titi_montagnard Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet (modifié) 호수 신념 (Hosu Sinnyeom) Informations techniques : => Dimensions : 450x450 => Plan du territoire : (ci-dessous) -3040 61 -10500 => Zone de construction : Surface et sous sol => Objectif(s) du projet : décoration / habitation => Personnes responsables du projet : Nerofir, Carnegie_fr, FitchII et titi_montagnard Introduction : À l’origine, ce projet aurait dû être réalisé avant 석룡섬, car il représente en quelque sorte le point de départ du lore coréen que je veux faire sur Nostra et explique une partie de l’histoire de cette ville coréenne réinventée qui se couple à 석룡섬. Cependant, j’ai fait le choix de développer 석룡섬 en premier afin d'améliorer la cohérent de mon rp, aussi bien dans son architecture que dans son identité culturelle. Ce projet vient donc aujourd’hui compléter et approfondir l’univers que j’ai commencé à construire avec 석룡섬. L’objectif derrière ce projet est de créer une véritable interprétation personnelle de la culture coréenne, en mélangeant son héritage historique, ses traditions architecturales et une dimension plus imaginaire liée au lore de Nostra. Le but n’est pas de reproduire simplement un lieu existant, mais de reprendre certains éléments de la culture coréenne pour les réinventer et créer un nouvel environnement avec sa propre identité. Le choix de cette zone est du au lac qui possède une atmosphère particulière qui correspond parfaitement à l’ambiance que je souhaite donner au projet. J’ai trouvé intéressant de pouvoir créer un lieu important pour le développement du lore tout en conservant au maximum le caractère naturel de l’endroit. L’idée est que les constructions semblent avoir trouvé leur place dans cet environnement, plutôt que de venir le remplacer. Le projet sera divisé en deux grandes parties complémentaires. La première partie, située sous terre, sera consacrée au centre de recherche lié à Nostra. Il s’agira d’un complexe de type bunker regroupant les zones de recherche, d’analyse, d’opérations et de stockage. Cette partie sera développée avec Nerofir et aura un rôle dans l’évolution du RP de nos personnages, en servant de point central aux découvertes et aux événements liés à Nostra pour nos personnages. La seconde partie sera située à la surface et prendra la forme d’un village coréen intégré autour du lac. Son objectif sera de sublimer la zone et de créer une véritable identité visuelle autour du projet. Cette partie sera davantage tournée vers l’architecture, l’ambiance et la mise en valeur culturelle du lieu, avec une grande partie de sa réalisation prévue avec Carnegie et Fitch. Une attention particulière sera portée à la préservation de l’environnement naturel. La surface du lac sera volontairement peu modifiée afin de garder son aspect sauvage et paisible. Les ajouts seront principalement liés à l’intégration du village, à la végétation personnalisée et aux éléments permettant de donner une âme au lieu. Comme pour 석룡섬, ce projet restera évolutif. Son histoire, son architecture et ses fonctions pourront évoluer en fonction des découvertes réalisées autour de Nostra et du développement du lore. L’objectif est de créer un lieu vivant, qui grandit avec l’univers. Accord des projets voisins : Visuels du projet : Bunker : Divulgacher Village coréen : Zone du port : Divulgacher Inspiration de la ville de Busan : Zone de la ville principale : Divulgacher Inspiré de Cheonggyecheon à Séoul : Pour les batiments cela est inspiré de Bukchon à séoul : Le manoir bleu : Divulgacher Merci à Xadrow pour les conseils ! Inspiré de la maison bleu à Séoul : Zone agricole et autres : Divulgacher 석룡섬 in game : Divulgacher Roleplay : La rencontre (Rp sur le bunker): Divulgacher Deux semaines après son arrivée sur les terres de Nostra, Nerofir poursuivait ses explorations au-delà des routes fréquentées. Les rumeurs parlaient d'anciennes cités abandonnées, vestiges d'un âge dont personne ne semblait vraiment se souvenir. Pour lui, ces lieux représentaient bien plus que de simples ruines : ils étaient des archives silencieuses, pleines de secrets et un chemin quasi certain vers l'End, ce monde où le vide et la liberté ne faisaient plus qu'un. Ce jour-là, il avait atteint les restes de ce qui avait été, autrefois, une grande cité. Une capitale, peut-être, située en plein cœur de ce qui semblait avoir été le centre névralgique du continent. Une ville immense, grandiose, siège d'échange, de rencontre et de vie. Aujourd'hui, de cette splendeur, il ne restait que des traces. La végétation, les débris recouvraient une bonne partie des axes qui autrefois devaient permettre aux voyageurs et commerçants de se déplacer. Les maisons de pierre, fissurées et envahies de lianes, formaient un labyrinthe silencieux où chaque pas soulevait la poussière des années. Mais ce qui frappait Nerofir, c'était l'état des ruines. Il y avait quelque chose d'étrange ici : entre les bâtiments effondrés, on devinait encore les restes de campements, sommaires, dressés à la hâte. Des barricades improvisées. Des foyers éteints depuis longtemps. Comme si la ville avait été attaquée en plein milieu de quelque chose. Comme si la vie s'y était arrêtée brutalement, en pleine bataille ou en pleine résistance. Et tout autour, à perte de vue à travers les vestiges, on apercevait des bastions plus petits, des cimetières, des structures éparpillées, et tous, tous sans exception, portaient la même signature. Les mêmes pierres, taillées de la même façon. Les mêmes motifs gravés sur les linteaux. La même main, la même civilisation, partout. Comme si un peuple entier avait recouvert cette terre, puis s'était évaporé. Ce silence à la fois lourd et évocateur, d'un coup, fut rompu. Des bruits, un combat ? Nerofir n'avait pas vu de "monstre" depuis son arrivée mais la lune venait d'apparaître, c'était l'heure. Il s'approcha, tel le vent entre les feuilles, rapide, léger, seul ses yeux pouvaient laisser trahir sa présence. Se rapprochant les bruits devinrent plus nets, plus forts, il ne faisait plus de doute, quelqu'un défendait sa vie. Quelques dizaines de mètres plus loin Nerofir s'arrêta, il était là, le malheureux qui se battait pour avoir une chance de rentrer chez lui ce soir. Au centre de la rue, face à quatre créatures difformes sorties des profondeurs des ruines, se tenait un jeune homme dont la prestance détonnait avec la sauvagerie du combat. La vingtaine à peine entamée, il portait en lui cet héritage particulier des demi-elfes : des traits humains adoucis par une finesse plus ancienne, des oreilles légèrement effilées dépassant à peine d'une chevelure blonde, mi-longue, qui collait à son front en mèches humides de sueur. Ses yeux clairs, d'un bleu pâle presque lumineux dans la pénombre des ruines, balayaient le champ de bataille avec une concentration glaciale, sans la moindre trace de panique. Son armure trahissait à la fois une certaine noblesse et un pragmatisme évident. Pas une de ces lourdes plates qu'arborent les chevaliers des grandes maisons, non. Un harnois plus léger, taillé pour la mobilité : un plastron d'acier ciselé, orné en son centre d'un emblème doré dont Nerofir ne reconnaissait pas le blason, des spallières fines mais solides, et par-dessus l'ensemble, une cape claire, élimée par les voyages, qui flottait à chacun de ses déplacements comme une seconde lame. Aux jambes, des cuissards renforcés de cuir et de métal lui laissaient assez d'amplitude pour ces esquives qui semblaient relever de la danse autant que du combat. Mais ce qui retint le plus l'attention de Nerofir, c'étaient ses armes. Le jeune homme se battait à deux épées, et tout en elles semblait raconter deux histoires opposées. Dans sa main droite, une épée longue à la garde dorée, finement ouvragée, captait par moments les rares éclats de lune qui perçaient entre les façades effondrées. La lame, elle, brillait d'une lueur singulière, ni reflet ni feu, mais une clarté discrète, presque sacrée, qui semblait émaner de l'acier lui-même. Une arme bénie, faite pour protéger autant que pour trancher. Dans sa main gauche, à l'inverse, une seconde lame, plus courte, plus brutale, d'un noir profond qui semblait avaler la lumière au lieu de la renvoyer. La garde, sobre, presque austère, ne portait aucun ornement superflu. L'acier, si tant est qu'il s'agissait d'acier, paraissait par instants traversé de veines plus sombres encore, comme si la lame elle-même respirait. Une arme forgée pour tuer, sans détour, sans cérémonie. Deux épées. Deux héritages. Et entre les deux, ce jeune homme qui semblait savoir manier l'une comme l'autre avec une aisance déconcertante. Le combat était bien engagé, deux créatures de plus que Nerofir n'avait pas vu au premier coup d'œil gisaient déjà au sol. Le jeune homme se déplaçait vite. Très vite. Ses mouvements étaient précis, économes, presque méthodiques. Il ne frappait jamais inutilement, ne s'exposait jamais plus que nécessaire. Chaque esquive créait une ouverture, chaque ouverture se transformait en attaque. La lame claire détournait, la lame sombre achevait. Une troisième créature venait de perdre la tête et s'effondrait sans un bruit. La quatrième créature s'effondra dans un dernier râle, la lame sombre fichée dans sa gorge avant d'en ressortir d'un geste sec. Le silence retomba sur les ruines, à peine troublé par la respiration lourde du jeune homme et le frémissement du vent dans les lianes. Il resta un instant immobile, ses deux épées baissées, observant les corps autour de lui comme pour s'assurer qu'aucun ne se relèverait. Nerofir, lui, n'avait pas bougé. Quelque chose le retenait. Quelque chose dans cette lame noire, dans cette manière qu'elle avait d'absorber la lumière, dans ces veines plus sombres qui semblaient courir sous sa surface… Il avait déjà vu ça. Il en était certain. Pas cette épée précise, non, mais ce style. Cette forge. Ce langage de l'ombre. Et il n'y avait pas que la lame. Il y avait aussi cette manière de se battre, à deux épées, une claire et une sombre, complémentaires, presque rituelles dans leur dialogue. Un style rare. Trop rare pour être un hasard. Un souvenir flou, ancien, refusait de remonter clairement à la surface. Une silhouette ? Un nom ? Un lieu ? Impossible de dire. Mais il avait croisé ça quelque part, dans une vie ou dans une autre, et son instinct, lui, ne mentait jamais. Sa main se posa lentement sur la garde de sa propre arme. Il s'avança, sans se cacher cette fois. Le bruit de ses pas sur la pierre fissurée fit redresser la tête du jeune homme, qui pivota dans sa direction avec une vivacité immédiate, les deux lames remontées en garde dans un même mouvement fluide. Ses yeux clairs accrochèrent ceux de Nerofir, à travers la pénombre, sans ciller. - Cette épée. La noire. Et ce style. À deux lames. D'où tu les tiens ? La voix de Nerofir avait porté sec dans le silence des ruines. Pas d'agressivité ouverte, mais aucune chaleur non plus. Une question qui n'en était pas vraiment une. Le jeune homme ne répondit pas. Il ajusta sa garde, sans un mot, ses doigts se resserrant simultanément sur les deux gardes. Son visage s'était fermé, ses traits durcis, mais Nerofir crut deviner quelque chose d'autre dans ses yeux, quelque chose qui ressemblait à de la douleur, brève, vite chassée. - Je n'ai pas envie de me battre, finit par dire le jeune homme. Sa voix était plus posée qu'on aurait pu l'attendre. Plus jeune aussi, peut-être. Passe ton chemin. - Réponds à ma question, et je passerai mon chemin. Pas de réponse. Juste un silence tendu, et le vent qui s'engouffrait entre les pierres. Nerofir tira son arme. Le premier échange fut bref, presque exploratoire. Nerofir attaqua le premier, une feinte basse suivie d'un coup remontant que le jeune homme dévia sans difficulté avec sa lame claire. Mais déjà, quelque chose clochait. La parade avait été nette, mais la riposte... n'était jamais venue. La lame sombre, pourtant idéalement placée pour ouvrir le flanc de Nerofir, était restée en garde, immobile. Étrange. Nerofir enchaîna. Une série de coups rapides, montant la pression, cherchant à faire céder la garde adverse. Le jeune homme reculait, esquivait, parait, toujours avec cette même économie de mouvements qu'il avait montrée contre les créatures. Mais là encore, à plusieurs reprises, Nerofir sentit qu'il s'exposait. Qu'il offrait une ouverture. Et à chaque fois, rien. La lame sombre se levait, hésitait peut-être une fraction de seconde, et redescendait sans frapper. Les minutes s'étirèrent. Le combat n'était pas un duel à proprement parler. C'était autre chose. Nerofir attaquait, le jeune homme se défendait. Toujours. Uniquement. Ses esquives étaient brillantes, ses parades précises, son jeu de jambes admirable, mais jamais, pas une seule fois, il ne porta un coup qui aurait pu blesser réellement Nerofir. Quelques pommeaux pour repousser, quelques plats de lame pour déséquilibrer, mais rien de tranchant. Rien de mortel. Pourquoi ? La question commençait à tourner dans la tête de Nerofir, parasite, agaçante. À deux reprises encore, il s'exposa volontairement, baissant sa garde d'un côté pour voir. Pour comprendre. Et à deux reprises, la lame sombre, celle qui aurait dû le percer sans effort, resta en suspens, refusant l'ouverture qu'on lui offrait. Comme si quelque chose, dans le jeune homme, refusait de tuer. Soit. Tant pis pour lui. Nerofir changea de rythme. Il cessa d'attaquer en force et se mit à danser, plus léger, plus vif, jouant sur sa propre agilité plutôt que sur la puissance. Il enchaîna trois feintes successives, deux hautes, une basse, et au moment où le jeune homme engagea sa lame claire pour parer la dernière, Nerofir pivota brusquement, son arme décrivant un arc latéral qui vint frapper la lame sombre de plein fouet, en pleine garde, dans un angle que personne n'aurait pu tenir. L'épée noire s'arracha des doigts du jeune homme et alla rebondir bruyamment quelques mètres plus loin, dans la poussière des ruines. Le jeune homme eut un instant de stupeur... bref, mais suffisant. Nerofir enchaîna sans lui laisser le temps de récupérer : un coup d'épaule dans le plastron, jambe en crochet, et le jeune homme bascula en arrière, dos contre la pierre. Sa lame claire échappa à demi à sa prise, retomba à côté de lui sans qu'il ait le temps de la relever. En une seconde, la pointe de l'épée de Nerofir reposait contre sa gorge. Le jeune homme ne bougea plus. Sa respiration était courte, saccadée. Ses yeux clairs, levés vers Nerofir, ne montraient ni colère, ni supplication. Juste une étrange acceptation, posée, presque douce. Comme s'il avait toujours su que ce moment viendrait, d'une façon ou d'une autre. Comme s'il l'attendait, peut-être, depuis bien plus longtemps que cette nuit. Le jeune homme ne dit rien. Il ferma simplement les yeux. Lentement. Sa respiration ralentit, son corps se relâcha contre la pierre froide. Il acceptait. Il attendait. Mais rien ne vint. Pas de douleur. Pas de tranchant qui s'enfonce. Juste le poids constant de la lame contre sa gorge, immobile, et le souffle régulier de l'homme qui la tenait. Il rouvrit les yeux. Nerofir était toujours là, penché au-dessus de lui, l'épée fermement appuyée contre son cou. Mais il ne frappait pas. Il restait là, suspendu, le regard plongé dans celui du jeune homme, comme s'il cherchait quelque chose. Une réponse. Une raison. - Mais... pourquoi tu ne fais rien ? souffla le jeune homme, le front plissé d'incompréhension. Tue-moi. Tu as gagné. La pression de la lame contre sa gorge se fit soudain plus forte. Nerofir avait appuyé, juste assez pour rappeler qui tenait la vie de l'autre entre ses mains. Son visage s'était durci, et quand il parla, sa voix avait pris un tranchant nouveau, presque irrité. - Pourquoi... toi, tu ne m'as pas blessé ? Il marqua une pause, ses yeux cherchant ceux du jeune homme. - Je t'ai laissé des ouvertures. Plusieurs. Tu les as vues, je le sais, un combattant comme toi ne pouvait pas les manquer. Alors quoi ? Tu me sous-estimes, c'est ça ? Tu t'es dit que j'étais pas une vraie menace, que tu n'avais pas besoin de me toucher ? Le jeune homme soutint son regard. Il n'y avait pas de défi dans le sien, juste une étrange tranquillité, malgré la lame qui pressait toujours sa peau. - Non. Il déglutit, prudemment, conscient du métal contre sa gorge. - Ce serait contre ma foi intérieure de blesser quelqu'un. Même quand ma vie en dépend. Surtout quand ma vie en dépend, peut-être. Je ne blesse pas les gens. Quelque chose vacilla dans le regard de Nerofir. Une fraction de seconde, à peine. Pas assez pour que la lame bouge, mais assez pour que le jeune homme le perçoive. Un long silence. - Ton nom, finit par dire Nerofir, plus bas. Et ne mens pas. - Nielas. Une hésitation. Puis, à voix plus basse, presque comme une confession : - Nielas Montagnard. Montagnard. Le mot frappa Nerofir avec une force qu'aucune lame n'aurait pu égaler. Quelque chose se figea en lui. Tout autour, les ruines, le vent, les corps des créatures, tout s'éloigna brusquement, comme