchal, s’il avait confiance en les chances de victoire des 6e et 7e divisions, savait pertinemment qu’un combat prolongé contre la légion de myr serait coûteux en hommes et en munitions, gâchis inadmissible si tôt dans la campagne.

 

Il fallait en finir vite et, comme souvent, le maréchal allait jouer pour cela de son instrument favori:

L’assaut.

Plutôt que de laisser les deux divisions d’infanterie s’éroder contre les cohortes de Myr, et contre toute attente, il avait ordonné à son fils, qui tenait l’aile gauche, de dégarnir le centre de la 6e division et de jeter cette dernière sur l’aile droite, dans le flanc de la légion Automne; délaissant la légion de myr.

 

Effectuant au pas de charge ce mouvement de redéploiement sur leur droite, les régiments de la 6e division abandonnèrent en effet le centre du dispositif de la Garde, laissant un trou béant dans les lignes, et isolant la 7e division contre la légion de Myr.

Mais cet apparent abandon, insensé au regard de la brèche immense qu’il créait au milieu même de l’armée de la Garde, allait être le clef d’une victoire éclatante.

Car si une voie était ouverte entre les deux ailes, ce n’était en rien au profit des troupes du Néo-ominion.

Massé derrière la 6e division jusqu’à son redéploiement, rangé en parfait ordre, éclatant, glorieux; 

Le Corps de Cavalerie fit son entrée en scène.

 

Le corps, commandé par le maréchal en personne, comptait alors non moins que 8 régiments de 800 hommes et 800 chevaux. 6 régiments de dragons et 2 régiments de hussards, soit quelques 6400 cavaliers, attendaient l’ordre la main sur le pommeau.

Devant eux, fumant toujours la pipe et la montre en main, le maréchal Pencroff tenait le premier rang de ce formidable fer-de-lance, à la tête du régiment qui portait son nom.

 

L’objectif de toute cette cavalcade: fondre sur la légion de myr, la séparer définitivement de la légion Automne, l’isoler et la rompre; laissant aux 6e, 8e et 9e divisions le soin d’encercler et de battre les légions Draconis et Automne.

Couper l’armée du Néo-Dominion en deux, profiter de l’avantage numérique pour briser sa cohésion, et en finir avec cette bataille avant de perdre trop d’hommes.

 

Et puis dans la poudre, la fumée, les cris et la tourmente; arracher quelque drapeau et sabrer quelque général, afin de jeter têtes et bannières capturées aux pieds du consul.

Charger, sabrer, vaincre… Le maréchal Leva son bicorne, et six-mille poitrines hurlèrent en coeur:

 

- Vive le consul ! Vive l’empire ! 

 

Et la troupe, enhardie, de se lancer au trot.

 

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Chapitre 5: Seize heures

 

La terre, bien que gelée, se mit à trembler.

Malgré le manteau neigeux et le brouillard qui encombrait la vue des légionnaires de Myr, tous comprirent ce que pareil frémissement pouvait signifier, et l’effroi serra vite les poitrines.

 

Dans les colonnes de fantassins myrmidons, un ordre silencieux se répandit comme une traînée de poudre, porté par les légats et centurions qui prenait position avec leurs troupes:

 

- Cavalerie ennemie ! Les piquiers à l’avant !

 

À cet appel, dans une sorte de mouvement mécanique et parfaitement synchronisé, les légionnaires cessèrent immédiatement leurs tirs contre la 7e division de la Garde, et se groupèrent en masses compactes qui devaient se garnir de pics et de lances.

Malheureusement pour les infortunés, malgré toute la cohésion dont était capable les troupes formiques et le méthodisme de leur exécution de l’ordre, celui-ci était parvenu trop tard.

 

Au moment même où les centuries s’ébranlaient pour se garder de l’assaut, la sonnerie de la charge déchira la brume, portée par plusieurs dizaines de clairons.

Le frémissement du sol, déjà, devenait un vrombissement sourd, semblable à celui d’une avalanche ou d’un glissement de terrain.

La lointaine rumeur était devenue une clameur frénétique et terrible, et comme une bête sauvage se dévoilant à sa proie; la cavalerie de la Garde fondit sur la légion.

 

Le choc, au premier rang, fut terrible.

Ouvrant la voie à la tête du régiment de Pencroff-Cavalerie, le maréchal traversa les premiers rangs de myrmidons à brides abattues, bousculant et sabrant tout ce qui se trouvait à sa portée. Il était poussé, dans son élan, par les quatre régiments de dragons qui passèrent au travers des centuries comme une lame rouge dans la neige.