étouffé par un voile. Montagnard. Le souvenir flou qu'il cherchait depuis le début du combat, la lame noire, le style à deux épées, ces gestes qu'il avait l'impression d'avoir déjà vus, tout se mit en place d'un seul coup, avec une netteté presque douloureuse. Titi. Titi Montagnard. Ces nuits passées épaule contre épaule sous des cieux qu'il ne reverrait sans doute jamais. Ces batailles où ils s'étaient affrontés, jeunes, fougueux, avant même de se connaître vraiment, avant que les circonstances ne les jettent dans le même camp. Ces autres batailles, plus tard, où ils s'étaient battus côte à côte, où la lame sombre de Titi avait sauvé la vie de Nerofir plus de fois qu'il ne savait les compter. Le rire de Titi près d'un feu de bivouac. Sa voix grave qui chantait faux. Sa loyauté entière, totale, désarmante. Son ami. Un de ces rares amis qu'on garde une vie entière, même quand les routes vous séparent pour des années. Et il avait là, sous sa lame, dos contre la pierre, le fils de cet ami. Nerofir ferma les yeux une seconde. Quand il les rouvrit, quelque chose avait changé dans son visage. La dureté n'avait pas tout à fait disparu, mais elle s'était voilée d'autre chose. De la stupeur. Du regret, peut-être déjà. Lentement, très lentement, il retira sa lame du cou du jeune homme. Le métal s'éloigna de la peau dans un raclement infime, et Nerofir recula d'un pas, puis d'un autre. Il abaissa son arme, la garda à son côté sans la rengainer encore, mais le danger immédiat avait disparu. Il regarda Nielas, le fils de Titi, toujours allongé contre la pierre, et secoua doucement la tête, plus pour lui-même que pour l'autre. - Si j'avais su... Sa voix s'était cassée quelque part dans la gorge. Il dut s'éclaircir avant de continuer. - Si j'avais su qui tu étais, je n'aurais jamais levé ma lame sur toi. Jamais. Il fit un pas en arrière, comme pour donner à Nielas l'espace de se relever, et désigna d'un mouvement de tête la lame sombre qui gisait quelques mètres plus loin dans la poussière. - Cette épée. Je la reconnais maintenant. Je l'ai vue trop de fois pour ne pas la reconnaître. Et ton style à deux lames... c'est lui qui te l'a appris, n'est-ce pas ? Ton père. Un silence. - Titi Montagnard. C'est ton père. Ce n'était pas vraiment une question. Nielas baissa les yeux un instant, le regard posé sur la pierre fissurée à côté de lui. Quand il releva la tête, son visage portait quelque chose de plus dur. Plus amer aussi. - Malheureusement, oui. C'est bien lui qui m'a appris ce style. C'est lui qui m'a mis la première épée en main quand j'avais à peine la taille pour la soulever. Un silence. Il posa une main sur la pierre pour se redresser à demi, lentement, gardant un œil prudent sur Nerofir mais comprenant désormais qu'il n'avait plus rien à craindre. Sa voix se fit plus sourde. - Mais contrairement à lui, moi, je ne tue personne. Je ne suis pas... ce qu'il est devenu. Je ne suis pas un monstre. Le mot tomba lourd entre eux. Nerofir ne réagit pas tout de suite, mais quelque chose dans son regard se figea. Une ombre. Il savait, lui, ce que ce mot recouvrait vraiment, bien plus que ce gamin ne pouvait l'imaginer. Mais il laissa passer. Ce n'était pas le moment. Nielas, lui, fronça les sourcils, comme si une question plus pressante venait soudain de remonter en lui, écrasant tout le reste. - Mais... comment connaissez-vous mon père ? Comment vous connaissez ce nom ? Nerofir le regarda longuement avant de répondre. Il finit par rengainer son épée d'un geste lent, presque fatigué, et s'approcha pour s'asseoir à quelques pas de Nielas, sur un bloc de pierre brisé. Le combat semblait soudain bien loin. - Ton père et moi, on s'est croisés plus de fois que je ne saurais le dire. La première, c'était sur un champ de bataille, on était dans des camps opposés. Il était jeune, fougueux, terriblement doué. Et moi pas beaucoup plus vieux. On s'est affrontés ce jour-là, et aucun de nous n'a pris le dessus. C'est rare. Ça crée une forme de respect, ce genre de chose. Il eut un petit rire bref, sans vraie joie, perdu dans le souvenir. - Plus tard, les vents ont tourné. On s'est retrouvés du même côté, sur d'autres batailles. Et là, on s'est battus ensemble. Côte à côte. Et je peux te dire une chose, Nielas : sur un champ de bataille, ton père était l'homme le plus droit que j'aie jamais connu. Toujours prêt à se mettre en travers d'une lame pour un compagnon. Toujours le premier à charger, et le dernier à reculer. Il a sauvé ma vie plus de fois que je n'ai sauvé la sienne, et pourtant je m'y suis essayé. Il s'arrêta, observa Nielas un instant. - Et il parlait de toi. Souvent. Plus souvent qu'il ne parlait de lui-même. Il parlait d'un fils qu'il voulait voir grandir, d'une femme qu'il aimait. Tu étais son point d'ancrage. Le seul, je crois. Nielas l'avait écouté sans bouger. Mais à mesure que les mots tombaient, quelque chose s'était mis à se fissurer dans son expression. Sa mâchoire s'était serrée. Ses yeux clairs s'étaient durcis, mais d'une dureté qui tremblait, comme si elle dissimulait autre chose en dessous. - Alors vous avez connu mon père, dit-il enfin, la voix basse. Le vrai. Celui d'avant. Il détourna le regard, posa les yeux sur sa lame claire, là, à côté de lui dans la poussière. - Parce que celui que j'ai connu, moi, je ne le vois plus depuis longtemps. Un jour il est parti. Il a dit qu'il revenait. Il n'est jamais revenu. Il nous a lâchés, ma mère et moi. Il a choisi son... ses obligations, ses guerres, je ne sais même pas quoi exactement, plutôt que nous. Et depuis, plus rien. Quelques messages vagues par l'intermédiaire d'un autre. Des silences. Des non-dits. Alors si vous me parlez d'un homme droit, admirable, je veux bien vous croire, mais ce n'est pas l'homme qui m'a abandonné. Sa voix se cassa légèrement sur le dernier mot. Il se reprit aussitôt, releva la tête, comme s'il refusait de laisser entendre la fissure. Nerofir ne répondit pas tout de suite. Il observait Nielas avec une attention particulière maintenant, comme s'il essayait de mesurer ce qu'il pouvait dire, et ce qu'il devait taire. Lui-même savait des choses que ce gamin, manifestement, ignorait encore. Il avait entendu parler, dans certains cercles bien spécifiques, de ce qui était arrivé à Titi. Un combat. Un démon. Une frontière franchie. Un homme qui n'était pas tout à fait revenu de l'autre côté. Mais lui annoncer ça maintenant, à un fils qui croyait simplement avoir été abandonné par lâcheté... non. Pas ce soir. Pas comme ça. Le poids était trop lourd, et Nerofir n'avait pas le droit de le poser là, sur les épaules du jeune homme, en plein milieu de ruines, sans préparation. Il choisit ses mots avec précaution. - Tu sais, Nielas... ton père n'est pas parti par choix. Pas comme tu le crois. Le jeune homme releva brusquement la tête. - Quoi ? - Il s'est passé quelque chose. Sur un champ de bataille. Quelque chose de... grave. Je n'étais pas là ce jour-là, mais j'en ai entendu parler depuis, par ceux qui y étaient. Ton père a failli y rester. Il a failli mourir, Nielas. Et ce qui l'a ramené... ce qui l'a maintenu en vie... ce n'était pas un simple soin. C'était autre chose. Quelque chose qui l'a changé. Nielas s'était figé. Son souffle s'était fait plus court. - Changé comment ? Nerofir prit son temps. Il fixait un point sur la pierre, entre eux, comme s'il cherchait à formuler quelque chose qui ne pouvait pas vraiment l'être. - Je ne peux pas tout te dire. D'abord parce que je ne sais pas tout moi-même, juste ce qui m'est revenu aux oreilles. Et ensuite parce que ce genre de choses, ce n'est pas à moi de te les apprendre. C'est à lui. Mais ce que je peux te dire, c'est ceci : l'homme qui est resté dans le Nether n'est pas exactement celui qui en est parti. Quelque chose s'est... déplacé en lui. Quelque chose qui rend les retours impossibles. Pas par lâcheté. Pas par désintérêt. Par nécessité. Il leva enfin les yeux vers Nielas. - Si ton père ne revient pas, ce n'est pas parce qu'il ne veut pas. C'est parce qu'il ne peut pas. Et si tu savais ce que ça lui coûte, je pense que tu le verrais autrement. Nielas avait pâli. Ses mains s'étaient crispées sur la pierre. - Vous... vous voulez dire qu'il est blessé ? Malade ? - Pas tout à fait. C'est plus compliqué que ça. Et c'est précisément pour ça que je ne veux pas t'en dire plus ce soir. Je ne veux pas te donner des bribes qui te feraient imaginer pire, ou peut-être mieux, que ce qui est vraiment. Ce que tu as besoin de savoir, pour cette nuit, c'est qu'il pense à toi. Toi et ta mère, vous êtes ce qu'il a de plus précieux. Le seul ancrage qui lui reste vers... vers ce qu'il était. Et tout ce qu'il fait là-bas, tout, il le fait avec cette idée en tête. Un long silence retomba entre eux. Nielas avait baissé les yeux. Ses doigts, machinalement, étaient venus se poser sur la pierre froide. - Pourquoi il ne nous écrit pas directement, alors ? murmura-t-il. Pourquoi toujours ce... cet intermédiaire, ces phrases creuses ? Si c'est vrai ce que vous dites, pourquoi il ne nous le dit pas lui-même ? - Parce qu'il ne peut pas, je pense. Pas comme avant. Pas comme tu te le rappelles. Là où il est, ce qu'il est devenu... ça ne lui laisse pas beaucoup de marge. Il a des troupes à diriger, des fronts à tenir, et... autre chose, encore. Quelque chose qui le tient. Si je connais bien Titi, il préfère encore que tu le détestes en pensant qu'il vous a lâchés, plutôt que tu t'inquiètes pour lui ou que tu cherches à le rejoindre. Surtout que tu cherches à le rejoindre. Ton père est de ce genre d'hommes. Il portera tout seul, jusqu'au bout, plutôt que de poser un seul gramme du fardeau sur ceux qu'il aime. Le mot "rejoindre" avait pris un poids particulier dans sa voix. Comme un avertissement à peine voilé. Nielas le remarqua, sans tout à fait comprendre pourquoi. - Vous parlez comme si c'était dangereux de le voir. Nerofir ne répondit pas tout de suite. Il finit par hausser légèrement les épaules, prudent. - Le Nether est dangereux, Nielas. Pour tout le monde. Et certains lieux changent les gens. C'est tout ce que je dirai. Nielas eut un petit rire. Court, sans joie. - Ça ressemble à ce que ma mère dit de lui. Avant qu'il parte, je veux dire. Avant que tout change. Elle dit qu'il n'est plus l'homme qu'il était. Qu'il s'est... transformé. Je croyais qu'elle parlait de son caractère. De son cœur. Mais à vous entendre, on dirait qu'elle voulait dire autre chose. Le regard de Nerofir s'attarda sur le jeune homme. Il ne confirma pas. Il ne nia pas. Il laissa simplement le silence répondre à sa place, ce qui, en soi, était une réponse. - Ta mère est une femme sage, finit-il par dire. Plus sage que beaucoup. Si elle a choisi de ne pas tout te dire, c'est sans doute qu'elle avait ses raisons. Je ne vais pas défaire ce qu'elle a construit avec toi en une nuit. Nielas leva les yeux vers lui. Il y avait quelque chose de nouveau dans son regard, maintenant. Une appréhension qu'il n'arrivait pas tout à fait à nommer. Une intuition, peut-être, que la vérité qu'il poursuivait depuis des années n'était pas celle qu'il avait imaginée. Que l'homme qu'il avait passé tant de temps à détester n'était peut-être pas exactement celui qu'il fallait détester. - Et vous... qui êtes-vous, exactement ? Pour le connaître si bien. Pour parler de lui comme ça. - Nerofir. C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour l'instant. Un vieil ami de ton père. Un de ceux qui ont partagé du sang séché et des feux de bivouac avec lui, et qui en gardent quelque chose. C'est suffisant ? Nielas hocha lentement la tête. Il observa Nerofir, comme s'il essayait de superposer ce visage à tous les fragments de récit qu'il venait d'entendre, pour voir s'ils tenaient ensemble. Et apparemment, ils tenaient. - Comment il était, demanda-t-il à voix basse. Avant. Avant ce... ce qu'il s'est passé. Nerofir prit son temps avant de répondre. Il regardait au loin, vers les façades brisées des ruines, mais ses yeux ne voyaient plus vraiment les pierres. Ils voyaient autre chose. Un autre temps. - Bruyant. Il riait fort. Il chantait faux et il en était fier. Il était le premier à partager sa ration, le premier à monter la garde quand les autres dormaient. Il avait cette façon de te regarder droit dans les yeux quand il te parlait, pas pour t'intimider, juste parce que pour lui, parler à quelqu'un sans le regarder, c'était lui manquer de respect. Il marqua une pause, comme si la mémoire elle-même pesait. - Et sur le champ de bataille, c'était un démon. Mais un démon de notre côté. Tu sais, ces hommes qui font tourner le cours d'une bataille à eux seuls ? Il en faisait partie. Pas par soif de sang, je tiens à le préciser. Par devoir. Parce qu'il pensait que s'il ne le faisait pas, lui, quelqu'un d'autre devrait le faire à sa place, et il refusait que ce soit un autre. Il prenait toujours le poids le plus lourd. Toujours. Le mot "démon" avait glissé entre eux sans que Nerofir ne le souligne. Mais il y avait dans sa voix, à cet instant précis, quelque chose qui suggérait que le mot, peut-être, n'avait pas toujours été qu'une image. Nielas n'avait pas bougé. Il écoutait, mais quelque chose dans son expression s'était creusé. Comme s'il découvrait un homme qu'il n'avait jamais connu, et qu'il regrettait soudain de ne pas l'avoir connu. - Alors pourquoi ? finit-il par souffler. Pourquoi il nous a quittés ? Si c'était ça, l'homme qu'il était... pourquoi il a choisi autre chose que nous ? — Il ne vous a pas choisi autre chose, Nielas. Je te l'ai dit. Quelque chose est venu le chercher, lui, et il a fait le choix qu'il pensait être le moins pire, pour vous. Le rester loin, c'était sa façon de vous protéger. Crois-moi, si tu savais de quoi. Il marqua une pause, et son regard se voila une seconde, comme s'il avait failli en dire plus, et s'était retenu juste à temps. - Le reste... le reste, ça sera à lui de te le dire. Un jour. Quand il pourra. Si ce jour vient. Le vent passa dans les ruines, soulevant un peu de poussière entre eux. Quelque part au loin, un cri d'oiseau de nuit déchira le silence. Nielas baissa la tête. - Je ne sais même pas si j'ai envie de le revoir, murmura-t-il. Et en même temps... c'est la seule chose à laquelle je pense, certains soirs. Nerofir hocha lentement la tête. Il comprenait. Il comprenait mieux qu'il n'aurait su le dire, et plus encore, il savait que ce souhait, s'il se réalisait un jour, ne donnerait pas à Nielas ce qu'il en attendait. Pas l'homme qu'il cherchait. Pas tout à fait. Mais ce n'était pas à lui de le briser ce soir. - C'est ce que c'est, d'être un fils. Tu n'as pas à savoir. Tu as juste à vivre avec. Nerofir laissa échapper un léger sourire, le premier de la nuit, peut-être. Un sourire fatigué, mais sincère. - Mais qui sait... peut-être qu'un jour tu le reverras. Le destin se moque souvent de ce qu'on croit savoir, et la vie a une drôle de manière de remettre les gens sur le même chemin quand on s'y attend le moins. Toi seul peux savoir ce qui est écrit pour toi. Il marqua une pause, et son regard glissa autour d'eux, sur les façades effondrées de la cité, sur les restes de campements improvisés qui parsemaient les rues, sur les barricades brisées et les foyers éteints qui racontaient encore, à qui savait les lire, l'histoire d'une attaque interrompue en plein milieu. - Et en parlant de destin, justement... que faisais-tu dans ces ruines, toi, cette nuit ? Tu n'as pas l'allure d'un chasseur de trésors ordinaire, et je doute que tu sois là pour ferrailler avec des créatures dans le noir par simple goût du sport. Il regarda Nielas plus attentivement. - Je pense que si nos chemins se sont croisés ce soir, ce n'est pas un hasard. Mais avant de te dire ce que j'en pense, j'aimerais entendre ce que toi, tu cherches ici. Nielas, qui avait fini par se redresser complètement, jeta un coup d'œil autour de lui. Il ramassa sa lame claire d'un geste assuré, marcha quelques pas pour récupérer sa lame sombre dans la poussière, et les rangea l'une après l'autre, la claire à droite, la sombre dans son dos. Quand il revint vers Nerofir, son visage avait changé. Quelque chose s'y était allumé. Une passion, peut-être. Ou une obsession. - Je fais des recherches. Il s'assit en face de Nerofir, sur une pierre tombée, et désigna d'un geste large l'ensemble des ruines autour d'eux. - Tout ça... ce n'est pas qu'une vieille cité abandonnée. C'est plus que ça. J'en suis convaincu. Et je ne suis pas le seul à m'être posé la question, mais à ma connaissance, je suis l'un des rares à vouloir vraiment chercher. Il prit une inspiration, comme si le sujet le ramenait à lui-même, à cette part de lui que sa mère avait éveillée et que l'Académie avait nourrie. - Vous avez parcouru Nostra. Vous avez dû le remarquer, vous aussi. Cette ville-ci est en plein centre du continent. C'était une capitale, j'en suis sûr. Et vous avez vu les campements, les barricades, les foyers qu'on dirait éteints à la hâte ? Cette ville n'a pas été abandonnée. Elle a été attaquée. En plein milieu de quelque chose. Et