 

Cette masse compacte, brutale et effrénée d’hommes et de chevaux percuta, culbuta, émonda tout sur son passage, pénétrant profondément dans le dispositif formique et traçant dans leur sillage une véritable saignée.

Ils furent suivi, de près, par les quatre régiments de dragons de la division Bonardi, les deux régiments de hussards de la brigade Lasalle et le régiment de Férincs-Cavalerie du colonel Ponticelli. 

 

Partout, dans le brouillard et la tourmente, les cavaliers de la garde bousculaient les formations des légionnaires et brisaient leur cohésion, ne laissant aucune marge aux légats pour réorganiser leur défense; anéantissant chaque début de résistance.

Le chaos, le fracas, la clameur étaient tels que les malheureux fantassins ne savaient ni comment se défendre ni où fuir. Poursuivis l’épée dans les reins, désorientés, ébranlés; certains tentèrent de s’éloigner de l’incohérente masse de hurlements et de chair; pour être immédiatement cueillis par les hussards qui tournaient maintenant autour de la légion comme une nuée de corbeaux.

 

Quand les cavaliers, enfin, furent ralentis par le contact des légionnaires; une invraisemblable mêlée générale débuta, au net avantage des Gardes qui avaient pris dans cette lutte l’ascendant du nombre comme de l’initiative.

Car si les soldats de Myr n’avaient pas leur pareil pour la manœuvre et les actions coordonnées, elles étaient tout à fait dépourvues dès que la chaîne de commandement était rompue.

Toutes se défendirent avec rage, chacune pour elle-même, mais elles ne pouvaient plus que subir le combat qui leur était imposé, et qui était perdu d’avance.

 

Profitant de cette situation et de l’excellente ouverture produite par la cavalerie, la 7e division d’infanterie ne resta pas longtemps spectatrice de cette lutte de titans.

Traversant la plaine au pas de course, l’arme au bras, les colonnes de grenadiers qui étaient restées en réserve derrière les bataillons se jetèrent dans la mêlée, tandis que les voltigeurs entreprenaient déjà de contourner la légion pour la flanquer.

 

Le général Kléber, lui-même, contourna l’affreuse mêlée avec son état-major suivi du 4e régiment de hussards et du 7e régiment de dragons; pour se porter au plus vite sur les arrières de la légion où il espérait trouver le commandement des troupes Néo-Dominiennes.

 

Le légat, les praetors et les tribuns, justement, réussirent de peu à s’extirper de la masse avant d’être éperonnés par un escadron du 2e régiment de dragons, qui avait réussi à s’enfoncer plus loin que les autres. Comprenant que la lutte était perdue, le légat tenta alors de rallier le plus de ses soldats possible autour de lui pour forcer le passage vers la 6e division de la Garde et, espérait-t-il, la légion Automne où il trouverait secours; mais rien n’en fut.

 

Le 4e régiment de hussards, ayant achevé son contournement, se jeta sur le commandement Myrmidon avec rage. Le colonel De Guiche, chef de corps du régiment et vétéran des guerres de coalition; fier hussard au visage balafré et la pelisse rapiécée flottant à son épaule, galopa même bien au-devant de ses propres hommes pour atteindre en premier le petit groupe d’officiers qui reçut de plein fouet l’estocade du brave cavalier.

 

Tentant de s’en défaire, un des praetors fut sabré sur le champ par le colonel, qui reçut à son tour un coup de glaive à l’épaule.

La vue du sang de leur chef ne fit qu’enrager ses cavaliers, qui avalèrent le maigre détachement.

Brutalement privée de commandement, la légion, déjà ébranlée, se défit complètement.

 

En moins d’une heure, dans la plaine, une légion toute entière venait d’être massacrée.

Le corps de Cavalerie et la 7e division de la Garde, de leur côté, accusèrent bien des pertes mais sortirent non moins victorieux et galvanisés.

 

Au milieu des corps, couvert de sang et haletant, le maréchal Pencroff se tourna vers ses hommes. Dans la tourmente, un de ses aides de camp et deux de ses ordonnances avaient été tués; mais le régiment de Pencroff-Cavalerie avait tenu le choc.

 

- Colonel Ronssac !

Appela le maréchal.

 

- Il est mort, monsieur !

Répondit un capitaine de dragons.

 

- Diable, et où est son second ?

 

- Mort aussi, monsieur

 

- Peste ! Et bien vous serez mon messager à présent. Allez dire au général Caulincourt et au général de Pontmercy de porter leurs cavaliers sur la gauche du 6e corps, il est temps de conclure cette bataille ! 