personne, dans aucune chronique que j'ai pu consulter, ne sait par qui. Ni quand exactement. Il se pencha en avant, et sa voix se fit plus basse, plus intense. - Et ce n'est pas tout. Tout autour de cette cité, à travers le continent, il y a des bastions, des cimetières, des petites structures éparpillées. À première vue, on dirait des sites sans rapport. Sauf qu'ils ont tous, sans exception, été construits par la même civilisation. Les mêmes pierres taillées de la même façon. Les mêmes motifs gravés. Les mêmes matériaux. Il insista sur les derniers mots, et sa voix se fit plus technique, plus passionnée. - C'est d'ailleurs par là que je suis entré dans ces recherches, à la base. Par la pierre. La roche, c'est mon premier langage, celui que mon père m'a appris à lire avant même que ma mère ne m'apprenne les lettres. À l'Académie, on a affiné cette discipline, mais le don, il était là avant. Et ces pierres-là, celles de cette civilisation, elles ne ressemblent à rien de ce qu'on extrait aujourd'hui à Stendel ou ailleurs. Ni la composition, ni la façon dont elles sont travaillées, ni les veines internes, j'ai fait des coupes, des prélèvements, des comparaisons. Ces gens-là savaient des choses qu'on a oubliées. Sur la roche, sur le métal, peut-être même sur ce que la terre cache en dessous. Et plus j'avance, plus je suis convaincu qu'on est passés à côté de quelque chose d'énorme. Il esquissa un geste vers son sac, posé un peu plus loin contre un pan de mur. - J'ai des carnets. Des relevés. Des croquis. J'essaie de croiser ce que je trouve d'un site à l'autre. Il y a des symboles sur les murs intérieurs d'une chapelle effondrée, plus loin, qui se retrouvent exactement à l'identique dans un bastion à plusieurs centaines de lieues d'ici. Exactement à l'identique. Ces lieux se parlaient entre eux, ils étaient connectés, ils formaient un tout. Et je veux savoir ce que c'était. Je veux savoir ce qui leur est arrivé. Parce que j'ai la conviction, ne me demandez pas d'où elle vient, je ne saurais pas l'expliquer, que tout ça est lié à quelque chose de bien plus grand. Quelque chose d'ancien, et qui n'est peut-être pas fini. Nerofir l'écoutait sans l'interrompre, le visage attentif, presque grave. Quand Nielas eut fini, il resta silencieux un long moment, hochant doucement la tête, comme s'il rassemblait ses propres pensées. - Je vois. Il dit ce mot avec un poids particulier, et son regard se perdit à nouveau dans les ruines avant de revenir sur Nielas. - Je vois, parce que tu n'es pas le seul à avoir cette conviction. Je l'ai, moi aussi. Pas pour les mêmes raisons, peut-être, et sans doute pas avec le même angle que toi, mais l'intuition, oui, l'intuition est la même. Il se passe quelque chose sur ces terres. Quelque chose que personne ne nomme, mais que tout le monde semble vouloir éviter de regarder en face. Ces ruines abandonnées, ces silences dans l'histoire, ces lieux où le temps a comme... sauté. Tu as raison de chercher. Et tu as raison de penser que c'est lié à quelque chose de plus grand. Il se pencha à son tour vers Nielas, et sa voix prit une autre tonalité, plus directe, plus sérieuse. - Mais je vais te dire ce que moi, je suis venu chercher sur Nostra. Pas tout, pas ce soir. Disons que je cherche, moi aussi, à comprendre. À comprendre des choses qui dépassent de loin une simple curiosité. Et depuis que je suis arrivé, deux semaines déjà, j'ai un problème : je n'ai trouvé personne. Personne à qui faire confiance. Personne qui ait à la fois la compétence, la rigueur, et ce qui est plus rare encore, la droiture nécessaire pour avancer dans ce genre de quête sans la détourner pour son propre compte. Il regarda Nielas droit dans les yeux. - Et voilà que je tombe, dans des ruines, sur le fils d'un homme à qui je confierais ma vie sans hésiter. Un fils qui, en plus, refuse de blesser même celui qui le menace de mort. Un fils qui cherche, lui aussi, à comprendre ce que personne ne veut comprendre. Tu me parles de destin tout à l'heure, Nielas ? Eh bien moi, je commence à croire qu'il y a quelque chose là-dedans. Nielas le regardait sans rien dire, mais ses yeux clairs s'étaient éclairés. Quelque chose vibrait dans son expression, la même chose, peut-être, qui l'animait quand il parlait des inscriptions et des symboles. Une faim. Une faim de comprendre, et peut-être aussi une faim de ne plus être seul à chercher. - Je crois, continua Nerofir, que nos chemins ne se sont pas croisés par hasard ce soir. Je crois qu'on a besoin l'un de l'autre, toi et moi. Toi, tu as l'érudition, les méthodes, la passion. Moi, j'ai l'expérience, les contacts, et quelques pièces d'un puzzle que tu n'as peut-être pas encore. Ensemble, on pourrait aller plus vite. Plus loin. Et plus en sécurité. Il marqua une pause, puis ajouta, avec un demi-sourire qui n'arrivait pas tout à fait à cacher son sérieux : - Et puis, soyons honnêtes : sachant qui est ton père, je sais que si tu donnes ta parole, c'est du sérieux. Tu as son sang. Pas seulement le mauvais, le bon aussi. Celui qui fait que quand un Montagnard s'engage, il s'engage entièrement. Nielas baissa les yeux un instant, comme touché par la phrase plus qu'il ne voulait le montrer. Puis il se releva, alla chercher son sac contre le mur, et revint s'asseoir face à Nerofir. Il en sortit, avec précaution, plusieurs croquis roulés, des feuilles couvertes de notes serrées, des esquisses au charbon et à l'encre. Il les déplia sur la pierre plate entre eux. - Alors regardez ça. Il étala les feuilles l'une après l'autre. Mais cette fois, ce n'étaient pas des relevés de ruines. C'étaient des plans architecturaux. Des coupes en profondeur. Des galeries souterraines. - Ce que vous voyez là, ce n'est ni un campement, ni une planque, ni un avant-poste. C'est un QG. Un vrai. Mais à la différence de ce qu'on pourrait imaginer, il ne se voit pas. Pas du tout, en fait. Il pointa l'un des croquis : une vue en coupe verticale, montrant plusieurs niveaux superposés, creusés profondément dans la roche, reliés par des galeries et des escaliers en spirale. - C'est un complexe entièrement souterrain. Plusieurs étages, plusieurs ailes. Une grande bibliothèque centrale pour archiver tout ce qu'on rapporte, croiser les sources, confronter les relevés. Des salles de cartographie. Des entrepôts pour les ressources qu'on extrait des sites. Des dortoirs pour les équipes en rotation. Des ateliers. Et à terme, une salle de stratégie d'où on pourra planifier les expéditions à travers tout Nostra. Il fit glisser un second croquis vers Nerofir. Celui-ci montrait l'emplacement, à plus grande échelle. Au nord du monde. Très au nord. Dans une région où la carte se faisait éparse, marquée seulement de quelques contours géographiques et de noms épars. - Voilà où il sera. Dans le nord. Très peu fréquenté, très peu cartographié. Et plus précisément... ici. Son doigt vint se poser sur une étendue d'eau, un lac aux contours irréguliers. - Au fond d'un lac. L'accès se fait par des entrées dissimulées sur les rives, par un système de galeries qui descendent sous le niveau de l'eau, et débouchent dans le complexe principal. Personne n'ira jamais le chercher là. Personne ne soupçonnera même qu'il existe. Il leva les yeux vers Nerofir. - Et l'emplacement n'est pas un hasard. C'est tout proche de Windesburgh. Il marqua une pause, comme s'il anticipait la question. - Windesburgh, c'est la nouvelle ville fondée par le royaume de Simurgh ici, sur Nostra. La sœur de Wilsburgh, la ville d'origine sur Stendel, là où mon père s'est fait un nom, et où ma mère et moi avons vécu. Windesburgh est, en quelque sorte, le prolongement du royaume sur ce nouveau monde. J'en fais partie, et je suis en bonne position pour faire le pont entre plusieurs forces, ce qui rend ce projet possible. Il déplia un troisième croquis, plus large encore. Une carte stratégique de la région nord, avec des points marqués en plusieurs endroits. - Le QG sera entouré, à distance, par deux ports et deux villes qui me sont alliés. Pas hostiles, pas curieux, et surtout : pas pressés de laisser passer des étrangers vers la zone du lac. C'est un cordon naturel. Personne ne s'aventurera jusque-là sans qu'on le sache. Il pointa un autre point sur la carte, plus discret. Et puis il y a 호수 신념. Hosu Sinnyeom, dans leur langue, le Lac de la foi. C'est le nom du village coréen installé près du lac où sera bâti le QG. Vous en avez peut-être entendu parler, peut-être pas. Pour l'instant, sachez juste que ce sont eux qui m'aident à construire. Ce sont eux qui creusent, qui aménagent, qui apportent leur main-d'œuvre et leur savoir-faire. Il déplia un dernier croquis, plus technique celui-là. Une coupe verticale du sous-sol, avec des veines de roche fracturée, des poches d'eau, et au plus profond, une chambre marquée d'une simple croix. - Et la raison pour laquelle ils m'aident, justement, c'est ça. C'est de la roche, encore. Mais cette fois, ce que la roche cache en dessous. Il pointa les veines fracturées dans le croquis. - En faisant mes premiers relevés dans la région, j'ai identifié des failles géothermiques sous Hosu Sinnyeom. Profondes, actives, encore mal connues. La chaleur qui en remonte est suffisante pour réchauffer des volumes d'eau considérables, j'ai vérifié les flux, mesuré les pressions, fait des calculs. Et c'est là qu'on a passé un accord. En échange de leur aide pour creuser et bâtir le QG, je leur ai mis en place une exploitation de ces failles. Concrètement, on a creusé des conduits qui amènent l'eau du lac en profondeur, elle chauffe au contact des veines géothermiques, remonte sous forme de vapeur dans un circuit fermé, et avant de se recondenser plus haut, elle entraîne au passage une grande roue souterraine, assez puissante pour faire tourner plusieurs ateliers, des forges, des moulins. Et l'eau chaude qui reste, je la redirige vers le village. Ils ont maintenant des bains publics qui fonctionnent toute l'année, et une source d'énergie motrice pour leur expansion. En échange, ils me donnent des bras, du savoir-faire de creusement, et le silence. Il leva les yeux vers Nerofir, et un éclat de fierté discrète passa dans son regard. - C'est ça, mon vrai métier, au fond. Plus que les inscriptions et les symboles. La pierre, ce qu'elle cache, et comment on peut la faire travailler pour nous. Mon père disait toujours qu'on ne dominait pas la roche, qu'on apprenait à dialoguer avec elle. Je crois que c'est la seule leçon de lui que j'aie gardée sans amertume. Il reposa la main sur le croquis, et son ton redevint plus pragmatique. - Bref. Hosu Sinnyeom a ses raisons de m'aider, et elles sont solides, ancrées dans quelque chose qu'eux et moi sommes seuls à savoir réellement, et que je vous raconterai un autre jour. Mais grâce à cet arrangement, je les aide à s'agrandir, à se développer, à s'installer durablement sur Nostra. Ils en avaient besoin, et moi j'avais besoin de bras de confiance qui ne posent pas trop de questions. Il se redressa un peu, et son ton se fit plus grave. - En fait, c'est moi qui fais la jonction entre Windesburgh et Hosu Sinnyeom. Sans moi, ces deux mondes ne se parleraient pas, ou pas comme ils le font aujourd'hui. C'est pour ça que je suis central dans ce projet. Pas par ambition. Par position. Parce que je suis le seul, pour l'instant, à pouvoir tenir ces deux fils à la fois. Il marqua une pause, regardant Nerofir. - Voilà. Vous savez l'essentiel maintenant. La carte, l'emplacement, les alliances, les enjeux. Si vous êtes sérieux dans ce que vous venez de me dire... alors vous êtes le premier à qui je montre ces plans en entier. Nerofir baissa les yeux sur les croquis. Pendant un long moment, il ne dit rien. Il regardait simplement les traits soigneux du jeune homme, l'ambition qu'ils dessinaient, et quelque part au fond de lui, sans qu'il le formule la pensée que Titi, où qu'il soit, aurait été fier de voir ça. Fier, et peut-être un peu effrayé aussi, de ce que ce fils-là pourrait devenir. Quand il releva enfin la tête, son regard avait quelque chose de différent. Une décision, peut-être. - Alors ce QG, on va le construire. Ensemble. Le village (Rp sur la partie coréenne) : ——————————————————— LE LAC DE LA FOI 호수 신념 Hosu Sinnyeom — Carnet d'observation et d'accord — Sur le peuple coréen établi sur les terres septentrionales de Nostra Par Nielas Montagnard Viator Lucis — Voyageur de la Lumière ——————————————————— LIVRE I PRÉFACE 서문 — Seomun Divulgacher La lumière transmet. Voilà. J'ai voulu commencer autrement. Trois fois. À chaque tentative, je raturais et je revenais à ces trois mots. Tant pis. Ils ouvrent. Et ils y resteront demain, après-demain, à jamais. * Je ne sais pas exactement quand j'ai commencé à le croire. Pas de révélation. Pas de chemin de campagne avec un éclair. Des choses sont venues, par bouts, sur des années, et un matin je me suis aperçu que je les portais comme on porte une langue maternelle, sans me souvenir de l'apprentissage. C’est une mauvaise manière de fonder une foi. Pourtant, c’est ainsi qu’elle m’est venue, et je ne m’en déferai pas. Je n’ai pas mieux. * Voici ce que je tiens, autant que je peux le tenir aujourd'hui. Tout ce qui se voit, tout ce qui se sait, passe par la lumière. Pas le rayon du soleil, ou pas seulement. La chose plus large. Ce qui porte les formes, les visages, les mots écrits sur cette page, le regard d'une mère sur son enfant. Cela porte de l’information. À mes yeux, c'est le grand fleuve qui parcourt les villes, les montagnes, les terres et que rien ne peut arrêter, juste le détourner et qui empêche que tout se taise. Cette lumière est la gardienne des souvenirs, des savoirs et de bien d’autres trésors. Universelle, elle ne doit jamais s’éteindre. J'appelle cette voie Via Lucis. Voyage de la Lumière. Je n'aime pas trop le mot. Il est trop solennel pour ce que je vis. Mais il faut bien nommer. * Une chose en découle. Une seule. Et c'est celle qui me coûte le plus. Tuer un être conscient, c’est éteindre une lumière unique de l’univers. Rien ne la rallumera. Ni une plus belle, ni une plus laide. Une lumière qu’il a fallu des siècles pour composer et qu’on défait en un instant, pour des raisons fondées ou futiles. Puis, avec le temps, sa fumée elle-même tombe dans l’oubli. Je porte deux épées. Je n'en dirai pas plus ici. Aucune n'a jamais blessé un être conscient. Pas par lâcheté. Par refus. On m'a déjà mis la pointe d'une lame sur la gorge. J'ai fermé les yeux et j'ai attendu. Je suis encore en vie pour des raisons qui ne tiennent qu'à celui qui tenait la lame, et qui valait mieux qu'il ne le pensait lui-même. Si l'on me dit qu'il faudra bien tuer un jour, je réponds : alors je mourrai ce jour-là, et la voie ira ailleurs. Même si en relisant je trouve ce passage trop fier. Mais je le laisse. Mentir dès la préface, autant ne pas écrire le reste. * Cela ne fait pas de moi quelqu'un qui condamne ceux qui croient autrement. Au contraire et c'est ce qu'on saisit le moins bien, m'a-t-on dit. Toute foi qui ne se nourrit pas de la destruction est, pour moi, une autre voie de la même lumière. Les peuples l'appellent différemment. Ils prient un soleil. Des ancêtres. Un esprit du vent. Rien du tout, parfois. Cela m'est égal. Si une foi rend les hommes plus attentifs au monde plutôt que plus pressés de l’éteindre, elle est juste. C'est mon seul critère, et il est large. Car cette lumière est partout sans frontière, race ou distinction particulière. Je tiens à l'écrire ici, parce que je sais qu'on en doutera : ce livre ne veut convertir personne. Je n'en ai ni l'envie ni le droit. Je dis ce que je crois moi. Je dis ce que d'autres croient. Et je laisse les deux dans la même page sans avoir besoin de trancher. Pour que chacun puisse y faire sa réflexion naturellement. * Il n'y a qu'une chose que je refuse. Je vais la nommer, autant être clair. Ce qui se nourrit de la destruction. Ce qui éteint la lumière des autres pour grandir soi-même. Cela, je l'appelle cette foi de l’Ombre. Pas la nuit, qui est belle. Pas le sommeil, qui est nécessaire. Cette autre chose. Qui détruit sans distinction, par pur plaisir ou par profit. Là-dessus, je ne transige pas. Jamais. Sur tout le reste, j'écoute. Pensée du jour : Je connais quelqu'un qui sert l'Ombre. Je ne le nommerai pas. C'est par lui, en creux, que j'ai compris ce que je servais moi-même. Étrange dette. Je n'ai jamais su quoi en faire. Mais si je venais à le recroiser un jour, je ne sais pas si je laisserais encore sa lumière briller dans l’ombre. Seule la lumière de demain sait. * Je suis seul dans cette voie. Il faut que je l'écrive tout de suite, avant qu'on imagine derrière ces lignes une congrégation, un temple, un ordre. Il y a moi. À ce jour. C'est tout. Ce matin, en écrivant la suite, j’ai renversé mon encrier sur la moitié gauche de cette page. J'ai attendu qu'elle sèche et j'ai continué à droite. Je ne sais pas pourquoi je note ça. Mais je continue ! En relisant cela aujourd’hui. Cela ne m’attriste pas, au contraire, je trouve cela admirable. Personne ne m'a enseigné cette voie. Ma mère m'a appris à lire, à écouter, à attendre. Mon père m'a appris à manier l'épée et à lire la roche. Aucun des deux ne m'a parlé de la lumière comme j'en parle ici. C'est venu après. À l'Académie, sans doute. Sans maître précis. Plutôt parce que j'y ai eu le temps. Et le silence. Surtout le silence. Cela me coûte un peu de l’écrire, je ne sais pas si quelqu'un me rejoindra un jour. Peut-être. Peut-être pas. Je n'écris pas dans l'attente. J'écris parce que ne pas écrire serait éteindre ma propre lumière de mes propres mains. Et cela, non. Si dans dix ans, dans cent, dans mille, un lecteur ouvre ces pages et y reconnaît confusément quelque chose, alors la lumière sera passée. Cela me suffit amplement. Même si je n'en sais rien. Voilà ce en quoi je crois. Même si l’avenir m’est incertain, je continuerai à l’écrire. * Maintenant l'autre raison de ce livre. La vraie raison. La raison concrète. J'ai rencontré, sur ces terres du nord de Nostra, un peuple unique. Trois familles nobles, envoyées par leur empereur depuis une contrée lointaine de Stendel située au-delà des grands déserts. À peu près le même voyage que moi. Au même moment, à peu près. Hasard, sans doute. Peut-être pas. Ils se sont posés au bord d'un lac. Ils l'ont nommé 호수 신념 (Hosu Sinnyeom), « le Lac de la Foi ». Ils y ont bâti une ville, un port, un temple sur une montagne, des champs. Ils ont apporté leur langue. Leurs morts. Leurs prières. J'apprends tout cela par fragments depuis quelques mois. Je suis loin d'en faire le tour. Très loin. Selon ma voie, il aurait été indécent de ne pas en garder trace. Une civilisation qui traverse un océan pour s'établir ailleurs porte plus d'information qu'une bibliothèque entière, et la moitié n'est pas écrite. Elle est dans les gestes. Dans les silences. Dans la façon dont on dépose un bol de riz sur une table. Alors j'écris. Maladroitement, sans doute. Avec mes propres préjugés, sans doute aussi. Je ne suis pas naïf au point de croire que j'observe sans déformer. Mais j'écris quand même. Mieux qu'un silence. Mieux qu’une lumière qui s’éteint seule dans l’obscurité du temps. * J'ai eu, je dois le dire, leur permission. Le 세 가문의 회 (Se Gamun-ui Hoe), le Cercle des Trois Maisons qui gouverne ce peuple, m'a autorisé. À deux conditions. La première : laisser certains rituels dans l'ombre. Certains noms d'ancêtres. Quelques lieux que je ne nommerai pas. La seconde : leur relire avant de fermer. Conditions justes. Je m'y plie sans difficulté. Une voie qui se respecte sait se taire à temps. Observation : J'ai été surpris qu'ils acceptent que j'écrive sur eux. J'attendais davantage de méfiance. C'est Seunho qui m'a expliqué un soir, simplement : « Si tu nous écris bien, tu nous donnes une seconde mémoire. Si tu nous écris mal, on te corrigera. » Je n'ai pas oublié cette phrase. Je la garde en tête à chaque page. Comme la lumière blanche traversant un prisme pour former un arc-en-ciel, elle n’en demeure pas moins lumière. * Le livre suit l'ordre qui m'a paru juste. Leur arrivée. Leurs institutions. La géographie. Les figures. La langue. La foi. La culture. L'économie. La diplomatie. Dix livres en tout sur eux et un onzième afin de figer cette lueur et cet apprentissage. Sur la forme, pour celui qui me lit. Le coréen, je l'écris d'abord en 한글 (Hangul), puis je donne la romanisation, puis la traduction, à la première rencontre du mot. Ensuite je n'utilise que la romanisation. Pour ne pas alourdir. Mes propres notes, distinctes du corps officiel du livre, sont signalées. Je préfère qu'on sache ce qui vient de moi et ce qui vient d'eux. Je n'écris pas pour la postérité. J'écris parce qu'aujourd'hui, ici, ce peuple existe, et qu'il mérite qu'on en garde trace. Si la postérité veut bien lire ensuite, tant mieux. Sinon, tant pis. * À toi qui ouvres ces pages, qui que tu sois. D’où que tu viennes. Une chose. Une seule. Lis avec respect. Pas pour moi, pour eux. Ce n'est pas mon livre, en vérité. C'est leur livre, que ma main a tenu pendant qu'ils me dictaient sans le savoir. Si tu trouves dans ces pages quelque chose qui te touche, ne le détourne pas contre eux. Ne t'en sers pas pour leur faire du tort. C'est tout ce que je te demande. Pour le reste, lis comme tu veux. Discute. Doute. Contredis. La lumière y survivra. Elle y brillera même plus intensément. ——————————————————— Sub Luce scripsi. 빛 아래 적었노라 Bit arae jeogeotnora. — J'ai écrit sous la Lumière — Achevé au Manoir Bleu de Hosu Sinnyeom, dans la salle d'écriture qu'on m'y prête, à la veille de la Première Floraison. ——————————————————— ——————————————————— LIVRE II ORIGINES ET ARRIVÉE SUR NOSTRA 기원과 도착 — Giwon-gwa Dochak Divulgacher Avant Hosu Sinnyeom, il y avait 조선 (Joseon). C'est par là qu'il faut commencer. Joseon est le nom de la terre dont vient ce peuple. Une contrée immense, située sur Stendel, bien au-delà des grands déserts du Sud-Ouest comme dit lors de la préface. Je n'y suis jamais allé. Personne, parmi ceux que je connais, n'y est jamais allé non plus. Pour la plupart des gens de chez nous, c'est un nom qui ne dit rien, au mieux une rumeur de voyageur, au pire un mot sans contenu. Ce qui est assez triste, quand on y pense. Mais ce qui offre une découverte magnifique de ce peuple. J'ai mis des semaines à comprendre la forme générale du pays. Ce que je peux en dire, à partir de ce que Seunho m'a raconté, et de ce que Hanseul m'a corrigé quand Seunho exagérait, c’est ceci. Joseon est une terre ancienne, gouvernée par un 황제 (Hwangje), un empereur, dont la lignée remonterait à plusieurs siècles. Le pays est vaste. Montagneux dans son centre. Marin sur ses côtes. La langue y est unifiée, celle que je tente d’apprendre. L'écriture, le 한글 (Hangul), est l'œuvre relativement récente d'un de leurs grands lettrés. Je viens de me rendre compte que je n’ai pas présenté ces deux grandes personnes, Seunho et Hanseul, et je m’en excuse. Mais je leur garde des pages pour plus tard, car je ne veux pas manquer leur présentation. Retenez juste qu’ils font partie des trois grandes familles et que ce sont des personnes proches. Je reprends. Ce qui me fascine, c'est qu'ils ont décidé leur écriture, là où la plupart des peuples la subissent. Aparté du jour : Seunho dit toujours « chez nous » quand il parle de Joseon. Jamais « là-bas ». Je l'ai remarqué dès la première semaine. Hanseul, elle, dit « la terre des os ». Expression que je n'ai pas tout à fait comprise, et que je n'ose pas lui demander d'éclaircir. Je sens que ce n'est pas le moment. Mais je le note car je pense que cela est important. * Pourquoi sont-ils venus ici ? Ce point a fait l'objet de plusieurs conversations. Je crois avoir compris à peu près ce qui s'est passé. Mais compliqué de comprendre la cause quand moi même je ne sais pas complètement pourquoi je suis ici. Quand la rumeur des terres de Nostra a commencé à circuler sur Stendel, par les agents impériaux, par les réseaux diplomatiques discrets, par les marchands qui parlent toujours trop, Joseon en a entendu parler. Pas tout de suite. Les nouvelles voyagent lentement quand il y a un désert entier à traverser. Et la Nostra découverte du monde ne date que de six années à peine. L'Empereur, m'a-t-on dit, a vu là une occasion. Pas une conquête. Une présence. Un nouveau souffle, une nouvelle graine. Joseon devait être de ceux qui posent le pied sur le nouveau monde, pas seulement par fierté. Pour que sa langue, sa foi, ses ancêtres aient eux aussi une part de cette terre nouvelle. Alors que je suis ici pour oublier mes ancêtres… Trois familles ont été choisies. Trois 가문 (Gamun), trois grandes maisons nobles, chacune pour une raison précise. La famille 세종 (Sejong) : La diplomatie, la parole, la liaison entre les peuples. La plus à l'aise pour parler aux étrangers. Celle qui détient la mémoire des traités. Elle devait être la voix de Joseon sur Nostra. La famille 명성 (Myeongseong) : La foi et la terre. Les Myeongseong sont à la fois prêtres de la 뿌리 신앙 (Ppuri Sinang), la Foi des Racines, et cultivateurs émérites. Ils devaient nourrir le peuple sur la nouvelle terre. Et veiller à ce que les morts trouvent où reposer correctement, ce qui n'est pas un détail mineur dans leur foi. La famille 순신 (Sun Sin) : Les rames et les lames. Les Sun Sin sont marins de père en fils. Leurs guerriers ont une réputation que je ne peux pas encore mesurer, parce que je n'ai pas vu leurs hommes au combat et que j'espère ne jamais avoir à les y voir. Ils devaient protéger le voyage, puis l'établissement. Trois familles. Avec chacune ses responsabilités. Quand j'ai demandé à Seunho pourquoi pas une quatrième famille noble, ou pourquoi pas dix, il a réfléchi un moment et il a dit : « Trois suffisent pour gouverner. Quatre, on ne tombe jamais d'accord. Deux, l'un domine toujours l'autre. » Un raisonnement simple, je n‘avais rien à ajouter. Ils ne sont pas autonomes au sens strict. Ils restent rattachés à Joseon, comme des colons restent rattachés à leur mère patrie, par la fidélité, par la mémoire, par le devoir. Mais ils gouvernent leurs affaires eux-mêmes, sans ordre direct venu de l'empereur. Joseon est trop loin pour cela. La distance crée des autonomies, qu'on le veuille ou non. Chaque jour, les mémoires s’amenuisent jusqu’à ce qu’elles se transforment en livres poussiéreux dans la bibliothèque de la cité. Chaque page de plus parlant de ce voyage me fait penser fatalement à mon passé, pourtant je ne veux pas mettre en lumière celui-ci, pas ici en tout cas. Arrêtons-nous là pour aujourd’hui, mon esprit doit se reposer. * Le voyage. C'est là que les choses sont devenues difficiles, et il faut que je l’écrive, c'est le moment fondateur de ce peuple sur Nostra. Il serait indécent d'en faire l'économie. Les trois familles ont embarqué ensemble. Plusieurs navires, je n'ai pas le compte exact mais cela n’est pas important. Disons que j'estime entre six et huit grosses unités, plus les barques d'escorte. La traversée, par tous les récits que j'ai pu recueillir, a été longue. Quelques jours pour le nouveau contiennent, plusieurs mois pour ce lac. Dont une partie sur des eaux qui ne sont sur aucune carte humaine. Tempêtes. Brumes. Silences trop longs entre deux côtes. Le genre de voyage où l'on commence à oublier le visage de ceux qu'on a quittés par fatigue et chagrin malheureusement. Et au milieu de tout cela, un homme est mort. Pas un marin. Pas un soldat. Le patriarche de la famille Sejong. Le père de Seunho. Je ne sais pas exactement de quoi il est mort. Personne ne m'a donné de détails précis et je n'ai pas insisté. Quand j'ai abordé le sujet une fois, Seunho a simplement dit : « Il était fatigué depuis Joseon. La traversée n'a pas aidé. Même si elle fut courte. » C'est tout ce qu'il a voulu dire. Je le comprends. Ce que je sais, en revanche, c'est ce qui s'est passé à l'arrivée. Les trois familles ont accosté très au sud du continent, près de ce que nous appelons aujourd'hui Damus, la capitale. C'est par là que tous les premiers arrivants ont touché Nostra, à quelques semaines de différence les uns des autres, comme moi avant eux arrivant par la même route maritime. La côte sud de Nostra est, pour ainsi dire, la porte de ce continent. Le problème, c'est que ce lieu n'était pas le bon. Pas pour eux. Pas pour ce qu'ils portaient. Hypothèse personnelle : Un peuple vivant loin d’une capitale depuis des siècles ne va pas se réinventer à cause d’un voyage maritime. Ils avaient besoin d’un endroit plus discret. Mais le corps du patriarche Sejong se trouvait à bord conservé du mieux possible. Selon les rites de la Ppuri Sinang, un corps ne peut pas être laissé en mer. Il doit être rendu à la terre, et de préférence à une terre qui ait du sens. C'est l'une des règles les plus strictes de cette foi. Et Damus, m'a expliqué Hanseul, ne parlait pas. Le lieu était bon pour s'installer, mais pas pour enterrer un fondateur. Il manquait quelque chose. Une présence. Un silence juste. Alors ils ont marché. Plusieurs semaines de marche depuis Damus, vers le nord. Avec le corps. Avec toute la communauté. Les trois familles entières, hommes, femmes, enfants, vieillards, à travers des terres inconnues, à chercher un lieu dont personne ne pouvait dire où il était. Même moi, en essayant de retracer d’après les écrits, mais impossible. Je n'ai jamais entendu Seunho parler de cette marche autrement qu'à demi-mot, et je comprends pourquoi. Plusieurs autres morts ont eu lieu en route, m'a-t-il dit une fois sans préciser combien. La fatigue. Les bêtes. Le froid des hauteurs intérieures. Peut-être la maladie. Le peuple est arrivé au Lac de la Foi diminué, certains disent d'un dixième, d'autres davantage. Je ne sais pas, et je ne demanderai pas. Il y a des chiffres qu'il vaut mieux laisser à ceux qui les portent. Surtout que mes écrits n’ont pas vocation à être parfaits, loin de là. Et je ne suis pas ici pour juger leurs douleurs non plus. * Ils ont remonté les vallées. Sondé les hauteurs. Écouté ce que Hanseul appelle « le silence des lieux », une notion que je ne maîtrise pas encore, mais qui semble être une forme de perception spirituelle propre aux prêtres de la Foi des Racines. Un peu comme cela, je pense doit ressembler à ce que je vois à travers la lumière. Et un jour, après tant de semaines, ils sont arrivés au bord d'un lac. Un grand lac, encadré par une montagne d'un côté et des plaines fertiles de l'autre, avec une eau d'un bleu qu'on ne voit pas souvent. Hanseul affirme et elle n'est pas du genre à exagérer pour faire joli, qu'elle a senti le lieu avant même de le voir. Que la montagne, en particulier, lui a parlé. Je ne suis pas en mesure de juger une telle affirmation. Je la note telle qu'elle me l'a donnée. Disons qu'à tout le moins, le choix fut unanime entre les trois familles, ce qui, vu ce que je connais désormais d'elles, n'est pas une mince affaire. Le patriarche Sejong a été enterré sur la montagne. Premier corps déposé dans cette terre nouvelle. Premier ancêtre du peuple sur Nostra. Laissant un jeune peuple. Un arbre y a poussé depuis. Un arbre énorme, déjà plus grand que tous les autres de la montagne, alors même que ceux-ci sont là depuis plus longtemps que lui. C'est le sens, dans la Foi des Racines : un grand homme donne un grand arbre, parce qu'il avait accumulé en lui plus de lumière à transmettre à la terre qui l’accueille. Je reviendrai sur cette croyance au livre des religions quand je l’écrirai. Pour l'instant, retiens ceci, lecteur : la montagne du temple n'est pas une montagne quelconque. Elle est, désormais, gardée par le père de Seunho. Observation récente : Je n'ai parlé qu'une seule fois de cet arbre avec Seunho. Il m'avait emmené sur la montagne, un matin tôt. Il ne m'a rien dit pendant qu'on montait. En haut, il s'est arrêté devant un arbre que je n'aurais pas remarqué de moi-même, il est grand, oui, mais entouré d'autres arbres, et il ne fait pas particulièrement de cérémonie. Seunho s'est assis dessous, en silence, pendant peut-être un quart d'heure. Puis il s'est relevé et il m'a dit : « On peut redescendre. » C'était tout. Je n'ai pas parlé en redescendant. Je crois que c'était la chose la plus respectueuse à faire. Un jour peut-être je lui demanderai. * Voilà donc comment le peuple coréen s'est installé sur les rives du Lac de la Foi. Ni dans la conquête, ni dans la fuite. Par nécessité de trouver une terre digne pour leur premier mort. Et par chance y trouver aussi une terre digne pour leurs vivants. Car ces deux choses sont les plus importantes pour ce peuple. Les autres raisons du choix de cet emplacement étaient plus pratiques. Il serait malhonnête de ne pas les mentionner. La montagne offrait un refuge naturel et un lieu d'inhumation. Le lac permettait l’agriculture et une défense aisée si les choses tournaient mal. Et Seunho me l'a dit en riant un soir, et je le crois sincère, le lieu est tout simplement beau. « On n'allait pas bâtir une ville dans un endroit laid, Nielas. Nos ancêtres méritent mieux que cela. » Je note ce mot parce que c'est vrai, et que je n'aurais pas pensé à mettre la beauté en premier critère. Mais ils ont raison. Les premiers temps ont été ce qu'on imagine. Construire une ville à partir de rien est une chose. Construire une ville à partir de rien sur un continent étranger, après avoir enterré un de ses chef, c'est autre chose. Mais ils l'ont fait. Je ne sais pas si j’aurais réussit a leurs places. La famille Myeongseong a tracé les premières limites des champs. La famille Sun Sin a installé le port et les premiers postes de défense. Et la famille Sejong, désormais menée par un Seunho très jeune, il devait avoir, je crois, vingt-quatre ou vingt-cinq ans à l’époque, a bâti le Manoir Bleu et commencé à formaliser ce qui allait devenir le 세 가문의 회 (Se Gamun-ui Hoe), le Cercle des Trois Maisons. Je reviendrai sur ce conseil au livre suivant. Pour ne pas vous mélanger mais surtout me mélanger et oublier. * Reste un point qu'il faut traiter, on me le demandera, et je préfère y répondre clairement. Comment les Coréens et nous, ceux de Windesburgh, nous