Cria le maréchal, par-dessus le fracas ambiant.

 

Le capitaine, les ordres pris, salua et s’éloigna au galop.

 

Le maréchal se tourna alors la générale Ruminescu, son aide de camp, qui l’approchait au trot, sa jument ensanglantée peinant à avancer dans la neige.

 

- Générale ! Ne nous attardons pas ici ! Envoyez la brigade des hussards de Lasalle poursuivre les derniers survivants de Myr, et faites savoir aux dragons de Bonardi et d’Ornano que la fête n’est pas encore finie ! Les dragons de Dalhamm sont déjà en route pour culbuter les deux dernières légions en combat, emmenons les trois brigades de dragons soutenir au plus vite la 9e division !

Et, sur cette ordre, il piqua de nouveau sa monture pour rassembler ses régiments.

 

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Chapitre 6: Dix-sept heures

 

Si sur l’aile gauche, la bataille semblait presque gagnée; l’aile droite tenait toujours sous une irrésistible pression. Tenant de pied ferme, brûlant toutes leurs cartouches, remplissant la gueule des canons de pierres pour les faire vomir à bout portant sur les légionnaires; les soldats de la 9e division déployaient dans leur lutte toutes les qualités guerrières qui ont fait la renommée de la Garde. 

 

Dans ce véritable baroud d’honneur, le général De la Faye lui même avait été grièvement blessé d’un coup de lance alors que son état-major s’était porté au devant des régiments pour les enhardir. Le général Hulin avait également été touché au crâne par un projectile, et le générale Ferun avait eu sa monture tuée sous lui. Tous trois, pourtant, combattant à présent à pieds, restaient à leur poste.

Et tous trois, comme l’intégralité de leurs hommes, accueillirent avec des hourras de soulagement les clairons qui résonnaient bientôt derrière eux.

 

Le maréchal et ses dragons, en effet, chevauchaient maintenant sur les arrières de la division; prêts à lui prêter main-forte.

 

Du côté des légionnaires, ce renfort impromptu fut accueilli avec consternation, et ne fut encore que la première des mauvaises nouvelles. En effet, quelques minutes plus tard, la nouvelle de l’anéantissement de la légion de Myr parvint aux oreilles de la légate, à qui le terrain avait depuis plusieurs heures déjà voilé cette part du champ de bataille.

 

Dès lors, le champ des possibilités qui s’offraient à elle devint dangereusement restreint, et la victoire qui quelques minutes avant semblait encore à portée de main s’échappa entre ses doigts comme une poignée de sable.

 

Avec l’anéantissement de l’armée de Myr, la Garde allait pouvoir concentrer ses forces sur sa légion et la légion Automne. Pire encore, s’étant maintenant trop enfoncée face à la 9e division, flanquée par sa droite par les 8e et 6e divisions, l’armée du Néo-Dominion courrait maintenant le péril de voir la 7e division de la Garde fondre sur ses arrières. Et pire derechef, les messagers qui lui avaient signalé le sort de la légion de Myr lui indiquèrent également que la Garde semblait avoir engagé sa réserve de cavalerie, qui allait maintenant profiter du chaos ambiant pour s’immiscer partout où elle décèlerait des failles.

 

Pressée sur trois flancs, tenir était devenu impossible, et la destruction de la 9e division de la Garde avait perdu tout intérêt stratégique; la perte d’une seule division ne suffisant plus pour inverser le rapport de force.

Le seul objectif valable, à présent, était de trouver au plus vite une issue permettant de sauvegarder le plus de troupes possible avant d’être entièrement anéantie.

 

Alors que la légate se faisait ces réflexions, elle fut tirée de ses songes par le son strident d’un clairon. Les dragons de la Garde, engageant le combat, venaient d’entreprendre par un vif assaut de délivrer les soldats de la 4e brigade d’infanterie de marine, dont la situation était la plus précaire.

Forts de ce secours, les fantassins de la Garde redoublèrent de hardiesse et se regroupèrent en carrés pleins. Peu à peu, face aux cavaliers et aux fantassins, les légionnaires perdaient pieds et certains centurions commencèrent à organiser le repli pour éviter la déroute qui, dans ces instants de chaos, pouvait se propager comme une trainée de poudre.

 

Le contact, enfin, fut rompu; et les soldats des deux armées s’éloignèrent en s’arquebusant de leurs dernières munitions. 

 

Le maréchal Pencroff, au milieu des cavaliers, se doutait sans mal que l’adversaire allait désormais chercher à se retirer pour conserver sa cohésion et, sans doute, s’adjoindre à quelque armée de renfort à proximité.