sommes-nous rencontrés ? Mal. C'est le mot exact. Pas avec hostilité, mais pas davantage avec curiosité. Nous sommes arrivés à peu près au même moment qu'eux sur Nostra, et pendant un certain temps, nous avons simplement ignoré leur existence. Eux n'ont pas davantage cherché à se faire connaître. Je ne sais pas si certaines conditions auraient pu modifier cette rencontre. Chacun s'occupait de son installation. De ses morts. De ses fondations. Pas de traité. Pas de guerre. Pas de commerce. Deux peuples qui se contournaient. Bizarre ? Cela a duré plus longtemps qu'il n'aurait fallu. À ma connaissance, le premier vrai contact a eu lieu par hasard, à la frontière des deux zones d'établissement, quand des chasseurs de Windesburgh ont croisé une patrouille Sun Sin. Personne n'a tiré. Mais personne n'a beaucoup parlé non plus. Heureusement car avec la différence de langue je n’imagine pas. Le rapprochement, à proprement parler, est venu plus tard. Je m'excuse par avance pour ce qui peut sembler vaniteux dans ce qui suit : je crois en être en bonne partie responsable. C'est moi qui ai été désigné par Windesburgh pour explorer la région ouest. C'est moi qui ai commencé à étudier la roche sous le lac et sous la montagne. C'est par là que j'ai pris contact avec les Sejong. Je n'entrerai pas ici dans les détails de cet épisode, qui touchent à des sujets que je préfère ne pas écrire. Pour l'instant, je note simplement que Windesburgh, étant la puissance la plus importante des deux établissements, aurait pu se contenter de les ignorer ou de leur imposer ses conditions. Ce n'a pas été le choix retenu. Heureusement car je ne serais peut-être pas là pour écrire ces livres. Pas par grandeur d'âme, je ne crois pas qu'on m'ait demandé d'être généreux. Mais parce qu'il était évident, à mes yeux, que ce peuple méritait d'être traité comme un partenaire, pas comme un détail du paysage. Aujourd'hui, les relations entre Hosu Sinnyeom et Windesburgh sont cordiales sans être chaleureuses. Nous commerçons. Nous échangeons des informations. Quelques familles coréennes ont commencé à se rendre à Windesburgh pour des marchés, et quelques marchands de Windesburgh sont venus visiter le port de Sun Sin. Mais nos peuples ne se mélangent pas encore vraiment. Ce sera, peut-être, l'affaire de la génération suivante qui sait. Conclusion personnelle : Je dois écrire ici une chose que je n'ai dite à personne, et que je n'aurais pas dite si ce livre n'avait pas exigé que je sois honnête. Je me sens plus proche de Hosu Sinnyeom que de Windesburgh. C'est un aveu désagréable. Windesburgh est, par naissance et par devoir, ma cité, le prolongement de Wilsburgh où j'ai grandi, et je lui dois fidélité. Mais les soirs où je suis fatigué, quand je me demande où je voudrais être, ce n'est pas la place de Windesburgh que je vois. C'est le Manoir Bleu. C'est la maison de Seunho. C'est la table où Hanseul me corrige une prononciation pour la dixième fois en riant. Je crois savoir, en partie, pourquoi. Je l'écris ici parce que je ne l'avais pas formulé jusqu'à présent, et que l'écrire m'aidera peut-être à comprendre moi-même. Ou juste à lâcher quelques larmes sur cette page. Ce peuple a perdu un père. Le patriarche Sejong est mort en mer, et ils ont marché des semaines avec son corps pour lui trouver une terre digne. Aujourd'hui encore, son arbre veille sur la montagne. Ils ont construit toute leur cité autour de cette absence. Ils ont appris à vivre avec un fondateur qui n'est plus là et à le faire bien, sans amertume, en honorant ce qu'il leur reste de lui. Moi aussi, j'ai perdu un père. Pas de la même façon. Le mien est parti dans le Nether et n'en est jamais revenu, pour moi c'est tout comme, même si quelque part, peut-être, il marche encore. C'est tout ce que je veux écrire sur lui dans ce livre. Mais le résultat est le même. Il manque. Il a manqué pendant toute mon adolescence. Il manque encore. Et il manquera toujours. Malheureusement pour moi, un jour peut-être je l’oublierai. * Seunho avait vingt-cinq ans quand il a perdu son père et qu'il a dû prendre la tête d'une famille noble en plein voyage. J'avais vingt ans quand je l'ai rencontré pour la première fois, moi-même nouvellement arrivé sur Nostra, déjà chargé de responsabilités trop grandes, déjà en train de porter un héritage que je n'avais pas demandé. Nous ne nous sommes pas parlé tout de suite de cela. Cela se voyait. Cela se sait, entre gens qui portent la même blessure. Je crois que c'est par là, sans que ni lui ni moi l'ayons formulé, que la confiance est passée. Quand je suis chez les Sejong, je suis chez quelqu'un qui sait. Et cela m’aide au quotidien. Je n'ai pas besoin d'expliquer pourquoi il y a des soirs où je me tais plus que d'habitude. Seunho le sait. Hanseul le sait à sa façon, qui est plus brusque. Yeon, lui, n'en parle pas, mais ne demande rien non plus, et c'est peut-être encore plus respectueux. Personne, ici, ne me demande de faire semblant que mon père n'a pas existé. Ou qu'il n'a pas disparu. Ou que cela ne pèse pas. À Windesburgh, je dois faire ce semblant tous les jours, parce que personne là-bas n'a perdu quelqu'un de cette façon, et qu'on n'a pas le temps de pleurer dans une ville qui se construit. * Voilà pourquoi j'écris ce livre, peut-être, aussi. Pas seulement pour transmettre ce peuple. Pour rester près de lui. Et me connaitre moi même. Je suis de Windesburgh par fidélité. Je suis de Hosu Sinnyeom par affinité, et par cette autre chose qu'on appelle d'habitude la reconnaissance et qui n'a pas d'autre nom. Et entre les deux, l'affinité finit toujours par peser un peu plus lourd que la fidélité, même quand on lutte pour que ce soit l’inverse. Hanseul m'a dit un jour : « Vous êtes plus nombreux, plus riches, plus armés. Si nous étions méfiants, ce serait normal. Mais nous ne sommes pas méfiants, parce que vous, vous l'êtes pour nous. » Je n'ai pas tout de suite compris la phrase. Je l'ai notée pour y revenir. Mais après plusieurs conversations avec ce peuple. Je crois qu'elle voulait dire que Windesburgh, en se montrant prudent avec eux, leur a indirectement signifié qu'il les considérait comme un peuple véritable, et non pas comme une curiosité. Si c'est ce qu'elle voulait dire, elle a un grand coeur. Mais je n’en suis pas sûr pour l’instant si mon raisonnement est le bon. ——————————————————— Sub Luce scripsi. 빛 아래 적었노라 Bit arae jeogeotnora. — J'ai écrit sous la Lumière — Achevé sur la montagne du Temple, près de l'arbre du patriarche Sejong, sous la chaleur tardive d'un été qui s'attarde. ——————————————————— ——————————————————— LIVRE III LE CERCLE DES TROIS MAISON ET LES INSTITUTIONS 세 가문의 회 — Se Gamun-ui Hoe Divulgacher Hosu Sinnyeom n'a pas de roi ou d’empereur. C'est probablement la première chose qu'il faut écrire sur ses institutions, parce que c'est la première chose qui surprend quand on vient d'un royaume comme le nôtre. Pas de monarque qui couronne tout le reste. Trois familles à la place. Trois maisons. Un conseil qui les réunit. C'est tout, et c'est suffisant. Il m'a fallu plusieurs mois pour comprendre que ce n'était pas un défaut d'organisation. C'est un choix. Quand on vient d'un peuple qui a vu, sur Joseon, un empereur unique régner pendant des siècles, fonder une colonie sans roi est une décision politique qu'il faut prendre consciemment. Je n'ai pas réussi à savoir si l'empereur lui-même avait imposé cette forme, ou si elle s'était composée d'elle-même pendant le voyage. Mais je trouve admirable une décision aussi changeante, peut être pour figer le point de non retour vers Joseon ? * Le cercle des trois maisons : Le 세 가문의 회 (Se Gamun-ui Hoe), le Cercle des Trois Maisons, est l'organe qui gouverne le peuple coréen de Hosu Sinnyeom. Il est composé de trois personnes, et trois seulement : le chef de chacune des trois familles nobles. Seunho pour les Sejong. Hanseul pour les Myeongseong. Yeon pour les Sun Sin. Quand l'un d'eux meurt ou se retire, son successeur prend immédiatement sa place dans le Cercle. Il n'y a jamais d'interruption. Le Cercle se réunit une fois par mois, à date fixe. La première pleine lune de chaque cycle, m'a dit Hanseul. Je trouve ça poétique. Cela correspond aussi, je le note, à un calendrier purement pratique : la pleine lune éclaire les routes la nuit, et certains membres de Sun Sin viennent de loin (du port, des zones rurales), ce qui rend les déplacements plus simples. La foi et le pragmatisme se rejoignent souvent, dans ce peuple. Cela me fait penser à l’ardeur et la patience de mes parents... Même la pleine lune me fait penser à eux. Les décisions se prennent à la majorité simple : deux voix sur trois suffisent. Cela peut sembler brutal, et cela l'est parfois, une famille peut se voir imposer une politique qu'elle désapprouve si les deux autres s'accordent contre elle. Mais le système a son contrepoids. Chaque famille dispose d'un droit de veto, qu'elle peut invoquer une seule fois par sujet, et uniquement sur ce que les Coréens appellent "affaires sensibles". Que recouvre exactement cette catégorie ? Tout ce qui touche à la foi, à la guerre, aux frontières, aux traités majeurs avec l'extérieur. C'est large, mais c'est borné : on ne peut pas mettre un veto sur le prix du poisson au port. Ni sur le tracé d'une nouvelle route entre deux hameaux. Le veto est un instrument lourd. On ne l'abat que sur des sujets qui peuvent changer le destin du peuple. Pensée du jour : J'ai demandé à Seunho combien de fois un veto avait été utilisé depuis la fondation. Il m'a répondu : "Trois fois. Deux par Yeon. Une par moi. Hanseul n'en a jamais utilisé." Je n'ai pas demandé sur quels sujets. Cela ne me regardait pas. Mais le chiffre m'a frappé : en presque six ans, trois vetos seulement. Cela veut dire que le système est utilisé avec une prudence remarquable. Ou que personne, jusqu'ici, n'a osé pousser un sujet jusqu'à la rupture. * Le manoir bleu : Le Cercle se réunit dans un seul lieu, et toujours le même : le Manoir Bleu. Il porte ce nom à cause de ses toits, couverts de tuiles d'un bleu cobalt très profond, des tuiles qu'on appelle 청기와 (Cheonggiwa), tradition très ancienne de Joseon. Le bleu y est la couleur du ciel, et le ciel est la couleur de la diplomatie : un toit bleu, dans cette tradition, signifie que le bâtiment au-dessous est un lieu de parole, pas un lieu d'autorité. On y vient pour discuter. Pas pour obéir. Les Sejong ont importé cette tradition jusqu'ici. Une partie des tuiles d'origine vient de Joseon, les premières cuvées de Cheonggiwa dorment dans les caves du manoir. Les nouvelles tuiles, fabriquées ici, le sont selon les mêmes procédés, avec les mêmes terres et les mêmes pigments. Le Manoir Bleu est donc, littéralement, un bâtiment de deux mondes. Ses fondations sont en pierre de Nostra. Ses toits respirent l'air ancien de Joseon. Je trouve cette image très belle. Elle dit, à mes yeux, quelque chose d'important sur l'âme de ce peuple : il s'est enraciné ici sans renier d'où il venait. N'est-ce pas là la raison d'être de la lumière ? Toujours en mouvement, jamais oubliée par les années ? À l'intérieur, le bâtiment est divisé en plusieurs pièces. La plus importante, celle du Cercle, est une salle ronde, naturellement, avec trois sièges identiques disposés à équidistance autour d'une table basse. Aucune des trois places n'est plus élevée que les autres. Aucune ne fait face à l'entrée. C'est délibéré. Quand on entre dans cette salle, on ne sait pas immédiatement qui parle en premier. Le pouvoir, ici, n'est pas une orientation. Le Manoir sert aussi de résidence à Seunho et à sa proche famille. C'est par là que je passe le plus de temps quand je suis à Hosu Sinnyeom. Une partie m'a été mise à disposition pour mes travaux, ce qui est un honneur que je n'ai pas pris à la légère. * Les conseils internes : Au-dessus du Cercle, il n'y a rien. Mais en dessous, chaque famille gère ses propres affaires par un conseil interne qui lui est propre. Trois conseils, en plus du Cercle. Et ces conseils, eux, se réunissent chaque semaine. Je ne connais pas en détail le fonctionnement de chacun, parce que je ne suis invité à aucun, c'est normal, je ne suis pas membre des familles. Mais Seunho m'a expliqué le principe général. Chaque conseil familial réunit les principaux représentants de la famille : les aînés, les chefs des branches secondaires, les responsables des activités économiques et militaires. Les sujets traités sont ceux qui ne nécessitent pas l'avis des deux autres familles. Donc l'organisation interne, gestion des terres, formation des jeunes, finances familiales, rituels propres. Une fois par mois, juste avant la réunion du Cercle, chaque conseil familial se réunit pour préparer la position que son chef défendra devant les autres. C'est l'occasion, m'a-t-on dit, des discussions les plus vives, bien plus que dans le Cercle lui-même, où l'on arrive déjà avec des décisions arrêtées. Observation : Je trouve cette structure étrangement saine. Beaucoup d'institutions, à Stendel comme à Nostra, fonctionnent au moins en partie par conversations informelles. Dans les couloirs, autour d'un repas, par des accords passés à demi-mot. Ici, à Hosu Sinnyeom, tout passe par un conseil. Tout est consigné. Quelqu'un prend des notes à chaque séance, et à ma demande pressante, Seunho a accepté de me montrer quelques-unes des plus anciennes, à condition que je ne les recopie pas. J'ai respecté. Dans un peuple qui croit que les ancêtres veillent depuis leurs arbres, on ne murmure pas dans les couloirs. On parle au grand jour, parce qu'on est toujours entendu. * La succession : Voici une des choses qui m'a le plus surpris quand je l'ai apprise. Dans chaque famille, le chef n'est pas désigné par héritage direct. Le fils aîné, ou la fille aînée, n'a aucune garantie de succéder à son parent. La règle, à Hosu Sinnyeom, est tout autre : le chef est élu par les membres de sa propre famille, et seuls ceux d'une certaine ancienneté peuvent se présenter. Concrètement, pour briguer la tête d'une famille, il faut être considéré comme un 어른 (Eoreun), ce qui se traduit approximativement par "aîné" ou "ancien". Le titre n'est pas une affaire d'âge exact. Il n'y a pas de seuil officiel en années. Mais il suppose une accumulation reconnue de connaissance et de sagesse. On ne devient pas Eoreun parce qu'on a soixante ans. On le devient parce que la famille reconnaît qu'on l'est. Cela peut prendre plus de temps pour certains, moins pour d'autres. Mais la grande majorité des Eoreun ont, en pratique, plus de quarante-cinq ans. L'élection se fait par les membres adultes de la famille, à bulletin secret. Pas de campagne. Pas de discours, du moins pas officiellement. Le candidat est connu de tous, sa réputation l'a précédé pendant des décennies. On vote selon ce qu'on sait de lui, pas selon ce qu'il promet. Ce système, m'a dit Hanseul, suppose une chose absolument essentielle : que chaque membre de la famille connaisse personnellement les candidats. C'est rendu possible par la taille modeste de chaque famille, quelques centaines de personnes au plus, dans les branches actives, et par les conseils hebdomadaires, où tout le monde se croise régulièrement. Le mandat dure jusqu'à la mort, le retrait volontaire, ou l'incapacité reconnue par la majorité. Il n'y a pas d'élections périodiques. Un chef élu reste chef tant qu'il est jugé apte. Tout cela suppose une famille structurée et stable, ce qu'elles sont. Mais je ne peux m'empêcher de me demander ce qui se passerait si une famille se déchirait sur une succession contestée. Personne ne m'a parlé d'un tel cas. Peut-être n'y en a-t-il jamais eu. Peut-être y en a-t-il eu, et n'en parle-t-on pas. La question reste sans réponse. * Vient maintenant la question qui se pose immédiatement à qui m'aura lu attentivement : comment Seunho peut-il être chef des Sejong s'il a trente ans ? Cette question, je me la suis posée dès les premiers jours. La réponse que j'ai fini par comprendre est plus subtile que ce que j'imaginais au départ, et elle dit quelque chose d'important sur la sagesse de cette famille. Quand le père de Seunho est mort en mer, il y avait, contrairement à ce qu'on pourrait croire, des Eoreun disponibles chez les Sejong. Pas en grand nombre, trois ou quatre, je crois, tous entre quarante-cinq et cinquante ans, ce qui est l'âge minimum habituel pour le titre. N'importe lequel d'entre eux aurait pu se présenter à l'élection, et n'importe lequel aurait pu l'emporter. Aucun ne s'est présenté. Ils ont, m'a expliqué Seunho très simplement un soir, décidé ensemble. Entre eux, au cours d'une discussion qui s'est tenue à bord pendant le voyage, après les funérailles improvisées du patriarche, que la situation appelait autre chose. Ni un Eoreun. Ni la sagesse accumulée d'une vie. Quelque chose de plus jeune, de plus tourné vers ce qui devait venir. Voici ce que Seunho m'a rapporté de leurs mots, autant que je me souviens : "Pour fonder une nouvelle cité, il faut une nouvelle graine. Une famille qui se transplante doit avoir, à sa tête, un esprit qui pousse vers l'avenir, et non qui se retourne vers le passé. Nous, les Eoreun, nous savons ce que nous avons perdu. Nous ne saurions pas ce qu'il faudra inventer." Ils ont donc tous renoncé à se présenter, et ils ont collectivement proposé Seunho. Le vote, ensuite, a confirmé leur recommandation à la quasi-unanimité. Pas par défaut, par choix. Je trouve cette décision admirable. Les Eoreun n'ont pas seulement renoncé au pouvoir. Ils l'ont activement donné à plus jeune qu'eux, en pleine connaissance de cause, parce qu'ils ont jugé que c'était l'intérêt du peuple. Combien de fois ai-je vu, à Stendel comme ailleurs, des hommes vieillissants s'accrocher à des fonctions qu'ils auraient dû céder depuis longtemps ? Ici, l'inverse s'est produit. Les anciens ont écouté ce que le moment exigeait, et ils se sont effacés. Sensée personnelle : Cette histoire me touche d'autant plus que je connais maintenant les Eoreun en question. Ils sont encore vivants. Ils siègent au conseil interne des Sejong. Ils conseillent Seunho à chaque grande décision. Ils ne se considèrent pas comme "écartés". Ils se considèrent comme ayant accompli leur premier acte de service à la nouvelle terre. Hanseul m'a dit une fois, en parlant d'eux : "Ils ont donné la chose la plus difficile à donner. Pas leur vie. Leur place." Je n'ai pas oublié cette phrase. Existe-t-il un monde où mon père aurait fait cela pour moi ? Une chose est certaine : ce n'est pas celui dans lequel je vis. Cela ne fait pas de Seunho un Eoreun pour autant. Tout le monde le sait, lui le premier. Il porte la fonction sans porter le titre, et cela transparaît dans la manière dont il parle. Un homme qui sait qu'il est jeune pour ce qu'il fait, qui compense par la précision et par l'écoute, et qui ne se permet jamais l'autorité naturelle que prennent Hanseul ou Yeon. C'est précisément ce qu'on attendait de lui. Il n'est pas là pour incarner le passé. Il est là pour bâtir l'avenir. Et il le fait avec la modestie de quelqu'un qui sait qu'il marche sur une voie qu'on lui a ouverte par confiance, pas par droit. Il y a quelque chose à la fois de très lourd et de très beau dans ce qu'on lui a demandé. Lourd, parce qu'il porte une charge qu'on confie d'habitude à des hommes ayant vécu deux fois sa vie, et qu'il doit le faire en sachant qu'il pourrait à tout moment décevoir ceux qui lui ont donné cette confiance. Beau, parce qu'il n'a jamais fui cette charge et qu'il est aujourd'hui, je le pense sincèrement, plus mûr que beaucoup d'Eoreun que j'ai rencontrés. C'est aussi pour cela, je crois, qu'il me parle si librement de son père. Il sait ce que c'est, devenir vieux trop tôt à cause d'une mort. Il sait qu'on ne choisit pas le moment où le poids tombe. On choisit seulement la manière de le porter. * Les trois chefs : J'écris ici trois courts portraits, un pour chacun. Plus pour fixer ce que je vois que pour prétendre les connaître en profondeur. Je n'ai passé qu'un peu plus d'un an parmi eux, cela ne suffit pas à comprendre des êtres humains. Je m'excuse par avance auprès d'eux pour les approximations. 세운호-Seunho Sejong : Trente ans. Le plus jeune des trois chefs, et de loin. Cheveux noirs, taille moyenne, parle notre langue avec une aisance qui m'a surpris dès le premier jour. Il a un calme qui n'est pas naturel. Je veux dire par là qu'on sent que c'est un calme qu'il s'est imposé, à force de comprendre que la précipitation tuait plus vite que la lenteur. Il observe énormément. Il pose des questions plus qu'il n'affirme. Quand il prend la parole devant le Cercle, c'est presque toujours après les deux autres. Pour synthétiser, pas pour trancher. C'est un diplomate au sens le plus pur du terme : il fait dire aux autres ce qu'il pense lui-même, et il les laisse croire qu'ils l'ont décidé seuls. Je l'aime profondément. C'est un frère, ou ce qu'il s'en rapproche le plus dans ma vie. 한슬-Hanseul Myeongseong : Cinquante ans. Eoreun reconnue. Chef de sa famille depuis quelques années, élue peu avant le départ pour Nostra, ce qui lui a valu de mener les Myeongseong à travers toute l'épreuve du voyage. Femme énergique, presque colérique parfois. Elle s'emporte facilement, surtout quand on parle mal des morts ou des terres. Mais elle est juste, ce qui rachète tout. Prêtresse principale de la Ppuri Sinang sur Nostra. Les autres prêtres se tournent vers elle pour les rituels majeurs. Elle parle notre langue avec un fort accent, qu'elle assume sans complexe. Notre relation est presque celle d'un professeur à un autre professeur. Elle m'enseigne sa foi. Je lui parle de la mienne. Nous corrigeons l'une l'autre sans nous vexer. Une chance que je n'aurais pas attendue. 연-Yeon Sun Sin : Soixante-trois ans, je crois, je n'ai jamais osé lui demander précisément. Le plus âgé des trois chefs. Eoreun depuis plus longtemps que je ne suis en vie. Il dirige les Sun Sin d'une main dure, et sa famille suit sans broncher. J'ai compris assez vite qu'à Sun Sin, l'autorité ne se discute pas comme chez les autres. Il parle peu notre langue. Ou alors il fait semblant de ne pas la parler pour ne pas avoir à converser avec moi, ce qui revient à peu près au même. Nos rapports sont cordiaux. Pas plus. Il salue, il écoute, il répond brièvement, il s'en va. Je ne lui en veux pas. À sa place, je serais sans doute aussi réservé envers un étranger qui s'invite dans le pays. Mais il y a une chose qu'il faut que je note sur Yeon, parce qu'elle traverse tout son comportement actuel, et qu'on me reprocherait de l'avoir tue. Yeon est convaincu qu'une menace approche. Il le dit depuis plusieurs mois. Il le répète à chaque Cercle. Il demande plus de soldats à l'entraînement, plus de bateaux au port, plus de fortifications côtières. Il invoque cette menace sans jamais en préciser la nature. Pas un peuple, pas une bête, pas un mouvement précis. Juste un sentiment. Une intuition, qu'il présente comme une certitude. Quand Seunho ou Hanseul lui demandent ce qui motive cette conviction, il répond invariablement : "Je le sens. C'est tout." Cela suffit à éveiller des tensions importantes au sein du Cercle. J'y reviens juste après. Je ne sais pas quoi penser de Yeon. Le plus facile serait de le considérer comme un vieil homme dont l'esprit s'effrite et qui voit des ennemis partout. C'est la part rassurante. Mais Yeon est un marin et un guerrier de soixante ans, qui a traversé un océan, qui a perdu des hommes en cours de route et qui a perdu sa femme dans une autre violence, plus ancienne. On ne dit pas légèrement "je le sens" quand on a survécu à ce que lui a survécu. Mon avis : Je ne sais pas s'il a raison. Je sais seulement qu'il ne ment pas. Entre les deux, je ne trancherai pas : ce n'est pas à moi de le faire. Mais si un jour vous venez sur ces terres et que la ville n'existe plus, c'est qu'ils ne l'auront pas assez écouté. * Les tensions : Toute institution a ses tensions, et il serait malhonnête de présenter le Cercle comme un endroit où tout va bien. Je note seulement ce que j'ai observé. Première tension-l'armée : Yeon réclame des moyens militaires croissants au nom d'une menace dont il ne précise jamais la nature. Cela mobilise des ressources, bois pour les bateaux, fer pour les armes, hommes pour les entraînements que Hanseul aimerait voir affectées à autre chose : agrandir les terres cultivées, renforcer les rituels du temple, accueillir mieux les nouveaux arrivants. Hanseul ne nie pas la possibilité d'une menace, mais elle nie son urgence. Sur ce sujet, Hanseul et Seunho se rangent souvent dans le même camp, et Yeon se retrouve isolé à deux contre un. Il a utilisé son veto une fois sur ce sujet. Deuxième tension-l'ouverture : Seunho défend activement le rapprochement avec Windesburgh, avec les autres établissements de Nostra, et c'est plus discret mais c'est réel avec moi-même en tant que prêtre d'une foi étrangère. Yeon, lui, voudrait fermer les frontières, contrôler étroitement les entrées et sorties du peuple, limiter les contacts. Hanseul est partagée : elle aime les échanges spirituels, mais elle redoute la dilution culturelle. Sur cette question, la majorité penche le plus souvent du côté de Seunho. Pas toujours. Et certains sujets précis, par exemple l'autorisation pour des Coréens de se marier hors du peuple sont régulièrement reportés au Cercle suivant, faute de pouvoir trancher. Troisième tension-la mémoire de Joseon : Question particulièrement délicate, parce qu'elle n'admet aucune solution pratique. La route maritime entre Stendel et Nostra ne se fait, à ma connaissance, que dans un seul sens. Les navires arrivent ici, mais ils ne repartent pas, ou s'ils repartent, ils ne reviennent plus. Personne, parmi ceux qui sont venus depuis l'ouverture du nouveau monde, n'est jamais retourné à son point de départ. Cela vaut pour les Coréens comme pour nous. Joseon, pour Hosu Sinnyeom, est désormais un pays qu'on ne reverra pas. La tension ne porte donc pas sur d'éventuels rapports à envoyer à l'Empereur, il n'y en aura jamais. Elle porte sur quelque chose de plus profond : faut-il continuer à se considérer comme des Coréens de Joseon, ou faut-il assumer pleinement qu'on est devenu un peuple distinct ? Faut-il continuer à invoquer l'Empereur dans les rituels officiels, à appliquer les anciennes lois jusque dans leurs détails, à enseigner aux enfants qu'ils sont les sujets d'un souverain qu'ils ne verront jamais ? Ou faut-il commencer, doucement, à devenir autre chose, un peuple coréen de Nostra, qui se souvient de Joseon sans plus s'y conformer ? Sur ce point, Hanseul est celle qui défend le plus farouchement la continuité de la fidélité. Pour elle, oublier Joseon serait trahir les ancêtres qui n'ont pas pu venir. Et chez les Myeongseong, on ne trahit pas les ancêtres. Seunho est ambigu, il comprend les deux positions. Il sait que tôt ou tard le peuple devra trancher. Il préfère reporter le moment. Yeon, étonnamment, semble penser que la séparation est inévitable, peut-être parce qu'il sait, en marin, ce qu'est une route qu'on ne refait plus. "On ne devient pas un autre peuple en le décidant un matin, m'a-t-il dit une fois une de nos rares vraies conversations. On devient un autre peuple petit à petit, sans s'en apercevoir. Et un jour, on se réveille, et c'est fait." C'est peut-être la phrase la plus inquiétante qu'il m'ait dite. Et la plus juste. Conclusion personnelle : Il y a quelque chose d'attendrissant à voir ces trois personnes, si différentes, se disputer sur des sujets qui les obligent toutes à grandir. Aucune d'elles ne défend la même chose qu'il y a six ans. Chacune a changé de position au moins une fois sur un sujet important. C'est, je crois, le signe d'un Cercle qui fonctionne : on n'y vient pas pour répéter ses convictions, mais pour qu'elles soient mises à l'épreuve. ——————————————————— Sub Luce scripsi. 빛 아래 적었노라 Bit arae jeogeotnora. — J'ai écrit sous la Lumière — Achevé dans la salle ronde du Manoir Bleu, après une réunion du Cercle, au moment où le soleil descendait derrière la montagne. ——————————————————— ——————————————————— LIVRE IV GÉOGRAPHIE ET ARCHITECTURE 지리와 건축 — Jiri-wa Geonchuk Divulgacher Avant les bâtiments, le paysage qui les porte. C'est par là qu'il faut commencer. J'aurais voulu dessiner une carte ici. Je n'ai pas le talent pour cela, mes croquis seraient pires que mes mots. Imagine alors ceci : Un lac au creux d'une vallée. Pas un grand lac de plaine, plat et calme. Un lac de montagne, encaissé entre des reliefs qui le surplombent de plusieurs centaines de mètres. L'eau y est d'un bleu très profond, qui change selon l'heure, vert tendre au matin, presque noir au crépuscule. C'est un lac vivant. Tout, ici, s'organise autour de lui. Pour comprendre la disposition des lieux, place-toi mentalement au-dessus du lac, et regarde aux quatre directions. Au nord : sur une hauteur boisée, se dresse le sanctuaire principal des Myeongseong, le 산정 사원 (Sanjeong Sawon), le Temple du Sommet. C'est là que repose, plus haut encore, l'arbre du patriarche Sejong, et que vit la majeure partie de la famille Myeongseong, gardienne du lieu. Au sud : le terrain s'enfonce dans une jungle dense. C'est là que se trouvent les terres agricoles, gagnées sur la forêt au prix d'un travail dont je n'imagine pas l'ampleur. Le climat y est plus chaud et humide qu'au nord, idéal pour le riz, le chou et les cultures importées de Joseon. Les rizières s'étendent en damiers d'eau qui réfléchissent le ciel. À l'ouest : en contrebas, adossée à une grande montagne, se déploie la ville noble. Le cœur politique et résidentiel, le quartier des Sejong. C'est là que se dresse le 푸른 저택 (Pureun Jeotaek), le Manoir Bleu, à l'extrême ouest du territoire, juste devant la montagne. La ville noble est traversée de canaux d'eau vive, creusés par les habitants eux-mêmes. J'y reviendrai. Au sud de cette ville noble : séparé par une rivière franchie de plusieurs ponts, le port et la basse ville, où vit l'essentiel du peuple. Plus loin au sud-ouest, dans la zone rurale, se dresse le 천해탑 (Cheonhae Tap), la grande pagode des Sun Sin. Et à l'est du lac : au-delà d'une bande tampon de terres boisées encore sauvages, commence le territoire de Windesburgh. Tout autour du territoire effectivement habité, des forêts de bambous très denses montent sur les flancs des montagnes. La première fois que je m'y suis enfoncé seul, j'ai cru que je n'en sortirais pas avant la nuit. La lumière y change si peu qu'on perd toute orientation au bout de quelques minutes. Les Coréens, eux, s'y déplacent comme nous dans nos rues. Une compétence à eux, que je n'ai jamais acquise. Pensée du jour : Hanseul a beaucoup ri quand je lui ai raconté que je m'étais perdu dans la bambouseraie. Elle m'a expliqué qu'à Joseon, les enfants apprenaient très jeunes à lire la direction des tiges et l'inclinaison des feuilles selon la pente. Une compétence dont je n'aurai jamais le naturel, je le crains. Mais j'aime cette forêt. C'est l'un des paysages les plus apaisants que je connaisse. * La ville Noble-Quartier des Sejong : C'est par la ville noble que tout commence pour le visiteur officiel. C'est aussi la zone que je connais le mieux, puisque c'est là que je réside la plupart du temps. La ville est bâtie à l'ouest du lac, en contrebas, adossée à une grande montagne qui la protège des vents froids du nord-ouest. Elle s'étend en pente douce depuis ses hauteurs jusqu'à la rivière qui la sépare du port, au sud. Elle est ceinte d'une muraille qu'on aperçoit de loin avant même de voir les toits, une muraille en pierre claire, presque blanche, soigneusement appareillée, ponctuée régulièrement de petites tours de guet et de portes ornées. Cette pierre n'est pas locale. Elle est extraite des carrières de la montagne occidentale, juste derrière la ville, et taillée sur place avant transport. C'est une construction coûteuse, ce qui dit en soi quelque chose. Hosu Sinnyeom ne se voit pas comme un campement provisoire. La ville s'est bâtie pour durer. Ce qui frappe le plus, à l'intérieur, ce sont les canaux. Les Coréens ont creusé, dans toute la ville noble, un réseau d'eau vive dont l'épine dorsale est une grande artère centrale qui traverse le quartier du nord au sud. Cette artère principale est large. Bien plus qu'un simple canal urbain, environ une douzaine de mètres d'une rive à l'autre et elle a été pensée comme une véritable promenade publique. Ses deux berges, soigneusement appareillées en pierre claire, sont aménagées en niveaux. Un quai supérieur où passent les rues et les commerces. Un niveau inférieur qui descend jusqu'à l'eau elle-même, où l'on peut marcher au bord du courant. À certains endroits, des pierres plates sont disposées au milieu du flux, permettant de traverser à pied sans pont quand le niveau est bas. C'est un dispositif que les Sejong assurent reproduire d'une cité ancienne de Joseon, dont la mémoire est précieusement conservée chez eux.Cette lumière vit dans le reflet de l'eau. De cette artère principale partent, en éventail, des canaux secondaires plus modestes. Trois ou quatre mètres de large pour la plupart qui irriguent les quartiers latéraux à l'est et à l'ouest, et finissent par se rejoindre dans l'axe central avant de tomber dans la rivière au sud. Ces canaux mineurs sont bordés de murets bas en pierre claire, parfois plantés de fleurs ou de jeunes saules. Des passerelles plates en pierre ou en bois les enjambent à intervalles réguliers, dessinant une géométrie douce qui rythme la promenade. L'eau, dans son ensemble, est captée en amont depuis des sources des hauteurs nord, descend en pente très douce à travers toute la ville, et finit par rejoindre la rivière qui sépare la ville noble du port. Elle ne stagne jamais. Cette circulation permanente a une fonction pratique. Irrigation, propreté des rues, refroidissement en été mais aussi, j'en suis convaincu, une fonction esthétique et presque spirituelle. Une ville où l'eau coule en permanence n'est pas une ville morte. C'est une ville qui respire. À Joseon, m'a expliqué Seunho, certaines grandes cités étaient entièrement traversées