Il était cependant hors de question de les laisser s’échapper sans heurts pour les retrouver sur sa route quelques jours plus tard. Il fallait en finir, et enterrer sous le manteau de neige le plus d’ennemis possible.

 

Ses dragons étant encore frais et combatifs, il entreprit alors de faire reformer la division Bonardi en une gigantesque colonne par brigades, la brigade de Férincs en tête suivie des brigades Loreville et Ornano.

 

La légate, depuis le point où elle organisait son repli, ne manqua pas de repérer le mouvement des régiments de cavalerie, qui allaient sans nul doute fondre sur ses cohortes déjà épuisées et désemparées. Sa seule chance, pour s’en garder, était de compter sur la puissance de feu de la 3e Armata, qui avait précédemment été étrillée par l’artillerie et dont les rangs de mages avaient grandement souffert.

 

Malgré les pertes, nombre de ces derniers étaient encore combatifs et ne demandaient qu’à se venger de la pluie d’acier qui les avait jusqu’alors réduit à l’impuissance. Le calcul était cependant risqué, car il exposait cette ressource précieuse qu’étaient les mages. La légate se résolut donc à doubler leurs rangs de cavaliers drakaires de la 4e cohorte de la 1ère Armata, seule troupe montée à avoir échappé à la tourmente jusqu’alors.

 

- Praetor ! Aux ordres !

Cria-t-elle à l’attention d’un de ses officiers

 

- Oui, légate ?

 

- Faites regrouper les mages offensifs avec les cavaliers de la 4e cohorte montée, qu’ils forment une ligne sur nos arrières et qu’ils ralentissent l’adversaire le plus possible pendant que nous nous replions ! Qu’ils épuisent leur mana tant qu’ils peuvent, mais par le ciel qu’ils fassent reculer ces cavaliers ! Si nous sommes entrainés au contact nous serons immobilisés, et leurs rangs se fermeront sur nous ! 

 

Le praetor, ses ordres pris, galopa sans demander son reste.

Malgré la confusion, les unités nécessaires étant restées relativement près du commandement de la légion, la ligne défensive fut formée juste à temps.

 

Dans la plaine, les régiments de la Garde s’avançaient effectivement au pas, puis au trot, dans le no-man’s land de neige qui séparait l’armée en fuite de celle en chasse.

Au devant de ces colonnes d’hommes et de destrier, le sabre à l’épaule, le maréchal observait avec attention le mouvement qui s’opérait devant lui.

 

La vue des montures drakes en face de ses dragons l’obligea à une certaine circonspection qui retardait l’assaut. Il était effectivement hors de question que les cavaliers à cheval ne se heurtent de front à ces immenses lézards et, surtout, aux nombreux mages qui les avaient rejoints.

La charge était retardée, et les soldats de la garde continuaient d’avancer lentement sur les traces de l’ennemi, sans entrer dans le champ d’action des mages.

 

Ils firent pourtant, dans cette étrange interlude, bien des victimes.

Alors que ce qu’il restait des légions Draconis et Automne poursuivaient leur repli, elles laissaient derrière elles des grappes de soldats épuisés, blessés, désemparés qui n’arrivaient plus à suivre le rythme de la retraite et se retrouvaient dans le no man’s land.

 

Les légionnaires de la cavalerie drake et des centuries de mages de guerre qui formaient la ligne d’arrière-garde tentèrent bien d’en sauver le plus possible, mais ils ne pouvaient pas ralentir davantage eux-même, au risque de se trouver isolés.

Impuissants, dépassaient donc leurs camarades dans leur mouvement rétrograde, et assistaient avec horreur à leur massacre méthodique par les cavaliers de la Garde.

 

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Chapitre 7: Fin du jour, tombée de la nuit

 

Le maréchal Pencroff, à la tête de ses six régiments de dragons, poursuivait à pas lent les deux légions Néo-Dominiennes qui abandonnaient à grand peine le champ de bataille.

Sur sa route, il donna l’ordre d’abattre méthodiquement tout soldat ennemi qui tombait entre les mains des soldats de la Garde, et de ne faire aucun prisonnier.

 

Pour la Garde, cet acte bien que cruel tenait moins de la froide vengeance ou de la soif de sang que de la nécessité: éloignée de ses bases, ne disposant d’aucun dépôt ou point de repli, ses vivres et ses munitions étant comptées; il était impossible pour l’armée du Consul de s'embarrasser de prisonniers de guerre que nul n’aurait eu le temps et les ressources de garder.

 

Les ennemis les plus faibles, qui n’avaient pu suivre les légions dans leur repli, étaient alors méthodiquement sabrés.

 

Puis, au bout d’une heure de cette étrange course, considérant qu’il serait trop dangereux de s’éloigner davantage et qu’il n’était plus tactiquement rentable de suivre les deux légions; le maréchal fit cesser la poursuite. Les régiments s’arrêtèrent, jaugèrent une dernière fois l’ennemi, en s’en retournèrent auprès des divisions restées sur le champ de bataille de la Grande Serpentine.

 

Quand les cavaliers arrivèrent, les troupes du 4e et du 5e corps d’armée s’étaient déjà regroupées sur le plateau où, plus tôt, le maréchal avait observé les combats.

 

Alors que le jour commençait à décliner, de grands feux furent allumés de part et d’autre de ce sanglant bivouac, aux rivages encore jonchés de dépouilles à demi recouvertes de neige.

Au sein de chaque division, de grands postes de secours furent assemblés pour accueillir les blessés, procéder aux amputations, effectuer le triage et prodiguer les premiers soins.

Dans la plaine, les soldats les mieux portants relevaient les blessés et fouillaient les havresacs et les gibernes des morts pour en récupérer la poudre, les vivres, les cartouches…

Ici on achevait des chevaux, là empilait des dépouilles; partout la mort était omniprésente.

 

Pour les soldats de la Garde, cela n’avait pourtant rien d’effrayant, même si le spectacle des camarades tombés au combat provoquait toujours le même serrement au coeur. Chacun connaissait le risque, et chacun s’en était, depuis longtemps, accommodé. 

 

Le maréchal lui-même resta songeur un instant, immobile, sa monture arrêtée devant un petit monticule de corps qui marquait l’emplacement d’un carré où, plus tôt, un régiment de la 9e division avait tenu sa position.

Un linceul glacé, déjà, avait recouvert les uniformes et les tâches pourpres; et il lui sembla que dans la pénombre naissante, le monde entier était à présent fait de cendres.

 

Le colonel Coignet, à cet instant, le tira de sa réflexion.

 

- Excellence, un message du consul pour vous.

 

- Qu’est-ce qu’il dit ?

 

- Il vous félicite pour cette victoire, et vous fait savoir qu’il se porte vers nous avec le corps de la Garde Consulaire pour aider au soins des blessés.

 

- Bien. Veillez à ce que les colonels des régiments transmettent leur bilan des pertes et l’état de leurs ressources. Je veux un compte précis des morts, et qu’on fouille les restes de l’ennemi. Nous resterons ici le temps de nous réorganiser. Que les hommes dorment, nous creuserons les tombes demain.

 

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Mot de la fin, note de l'auteur;

 

Si vous êtes arrivé jusque là, merci !

Ce premier récit, comme vous l'aurez compris, est raconté du point de vue de la Garde. Certaines choses pourraient être améliorées, mais je vous garantis que c'est tout un exercice, de faire manœuvrer deux armées aux fonctionnements complexes, à plus forte raison lorsque l'on en maîtrise qu'une ^^

J’espère de pas avoir commis d'affront, même si par nécessité scénaristique, il a parfois fallu faire simple.

 

Comme ça a été mentionné plus haut, l'issue de cette bataille avait été décidée par un lancer de dé: J'ai donc eu de la chance en commençant par une victoire tactique, qui se justifie par le déséquilibre des forces qui s'observe souvent en début de campagne: Les deux armées se cherchent et divisent leurs forces pour avancer. L'avant-garde de l'armée du Néo-Dominion tombe ici sur une des colonnes de la Garde qui, manque de bol, est plus nombreuse.

 

La guerre sera longue encore, et quand ce sera de nouveau mon tour de raconter une bataille, j'aspire à faire mieux que ce premier opus !

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Salut !

 

Je viens ajouter un petit commentaire. Pencroff est le premier de nous quatre à s'être prêté à ce jeu d'écriture, et on peut dire qu'il a mis la barre haute ! Ce premier chapitre nous fait une nouvelle fois démonstration de ses talents d'écriture. Alors quand en plus, tout le déroulé de la bataille est aussi présenté par des illustrations, quel plaisir !

 

Cela date un peu, mais ce fut un exercice intéressant durant lequel nous avons à quatre déroulé la campagne, bougeant chacun notre tour nos forces, et jouant les batailles au dé. Je suis content d'en voir aujourd'hui l'aboutissement !

 

 

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