par ce type d'aménagement, et leurs habitants y voyaient une marque de civilisation autant qu'un agrément. Les Sejong ont voulu reproduire cela ici. Ils y ont mis le temps qu'il fallait. Le résultat est l'un des spectacles les plus apaisants que je connaisse. À l'intérieur de la muraille, l'architecture suit les codes que les Coréens ont rapportés de Joseon, mais elle s'adapte aussi aux matériaux locaux. Les maisons ont presque toutes des toits courbes, pas un peu inclinés comme chez nous, mais courbés, leurs avant-toits débordant largement de la structure, soutenus par des poutres en bois sombre. Ces toits sont leur signature. Leur couleur n'est jamais laissée au hasard. Les murs des maisons mêlent bois sombre et pierre : structure portante en bois traité d'une teinte allant du brun foncé au noir, remplissage en pierre blanche ou en torchis enduit. Les fenêtres sont nombreuses et étroites, souvent garnies d'une membrane de papier huilé qui laisse passer la lumière sans la chaleur. À l'intérieur, je l'ai constaté en visitant chez Seunho, le sol est surélevé par rapport à la rue. On retire ses chaussures avant d'entrer. On s'assoit ou s'agenouille plutôt que de s'asseoir sur des chaises. Une remarque importante sur le bois, qu'il m'a fallu du temps à comprendre. Dans toute la ville noble, et dans le reste du territoire civil, le bois est sombre. Brun, noir, gris cendré, parfois huilé pour briller. Jamais rouge. Le bois rouge, ce vermillon profond qu'on voit sur les colonnes des temples coréens est strictement réservé aux édifices sacrés.Aucune maison, aucune muraille, aucune passerelle civile ne se permettrait d'en utiliser. C'est une règle absolue, plus stricte que celle des couleurs de tuiles. J'y reviendrai au moment de décrire le temple. Quant aux toits, ils obéissent à une règle de couleur qui m'a pris un peu de temps à comprendre. Dans la ville noble, les toits sont rouges ou noirs. Ce sont les deux couleurs nobles, celles qui marquent l'appartenance aux trois familles fondatrices et aux maisons proches d'elles. Au port et dans la basse ville, les toits sont libres, toutes les couleurs, sauf trois : ni rouge, ni noir (réservés à la noblesse), ni bleu (exclusif au Manoir Bleu des Sejong). Cette distinction n'est pas inscrite dans une loi formelle. Elle est respectée par tous. Un nouveau venu qui choisirait par erreur des tuiles rouges pour sa maison du port se verrait poliment mais fermement corrigé par ses voisins. Les rues sont pavées de pierre claire, plus rugueuse que celle des murs, taillée pour ne pas glisser sous la pluie. Étroites par endroits, plus larges par d'autres, elles ne suivent jamais une ligne droite trop longtemps. Elles épousent le terrain, et elles épousent surtout le tracé des canaux. Ce n'est pas du désordre. C'est une autre conception de l'ordre, un ordre qui se moule sur la nature plutôt que de l'écraser. Observation : La première fois que je suis entré dans la ville par la porte est, j'ai eu un saisissement que je n'attendais pas. Je venais de marcher plusieurs jours depuis Windesburgh, terrain boisé, brouillard sur le lac et tout d'un coup, après avoir contourné le lac par le nord, ces toits qui apparaissent au-dessus de la muraille, le bleu du Manoir Bleu loin à l'ouest, et le son discret de l'eau dans les canaux qu'on entend avant même d'y entrer. Windesburgh, qui se bâtit encore, a sa propre beauté. Celle d'une cité jeune, vigoureuse, en mouvement permanent. Hosu Sinnyeom, elle, a la beauté de ce qui a été composé avec soin, comme un tableau finement posé. Deux beautés différentes, chacune juste à sa manière, et je n'ai pas à choisir entre les deux. * Le 푸른 저택-Pureun Jeotaek-Le manoir Bleu : Le 푸른 저택 (Pureun Jeotaek), traduit dans notre langue par "Manoir Bleu", est le cœur politique de Hosu Sinnyeom. Siège des Sejong, résidence officielle de Seunho, lieu où se réunit le Cercle des Trois Maisons. Je l'ai déjà décrit en partie au livre précédent. Je le complète ici, parce qu'il mérite mieux qu'un paragraphe. Le bâtiment se dresse à l'extrême ouest de la ville noble, juste devant la grande montagne qui ferme le territoire de ce côté. Sa position est délibérée : il regarde le lac à l'est, il est protégé par la pierre à l'ouest, et il domine légèrement le reste de la ville depuis une élévation naturelle, ce qui le rend visible depuis tous les quartiers. Sa silhouette est immédiatement reconnaissable. Un long corps central à un étage, prolongé par des ailes plus basses, avec un toit majestueusement courbé recouvert de tuiles 청기와 (Cheonggiwa) d'un bleu cobalt soutenu. Aux angles, les tuiles se relèvent en pointes douces, suivant la convention coréenne. Les avant-toits débordent largement, soutenus par des consoles en bois sombre patiné. L'ensemble repose sur un soubassement en pierre blanche surélevé. Les colonnes du portique sont en bois sombre comme dans toute la ville civile, le rouge sacré des temples n'a pas sa place ici, même pour le bâtiment le plus prestigieux des Sejong. Elles sont surmontées de chapiteaux peints de motifs verts et bleus que je n'ai pas encore appris à lire. Chaque motif a un sens, m'a dit Hanseul, mais elle ne m'a pas encore tout expliqué. Une partie de ce qui m'attend dans les années à venir. Le bâtiment est divisé en plusieurs zones, séparées par des cloisons de bois et de papier qu'on peut faire coulisser. La salle ronde du Cercle, dont j'ai parlé, occupe la partie centrale du corps principal. Autour : les appartements privés des Sejong, les bureaux administratifs, une bibliothèque modeste où l'on archive les rapports des conseils, et c'est la pièce que je préfère, une salle d'écriture donnant sur un petit jardin intérieur où poussent quelques bambous nains et un cerisier. C'est là que j'écris, le plus souvent, ces pages. Seunho m'a dit, le premier jour qu'il m'a accordé l'usage de cette salle : "Tant que tu écris ici, tu es chez toi." Je n'ai jamais oublié cette phrase. Pour quelqu'un qui ne sait pas où il habite vraiment depuis longtemps, c'est un cadeau que je n'avais pas attendu. * Le 산정 사원-Sanjeong Sawon-Le temple du sommet : Au nord du lac, sur une hauteur boisée qui domine l'ensemble de la vallée, se dresse le bâtiment le plus sacré de Hosu Sinnyeom, le 산정 사원 (Sanjeong Sawon), le Temple du Sommet. Il faut une bonne demi-heure de marche montante pour y accéder, par un sentier qui part de la rive nord du lac et serpente entre les bambous, puis sous des pins plus anciens. Le temple lui-même est bâti sur un grand replat naturel à mi-hauteur, à un endroit que Hanseul affirme avoir "entendu chanter" dès leur arrivée. Le temple est très différent du Manoir Bleu. Là où les Sejong privilégient le bleu, l'horizontalité, la sobriété diplomatique, les Myeongseong revendiquent le rouge, le noir, et une verticalité plus discrète mais sacrée. Le sanctuaire principal est une structure surélevée, portée par d'épaisses colonnes de bois rouge vermillon. C'est, je le rappelle, le seul lieu de tout le territoire où cette couleur de bois est employée. Pour les Myeongseong, le rouge n'est pas une couleur décorative. C'est la teinte du sang vital qui parcourt l'arbre depuis ses racines, donc la couleur du lien entre les vivants et les ancêtres qui dorment dans la terre. Aucun autre bâtiment ne se permettrait cette couleur. Aucun autre bâtiment n'en a le droit. Le toit, lui, n'est pas rouge mais noir, un noir profond, presque luisant, fait de tuiles épaisses posées en lignes denses, qui contraste superbement avec le rouge ardent des colonnes. C'est, m'a expliqué Hanseul, la couleur de la nuit et de la terre, celle qui recouvre les corps sous la montagne. Le temple dit toute la cosmologie de la Foi des Racines en un seul bâtiment. Le rouge vivant qui monte. Le noir endormi qui couvre. Le toit principal est composé d'un grand toit bas, suivi d'un second toit plus petit qui le surmonte, donnant au bâtiment une silhouette à deux niveaux. Chaque toit se prolonge en avant-toits larges, soutenus par des poutres ouvragées que les charpentiers Myeongseong sont les seuls à savoir tailler. La structure n'a aucun mur extérieur fermé au rez-de-chaussée. On y entre par tous les côtés. Le vent y circule librement. Ce n'est pas un défaut de construction. C'est un choix. Pour les Myeongseong, un lieu sacré ne se ferme jamais. Il accueille en permanence ce qui vient. Au centre exact du temple, suspendue à une poutre massive, se trouve une grande cloche en or. C'est l'objet le plus précieux de tout Hosu Sinnyeom, et probablement l'objet sacré le plus important rapporté de Joseon. Elle a été coulée m'a dit Hanseul, sans plus de précisions à partir d'or fondu par les anciens prêtres du peuple, et elle a fait toute la traversée jusqu'ici, soigneusement protégée dans une caisse de bois rembourrée. On la frappe à des moments précis : aux levers et aux couchers de soleil, lors des cérémonies majeures, et à chaque fois qu'un nouvel arbre-ancêtre commence à pousser sur la montagne. Son son est, dit-on, ce qui apaise les ancêtres et la nature elle-même qui sont, dans la Foi des Racines, à peine deux choses différentes. J'ai eu le privilège d'entendre cette cloche sonner une fois, au crépuscule, depuis la rive du lac. Je ne saurai pas le décrire avec des mots justes. C'est un son qui dure longtemps. Qui semble se promener autour des montagnes avant de revenir. Et qui c'est subjectif, je le sais donne l'impression que le monde lui-même se tient tranquille pendant qu'il résonne. Je note l'effet sans le défendre. Aux murs intérieurs du temple, peints en noir mat, sont accrochés des panneaux de bois où sont gravés les noms des ancêtres principaux du peuple depuis Joseon, et plus récemment ceux qui sont morts pendant la traversée ou sur Nostra. Au sol, sous la cloche, repose une grande dalle de pierre noire, un autel des ancêtres sur laquelle on dépose des offrandes : du riz, de l'encens, des petites coupes d'eau du lac, parfois un objet personnel laissé par un fidèle. Plus haut, à l'arrière du temple, un sentier monte vers le véritable sommet de la colline. C'est là que se trouve, parmi d'autres arbres-ancêtres plus modestes, l'arbre du patriarche Sejong, le père de Seunho. Je note simplement, parce que c'est important : l'arbre du fondateur Sejong se trouve sur le territoire spirituel des Myeongseong. C'est un fait qui dit beaucoup. Les Myeongseong veillent sur le père des Sejong. Les trois familles, dans la pratique de la foi, sont déjà imbriquées plus profondément que le Cercle ne le laisse paraître. Point à noter : Hanseul m'a permis, une fois, d'assister à un rituel matinal au sanctuaire. Pas un grand rituel, juste les offrandes du jour. J'ai été frappé par le silence. À Stendel, les services religieux que j'ai vus sont remplis de paroles. Prières, chants, sermons. Ici, presque rien. Hanseul a déposé du riz, allumé un bâton d'encens, incliné la tête. Trois minutes, peut-être. Puis elle est partie. C'est tout. Quand je lui ai demandé pourquoi si peu de mots, elle m'a répondu : "Les morts savent. On ne leur explique pas." J'y pense encore aujourd'hui. * Le 천해탑-Cheonhae tap- La Pagode du ciel et de la mer : Au sud-ouest du territoire, dans la zone rurale qui s'étend entre la basse ville et la lisière de la jungle agricole, se dresse une structure qui ne ressemble ni au Manoir Bleu ni au Temple du Sommet : le 천해탑 (Cheonhae Tap), la Pagode du Ciel et de la Mer, bâtiment principal de la famille Sun Sin. Sa position est délibérée. Elle est éloignée de la ville noble, les Sun Sin tiennent à leur autonomie d'espace autant qu'à leur autonomie hiérarchique. Elle est posée sur une butte naturelle qui domine les rizières et les fermes alentour, et de son sommet, par temps clair, on aperçoit à la fois le port à l'est et la jungle profonde au sud. C'est une position de guet autant qu'un lieu de cérémonie. Depuis le 천해탑, les Sun Sin peuvent voir venir n'importe quoi. C'est une pagode au sens strict du terme. Une tour à étages multiples, chaque étage plus petit que celui d'en dessous, l'ensemble s'élevant comme une flèche progressive vers le ciel. Elle compte cinq niveaux, et son sommet est marqué par un mât métallique surmonté d'un ornement en forme de pointe et de croissant, symbolisant, m'a expliqué Yeon dans l'une des rares conversations que nous ayons eues, "l'étoile qui guide et la lune qui se lève sur la mer." La pagode est construite en bois sombre et bordeaux, avec des touches de doré aux angles. Chaque étage est ceinturé d'un toit courbé indépendant, les tuiles d'un brun rouge presque noir. Les colonnes principales sont massives, posées sur un soubassement en pierre grise qui contraste avec la pierre claire du reste de la ville. Le bâtiment est plus massif, plus martial dans son allure, que ne le sont les autres édifices. On sent que les Sun Sin ne le veulent pas seulement beau. Ils veulent qu'on le respecte. Le 천해탑 sert à plusieurs fonctions. Au rez-de-chaussée, c'est un lieu de cérémonie pour la famille. Funérailles maritimes, départs en mer, retours, prières aux esprits du vent. Aux étages, on trouve des salles d'instruction (les jeunes Sun Sin y apprennent la navigation, les cartes marines, le maniement des armes), une salle d'archives navales tenue avec un soin presque obsessionnel, et au sommet, sous le mât, une plateforme d'observation qui sert à la fois pour surveiller le lac et pour les rites stellaires. Les Sun Sin lisent les étoiles. Ils naviguaient déjà ainsi à Joseon. Ils continuent ici. Yeon ne m'a pas invité dans la pagode pendant longtemps. Pas par hostilité, par procédure, je crois. Le 천해탑 n'est pas un bâtiment public. Il a fallu que Seunho appuie ma demande, et que je promette de ne pas écrire sur certains rituels précis. J'ai promis. J'ai tenu. Ce qui est dans ce livre, sur cette pagode, est ce que j'ai été autorisé à écrire. Le reste reste pour eux. * La basse ville-Port et quartiers populaires : Au sud de la ville noble, le terrain redescend en pente plus marquée vers une rivière qui sert de frontière naturelle entre les deux mondes. Celui de la noblesse en haut, celui du peuple en bas. La rivière prend sa source dans les hauteurs occidentales, alimente en partie les canaux de la ville noble, et finit son cours vers le sud-est où elle se jette dans le lac. Plusieurs ponts la franchissent. Les principaux sont en pierre claire, couverts d'arches, parfois ornés de petites tours-belvédères aux angles. Ce sont les ponts officiels, par lesquels passent les déplacements importants. D'autres sont en bois, plus modestes, à usage quotidien : on les emprunte pour aller au marché, pour rentrer du travail, pour livrer du poisson. La rivière n'est pas large, guère plus de quinze mètres au point le plus étroit mais elle est suffisamment profonde et rapide pour qu'on ne la traverse pas à pied. Les ponts sont donc essentiels. On dit, à Hosu Sinnyeom, qu'"un peuple se mesure à ses ponts plus qu'à ses murailles". Proverbe dont je ne sais pas s'il vient de Joseon ou s'il a été inventé ici, mais que je trouve très juste. De l'autre côté de la rivière s'étend ce que tout le monde appelle simplement la basse ville : un ensemble plus dense, plus vivant, plus mélangé que la ville noble. C'est là que vit l'essentiel du peuple coréen, et c'est là que se concentre l'activité du port, qui occupe la partie est de la zone, donnant directement sur le lac. Les maisons de la basse ville reprennent le même langage architectural que celles de la ville noble, toits courbes, bois sombre, pierre blanche. Mais avec des dimensions plus modestes et une plus grande diversité de couleurs aux toits. On y trouve toutes les teintes, gris cendré, vert pâle, brun foncé, violet, chaque famille de marins ou d'artisans choisissant sa propre couleur selon les goûts et les moyens. Ni rouge, ni noir, ni bleu, jamais. Cette polychromie donne à la basse ville un aspect joyeux, presque festif, qu'on ne trouve pas dans la sobriété distinguée du haut. Les maisons sont souvent mitoyennes, formant des ruelles étroites où se croisent les enfants, les artisans, les marchands. J'aime beaucoup ces ruelles, je l'avoue. Il y a quelque chose de très vivant dans ces quartiers. L'odeur des cuisines, les voix qui se répondent d'une fenêtre à l'autre, le bruit des marteaux. C'est là, plus que dans les bâtiments officiels, que je sens vraiment ce qu'est ce peuple au quotidien. À chaque visite, je découvre une nouvelle petite chose. Un autel familial dans un coin de cour. Une lanterne décorée pour une fête à venir. Un enfant qui apprend à écrire le 한글 sur une ardoise. Le port lui-même n'est pas immense. Hosu Sinnyeom n'est pas un peuple de grand commerce maritime, du moins pas encore mais il est solidement bâti. Quais en pierre grise, pontons de bois sur l'eau, plusieurs hangars pour les bateaux de pêche et les rares vaisseaux plus grands. Il est entouré de sa propre muraille, plus modeste que celle de la ville noble en pierre classique non taillée, plus rustique, qui sert moins à impressionner qu'à arrêter un éventuel raid venu du lac. Cette muraille est plus basse, ne dépassant pas trois mètres par endroits, mais elle est doublée d'un système de palissades en bambou taillé qui rendent l'escalade malaisée. Quelques maisons disposent de jardins intérieurs, souvent minuscules mais soignés à l'extrême. Un seul érable rouge, ou un bambou, ou un bassin de quelques pas avec deux poissons. Le rapport à la nature, ici, ne se traduit pas en grandes surfaces mais en intensité de chaque détail. * La zone rurale et les terres agricoles : Au-delà de la basse ville, en s'éloignant du lac vers le sud et le sud-ouest, le territoire s'ouvre sur des étendues plus vastes et moins peuplées. C'est la zone rurale, où vit le reste de la famille Sun Sin et où une partie des Myeongseong descend pour travailler les champs. À proximité immédiate de la basse ville se trouvent quelques hameaux de fermes, bâtiments plus simples que les maisons de la ville, souvent à un seul niveau, avec des toits de chaume parfois plutôt que de tuiles, et des cours larges où vivent volailles et chèvres. C'est aussi dans cette zone, plus précisément au sud-ouest, que se dresse le 천해탑 que j'ai décrit plus haut. Plus loin au sud, le territoire descend insensiblement en altitude, le climat se fait plus chaud et humide, et l'on entre dans la jungle agricole des Myeongseong. C'est là, sur les terres défrichées au prix d'un travail considérable, que s'étendent les rizières principales du peuple. Damiers d'eau peu profonde, organisés en lignes parfaites, avec les plants verts qui émergent en quinconces réguliers. À côté du riz, on cultive aussi quelques céréales et légumes acclimatés depuis Joseon, ainsi que des plantes médicinales que les prêtres Myeongseong récoltent eux-mêmes. La première fois que j'ai vu une rizière coréenne, je n'ai pas compris ce que je regardais. Chez nous, la terre cultivée est sèche et nette. Là, un damier d'eau peu profonde, avec des plants verts qui émergent en lignes parfaites. C'est techniquement complexe et c'est aussi extraordinairement beau, surtout au coucher de soleil quand l'eau reflète tout. Je me suis dit qu'il faudrait que je rapporte un jour cette technique à Windesburgh. * Les routes : Les routes intérieures de Hosu Sinnyeom forment un réseau modeste mais bien entretenu. La route principale traverse la ville noble d'est en ouest, reliant la porte est (qui ouvre vers le lac et, au-delà, vers Windesburgh) à la porte ouest (qui débouche sur le sentier de la montagne et les carrières de pierre). Du nord de la ville noble, un sentier monte vers le Temple du Sommet en serpentant entre les bambous. Au sud, plusieurs ponts franchissent la rivière pour rejoindre la basse ville et le port, et de là des chemins partent vers les hameaux ruraux et les rizières du sud. Une route plus large, soignée, contourne le lac par le nord pour rejoindre Windesburgh, à l'est du territoire coréen. C'est celle que j'emprunte le plus souvent. Elle a été ouverte conjointement il y a maintenant deux ans, après les premiers accords entre nos deux peuples. Plusieurs jours de marche la séparent des nôtres, à travers les bambouseraies et les terrains boisés, ce qui décourage les voyageurs occasionnels. C'est mieux ainsi pour l'instant. Cette route a beaucoup été construite et entretenue par Hosu Sinnyeom. Windesburgh a fourni des hommes et du matériel, surtout lors des passages les plus difficiles, mais les Coréens y ont investi davantage à proportion de leurs moyens. Cela tient probablement à ce qu'ils sont plus enclins, par culture, à entretenir avec soin ce qui relie. Et Windesburgh est une cité qui se construit elle-même en ce moment, avec mille chantiers en cours. Il est compréhensible qu'une route extérieure passe parfois après les murailles intérieures. * Les frontières et les alentours : Le territoire effectivement contrôlé par les Trois Maisons comprend la ville noble à l'ouest, la basse ville et le port au sud-ouest, les terres agricoles au sud, le temple et ses abords au nord, et l'ensemble du pourtour immédiat du lac. Au-delà, on entre dans des territoires que je qualifierais d'ouverts, plaines vallonnées et montagnes sauvages où ne vit personne, ou presque. Quelques bûcherons en lisière. Quelques chasseurs occasionnels. Pas de villages. Plus loin, à l'est du lac, après une bande de terres boisées qui sert de zone tampon, commence le territoire de Windesburgh. La frontière entre les deux n'est pas marquée par une muraille ou une borne précise. Elle est plutôt définie par les routes patrouillées, qui s'arrêtent à un certain point pour chaque peuple, laissant entre les deux une bande informelle où personne n'a vraiment autorité. Cela fonctionne très bien dans la pratique. La confiance mutuelle suffit, pour l'heure, à éviter qu'on ait besoin d'y inscrire quoi que ce soit dans la pierre. Aux autres directions, au nord-ouest derrière la montagne, au sud profond au-delà de la jungle agricole, au nord-est au-delà du temple, c'est la grande inconnue. Les bambouseraies y sont si denses qu'elles découragent l'exploration. Les rares expéditions que les Sun Sin ont menées dans ces directions sont revenues bredouilles. Aucun signe de peuple, aucun signe de civilisation passée mais aucune certitude qu'il n'y ait rien là-bas non plus. * Un mot sur le projet commun : Je dois mentionner ici, brièvement, qu'un projet de longue haleine est en cours sur ce territoire, un projet que je mène avec Nerofir, avec le soutien des Trois Maisons, et auquel participe également une poignée d'artisans Coréens. Il fait l'objet d'un accord explicite entre nous. Hosu Sinnyeom nous a accordé l'emplacement et nous prête une partie de sa main-d'œuvre. En retour, l'installation que nous bâtissons fournit au peuple coréen une part régulière de chaleur et d'énergie motrice, captée dans les profondeurs de la terre par des procédés que je ne détaillerai pas ici. Cette ressource alimente une partie de la ville et du port, et permet à plusieurs ateliers de fonctionner sans dépendre du seul bois ou du seul travail des bêtes. C'est un échange équitable, dont les termes ont été discutés en Cercle et consignés ailleurs, pas ici. Sa nature exacte, son emplacement précis et ses dispositifs d'accès ne seront cependant pas consignés dans ce livre. C'est une décision réfléchie. Certaines choses, par leur fonction même, doivent demeurer hors de l'écrit. Non par méfiance envers le lecteur, par sécurité. La sécurité de plusieurs personnes en dépend, et je n'ai pas le droit de transformer une protection collective en information disponible. Que celui qui me lit le sache, et me pardonne ce silence. Une voie qui se respecte sait quand se taire, je l'ai écrit dès la préface. Le Cercle des Trois Maisons a souhaité connaître l'usage que le peuple ferait de ce projet. Il en bénéficie directement, et il était légitime qu'il sache à quoi il consentait. Mais il n'a pas demandé à en connaître les détails techniques. Je leur en suis reconnaissant. Ils savent à quoi cela sert, ils ont voulu en partager le fruit, et ils m'ont accordé leur confiance sans exiger en retour la moindre clé. Je sais que Nerofir, même s'il ne le formulerait pas dans ces termes, prend cette confiance tout autant à cœur que moi. ——————————————————— Sub Luce scripsi. 빛 아래 적었노라 Bit arae jeogeotnora. — J'ai écrit sous la Lumière — Achevé sur les hauteurs du Temple du Sommet, d'où l'on voit toute la cité en contrebas, par un jour clair de fin de printemps. ——————————————————— ——————————————————— En discutant avec d'autres personnes afin d'améliorer l'immersion et la compréhension du rôleplay du village, les livres V à XI arriveront dans un post forum qui regroupera l'ensemble des écrits de Nielas, si bien entendu le projet est accepté. S'il faut que je les ajoute à ce post, cela est tout à fait possible. Cependant, j'ai peur de perdre les lecteurs et que ce RP se retrouve noyé dans le forum plutôt que d'avoir un espace dédié à cette suite de livres, ainsi qu'aux prochains écrits que mon personnage rédigera. Pour information voici les prochains livres déjà écrits qui seront sur le poste. (V : DÉMOGRAPHIE ET FIGURES IMPORTANTES / VI : LANGUE ET ÉCRITURE / VII : RELIGION-A FOI DES RACINES / VIII : CULTURE, ARTS ET TRADITIONS / IX : ÉCONOMIE ET COMMERCE / X : DIPLOMATIE ET RELATIONS EXTÉRIEURES / XI : POSTFACE) Merci d’avance à tous ceux qui prendront le temps de lire et de laisser un retour. Modifié 5 août par titi_montagnard Rajout des derniers livres du RP pour cette demande Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Carnegie_fr Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet UN gros +1 à ce projet qui devait sortir déjà depuis quelques temps donc hâte de pouvoir le faire ingame Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
latienda Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet Ce groupe est inarrêtable, et surtout toi, titi_montagnard, il faudrait songer à réduire la cadence ! Un GROS +1. Divulgacher De plus, en tant que diplomate de la Baronnie, nous pourrons participer au soutien commercial quand la guerre aura lieu entre les villes d'inspiration coréenne et japonaise de Nostra ! Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
SkyKKou Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet Absolute banger ! Vraiment I N C R O Y A B L E, aussi bien sur la forme que le fond. Bref c'est un immense +1 Sky ! Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
EdgarLamouille Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet Bonjour à tous Titi et sa clique ont cuisiné un projet d'une beauté incomparable, extrêment hâte de visiter ça sur Nostra +1 Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Jihair Posté(e) le 25 juillet Partager Posté(e) le 25 juillet Punaise que c'est beau ! On voit que vous avez vraiment bossé votre sujet ! Hâte de voir tout ça, gros +1 Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Darkalne Posté(e) le 26 juillet Partager Posté(e) le 26 juillet Ca a cook sévère, les builds sont incroyables ! +1 Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Stalroc Posté(e) le 27 juillet Partager Posté(e) le 27 juillet On aura attendu plus longtemps que prévu pour voir nos voisins prendre possession du lac en bas de nos montagnes. On prévoit de descendre assez rapidement au lac pour partager quelques alcools et un bon BBQ Coréen. On aura sans doute du mal à remonter en ville après mais ça c'est un bien autre problème ! Voilà mon +1 PS : c'est toujours aussi beau, je l'attendais depuis un moment et je suis content que vous soyez motivé pour le réaliser Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Gibbon_Boy Posté(e) le 27 juillet Partager Posté(e) le 27 juillet Tellement beau.... Très hâte de visiter tout ça quand ce sera avancé (oui, à mes yeux, c'est déjà validé vu le niveau) +1 Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Sherlokk Posté(e) le 28 juillet Partager Posté(e) le 28 juillet Salut salut, Je viens bien entendu soutenir le projet de nos camarades Titi, Carnegie, Nero et Fitch. Le style des constructions me plait beaucoup et nous allons enfin pouvoir admirer le fameux bunker en jeu et ça c'est déjà une très bonne raison de la soutenir. Titi s'aventure à un nouveau style de RP et cela lui va parfaitement, hâte de voir la suite arriver. Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
Ghideon Posté(e) le Dimanche à 13:32 Partager Posté(e) le Dimanche à 13:32 43 Lérolia de l’an 404. Gédéon Zorn était penché sur une vaste carte étalée sur une longue table de bois. L’ensemble du sud nostrien y était représenté : routes, relais, hameaux, cités, et ça et là, quelques annotations tracées à l’encre rouge. Deux hommes se tenaient à ses côtés. Hector posa un doigt sur la carte. - La première attaque a eu lieu ici. La deuxième, deux jours plus tard, à moins d’une lieue. Et la troisième ici, sur la route entre Nostra et les ondiens. Ils ont emporté de la poudre, des caisses de munitions, et deux dizaines d’armes. Gédéon resta silencieux quelques instants. - Trois attaques en une semaine, dans les mêmes environs.. Il se redressa lentement. - Ces pillagers deviennent une vraie plaie. Le second homme acquiesça. - Plusieurs convois commencent à hésiter à prendre cette route. Certains marchands parlent déjà de contourner toute la région. - Ce qui leur ferait perdre plusieurs jours, peut-être une semaine, répondit Gédéon. Nous perdrions du temps et de l’argent. Et je doute que les autres chemins soient plus sûrs. Il pointa du doigt les trois lieux marqués sur la carte. - Faites publier des missions d’escorte dès aujourd’hui. Je veux des explorateurs aguerris avec chaque convoi important. - Combien d’hommes ? - Suffisamment pour que ces pillagers comprennent que nos chariots ne sont plus des proies faciles. Et envoyez des mousquetaires dans la région. Hector releva la tête. - Pour sécuriser la route ? - Pour trouver d’où ils viennent. Gédéon suivit du doigt les reliefs dessinés autour des lieux d’attaque. - Trois raids aussi rapprochés ne peuvent être l'œuvre de bandes errantes. Ils ont certainement un avant-poste qui nous a échappé. Trouvez-le et rasez-le. Hector acquiesça sans commentaire. Le second homme, Armand, s’approcha de la table. - Nous avons autre chose. Il désigna une région plus à l’Ouest. - Plusieurs équipes d’exploration disent avoir aperçu des groupes de pillagers dans ce secteur. Pas d’attaque pour l’instant, mais leurs déplacements deviennent réguliers. Gédéon fronça les sourcils. - Combien ? - Impossible à déterminer pour l’instant. Une quinzaine à chaque observation, parfois plus. Gédéon observa la zone avant de se décider. - Mobilisez seulement des escouades d’explorateurs. Pas de mousquetaires pour l’instant. Observons les et trouvons leurs avant-postes avant de frapper dur. Nous devons bientôt nous entretenir avec Jean-Bonadventure. Il faudra enfin définir une stratégie à l’échelle de Nostra. Cela fait trop longtemps que nous traitons chaque attaque comme un incident isolé. Ces pillagers ont été laissés hors de contrôle assez longtemps. Un silence retomba dans la pièce. Hector finit par désigner une petite pile de feuilles déposée à l’écart du reste des rapports. - Et le rapport du Nord ? Gédéon suivit son regard. - Lequel ? - Celui au sujet de l’établissement d’étrangers. Hosu.. Sinnyeom, je crois. - Hosu Sinnyeom, oui. - Avez-vous eu le temps de le lire ? Gédéon saisit les premières pages du rapport, et les parcourut de lignes en lignes. - En partie oui. Trois grandes familles avec une organisation politique leur étant propre. Une langue différente de la notre, une religion locale. Assez d’usages pour occuper nos scribes pour des mois. Voilà qui est intéressant. - Ils ne viennent pourtant pas de l’Empire. Cela ne vous inquiète pas ? Gédéon hausse les épaules. - Devrais-je ? Ils se sont établis loin de Nostra, à la limite des terres que nous avons réellement cartographiées. Ils bâtissent leurs maisons, cultivent leurs terres et, jusqu’à présent, ne semblent pas chercher de querelles avec les autres colonies. Alors, qu’ils viennent de terres impériales ou d’au delà, qu’importe. Hector croisa les bras. - Tant qu’ils restent là bas ? Gédéon eut un léger sourire. - Tant qu’ils ne deviennent pas un problème. Ses yeux se posèrent de nouveau sur les annotations rouges de la carte. - Nous en avons suffisamment. Continuez simplement à recueillir les rapports des explorateurs. Échanger avec eux à l’avenir nous sera sûrement positif. Nous avons besoin de tous les atouts pour dompter ces nouvelles landes. ---------------------------------------------- HRP: Divulgacher Coucou ! Désolé pour le temps d'attente, il m'a fallu un peu de temps pour lire tout le rp et le digérer. Les plus : Une équipe de fous-furieux qui a déjà fait ses preuves sur ses projets ou sur ceux d'autres joueurs Une demande soutenue par la communauté Des visuels originaux, nombreux et très travaillés. Un gros bravo là dessus Un RP long, et détaillé avec de nombreux détails sur le fonctionnement de cette civilisation En bref, on voit que cette demande est travaillée depuis longtemps, ça fait plaisir à voir ! Les moins : Je suis pas fan d'utiliser dans le Rp le terme "coréen", dans le lore MF, il ne veut pas dire grand chose de mon point de vue. C'est plus une précision qu'un moins mais : Nostra n'est pas sur la même planète que Stendel. L'arrivée est par bateau parce que le portail est en mer. D'où le retour impossible tant que l'on a pas le portail de retour. Je te laisserai apporter cette légère correction à ton Rp pour éviter les flous o/ Rien de plus à dire, votre demande est validée ! Bon jeu et bonne construction ! Un dernier petit détail, en voyant tout le travail sur le détail RP de fonctionnement de cette civilisation, je ne peux que vous inciter à l'avenir à investir dans des PNJs bourgmestres et PNJ's avec dialogues. Pouvoir en apprendre plus votre Rp, celui des batiments, du système politque, etc.. directement in-game serait super ! Ghid' Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
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